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Published on Wednesday, April 22, 2026

Abstract

Ces journées sont pensées comme le moyen de fédérer un réseau de jeunes chercheuses et chercheurs sur les questions soulevées par les polluants ubiquistes dits « nouveaux ». Elles visent à rassembler des travaux principalement de doctorant·es et post-doctorant·es en sciences sociales qui questionnent les formes d’appropriation et d’évaluation de divers acteurs, à différentes échelles, pour vivre, faire sens et travailler avec des polluants dont la mise en visibilité de la persistance et de l'ubiquité est récente. L’entrée proposée vise à réunir en un même objet les formes de gestion d’une pollution ubiquitaire, qu’elles soient d’ordre morale, sanitaire, politique, scientifique ou encore matériel. 

Announcement

Argumentaire 

Les polluants persistants (PFAS, plastiques, POP historiques comme les PCB ou encore le chlordécone) par leur nature diffuse et ubiquiste multipliant les situations d’exposition mettent à l’épreuve les perceptions et gestions des risques associés à leurs présences. C’est notamment ceux nouvellement connus ou découverts par le public que nous appellerons « nouveaux » polluants au sein de cet appel à communications. Que l’évaluation des contaminations soit de nature profane ou experte, qu’elle provienne d’infrastructures de surveillance (laboratoires, réseaux de prélèvements, collectifs militants), des sciences réglementaires ou d’une attention citoyenne particulière, cette dernière se retrouve bien souvent insuffisante pour saisir, caractériser et contenir les contaminations. Par leur résistance à la dégradation, leur circulation à longue distance et leur accumulation dans les organismes et les chaînes alimentaires, ces substances entraînent une transformation profonde et à bas bruit des environnements contemporains, des fonds marins jusqu’au sommet de l’Everest. Dans ces conditions, l’étude de la matérialité et de la dimension irréversible des « résidus » chimiques (Boudia et al., 2021) ne peut être laissée de côté. Dès lors, comment composer avec une « chemosphere » (Shapiro, 2015), un monde pollué de manière permanente (Liboiron, Tironi et Calvillo, 2018), où la distinction entre milieux pollués et milieux non-pollués s’estompe ?

Le constat de « pollutions qui débordent le gouvernement par le risque » et de l’installation durable de « pollutions de fond » (Boudia et Jas 2019) n’est pas nouveau et est d’abord lié à la survenue d’accidents graves dans les années 1970s et 1980s (Bophal, Tchernobyl …). Ce sont par des programmes de réhabilitation venant partiellement « réparer la terre » (Blanc et al., 2022) des sites affectés qu’a d’abord été reconnu le phénomène de « slow disaster » (Fortun 2004). Malgré la mise en place de dispositifs de surveillance des contaminations, ces pollutions diffuses et ubiquitaires continuent à augmenter. Ce faisant, l’entrée par les polluants persistants met en lumière des phénomènes de « slow violence » (Nixon, 2011) de par les inégalités environnementales d’exposition et, parfois, en vue des aveux d’impuissance politique face à leur rémanence, voir, à la récalcitrance des problèmes qu’ils induisent. Enfin, la gestion contemporaine des pollutions persistantes s’inscrit dans une histoire de luttes et de disqualifications de mobilisations sociales mettant à jour cette violence environnementale (Bécot et Le Naour, 2023). Ces journées d’études proposent d’interroger les formes d’appropriation et d’évaluation de divers acteurs, et à différentes échelles, pour vivre, faire sens et travailler avec des polluants dont la mise en visibilité de la persistance et de l’ubiquité est récente. L’objectif est de valoriser les travaux de doctorant·e·s et jeunes chercheur·se·s qui questionnent la notion de persistance, d’ubiquité et les formes de gestion de cette pollution, qu’elles soient d’ordre morale, sanitaire, politique, scientifique ou encore matérielle sur des régions larges ou bien à échelle locale, prenant en compte les spécificités du territoire présenté. Les communications peuvent s’inscrire dans les quatre axes proposés ci-dessous. Ces axes sont non exclusifs et le comité d’organisation est ouvert à d’autres propositions. Différentes catégories d’acteur·ice·s et/ou de contaminations peuvent être abordées de manière transversale.

