HomeLa matérialité au sein de la thèse en sciences du sport et du corps
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Published on Thursday, April 16, 2026

Abstract

La sixième édition des journées d’étude jeunes chercheur·es organisées par le laboratoire C3S explore la matérialité dans la recherche scientifique. L’appel à communication s’articule autour de deux axes : l’objet-témoin questionnant la matérialité comme révélatrice d’une culture donnée et l’objet-outil qui explore la matérialité de son usage méthodologique à sa transformation. Il semble que les jeunes chercheuses et chercheurs soient inévitablement confronté·es à cette notion, c’est pourquoi cet appel tente de questionner les liens unissant la matérialité et la recherche dans le métier de jeune chercheur·e.

Announcement

Argumentaire

Les journées d’études organisées au sein du laboratoire C3S (culture, sport, santé, société) par et pour les jeunes chercheuses et chercheurs ont pour ambition de dévoiler les « coulisses » de la recherche et de déconstruire le processus qui leur a permis d’en arriver à leurs conclusions de thèse. Au cours des cinq dernières éditions, ces journées se sont focalisées sur différents axes qui rassemblent les jeunes chercheuses et chercheurs en sciences du sport et du corps (construction de l’objet, créativité, etc.), permettant d’engager des discussions autour des difficultés rencontrées et des leviers mobilisés. L’objectif est ainsi de désacraliser cette « épreuve » que constitue la thèse et ce, à travers l’échange de conseils basés sur les expériences de chacun×e. Pour cette sixième édition, notre regard se tourne vers la matérialité qui gravite autour de la thèse. En effet, ce choix nous a semblé propice pour faire dialoguer des problématiques communes en sciences de la vie et de la santé ou en sciences humaines et sociales.

Le choix de cette thématique s’inscrit dans le prolongement du colloque « Sports, culture populaire et culture matérielle » organisé en septembre 2020 par l’équipe de ce laboratoire et qui a donné lieu à un numéro thématique de la revue Science & Motricité (Tuaillon Demésy et al., 2022). Si ce rendez-vous s’intéressait à la place de la culture matérielle, entendue comme « [l’] ensemble des objets fabriqués par l’Homme considérés sous l’angle social et culturel » (Julien et Rosselin, 2005, p. 3), de notre côté, il s’agira surtout de questionner la façon dont le jeune chercheur ou la jeune chercheuse se confronte à la question de la matérialité au cours de la thèse, et s’en empare. On peut notamment citer l’ordinateur comme compagnon inestimable de travail, ainsi que des objets appartenant aux différents terrains d’étude, ou encore, d’outils de mesure permettant de recueillir des résultats à l’instar de capteurs électromyographiques (Duc et Meras Serrano, 2024). Ce sont autant d’objets qui peuvent relever de la matérialité au cours de la recherche.

Plus précisément, il semblerait que deux catégories d’objets gravitent autour de la thèse : l’objet-outil et l’objet-témoin (Julien et Rosselin, 2005). L’objet-outil concerne tout matériel pouvant être utile pour recueillir des données. La tenue vestimentaire choisie par l’anthropologue pour mieux intégrer son terrain et lui permettre d’obtenir la confiance de ses enquêtés en est un exemple. L’objet-témoin renvoie, quant à lui, à la matérialité que l’on analyse, que l’on étudie à proprement dit. C’est par exemple, les maillots d’un club de football que le chercheur peut analyser pour mettre en avant les signes d’une culture singulière et d’une identité propre (Mourgues, 2022). Comment les objets-outils influencentils la méthode ? Comment font-ils parler les objets-témoin et quels sens y confèrent les jeunes chercheuses et chercheurs ? Que racontent les objets du terrain étudié ?

