HomeL’ingénierie pédagogique à l’ère de l’intelligence artificielle : de la scénarisation modélisée des apprentissages à la reconfiguration des régimes langagiers
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Published on Monday, April 27, 2026

Abstract

Ce congrès s’inscrit dans une réflexion contemporaine autour des mutations éducatives liées à l’intelligence artificielle. Il réunit chercheurs, enseignants et spécialistes pour explorer comment les technologies intelligentes transforment les méthodes d’enseignement, les processus d’apprentissage et les pratiques langagières. Il vise à encourager l’échange d’idées, le partage d’expériences et la construction de nouvelles approches pédagogiques adaptées aux enjeux actuels.

Announcement

Argumentaire 

Le cycle de Préparation à l’Agrégation, le Centre Régional des Métiers de l'Éducation et de Formation (CRMEF) de Fès-Meknès  organisent le deuxième Congrès National de l’Ingénierie Pédagogique, Didactique des langues et des sciences et Problèmes langagiers (IPDP) sous le thème : L’ingénierie pédagogique à l’ère de l’IA : de la scénarisation modélisée des apprentissages à la reconfiguration des régimes langagiers.

L’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les environnements éducatifs contemporains ne se limite pas à l’introduction de nouveaux outils ; elle engage une transformation profonde des régimes de production, de circulation et d’appropriation des savoirs. Au croisement de l’ingénierie pédagogique, de la didactique des sciences et des disciplines de langue, cette mutation invite à interroger non seulement les dispositifs d’apprentissage, mais plus fondamentalement le statut du langage dans les processus de connaissance.

Traditionnellement, les disciplines scientifiques et les disciplines de langue se sont construites selon des logiques distinctes, voire opposées. Les premières privilégient la formalisation, la modélisation et la rigueur opératoire, souvent au prix d’une relative faiblesse dans l’élaboration discursive. Les secondes, à l’inverse, accordent une place centrale à la construction du sens, à la complexité énonciative et à la singularité des formes langagières, sans toujours intégrer les exigences de formalisation propres aux savoirs scientifiques. Cette dissymétrie structurelle a longtemps contribué à définir des profils d’apprenants différenciés, marqués par des compétences inégalement distribuées entre maîtrise technique et maîtrise linguistique.

L’émergence de l’intelligence artificielle, en particulier à travers les technologies de génération automatique du langage, semble introduire une rupture dans cette configuration. En produisant des discours grammaticalement corrects, cohérents et immédiatement exploitables, ces systèmes tendent à atténuer les écarts apparents de compétence linguistique, notamment dans les disciplines scientifiques, où ils peuvent fonctionner comme des instruments de compensation. Toutefois, ce processus de « facilitation » s’accompagne d’un phénomène plus ambivalent : la production d’un langage standardisé, caractérisé par une lisibilité accrue mais aussi par une relative neutralisation des marques de singularité, de complexité et de problématisation.

Ce que l’on pourrait qualifier de « langage neutralisé » ne relève ni de la pauvreté ni de la richesse stylistique au sens traditionnel, mais d’un régime discursif intermédiaire, optimisé pour la communication efficace plutôt que pour l’élaboration critique. Dans les disciplines linguistiques, il tend à atténuer les exigences de profondeur interprétative et de créativité langagière ; dans les disciplines scientifiques, il peut masquer les difficultés de conceptualisation en produisant des énoncés formellement corrects mais cognitivement peu investis. Ainsi, loin de résoudre les tensions entre langage et savoir, l’intelligence artificielle en reconfigure les termes, en déplaçant les frontières entre maîtrise linguistique, compréhension conceptuelle et production discursive.

