Published on Tuesday, March 24, 2026
Abstract
Le 23 septembre 2026 sera marqué par la tenue des élections législatives, dont l’issue désignera la majorité appelée à gouverner la douzième législature. Ces échéances interviennent dans un contexte de réforme électorale dont l’objectif central est de renforcer la participation citoyenne, en particulier celle des jeunes, afin d’enrayer la dynamique d’abstention croissante que connaît le Maroc depuis les années soixante-dix.
Announcement
Argumentaire
Le 23 septembre 2026 sera marqué par la tenue des élections législatives, dont l’issue désignera la majorité appelée à gouverner la douzième législature. Ces échéances interviennent dans un contexte de réforme électorale dont l’objectif central est de renforcer la participation citoyenne, en particulier celle des jeunes, afin d’enrayer la dynamique d’abstention croissante que connaît le Maroc depuis les années soixante-dix. Dans une perspective sociologique, cette abstention peut être analysée, à la suite de l’approche bourdieusienne, comme le produit d’un rapport distancié au champ politique, largement déterminé par la distribution inégale du capital politique, du capital culturel et du sentiment de légitimité à participer au jeu électoral (Bourdieu, 1994). C’est une inégalité qui s’inscrit également dans des rapports sociaux de genre, qui influencent différemment les trajectoires de socialisation politique, les perceptions de légitimité et les formes d’engagement électoral entre femmes et hommes. Cette tendance a culminé avec un taux d’abstention record de 63 % lors des élections de 2007, consacrant le déclin des partis politiques et faisant des abstentionnistes le premier « parti » du pays.
Les élections législatives de 2021 ont toutefois bénéficié d’une mobilisation exceptionnelle, liée à la tenue simultanée des scrutins communaux et régionaux, laquelle a favorisé une inscription massive sur les listes électorales. Le taux de participation a ainsi atteint 51 %, franchissant pour la première fois depuis dix-neuf ans le seuil symbolique des 50 %. Dans la lignée des travaux de Paul Lazarsfeld et Bernard Berelson, ce sursaut de participation peut être interprété comme l’effet d’un contexte électoral fortement structurant, où la multiplication des enjeux et l’intensification des interactions sociales renforcent temporairement l’exposition des individus à l’information politique et aux normes de participation (Lazarsfeld, Berelson, & Gaudet, 1944).
Néanmoins, l’analyse comparative du nombre d’inscrits et des taux de participation sur le long terme révèle la persistance, sur le plan statistique, d’une dynamique baissière de l’engagement électoral. Cette situation s’explique notamment par une crise de confiance profonde, comme en témoignent les enquêtes de l’Institut Marocain d’Analyse des Politiques (MIPA), selon lesquelles 77 % des citoyens ne font confiance à aucun parti politique, tandis que près de 68 % expriment une défiance explicite à l’égard de l’institution législative.
Cette défiance structurelle renvoie à ce que Berelson qualifiait déjà de « faible intensité des attitudes politiques » dans les sociétés où l’offre partisane peine à produire des clivages lisibles et stabilisateurs.
C’est dans ce contexte que le gouvernement, sous les Hautes Directives Royales, a engagé une nouvelle réforme électorale articulée autour de trois projets de loi portant respectivement sur la Chambre des Représentants, les partis politiques et les listes électorales. Le projet de loi organique n° 53.25 vise ainsi à moraliser l’action parlementaire et à sécuriser le processus électoral, à travers le renforcement des règles d’éligibilité, de la transparence du scrutin et de l’intégrité des différentes étapes électorales, tout en consolidant la représentation des femmes et des jeunes et en réajustant certaines règles d’incompatibilité des mandats. Le projet de loi organique n° 54.25 ambitionne, pour sa part, de moderniser le cadre juridique régissant les partis politiques, en facilitant leur création, en clarifiant les règles de financement et de gestion financière, et en favorisant l’implication effective des jeunes et des femmes dès la phase fondatrice, afin d’adapter les partis aux mutations sociales. Cette orientation traduit une volonté d’intégrer davantage les principes d’égalité de genre dans l’ingénierie électorale, en reconnaissant la nécessité d’un accès plus équitable des femmes aux fonctions électives.