Axe 1. L’objet-témoin : la matérialité comme révélatrice d’une culture donnée

En tant que transporteurs de souvenirs (Deschaux, 2008), des imaginaires (Tuaillon Demésy, 2020 ; Maza, 2020 ; Vivier et Laffage-Cosnier, 2020) ou encore d’une culture donnée (Julien et Rosselin, 2009), les objets détiennent une valeur heuristique et sont en mesure de révéler certaines facettes d’un sujet de recherche. Par exemple, sur le terrain du roller derby, le patin n’est pas seulement un outil permettant la pratique d’un sport. Appropriée par les patineuses qui étudient son fonctionnement, apprennent à changer des roulements, à étudier la dureté du sol afin d’adapter les roues, le patin est le témoin d’une culture sportive particulière, où les femmes investissent des savoir-faire traditionnellement associés au masculin (Bourdieu, 1980). Dans la continuité de cet exemple, le patin est également un formidable objet-témoin de l’évolution des pratiques de glisse, du délassement à la compétition (Chartier, 2024). Ces journées d’étude souhaitent ainsi convier les jeunes chercheurs et chercheuses, en STAPS ou issu×es d’autres disciplines, à nous dévoiler la manière dont ils et elles ont réussi à faire parler un objet qui a occupé une place particulière au cours de leur thèse. D’ailleurs, comment faire parler un objet ? Quels secrets détient-il du terrain étudié ? Dans quelles mesures les objets de terrain rendent-ils compte des formes de socialisation propres à un groupe ?

Certains objets apparaissent comme de véritables lieux de mémoire, c’est-à-dire des supports matériels qui échappent à l’oubli et qu’une collectivité réinvestit de son affect et de ses émotions (Nora, 1997 ; Fournier, 2008). Dès lors, les objets sont également le témoin de cultures sensibles. En effet, si pour Arlette Farge (1989), les émotions sont un instrument dont il faut s’emparer pour comprendre le silence du passé, comment les faire apparaître ? Comment rendre compte de la dimension émotionnelle d’un objet ? Comment les (jeunes) chercheurs et chercheuses peuvent-ils et elles atteindre les émotions, qu’elles soient collectives ou individuelles, présentes ou passées, à partir de la matérialité ? Parallèlement, le doctorant ou la doctorante peut s’émouvoir à son tour au contact d’objets chargés de significations. Une jeune chercheuse en histoire du sport peut ressentir une immense joie lorsqu’elle découvre, dans un grenier, des petites statues représentant des corps de gymnastes utilisés pour illustrer les mouvements gymniques aux jeunes entrainé×es (Deodati, 2026). Or, que faire de cette émotion personnelle de la découverte pour œuvrer au dévoilement d’une « culture » donnée, entre réflexivité et ouverture à l’altérité ? Dans quelle mesure empêche-telle ou permette-t-elle de lire la symbolique et/ou « la signification historique de l’objet » (Bolz et Krüger, 2023, p. 14) ? Inversement, comment l’objet matériel oriente-t-il la sensibilité de la jeune chercheuse ou du jeune chercheur ?  

Plus encore, au-delà de procurer des émotions, ces objets relèvent du physique, du palpable, et sont ressentis à travers nos sens, le toucher et l’odorat en particulier. Quelles conséquences peut avoir leur absence, voire leur disparition ? À titre d’exemple, ici, il pourrait s’agir d’interroger les conséquences d’un travail sur des archives numérisées et non originales. Comment la modification de la perception de l’archive influence-t-elle son analyse ? Plus globalement, cette réflexion questionne la numérisation du travail de recherche, possiblement source d’immatérialité. Plus précisément, dans quelle mesure les modifications liées à la numérisation affectent-elles les ressentis, et par conséquent, la recherche ? Comment la matérialité et l’immatérialité évoluent-elles selon les disciplines scientifiques ? Quels sont les différents rôles attribués aux objets sous le prisme de chacune des disciplines scientifiques ?

Axe 2. L’objet-outil : de l’usage méthodologique de la matérialité à sa transformation

Au-delà du recueil de données, la matérialité peut aussi être un outil pour obtenir la confiance de ses enquêté×es. En effet, lors de l’amorce de l’enquête, l’entrée sur le terrain est négociée, comme l’accès à des archives ou un accord pour mener un entretien. À cette étape, la culture matérielle est d’une importance décisive dans les stratégies de présentation de soi (Goffman, 1974). Il peut s’agir de sélectionner les vêtements qui feront la meilleure impression, arborer certaines marques, certaines couleurs, des T-shirts à l’effigie d’institutions sportives (Ohl, 2004), en vue de mettre en scène des appartenances sociales valorisées. Les jeunes chercheurs et chercheuses sont ici vivement invités à expliquer comment ils et elles se sont approprié la culture matérielle des enquêté×es afin d’être intégré×es sur le terrain.

Également, la chercheuse ou le chercheur peut opérer une sélection des objets jugés dignes d’intérêt et dont il ou elle s’attachera à tenir compte dans la présentation de son travail. Les objets retenus, ceux qui finissent par être exposés dans les écrits (comme dans les musées), sont considérés comme représentatifs et distinctifs d’une culture donnée (Julien et Rosselin, 2005). Dès lors, les chercheurs et chercheuses pourraient-ils et elles participer à la légitimation de certains objets et, in fine, à leur hiérarchisation ? Par cette mise en lumière, comment participent-t-ils et elles à diffuser une certaine représentation des objets utilisés par le groupe étudié ?  

