Home Migrations et démocraties : vote et représentation des immigré-es et de leurs descendant-es
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Published on Monday, March 16, 2026

Abstract

Les régimes politiques démocratiques reposent sur la participation de la population aux élections et sur la représentation des citoyen-nes à travers des institutions représentatives. Dans des sociétés qui comptent des citoyen-nes issues de l’immigration, leur participation et leur représentation sont considérés comme une marque de bonne santé démocratique. Ce dossier se propose de faire un point sur ce que l’on sait du vote des immigré-es et de leurs descendant-es, ainsi que sur leur intégration dans les institutions politiques. Il vise à rassembler des articles sur différents pays qui ont en commun d’être des régimes démocratiques.

Announcement

Coordination

Dossier coordonné par Angeline Escafré-Dublet, Maîtresse de conférences en science politique, université Lumière Lyon 2 et Hélène Le Bail, chargée de recherche au CNRS, CERI (Centre de recherches internationales) de Sciences Po Paris.

Argumentaire

Migrations et participation électorale

Une première partie du dossier portera sur la participation électorale. Celle des immigré-es peut être considérée comme un signe de leur intégration dans la société d’installation. Quant à celle de leur descendant-es, elle peut être présentée comme consacrant leur citoyenneté et leur sentiment d’appartenance[1]. Depuis les années 2000, un certain nombre de travaux ont souligné comment la démobilisation politique générale et les niveaux d’abstention particulièrement hauts prennent des formes accrues dans les quartiers défavorisés où vivent majoritairement les minorités issues de l’immigration[2]. L’abstention est alors souvent analysée comme une forme de ressentiment[3], voire de résistance à l’égard de leaders politiques gardant les portes fermées aux (plus ou moins) nouveaux habitant-es[4]. Les pratiques de votes des minorités immigrées se distinguent-elles vraiment de celles de la population générale en France comme dans d’autres démocraties libérales ? Quel est l’effet générationnel sur ces pratiques de vote ?

Une autre caractéristique du vote des minorités immigrées souvent soulignée dans les recherches, en France, comme dans les autres démocraties libérales, est celui de la propension à voter à gauche[5]. Cette caractéristique est toutefois nuancée quand il s’agit des minorités issues de l’immigration asiatique. Comment ces constats évoluent-ils, d’une part au regard du passage des générations : pour les descendant-es d’immigré-es, le soutien aux partis reste-t-il moins lié à leurs intérêts de classe sociale qu’au sentiment de proximité ethnique[6] ? Comment s’articulent les appartenances de classe à l’intersection des caractéristiques ethno-raciales et de genre [7]? D’autre part, le renouveau du succès des partis populistes et nationalistes a-t-il un impact sur le vote des immigré-es et de leurs descendant-es ?

Représentation politique et migrations

La seconde partie du dossier portera sur les questions de représentation politique : faut-il promouvoir l’élection de citoyen-nes issues de l’immigration ? Quels enjeux la représentation politique dite descriptive soulève-t-elle ? La présence en politique d’élu-es des minorités immigrées se traduit-elle substantiellement ? Quelle sont les évolutions et les obstacles de cette présence ? Le débat se situe entre ce que Anne Phillips a appelé une politics of ideas (politique des idées) et une politics of presence (politique de la présence). Il ne s’agit pas de choisir entre les deux, mais de trouver un équilibre. Il est possible, mais pas suffisant, de faire le parallèle avec les débats sur la parité femmes-hommes en politique qui ont abouti en France à la révision constitutionnelle de 1999[8]. À la différence du groupe constitué par les femmes, il apparaît problématique de mettre en place des mesures politiques contraignantes assignant des identités ethnoraciales fixes. Toutefois, les frustrations, les sentiments d’inégalité et les revendications d’une représentation plus juste abondent et ne peuvent pas être ignorés.

La question des « élu-es de la diversité » est en France un sujet depuis les années 1980[9], mais qui a connu une plus grande visibilité dans les années 2000 de par les annonces de l’UMP[10]. Parmi les pays démocratiques d’immigration, la France est souvent présentée comme un mauvais élève. Le contexte idéologique français, qui pose la reconnaissance des différences comme étant incompatible avec l’exercice de la citoyenneté politique, serait-il défavorable à l’émergence d’hommes et de femmes politiques des minorités ethnoraciales[11] ? À l’inverse le Canada reste-t-il un exemplaire en termes d’insertion politique des immigré-es[12] ? En France et ailleurs, comment évoluent les débats et la situation concrète ? Observe-t-on de grandes différences selon les parcours migratoires et les processus de racialisation des minorités ?

Modalités de contribution

Les propositions sont à envoyer à Angéline Escafré-Dublet (angeline.escafre-dublet@univ-lyon2.fr) et Hélène Le Bail (helene.lebail@sciencespo.fr) et marie.poinsot@palais-portedoree.fr selon le calendrier prévisionnel ci-dessous :

  • Février 2026 Lancement de l’appel à contributions
  • 16 avril 2026  Date limite d’envoi des propositions avec un titre et un résumé de 1000 signes environ. Il indiquera la thématique retenue, les sources utilisées et les références bibliographiques utilisées.
  • 15 mai 2026 Réponses aux propositions envoyées
  • 15 octobre  2026  Remise des articles par les auteur·ices sélectionné·es
  • 16 novembre 2026 Envoi des commentaires des relectures scientifiques des articles retenus pour révision
  • 14 décembre 2026 Envoi des versions finales des textes par leurs auteur.rices
  • Début avril 2027 Parution du numéro de la revue

Politique d'évaluation

Procédure d'évaluation : évaluation par le comité éditorial

Délai moyen entre soumission et publication : 12 semaines

Notes

[1] Ribert, Evelyne. Liberté, égalité, carte d’identité. Les jeunes issus de l’immigration et le sentiment d’appartenance nationale. Paris : La Découverte, 2005.

