Published on Wednesday, April 15, 2026
Abstract
Pour la cinquième édition de ses journées « villes et patrimoines », visant à rapprocher la recherche et l’action, Bordeaux Métropole consacre un thème déjà fortement labouré par les historiens, les sociologues et les professionnels de la ville et de l’aménagement du territoire : le pavillonnaire. Le pavillonnaire est-il le patrimoine de demain ? L’habitat du XXe siècle est encore en cours de patrimonialisation – voir notamment les grands ensembles. Qu’en est-il de l’habitat pavillonnaire ? Il s’agit d’étudier son potentiel d’évolution, ses qualités et les freins à sa densification, en lien avec la révision du PLUi de Bordeaux Métropole en cours et la refonte de la ville sur la ville (loi ZAN).
Announcement
Argumentaire
« Les pavillons n’ont pas bonne presse. On leur reproche de ne pas respecter l’environnement, ou encore de correspondre à un modèle très consumériste de société. Autant de critiques très injustifiées : le pavillon pourrait bien être l’avenir du logement. »
Pour la cinquième édition de ses journées « villes et patrimoines », visant à rapprocher la recherche et l’action, Bordeaux Métropole consacre un thème déjà fortement labouré par les historiens, les sociologues et les professionnels de la ville et de l’aménagement du territoire : le pavillonnaire. Le pavillonnaire est-il le patrimoine de demain ? L’habitat du XXe siècle est encore en cours de patrimonialisation – voir notamment les grands ensembles –. Qu’en est-il de l’habitat pavillonnaire ? Il s’agit d’étudier son potentiel d’évolution, ses qualités et les freins à sa densification, en lien avec la révision du PLUi de Bordeaux Métropole en cours et la refonte de la ville sur la ville (loi ZAN). L’habitat pavillonnaire contemporain, datant de la seconde moitié du XXe siècle, occupe une place importante dans l’ensemble de la métropole bordelaise. Il prend la forme de nombreux lotissements pour lesquels un programme d’inventaire est lié avec le programme « métropole amplifiée ». Les avancées de ces programmes méritent d’être confrontées à l’analyse du parc de logements existant pour mieux identifier ce qui devrait être conservé et ce qui devrait être adapté. Cela permettra également de comprendre les modalités de la conservation et de l’adaptation du bâti et du non bâti qui le composent.
Les réflexions en cours peuvent également être nourries par une meilleure connaissance des lotissements pavillonnaires présents dans les territoires concernés par le programme « Portes métropolitaines », considérés non pas seulement comme des gisements fonciers pour des opérations nouvelles, mais aussi comme des territoires déjà habités.
Cet appel à communications tentera de suivre cette problématique selon quatre axes thématiques. Tout d’abord, l’inventaire des lotissements pavillonnaires pourra permettre d’éclairer leurs potentialités patrimoniales mais aussi leurs valeurs d’usage et d’urbanité. La confrontation entre le « rêve » et le « cauchemar» pavillonnaire éclairera ensuite les processus culturels et sociaux à l’œuvre dans les jeux d’adoration/détestation de cette forme d’habitat pour en extraire les véritables enjeux environnementaux. Suivant l’hypothèse que l’habitat pavillonnaire constitue un « déjà là » et qu’il faut « faire avec », les capacités d’adaptation, de mutation et de densification des secteurs pavillonnaires seront explorées ensuite, en lien avec les alternatives à la construction de pavillons de plus en plus isolés de la ville et aux potentialités d’intensification des aménités urbaines du parc existant. Enfin, l’évaluation de la qualité architecturale, urbaine, paysagère et environnementale des lotissements construits depuis les cinquante dernières années, pourra être envisagée au prisme des rôles respectifs des maîtres d’ouvrage et des maîtres d’œuvre de ces derniers.