Axe 1 : Adapter son quotidien à un monde contaminé 

Ce premier axe cherche à interroger les multiples formes d’appropriation qui se développent chez les citoyen·ne·s lorsqu’elles et ils prennent conscience du fait de vivre dans un monde contaminé. Il peut s’agir d’explorer les manières de vivre avec les pollutions ou bien de mettre au jour les stratégies mises en place par les individus pour apprivoiser, voire se détacher (Goulet & Vinck, 2022) de ces résidus toxiques jour après jour. Nous cherchons donc à comprendre quelle(s) nouvelle(s) pratique(s) se déploient vis-à-vis de la présence de contaminants toxiques dans un contexte de consommation ordinaire. Comment les individus agissent-ils face à des pollutions invisibles, indolores, incolores mais persistantes ? Comment se manifeste concrètement la mise en pratique de la gestion des polluants persistants au sein des espaces du quotidien au niveau individuel mais aussi collectif ? Existe-t-il des trajectoires d’adoption ou de mise à distance de produits spécifiques chez les individus ? Dans une perspective attentive aux inégalités, l’étude des contaminants dits « nouveaux » implique donc de repenser la question de l’enracinement social du soin de soi : qui sont celles et ceux qui disposent des moyens nécessaires aux tentatives de maîtrise des pollutions à l’intérieur de l’espace domestique ? Comment ces individus s’approprient et font vivre les pollutions dans leur quotidien ? La prise en charge de la pollution dans le quotidien est-elle l’apanage des femmes, à l’instar des pratiques écologiques domestiques (Lalanne & Lapeyre, 2009) ? Enfin, les populations qui apparaissent comme plus à même de modifier leurs pratiques quotidiennes face à des enjeux environnementaux et sanitaires controversés mettent-elles réellement en œuvre de tels changements ?  

Axe 2 : Connaître, réguler et mettre en débat les contaminants ubiquitaires : transformations de l’expertise scientifique et collective

Dans ce deuxième axe seront attendues des communications proposant des analyses sociologiques des arènes expertes de l’évaluation et de la gestion des risques, ainsi que des acteurs qui produisent des connaissances alternatives. Des contributions pourront interroger, y compris historiquement, les rationalités de gouvernement des toxiques, et éclairer les tentatives récentes de réformer voire de transformer les cadres réglementaires de l’évaluation des risques (Demortain, 2017) et la « bureaucratie moléculaire » (Hepler-Smith, 2019). Que dit de ces rationalités une entrée par les toxiques ubiquitaires et persistants ? Quelles transformations sont à l’œuvre aujourd’hui ? Par exemple, quels sont les ressorts des controverses expertes sur l’évaluation par familles de composés plutôt que par substance ? Quels sont les effets de la demande d'expertise de la part des acteurs publics sur les institutions scientifiques et la production de connaissances scientifiques ? En réponse aux limites et formes d’ignorance incorporées dans les méthodes de science réglementaire et face à la saturation des institutions réglementaires (Thomas, 2025), des organisations militantes produisent des formes de connaissances. Cependant, les effets sanitaires de ces contaminations demeurent souvent difficiles à démontrer. Dès lors, quantifier ces nouveaux polluants : pour quoi faire (Petit and Thomas 2025) ? Des contributions pourront examiner la production de connaissances alternatives sur ces polluants, et ses effets en termes de redistribution de l’expertise (Brown, 2007). Quelles sont les connaissances produites par les acteurs alternatifs de la santé environnementale sur ces nouveaux polluants, pris, comme d’autres formes d’enjeux, dans un contexte de redéfinition de la crédibilité scientifique (Li Vigni, Louvel et Raimbault, 2023). Comment savoirs citoyens ou militants se mêlent, ou non, aux savoirs experts dans le cours de l’évaluation sanitaire des risques ?