[2] Braconnier, Céline & Jean-Yves Dormagen. La démocratie de l'abstention. Aux origines de la démobilisation électorale en milieux populaires. Paris : Gallimard, 2007.

[3] Kokoreff, Michel. « L’invisibilité politique des minorités. Effets de domination ou stratégie infrapolitique ? » in Esther Benbassa (dir.), Minorités visibles en politique. Paris : CNRS Editions, 2011, pp. 85-108.

[4] Hadj Belgacem, Samir. « Un déficit de représentation ? Sentiment de représentation et participation électorale dans une ancienne municipalité communiste », dossier « Etre représenté-e-s », Participations. 2021, n°30, pp. 39-63.

[5] Anne Muxel, « Les attitudes socio-politiques des jeunes issus de l’immigration en région parisienne », Revue française de science politique. 1988, vol. 38 (6) ; Tiberj, Vincent. « Ce que la gauche veut dire. Expliquer les alignements politiques de la France plurielle », in Esther Benbassa (dir.), Minorités visibles en politique. Paris : CNRS Editions, 2011, pp.223-248 ; Elodie Druez : « Vote de race ou de classe ? : Le tropisme de gauche de diplômé-es d’ascendance subsaharienne à Paris et à Londres », Politix. 2023, vol. 139(3), pp. 41‑63. Celis, Karen, Floor Eelbode & Bram Wauters. “Visible Ethnic Minorities in Local Political Parties : A Case Study of Two Belgian Cities (Antwerp and Ghent)”, Politics. 2013, vol.33(3), pp 160‑71. Toutefois, les recherches sur le Canada mettent en évidence un vote plus au centre et plus équilibré entre la gauche et la droite : Tolley, Erin. “Who You Know : Local Party Presidents and Minority Candidate Emergence.” Electoral studies. 2019, n°58, pp.70‑79.

[6] Tiberj, Vincent & Laure Michon. “Two-Tier Pluralism in ‘Colour-Blind’ France”, West European Politics. 2013, vol. 36(3), pp. 580–96. Alejandro Portes et Ruben Rumbaut ont aussi mis en évidence aux Etats-Unis que,

[7] Barrault-Stella, L.,  Baloge, M.,  Berjaud, C.,  Dahani, S.  et Taiclet, A.-F.  (2020). Voter entre soi et contre les autres. Altérisation raciale et appartenance de classe dans le 18e arrondissement de Paris. Actes de la recherche en sciences sociales, 232-233(2), 30-49.

[8] Bereni, L.  et Lépinard, É.  (2004). « Les femmes ne sont pas une catégorie » les stratégies de légitimation de la parité en France. Revue française de science politique, . 54(1), 71-98.

[9] Geisser, Vincent. Ethnicité républicaine: les élites d’origine maghrébine dans le système politique français. Paris: Presses de Sciences Po, 1997 ; Leveau, Rémy & Catherine Wihtol de Wenden. « Les « beurs », nouveaux citoyens », Les Cahiers de l’Orient. 1988, n°11, pp.103-114.

[10] Simon, Patrick. « Comment la lutte contre les discriminations est passée à droite », Mouvements. 2007, n°52, pp. 153–163; Avanza, Martina. « Manières d’être divers. Les stratégies partisanes de la « diversité » aux élections municipales de 2008 » in Didier Fassin (dir.), Les nouvelles frontières de la société française. Paris : La Découverte, 2012, pp. 403–425 ; Geisser, Vincent et El Yamine Soum. Discriminer pour mieux régner: enquête sur la diversité dans les partis politiques. Ivry-sur-Seine : Les éditions de l’atelier, 2008.

[11] Escafré-Dublet, Angéline & Patrick Simon. « Représenter la diversité en politique : une reformulation de la dialectique de la différence et de l’égalité par la doxa républicaine ». Raisons politiques. 2009, vol. 35(3), pp. 125-141; Brouard, Sylvain, Vincent Tiberj, « Yes They Can: An Experimental Approach to Eligibility of Ethnic Minority Candidates in France”, in Karen Bird, Thomas Saalfeld & Andreas M Wüst (eds.), The Political Representation of Immigrants and Minorities: Voters, Parties and Parliaments in Liberal Democracies. Oxford : Routledge, 2011, pp. 164-180 ; Bloemraad, Irene. “Accessing the Corridors of Power: Puzzles and Pathways to Understanding Minority Representation.” West European Politics. 2013, vol. 36(3), pp. 652-670.

[12] Bilodeau, Antoine (dir.). Just Ordinary Citizens?: Towards a Comparative Portrait of the Political Immigrant. Toronto : University of Toronto Press, 2016.

Subjects


Date(s)

  • Thursday, April 16, 2026

Contact(s)

  • Marie Poinsot
    courriel : marie [dot] poinsot [at] palais-portedoree [dot] fr

Information source

  • Marie Poinsot
    courriel : marie [dot] poinsot [at] palais-portedoree [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Migrations et démocraties : vote et représentation des immigré-es et de leurs descendant-es », Call for papers, Calenda, Published on Monday, March 16, 2026, https://doi.org/10.58079/15vml

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