Axe 1 : Inventorier les lotissements et les secteurs pavillonnaires, définir leurs valeurs patrimoniales
Sur les plus de 36 millions de logements que compte la France, 20 millions sont des maisons individuelles. Parmi elles, des rares châteaux aux maisons de ville sans jardin, leur variété typologique est très étendue, incluant des lotissements considérés comme défectueux dès l’entre-deux-guerres. Et, pour reprendre les mots de Daniel Pinson : « Le pavillon n’est pas la maison » ; « le pavillon c’est moi, tout seul », tandis que la maison urbaine c’est : « je, avec les autres ». Il convient donc de définir les formes (homogènes/hétérogènes, diffuses/concertées, sociales/libres), les époques de construction du XIXe siècle à nos jours, les territoires concernés… afin de constituer une grille méthodologique classique dans une démarche d’inventaire patrimonial. Les zones pavillonnaires restent le parent pauvre des services régionaux de l’Inventaire car ils ne font pas l’objet d’une opération thématique nationale ou d’initiatives régionales ; en revanche, elles ont le vent en poupe dans certains CAUE. Si certains ensembles sont d’ores et déjà bien identifiés et reconnus, accompagnés de dispositifs règlementaires adaptés (certaines cités jardins parisiennes, certains corons et cités minières, la cité Frugès de Le Corbusier à Pessac, la « ville de pierre » et ses échoppes à Bordeaux…), beaucoup restent inconnus ou ignorés. Par ailleurs les qualités architecturales, urbaines et paysagères de ces ensembles sont inégales et ne sont pas toujours mises en évidence, tout comme leurs qualités d’usage.
Les premières enquêtes sociologiques ou anthropologiques sur l’habitat pavillonnaire ont souvent été limitées à des expérimentations scientifiques sur des terrains pionniers.
Axe 2 : développement durable et pavillonnaire : deux ennemis irrémédiables ?
Depuis le « rêve pavillonnaire » de l’accession à la propriété pour les classes moyennes, les critiques sont nombreuses et trois d’entre elles peuvent retenir l’attention : l’habitat pavillonnaire aurait un impact particulièrement défavorable sur l’environnement ; l’accession à la propriété d’un pavillon enfermerait les classes populaires dans un piège et enfin, le modèle pavillonnaire favoriserait le déclin des petites villes.
Pour entrer dans le premier sujet, il faut d’abord replacer ce qu’on nomme « zones pavillonnaires » dans les « tissus périurbains » ou, au contraire, dans des petites villes ou des bourgs déjà urbanisés. En effet, l’impact de leur consommation d’espace n’a sans doute pas dans les deux cas, le même bilan carbone, ni les mêmes implications énergétiques en termes de transports et d’interactions sociales avec le centre des villes ou des agglomérations.
Sur le deuxième sujet, l’accession à la propriété individuelle constitue-t-elle un piège ? Le mouvement des Gilets jaunes a fait renaître de nombreuses critiques sur l’endettement et le surendettement des classes moyennes – déjà analysés par Pierre Bourdieu en son temps – pour parvenir à leur idéal d’habitat, couplé à celui de la ville à la campagne. Cet idéal est loin d’être réductible à un éloignement résidentiel qui serait nécessaire pour accéder aux attraits de la propriété d’une maison individuelle à la campagne14. Cet éloignement est bien plus le produit croisé à la fois de l’attrait jamais démenti des campagnes (attrait que les expériences de confinement ont mis sur le devant de la scène médiatique) et des dynamiques de métropolisation, c’est-à-dire de concentration spatiale des emplois, des services, des
équipements, etc.
Le troisième sujet n’est pas sans liens avec les précédents, ni d’ailleurs avec les thèmes évoqués ici. L’essor pavillonnaire constitue-t-il un facteur de déclin des petites villes ? Ici pourront être discutées les variables du coût du foncier et de la construction. Certaines petites villes, particulièrement touchées en leur centre par un habitat dégradé et abandonné, non seulement par leurs habitants, mais aussi par leurs commerces et leurs emplois ont vu et voient toujours fleurir des quartiers pavillonnaires nouveaux où la construction neuve a été de longue date encouragée par les politiques publiques, tout comme celle de centres commerciaux en « entrée de bourg ». Ce phénomène est loin de se produire uniquement dans les périphéries des grandes agglomérations : au contraire, des territoires autrefois en déprise se retrouvent souvent en reconquête face à l’attraction débordante des agglomérations.