Dans cette dynamique, l’ingénierie pédagogique occupe une position charnière qu’il convient de réinterroger. Elle s’est imposée comme un dispositif de rationalisation et de médiation des contenus didactiques, tant dans les disciplines scientifiques que linguistiques, en s’appuyant sur des modèles structurants tels que ADDIE, PADDIE ou encore SAM. Ces modèles ont contribué à formaliser les étapes de conception, de développement et d’évaluation des dispositifs d’apprentissage, en inscrivant l’acte pédagogique dans une logique d’optimisation et de planification. Toutefois, l’avènement de l’intelligence artificielle met en tension ces cadres méthodologiques. En effet, la capacité des systèmes intelligents à produire, adapter et transformer les contenus en temps réel tend à déstabiliser les logiques séquentielles et anticipatrices propres à ces modèles. Dès lors, l’ingénierie pédagogique se trouve confrontée à un risque de décalage, voire d’obsolescence relative, si elle ne parvient pas à intégrer ces nouvelles dynamiques.

Au regard de ces transformations, l’ensemble des dynamiques évoquées converge vers un faisceau de problématiques profondes qui appellent une élaboration critique. La première tient à la tension entre production discursive et appropriation cognitive : dans quelle mesure la génération automatisée du langage, en offrant des énoncés formellement maîtrisés, risque-t-elle de dissocier l’acte d’écrire de celui de penser, tant dans les disciplines scientifiques que linguistiques ? La deuxième concerne le processus de neutralisation des médiations langagières : l’émergence d’un langage standardisé, optimisé pour la clarté et l’efficacité communicationnelle, ne tend-t-elle pas à homogénéiser les pratiques discursives, au détriment de la complexité interprétative et de la singularité énonciative ? Une troisième problématique interroge la reconfiguration des compétences disciplinaires : si l’intelligence artificielle semble atténuer les écarts traditionnels entre profils scientifiques et linguistiques, ne produit-elle pas simultanément de nouvelles formes d’inégalités, liées à la capacité différenciée des acteurs à mobiliser ces outils de manière critique ? Sur un plan plus fondamental, se pose la question du statut du langage dans la construction des savoirs : que devient le rôle du discours comme instrument de conceptualisation lorsque sa production peut être externalisée, partiellement ou totalement, à des systèmes intelligents ? Par ailleurs, l’ingénierie pédagogique elle-même se trouve au cœur d’une tension structurante : historiquement fondée sur des modèles séquentiels et anticipatifs conçus comme des dispositifs de médiation et d’optimisation des contenus d’enseignement-apprentissage, elle apparaît aujourd’hui confrontée à des environnements numériques caractérisés par la fluidité, l’adaptativité et l’autonomie relative des systèmes, associés aux logiques émergentes du Web 4.0. Dès lors, une question centrale s’impose : ces modèles sont-ils encore opérants dans un contexte où les contenus et les interactions échappent en partie à la planification préalable ? Ces différentes interrogations, loin d’être indépendantes, dessinent un champ problématique complexe où se croisent enjeux didactiques, épistémologiques et socio-éducatifs, et qui appelle une reconfiguration des cadres d’analyse traditionnels.

Dans le prolongement de ces problématiques, le congrès entend structurer la réflexion autour de plusieurs axes de recherche complémentaires, visant à explorer les tensions et reconfigurations à l’œuvre :

Axe 1 - Compétences linguistiques et scientifiques à l’ère de l’intelligence artificielle :

Cet axe accueille des travaux analysant l’évolution des compétences dans les disciplines linguistiques (français, arabe, anglais, etc.) et scientifiques (mathématiques, sciences physiques, informatique, etc.). Il s’agit d’examiner comment l’intelligence artificielle transforme les équilibres entre maîtrise du langage et maîtrise des contenus, ainsi que les nouvelles formes de compétences — hybrides, instrumentées ou critiques — qui en résultent.

Axe 2 - Langage automatisé et transformations des pratiques discursives :

Cet axe porte sur les effets du langage généré par l’intelligence artificielle sur les pratiques d’écriture, d’expression et de communication. Les contributions pourront interroger les phénomènes de standardisation, de simplification ou de neutralisation du langage, aussi bien dans les disciplines de langue que dans les disciplines scientifiques.

Axe 3 - Écriture, traduction et construction des savoirs :

Cet axe invite à questionner les relations entre production de discours et appropriation des connaissances. Il s’adresse aux travaux qui analysent les effets de l’intelligence artificielle sur les compétences de compréhension, de raisonnement et de conceptualisation, en contexte d’enseignement-apprentissage.

