Le toucher
Revue « Cors et psychisme »
Published on Monday, April 20, 2026
Abstract
Le toucher, sans doute le plus originaire des sens, se situe dans une tension structurante entre nécessité archaïque et prohibition civilisatrice. Ce numéro de la revue Corps et psychisme propose d’explorer le toucher comme un opérateur métapsychologique majeur, révélateur des tensions entre pulsion et interdit, entre corps et langage, entre proximité et séparation, qu'on peut appréhender dans les pratiques cliniques et artistiques.
Announcement
Coordination
Cristina Lindenmeyer, Gabriela Patino-Lakatos et Sophie Bergheimer
Argumentaire
Le toucher est sans doute le plus originaire des sens. Avant même la naissance, la vie psychique en devenir s’inscrit dans un monde de contacts, de limites et d’enveloppements. Le tactile inaugure l’expérience d’un dedans et d’un dehors, d’une surface et d’une profondeur, d’un soi et d’un autre. À ce titre, il constitue l’un des fondements de l’organisation pulsionnelle et de la constitution du moi.
À la frontière du corporel et du psychique, le toucher engage d’emblée la métapsychologie. Par les voies afférentes, il fait irruption dans l’appareil psychique comme événement sensoriel en attente de représentance, susceptible de s’inscrire, de se symboliser ou, au contraire, de demeurer à l’état de trace brute. Par les voies efférentes, il devient adresse, mouvement pulsionnel vers l’objet, tentative d’éconduction de la tension, recherche de satisfaction confrontée aux exigences du refoulement et aux formations défensives. Le toucher met ainsi au travail les dimensions économique et dynamique de la vie psychique. Il appelle une interrogation : peut-on penser le toucher comme ayant un objet au même titre que les autres pulsions partielles, ou constitue-t-il une modalité transversale, soutenant et bordant l’ensemble de la vie pulsionnelle ?
Dès les premiers temps de la vie, la qualité du toucher reçu participe à la structuration subjective. L’« autre secourable » décrit par Sigmund Freud rend possible l’épreuve de satisfaction, où la réduction de tension s’accompagne d’un gain de plaisir qui fonde l’organisation pulsionnelle. Mais cet autre, en dispensant les soins, dépose aussi les traces de sa propre sexualité infantile. Le toucher n’est jamais neutre : il peut envelopper, apaiser, contenir ; il peut aussi exciter, envahir, effracter. Entre plaisir et déplaisir, il imprime très tôt des qualités affectives qui marqueront durablement la vie fantasmatique.
Les apports de Donald Winnicott ont montré combien le holding et le handling participent à l’intégration psychosomatique du nourrisson. Le toucher, en soutenant la continuité d’être, contribue à l’émergence d’un sentiment d’existence. Dans le prolongement de ces travaux, Didier Anzieu théorise le Moi-peau : la surface corporelle devient modèle et support du moi, interface entre monde interne et externe. Le tact y occupe une fonction structurante, délimitant, contenant, différenciant.
Cette fonction de bord s’articule à la constitution du moi-corps décrite par Freud : le moi est d’abord un moi corporel, projection psychique de la surface du corps. Par le toucher, des zones érogènes se découpent, des parties d’objets sont incorporées ou introjectées, des limites s’esquissent. La peau peut même être pensée, dans certaines perspectives contemporaines, comme support d’un objet cause du désir, à la jonction du somatique et du symbolique.
Or, paradoxe majeur : ce sens originaire, fondamental dans la constitution psychique, devient progressivement l’objet d’un interdit. Freud évoque un « refoulement organique » touchant notamment l’odorat et le tact. Anzieu parlera d’un interdit du toucher antérieur même à l’interdit de l’inceste, participant à l’individuation et à la séparation. L’enfant apprend très tôt : « Ne touche pas ». L’interdit du toucher institue la distance, condition de la symbolisation et de la reconnaissance de l’altérité. Ainsi, le toucher se situe-t-il dans une tension structurante entre nécessité archaïque et prohibition civilisatrice.
Ce paradoxe traverse également la pratique analytique. Après l’abandon de l’hypnose, la cure s’est construite sur une mise à distance du corps, faisant du non-toucher une règle implicite garante du cadre et de l’éthique. Pourtant, la clinique avec les nourrissons, les jeunes enfants, certains adolescents, voire avec des patients présentant des troubles graves de la symbolisation, confronte l’analyste à la présence insistante du corps et parfois à la question du contact. Les médiations tactiles — pâte à modeler, objets malléables, dispositifs vibro-tactiles — réintroduisent le toucher comme vecteur possible de symbolisation, lorsque la parole fait défaut.
Les évolutions contemporaines — confinement, téléconsultations, transformations des modalités de présence — invitent à reconsidérer la place du corps et du tactile dans le soin psychique et somatique. L’omniprésence des objets connectés et de l’IA modifie aussi de manière radicale la rencontre avec l’autre, ainsi que le rapport au corps dans le lien social et le champ de la culture. Dans une société marquée par des formes nouvelles d’exposition et de virtualisation, que devient l’expérience du contact ? Quels destins psychiques pour le toucher lorsque celui-ci est tantôt surexposé, tantôt radicalement évacué ?
Ce numéro propose d’explorer le toucher selon plusieurs axes :
- Sa fonction dans le développement psychique et l’individuation du sujet.
- Les enjeux cliniques et éthiques du toucher en psychanalyse.
- Les médiations tactiles et artistiques dans le soin, ainsi que les destins sublimatoires du toucher dans la culture.
Il s’agira de penser le toucher non comme un simple sens refoulé ou comme une pratique à proscrire, mais comme un opérateur métapsychologique majeur, révélateur des tensions entre pulsion et interdit, entre corps et langage, entre proximité et séparation. Interroger le toucher, c’est rouvrir la question des conditions corporelles de la symbolisation et des formes contemporaines du lien à l’autre.
Modalités de contribution
Date limite d’envoi des propositions : 15 septembre 2026
E-mail : secretariat.corpsetpsychisme@gmail.com
- Consignes aux auteurs :
- 30000 signes maximum (espaces compris).
- Format : fichier Word en Arial 12 ou Times New Roman 12.
- Comportant : Le titre de la communication, votre nom et prénom, vos titres, votre adresse e-mail et votre adresse postale.
- Un résumé ainsi qu’une liste de 5 mots-clés, en français, et traduits en anglais, espagnol et allemand.
Document charté disponible en pj mais aussi sur demande ou sur https://corpsetpsychisme.fr/publier
Évaluation
Chaque article soumis (au format de la revue) est lu par l'ensemble du comité de rédaction puis transmis aux relecteurs sous forme anonymisée.
Les auteurs reçoivent ensuite l'avis des relecteurs sous forme anonyme, modifient leur article, qui me revient alors pour la mise en production.
Subjects
- Psyche (Main category)
- Mind and language > Psyche > Psychoanalysis
- Mind and language > Psyche > Psychology
Date(s)
- Tuesday, September 15, 2026
Attached files
Keywords
- toucher, psychanalyse, psychologie
Contact(s)
- Olivier HEILLETTE
courriel : secretariat [dot] corpsetpsychisme [at] gmail [dot] com
Reference Urls
Information source
- Association Corps Et Psychisme
courriel : secretariat [dot] corpsetpsychisme [at] gmail [dot] com
License
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To cite this announcement
« Le toucher », Call for papers, Calenda, Published on Monday, April 20, 2026, https://doi.org/10.58079/163ds