Axe 3 : alternatives, capacités d’adaptation et d’intensification des zones pavillonnaires
Régénérer le tissu pavillonnaire existant est une alternative urbaine intéressante à l’étalement des périphéries pour préserver les espaces agricoles, naturels et forestiers. Si de nombreux architectes et urbanistes ont travaillé et travaillent encore sur des formes alternatives et moins consommatrices d’espace, en particulier d’habitats groupés ou intermédiaires, en bref des formes « plus urbaines » que le pavillon isolé sur sa parcelle18 ; la situation est différente côté maîtrise d’ouvrage, Il n’y a presque que les bailleurs sociaux qui s’y intéressent. La part de logements individuels dans le parc social est marginale, mais elle est en hausse depuis les
années 1980. Cette tendance s’accentue depuis les premières critiques adressées aux grands ensembles. Elle répond à une pluralité d’attentes : s’adapter à une demande qui trouver facilement preneur, diversifier le patrimoine et modifier l’image du logement social vers plus de qualité et d’innovation, tirer parti de nouvelles opportunités foncières et enfin répondre aux préoccupations des collectivités locales. Alors pourquoi, du côté des promoteurs privés, l’offre est-elle toujours décevante et la qualité absente, tant sur le plan architectural qu’urbain20 ?
Une autre difficulté liée à la mutation des zones pavillonnaires et à leur densification réside dans le repli sur soi et l’individualisme induits par le rêve pavillonnaire. À qui profite le concept de BIMBY (built in my back yard) ? Quelles formes urbaines en découlent? Pourtant, un fort mouvement contraire s’y oppose : le NIMBY (not in my back yard).
Axe 4 : la place de la maîtrise d’œuvre dans la qualité des lotissements
Il apparaît que le seuil de 2000 m² représente 80% des lotissements ; ceci illustre combien le « mitage » des paysages est réel, si l’on ne prête pas attention à la qualité d’implantation des voies, des parcelles et des maisons dans leur environnement proche. Pour reprendre les mots du paysagiste Michel Corajoud : « un seul pavillon mal implanté peut cacher un pan entier du paysage 21». Les débats récents relatifs à l’application de la loi sur la liberté de la création, l’architecture et le paysage (dite loi LCAP n° 2016-925, décret du 27 février 2017) ont conduit à fixer au seuil de 2500 m² le seuil à partir duquel recours à un architecte pour établir un projet architectural, urbain, paysager et environnemental (PAPE) d’un lotissement. Les géomètres furent les plus opposés à ce projet, exigeant que ce seuil soit porté à 10 000 ou 20 000 m² selon les cas, c’est-à-dire pour 10 % des opérations22. Pourtant, nombre de lotissements conçus par des géomètres, notamment dans les années précédant la loi Chalandon (n° 86-1290 du 23 décembre 1986)23, présentent des qualités indéniables. Il faudra vérifier cette hypothèse en mesurant aussi la portée réelle et les contraintes imposées à l’intervention d’un maître d’œuvre, quel qu’il soit, sur la qualité des lotissements produits depuis ces dernières décennies. On peut supposer que la diversité et la pluralité règnent parmi toutes sortes de morceaux de ville dont les formes restent à étudier. La portée du paysage ou plutôt celle du pavillon dans la « nature » devra également être questionnée à l’heure où les jardins des pavillons sont de plus en plus imperméabilisés et où la présence de la nature est réduite, voire supprimée, au profit d’une nature présente, elle, en dehors de la parcelle. Quelle place reste-t-il alors aux matériaux humains et non humains dans l’éden pavillonnaire, face à des comportements qui excluent la nature de leurs aménagements ?
Toute proposition relative aux thèmes et aux questions abordés ci-dessus, mais également toute étude monographique de quartiers de lotissements y répondant, sera la bienvenue. En adoptant pour focale la période contemporaine (XIXe–XXIe siècles), cet appel à communications est ouvert à toutes les aires géographiques, pourvu qu’elles concernent une ou des ville(s) – petite(s), moyenne(s) ou grande(s) –, mais aussi des territoires ruraux. Les propositions émises par des professionnels de la recherche, de l’histoire urbaine et de l’aménagement urbain seront les bienvenues, tout comme celles des jeunes chercheurs et chercheuses, des praticiens et praticiennes, mais également des spécialistes de l’histoire de l’habitat pavillonnaire qui s’intéressent à l’aménagement urbain.
Modalités de soumission
Les propositions de communication, d’une longueur maximale de deux pages, accompagnées d’un titre et d’une bibliographie succincte, sont à envoyer aux adresses suivantes : Sylvain Schoonbaert (s.schoonbaert@bordeaux-metropole.fr) ; Tatiana Chantant t.chantant@bordeaux-metropole.fr, accompagnées d’un court curriculum vitæ mentionnant les coordonnées des candidat·e·s, et ce avant le 30 juin 2026.