Par ailleurs, le projet de loi n° 55.25 a pour objectif de garantir des élections plus transparentes et équitables, à travers la consolidation et la modernisation des listes électorales, le renforcement des garanties accordées aux électeurs et l’institutionnalisation de l’inscription en ligne, y compris pour les Marocains résidant à l’étranger.
L’enjeu est donc de restructurer en profondeur le système électoral sur la base des principes de moralisation et de transparence, dans l’ambition de restaurer des facteurs psychologiques déterminants de la participation électorale, tels que le sentiment d’efficacité politique et l’identification politique. Ces deux notions sont au coeur des modèles explicatifs de la participation développés par les auteurs précités, pour lesquels la décision de voter repose moins sur une rationalité instrumentale que sur l’intégration de l’individu à des univers de sens politiques stabilisés. Le sentiment d’efficacité politique, entendu comme la perception de sa capacité à influencer le processus décisionnel, constitue en effet un prédicteur majeur de la participation électorale. Dans cette perspective, la prise en compte des inégalités de genre apparaît essentielle pour comprendre les variations du sentiment d’efficacité politique, les femmes étant plus susceptibles de se percevoir comme éloignées des espaces de pouvoir lorsque les structures politiques demeurent peu inclusives. De même, une identification forte à un parti ou à une cause est susceptible de stimuler l’engagement des citoyens dans le processus électoral. À défaut, l’abstention tend à devenir, selon Bourdieu, une forme de retrait socialement située, traduisant une absence de reconnaissance symbolique dans l’ordre politique institué.
Toutefois, la question demeure de savoir si les ajustements structurels engagés par l’État peuvent produire des effets immédiats et durables. Outre les facteurs politico-historiques qui influencent la perception des électeurs, il sied également de souligner que la communication partisane tend à s’inscrire dans une temporalité ponctuelle, se déployant principalement à l’approche des échéances électorales. Or, moult travaux montrent que l’exposition intermittente à la communication politique, déconnectée des réseaux sociaux ordinaires et des expériences vécues, limite fortement sa capacité de persuasion et de mobilisation. Le déficit de proximité entre les acteurs politiques et les citoyens, ainsi que le décalage perçu entre l’action publique et les besoins réels de la population, affectent l’efficacité et la crédibilité de l’action politique. Dès lors, il apparaît fondamental de s’interroger sur la pertinence et la portée des réformes engagées pour refaçonner l’architecture électorale, tout en réfléchissant aux modalités d’adaptation du discours et des pratiques des partis politiques afin de mobiliser les jeunes, qui représentent 29,5 % de la population marocaine, soit près de 11 millions de personnes âgées de 15 à 34 ans. Il s’agit également de passer au crible le rôle joué par les organisations de la société civile en matière de sensibilisation, d’éducation civique et de promotion de l’égalité de genre, à même de créer des espaces alternatifs de socialisation et participation politique.
C’est dans cette perspective que LOGOS, laboratoire de recherches en communication et philosophie, organise un colloque international visant à analyser la scène électorale marocaine ainsi que les dynamiques discursives et communicationnelles qui façonnent les perceptions et les comportements politiques des citoyens électeurs.
En s’inscrivant à l’intersection de la sociologie politique, de la communication et de la philosophie politique, ce colloque ambitionne de dépasser une lecture strictement institutionnelle du vote pour interroger les mécanismes symboliques, sociaux et communicationnels de la participation électorale. Une attention particulière sera également accordée aux enjeux d’inclusion et d’égalité, notamment à la participation politique des femmes et à l’intégration de l’approche genre comme grille d’analyse des transformations électorales contemporaines. Cette réflexion, portée par des universitaires, des experts, des responsables politiques et des acteurs de la société civile, nationaux et internationaux, aspire à croiser les regards et confronter les approches afin de formuler des recommandations susceptibles de nourrir l’action politique et citoyenne.