Par ailleurs, les objets qui structurent la recherche façonnent nos pratiques, nos hypothèses et nos savoirs. Dans la recherche en sport et en ingénierie, les dispositifs mécaniques influencent directement les questions posées, les méthodes employées et les résultats obtenus. Par exemple, le casque de réalité virtuelle, auparavant uniquement utilisé dans des contextes ludiques ou technologiques, est désormais considéré comme un véritable objet sportif, car il permet d’entraîner des compétences essentielles à la performance, plutôt que de se limiter à la simple exploration d’un environnement virtuel (Behava et al., 2025). Il semblerait donc que le chercheur ou la chercheuse participe au détournement de certains objets, appartenant à d’autres mondes et cultures et, par conséquent, participant à son intégration dans de nouvelles sphères sociales. Aussi, les travaux de recherche réalisés sur les prothèses sportives contribuent directement à l’évolution de leur conception, en fonction des questions scientifiques posées sur la performance, l’efficacité ou le confort (Villa et al., 2025). Les outils d’analyse scientifique du chercheur ou de la chercheuse peuvent, au fil des innovations, lui échapper, ils sont alors banalisés et deviennent des objets utilisés couramment par les pratiquants et pratiquantes du sport (par exemple, des cardio-fréquence mètres, des casques de réalité virtuelle, une chambre hypoxie, etc.). Le déplacement de l’objet pouvant donc aller dans les deux directions : les chercheuses et chercheurs peuvent détourner des objets du quotidien pour les utiliser dans leurs études et, inversement, des objets fabriqués pour la recherche peuvent pénétrer des pratiques de la vie courante. Ces infiltrations, entre la sphère sportive et d’autres sphères (médicales, technologiques, etc.) sont révélatrices du bricolage mis en place par le chercheur ou la chercheuse pour répondre à sa question de recherche. En effet, il ou elle peut s’inspirer et créer un outil spécialement conçu pour recueillir des données. Ainsi, les instruments et outils du chercheur ou de la chercheuse sont co-construits par la recherche et la société civile, transformés au fil des protocoles expérimentaux et des résultats obtenus (Shan, 2008). Dès lors, comment les choix méthodologiques et les hypothèses de la thèse influencent-ils la conception et l’usage de ces objets  ? Dans la mesure où ces objets transformés par la recherche pourraient à leur tour affecter les mondes scientifiques et sportifs, il s’agit donc également d’envisager la dynamique de coproduction réciproque entre ces deux sphères. Les jeunes chercheurs et chercheuses travaillant ou ayant travaillé sur la matérialité au cours de leur doctorat ou souhaitant profiter de cet appel pour explorer certains aspects de leurs thèses sont donc vivement invités à nous faire part de leurs analyses et de leurs expériences. Depuis leur création, les journées d’étude bisontines sont envisagées comme des temps d’échanges et de partage où bienveillance rime avec convivialité. Les expériences de chacun sauront profiter à des étudiant×es de master et à de (futur×es) doctorant×es qui se confrontent, de près ou de loin, à la complexité de la recherche.

Modalités d’envoi des propositions

Les journées d’étude se dérouleront les 22 et 23 juin 2026, en présentiel, à l’UFR STAPS de Besançon.

Un résumé de maximum 3 000 caractères devra être envoyé avant le 13 mai 2026, sous un format Word, aux adresses suivantes : camille.chevalier@univ-fcomte.fr ; carla.mollo@univfcomte.fr.

Vous pouvez également poser vos questions à ces mêmes adresses.

Ce résumé devra également comprendre :

  • Un titre
  • 5 mots-clés
  • Une bibliographie
  • Une courte présentation de l’auteur

Une réponse sera apportée aux auteurs le 18 mai.

Format de communication

  • 20 min de présentation
  • 10 min de questions

Coordinatrices de la journée

  • Camille Chevalier
  • Carla Mollo

Membre du comité d’organisation

  • Mélina Behava
  • Pauline Déodati
  • Hugo Meras-Serrano
  • Orlane Messey
  • Sacha Thiebaud
  • Audrey Tuaillon Demésy
  • Christian Vivier
  • Nicolas Voisin

Bibliographie

Behava, A., & al. (2025). Neurophysiological and subjective responses to a virtual downhill cycling exercise. Virtual Reality, 29(2), 89.