Les propositions doivent être envoyées au format .docx.
Elles prendront la forme d’une communication orale (20 minutes), pouvant être accompagnée d’un support visuel de type PowerPoint.
Les participant·e·s retenu·e·s seront invité·e·s à commencer la rédaction de leur communication dès la fin des journées d’étude (prévues fin octobre 2026), en vue d’une publication en 2027.
Calendrier prévisionnel
- Juillet 2026 : sélection des propositions, établissement d’un préprogramme (réunion hybride)
- Septembre 2026 : finalisation et diffusion du programme (réunion hybride).
- Fin octobre 2026 : journées d’études (dates à préciser).
Comité scientifique
Partenaires extérieurs (sous réserve)
- Fabien Ansel, directeur de l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux
- Emmanuelle Bonneau, directrice de l’Institut d’aménagement, d’urbanisme et de tourisme, Université Bordeaux-Montaigne
- Wenwen Cai, codirectrice intérimaire, arc en rêve, centre d’architecture
- Éric Chauvier, professeur à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux
- Laurent Coudroy de Lille, maître de conférences à l’École d’urbanisme de Paris
- Annie Fourcaut, professeure émérite, université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne
- Julien Graves, président du 308 maison de l’architecture
- Virginie Gravière, présidente du conseil régional de l’Ordre des architectes de Nouvelle-Aquitaine
- Manuel Lalanne, conservateur des monuments historiques, Direction régionale des affaires culturelles Nouvelle-Aquitaine
- Simon du Moulin de Labarthète, directeur général de l’agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine, a’urba
- Isabelle Palmi, directrice ICOMOS France
- Elodie Vouillon, directrice du CAUE de la Gironde
- Charlotte Worms, maîtresse de conférences HDR, université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne
Bordeaux Métropole
- Nathalie Bouchain, directrice de l’urbanisme, direction générale de l’aménagement, Bordeaux Métropole
- Valérie Charle, directrice du foncier, direction générale de l’aménagement, Bordeaux Métropole
- Yasmina Darmante, directrice de l’enseignement supérieur et du rayonnement, direction générale du développement économique
- Franck Descoubes, directeur général de l’aménagement, Bordeaux Métropole
- David Kanfer, directeur de la nature, direction générale de l’aménagement, Bordeaux Métropole
- Karine Léon-Gautier, directrice de l’habitat et de la politique de la ville, direction générale de l’aménagement, Bordeaux Métropole
- Anne-Laure Moniot, responsable du service architecture et patrimoine urbain en projet, direction de l’urbanisme, direction générale de l’aménagement, Bordeaux Métropole
- Flore Scheurer, responsable de la mission stratégie urbain, innovation, REX, observatoire, direction générale de l’aménagement, Bordeaux Métropole
- Sylvain Schoonbaert, chargé de mission inventaire et valorisation du patrimoine, service architecture et patrimoine, direction de l’urbanisme, direction générale de l’aménagement, Bordeaux Métropole
- Christine Volpilhac, responsable du service planification, direction de l’urbanisme, direction générale de l’aménagement, Bordeaux Métropol
Subjects
- Urban studies (Main category)
- Society > Geography > Urban geography
- Mind and language > Representation > Heritage
- Periods > Modern
- Zones and regions > Europe
- Society > History > Urban history
- Mind and language > Representation > Architecture
- Society > Geography > Applied geography and planning
Places
- hôtel de Bordeaux Métropole
Bordeaux, France (33)
Event attendance modalities
Full on-site event
Date(s)
- Tuesday, June 30, 2026
Attached files
Keywords
- habitat individuel, pavillon, zone/banlieue pavillonnaire, lotissement, maison de ville, habitat groupé, accession à la propriété
Contact(s)
- SYLVAIN SCHOONBAERT
courriel : s [dot] schoonbaert [at] bordeaux-metropole [dot] fr
Information source
- SYLVAIN SCHOONBAERT
courriel : s [dot] schoonbaert [at] bordeaux-metropole [dot] fr
License
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To cite this announcement
« Villes pavillonnaires : patrimoine de demain ? », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, April 15, 2026, https://doi.org/10.58079/162hx