Dès lors, des interrogations majeures s’imposent :
- La nouvelle réforme électorale peut-elle constituer un levier suffisant pour réconcilier le citoyen avec la politique ?
- Dans quelle mesure une conception nouvelle de la communication de l’État et des partis politiques peut-elle restaurer leur crédibilité et améliorer leur image auprès des citoyens ?
- Comment favoriser l’adhésion des jeunes à la politique dite conventionnelle ?
- La communication peut-elle se substituer à l’action politique ?
- Comment convaincre le citoyen de participer au vote lorsque ses attentes demeurent insatisfaites ?
Afin d’approfondir les différentes dimensions évoquées, les contributeurs peuvent orienter leur réflexion selon les axes de recherche suivants, proposés à titre indicatif et non limitatif :
- 1.Rapports de pouvoir, légitimité institutionnelle et dynamiques de confiance politique (Analyse des inégalités structurelles d’accès au champ politique avec l’étude des attitudes et des représentations qui en découlent. Il s’agit d’examiner comment les mécanismes de domination symbolique, les formes d’exclusion et les asymétries de pouvoir influencent la construction- ou l’érosion-de la légitimité institutionnelle et de la confiance politique) ;
- 2.Discours politiques, construction symbolique et légitimation électorale (Analyse des stratégies rhétoriques, des registres argumentatifs, des dispositifs narratifs et des cadrages discursifs mobilisés par les acteurs politiques pour produire de la légitimité, susciter l’adhésion et structurer les représentations du vote, de la citoyenneté et de la réforme électorale) ;
- 3.Communication politique et circulation des discours : entre cadrage institutionnel, médiatisation des enjeux électoraux et pluralité des interprétations citoyennes ;
- 4.Jeunesse, socialisation politique et engagement électoral : recompositions des formes de participation, désaffiliation partisane et nouvelles modalités d’expression politique ;
- 5.Médias, campagnes électorales et opinion publique : influence des dispositifs médiatiques, des réseaux sociaux et des stratégies de persuasion sur les comportements électoraux ;
- 6.Innovations technologiques et processus électoral : opportunités et limites du numérique dans la mobilisation citoyenne, la transparence du scrutin et la confiance institutionnelle ;
- 7.Éducation civique et culture démocratique : enjeux de formation à la participation politique, rôle de l’université et des dispositifs institutionnels dans la construction du sentiment d’efficacité politique ;
- 8.Genre, participation politique et égalité démocratique : représentation des femmes, rapports sociaux de genre dans l’accès aux responsabilités politiques, effets des systèmes électoraux et des pratiques partisanes sur l’inclusion politique, ainsi que le rôle des mobilisations sociales et des politiques publiques dans la promotion de l’égalité et de la participation inclusive.
Ce colloque est organisé par le LOGOS « laboratoire de Recherches en Communication & Philosophie » de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Ben M’sik (FLSHB).
Modalités de soumission des communications
Les propositions de contribution, rédigées en français ou en arabe, doivent être envoyées aux deux adresses électroniques suivantes :
- logos.universite@gmail.com
- colloque.logos@flbenmsik.ma
Chaque proposition devra être transmise en version Word, sous la forme d’un résumé compris entre 200 et 500 mots, rédigé en Times New Roman, taille 12, interligne 1,5, et comporter obligatoirement les éléments suivants :
- Coordonnées de l’auteur : nom et prénom, statut, rattachement institutionnel, adresse électronique, numéro de téléphone ;
- Titre de la communication ;
- Axe thématique choisi ;
- Cinq mots-clés maximum ;
- Bibliographie indicative de dix références au maximum.
Informations pratiques
- Les propositions de communication seront évaluées en double aveugle.
- Les communications (orales) ne dépasseront pas 20 minutes.