Axe 3 : Produire et travailler (dans) un monde pollué

Dans ce troisième axe pourront s’inscrire des contributions ancrées notamment en sociologie du travail et des mouvements sociaux, mais également de l’industrie. Le travail peut d’abord être interrogé comme l’une des dimensions de l’enracinement social des contaminations. Il s’agit de nuancer l’idée selon laquelle les activités agricoles et industrielles modernes auraient pour corollaire l’inéluctable et universelle fréquentation de telles substances. Une telle vision des toxiques renforce l’image d’un ensemble homogène de victimes, alors même que c’est surtout « dans les mines et les usines » (Zimmer, 2025, p.240) que la contamination des corps a lieu. L’enjeu est ici de rompre avec les discours qui font des « travailleurs […] les "invisibles" de la santé environnementale » (Thébaud-Mony, 2019). Il faut donc documenter le vécu de ces groupes parmi les plus exposés, qui incarnent quotidiennement et corporellement ces pratiques industrielles et agricoles Comment se mobilisent-ils sur ces enjeux lorsqu’ils s’estiment « victimes de pesticides » (Jouzel et Prete, 2023) ou d’autres pollutions ? Qu’empruntent ces mobilisations aux codes traditionnels de l’action collective des travailleurs ? Quelles informations les salarié·e·s cherchent-ils et elles alors à recueillir sur les substances auxquelles les expose leur activité professionnelle et leurs conséquences sur leur santé ? Dans cet axe de discussion pourront aussi s’inscrire des recherches prenant pour objet les stratégies des entreprises industrielles polluantes, par exemple en plaçant la focale au niveau décisionnel. Comment les nouveaux contaminants s’inscrivent-ils dans la socio-histoire plus large des pollueurs ? Quelles discontinuités sont observables dans les stratégies des entreprises pour rendre ces nouveaux effets acceptables, dont l’image des plastiques biodégradables est l’une des illustrations récentes ? L’innovation industrielle visant à adapter la production à l’évolution des normes de dépollution pourra également être abordée. 

Axe 4 : En dialogue : ce que les polluants émergents font aux méthodes

Un quatrième axe pourra porter sur les continuités et les renouveaux méthodologiques auxquels invite l’appréhension des contaminants à l’étude au cours de cette journée. « L’étude de la constitution historique et sociale de polluants émergents (microplastiques, PFAS) en objets de recherche scientifique » (Marpot, 2025) oblige-t-elle les chercheur·euses en sciences humaines et sociales à faire évoluer leurs façons d’enquêter ? Faut-il repenser la manière de délimiter l’environnement, d’en parler avec les acteur·ices ou de gérer les affects en présence (les siens propres ou ceux de ses enquêté·e·s). Enquêter sur ce qui a pu être qualifié de violence chimique d’un type nouveau implique-t-il particulièrement d’enquêter avec son corps, ou est-ce au contraire impossible dans un contexte de contaminations ubiquitaires mais souvent invisibles ?

Modalités de soumission

Cet appel à communication s’adresse aux collègues doctorant·es et jeunes docteur·es.

Les propositions de contributions d’environ 500 mots (hors références bibliographiques) sont à envoyer d’ici le vendredi 12 juin 2026 aux personnes suivantes :

  • Juliette Ferlin (juliette.ferlin.doc@gmail.com), 
  • Clara Gervaise-Volaire (clara.gervaise-volaire@univ-eiffel.fr)
  • Victoria Hatem (victoria.hatem@inrae.fr). 

Chaque proposition devra contenir un titre, 5 mots clés, préciser l’axe dans lequel elle s’inscrit préférentiellement et les matériaux empiriques sur lesquels elle s’appuie. Les propositions de communication autour de cadrages théoriques, sans assise empirique, seront moins favorisées.

Les notifications d’acceptation des propositions auront lieu le lundi 28 juin 2026.

Les Journées d’Étude auront lieu les 07 et 08 octobre 2026 sur le Campus de l’Université Gustave Eiffel à Champs-sur-Marne. Les frais de déplacement seront à la charge des laboratoires des participant·es.

Il sera attendu des communicant·es sélectionné·es un résumé de 5 à 10 pages de leurs communications pour le 21 septembre 2026.

Comité scientifique 

  • Benjamin Raimbault (ESIEE, LISIS) 
  • Valentin Thomas (CNRS, Cermes3)

Comité d'organisation 

  • Juliette Ferlin (UGE, LISIS, IRIS)
  • Clara Gervaise-Volaire (CNRS, LISIS)
  • Victoria Hatem (INRAE, LISIS)

Subjects

Places

  • Campus Université Gustave Eiffel
    Champs-sur-Marne, France (77)

Date(s)

  • Friday, June 12, 2026

Attached files

Keywords

  • polluant, santé, travail, recherche, méthode

Contact(s)

  • Juliette Ferlin
    courriel : juliette [dot] ferlin [dot] doc [at] gmail [dot] com
  • Victoria Hatem
    courriel : victoria [dot] hatem [at] inrae [dot] fr
  • Clara Gervaise-Volaire
    courriel : clara [dot] gervaise-volaire [at] univ-eiffel [dot] fr

Information source

  • Juliette Ferlin
    courriel : juliette [dot] ferlin [dot] doc [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Polluants ubiquitaires », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, April 22, 2026, https://doi.org/10.58079/163tp

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