Bolz, D., & Krüger, M. (2023). A history of sport in Europe in 100 objets. Arete : Verlag.

Deodati P. (2026). L’origine du dynamisme artistique, circassien et gymnique en Bourgogne Franche-Comté : l’héritage de Michel Mathiot, olympien, clown et pédagogue. Thèse de doctorat en sciences du sport, Besançon.

Bourdieu, P. (1980). Le sens pratique. Paris, France : Minuit.

Chartier, A. (2024). Effets de modes et processus de diffusion du patinage à roulettes et du roller. Thèse de doctorat en histoire, Bordeaux.

Descamps Y., Grosprêtre S., Laffage-Cosnier S., Tuaillon Demésy A. (2020), « AAC. Sports, culture populaire et culture matérielle », Besançon, Septembre 2020.

Deschaux, J.-H. (2008). Le souvenir des morts, Essai sur le lien de la filiation. PUF.

Duc, S., & Meras Serrano, H. (2024). Acute effect of adding whole body vibration exercise during inter-sets recovery period on muscular performance during high velocity-low resistance weightlifting exercises. German Journal of Exercise and Sport Research.

Farge, A. (1989). Le goût de l’archive. Paris, France : Seuil.

Fournier, L.-S. (Éd.). (2008). Le « petit patrimoine » des Européens : Objets et valeurs du quotidien. Paris, France : L’Harmattan.

Goffman, E. (1974). Les rites d’interaction. Paris, France : Minuit.

Julien, M.-P., & Rosselin, C. (2005). Culture matérielle incorporée et processus d’identification. Navigateurs de compétition et croisiéristes ‘bord à bord’. Corps en société, MSH, 75-91.

Julien, M.-P., & Rosselin, C. (2009). Le sujet contre les objets… tout contre. Ethnographie des cultures matérielles. Aubervilliers, CTHS.

Maza, M. (2020). Toy stories : poupées, culture matérielle et imaginaire de classe dans la France du XIXè siècle.. Revue historique, 694 (2), 135-167.  

Messey, O. (2024). Une immersion dans le monde du roller derby. Une si difficile enquête ? Loisir et Société, 47, 66 - 83.

Mourgues, V (2022). Maillots et produits dérivés, vecteurs de l’identité d’un club et de sa communauté. Le cas des Girondins de Bordeaux, Sports, culture populaire et culture matérielle. Movement & Sport Sciences – Science & Motricité, 118, 41-48.

Nora, P. (1997). Les lieux de mémoire. Paris, France : Gallimard.

Ohl, F. (2004). Goût et culture de masse : l’exemple du sport. Sociologie et sociétés, 36, 209228.

Rosselin-Bareille, C., & Warnier, J.-P. (2025). Faire corps avec les objets. Karthala.

Shan, G. (2008). Sport equipment evaluation and optimization–A review of the relationship between Sport Science Research and Engineering.

Tuaillon Demésy, A. (2020). Les playmobils sportifs : des jouets et des mondes. Sciences sociales et sport, 16, 107-124.

Tuaillon Demésy, A., Laffage-Cosnier, S., Grosprêtre, S., & Descamps, Y. (2022). Introduction : Sports, culture populaire et culture matérielle. Movement & Sport Sciences – Science & Motricité, 118, 1-4.

Villa, C., & al. (2025). Satisfaction in external breast prostheses : a case study in Zacatecas, Mexico.

Vivier, C., Laffage-Cosnier, S. (2020). Le jouet sportif : d’un objet « ordinaire » vers un programme de recherches en sciences sociales du sport. Sciences sociales et sport, 16, 17-28.

Places

  • Laboratoire C3S, bâtiment 3 - 31 rue de l'épitaphe
    Besançon, France (25)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Wednesday, May 13, 2026

Attached files

Keywords

  • culture matérielle, sport, corps, bricolage, méthodologie, enquête

Contact(s)

  • Camille Chevalier
    courriel : camille [dot] chevalier [at] univ-fcomte [dot] fr
  • Carla Mollo
    courriel : carla [dot] mollo [at] univ-fcomte [dot] fr

Information source

  • Camille Chevalier
    courriel : camille [dot] chevalier [at] univ-fcomte [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« La matérialité au sein de la thèse en sciences du sport et du corps », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, April 16, 2026, https://doi.org/10.58079/162xe

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