- Lieu : Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Ben M’sik - Casablanca (Maroc)
- Les frais relatifs au voyage, au repas et à l’hébergement seront pris en charge par chaque participant.
- Adresse : Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Ben M’sik. / Hay El Baraka Av. Errahmouni Boualam, Casablanca 20670.
Publication post colloque
- Les articles reçus feront l’objet d’une évaluation rigoureuse par le comité scientifique.
- Les textes retenus seront publiés dans un numéro spécial de la revue LOGOS.
- Les articles devront respecter une longueur maximale de 45 000 caractères, espaces et bibliographie compris, et se conformer aux normes éditoriales de la revue.
Calendrier prévisionnel
- Date limite de soumission des résumés : 15 avril 2026
- Notification d’acceptation : 30 avril 2026
- Date du colloque : 4 et 5 juin 2026
- Réception des articles : 30 août 2026
- Retour des évaluations aux auteurs : à partir du 30 octobre 2026
- Publication : 2027
Référents du comité de coordination
- Pr. Jaouad BENNIS : j.bennis@flbenmsik.ma
- Pr. Hayat Zirari : h.zirari@flbenmsik.ma
Comité d’organisation
- Mustapha Raoud, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Saad Eddine Jafri, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Mourad Zahir, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Abdelhadi Samadi, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Latifa Ayoubi, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Lamya Jmoula, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Imane Taoussi, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Hayat Zirari, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Jaouad Bennis, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Les doctorants du laboratoire LOGOS, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Les étudiants du Master Communication des organisations (FLSH Ben Msik)
Comité scientifique
- Jaouad Bennis, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Hayat Zirari, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Abdelhadi Samadi, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Mourad Zahir, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Latifa Ayoubi, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Lamya Jmoula, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Mustapha Raoud, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Leila Naim, ENSET Mohammedia, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Maha Soulami, ENSET Mohammedia, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- -Imane Taoussi, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Meriem Hachimi, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Latifa Idrissi, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Nadia Ouchene, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Farah Abdelali, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Said Imouzaz, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Amghar Amina, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Catherine Ghosn, Université Paul Valéry Montpellier III, France.
- Mariam Hakim, Université de Rennes, France.
- Samira Ammor, Université Hassan II, Maroc
- El Mostafa Ftouh, USMS, Maroc.
- Fatima Ouahmi, Université Mohamed V, Maroc
- Khaldoun Zreik, Université Paris 8, France.
- Anas Moutia, FLSH, Université CADI AYYAD, Marrakech, Maroc
- Jadli Souad, Fac. Des Sciences Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Annab Jamila, Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et du cinéma, Rabat
- Jebli Fouad, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Houmaida Rachid, Institut supérieur d’études maritimes, Casablanca, Maroc
- Aachour Sofia, FSJE Ain Sebaa, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Eddahar Nabyl, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Kadiri Fouzia, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Mekouar Zakaria Abdelfettah,FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Senhadji Amal, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Dokkali Lamiae, Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design, Mohammedia, Maroc
- Khouakhi Abdeslam, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Zakkari Mohamed, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Barraj Ibtissam, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Fatheddine Abdellatif, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Echcheikh Mohammed, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Lahmidi Khalid, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Ibnou Zahir Ilham, F. Sciences Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Bentajer Said, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Derai Esseddik, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- Taoufiq Imane, FLSH Ben Msik, Université Hassan II Casablanca, Maroc
- El Moutaouakkil Abdellah, FLSHM, Université Hassan II Casablanca, Maroc
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Subjects
Places
- Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Ben M'sik
Casablanca, Kingdom of Morocco
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Wednesday, April 15, 2026
Keywords
- participation politique, élections législatives, communication politique, jeunesse, confiance politique
Information source
- Mourad Zahir
courriel : m [dot] zahir [at] flbenmsik [dot] ma
License
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To cite this announcement
« Les élections législatives 2026 : quels enjeux pour la participation politique ? », Conference, symposium, Calenda, Published on Tuesday, March 24, 2026, https://doi.org/10.58079/15xpt