Axe 4 - Ingénierie pédagogique et nouveaux environnements d’apprentissage

Cet axe concerne les transformations des modèles et des pratiques d’ingénierie pédagogique face à l’intelligence artificielle. Il accueille des réflexions sur les limites des modèles classiques (ADDIE, SAM, etc.), ainsi que sur les nouvelles formes de conception, de scénarisation et de médiation dans des environnements numériques évolutifs.

Axe 5 - Usages, inégalités et enjeux critiques et perspectives de l’intelligence artificielle en éducation

Cet axe propose de parcourir les dimensions sociales, éthiques et éducatives de l’intelligence artificielle. Il s’agit notamment d’analyser les inégalités d’accès et d’usage, les formes de dépendance aux outils, ainsi que les implications de ces technologies pour l’enseignement et l’apprentissage.

Modalités de soumission et calendrier

Les propositions de communication, d’une durée de 15 minutes, pourront être présentées en français, en arabe ou en anglais. Elles devront comporter un résumé d’une longueur maximale de 500 mots (hors espaces), accompagné d’une brève notice biographique de l’auteur, d’une bibliographie sélective (comportant entre trois et cinq références) ainsi que cinq mots-clés. Les propositions devront être transmises par courrier électronique à l’adresse congresipdpfes@gmail.com et feront l’objet d’un processus de double évaluation anonyme garantissant la rigueur scientifique des contributions retenues.

Le calendrier prévisionnel du congrès est fixé comme suit : la date limite de soumission des propositions est arrêtée au 20 mai 2026 ; les notifications d’acceptation seront communiquées le 31 mai 2026. Le congrès se tiendra le 6 juin 2026.

Président du congrès

  • M. Mohammed El Azami El Hassani

Coordination

  • Mme. Soumia Sadiki

Comité scientifique 

Dr. Farid BENHADOU : Directeur Adjoint chargé du Cycle de Préparation à l´Agrégation, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès
Dr. Soumia SADIKI : Cycle de Préparation à l’Agrégation de Français, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès
Dr. Jamal ALILOUCH : Cycle de Préparation à l’Agrégation de Français, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès 
Dr. Ahmed ROUKBI : Cycle de Préparation à l’Agrégation de Mathématiques, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès
Dr. Mohammed ISSOUAL : Cycle de Préparation à l’Agrégation de Mathématiques, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès
Dr. Hamid SADIK : Cycle de Préparation à l’Agrégation de Mathématiques, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès
Dr. Lamyae SLAOUI : Département de didactique de la langue française, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès 
Dr. Mohamed FETHI : Enseignant-Chercheur en linguistique et didactique de la langue arabe, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès    Dr. Abd Elmalek ACHAHBOUNE : Département de didactique de la langue arabe, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès
Dr. Mahmoud SEDDIK : Département de didactique de la langue anglaise, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Fès-Meknès 
Dr. My Ismail Mamouni : Département de Didactique des Mathématiques, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Rabat-Salé-Kénitra
Dr. Mohammed Chargui : Département de Didactique des Mathématiques, Centre Régional des Métiers de l'Education et de la Formation de Rabat-Salé-Kénitra 
Dr. Mounir EL ABDELLAOUY : Professeur de langue et littérature françaises, Ecole Supérieure de Technologie, Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès
Dr. Radya HADDADI : Professeure de langue et littérature françaises, Centres d'épanouissement artistique et littéraire, AREF Rabat-Salé-Kénitra
Dr. Amine EL ALAMI : Professeur de langue et littérature françaises, Faculté des Sciences Juridiques et Politiques, Université Ibn Tofaïl- Kénitra
Dr. Meryem LABRABICHE : Professeure de langue et littérature françaises, Faculté des Sciences, Université Chouaib Doukkali- El Jadida
Dr. Abderahman BABNI : Professeur de langue et littérature anglaises, Faculté Polydisciplinaire d’Errachidia, Université Moulay-Ismaïl

Places

  • Centre Régional des Métiers de l'Éducation et de Formation (CRMEF) de Fès-Meknès, 49 B Rue Koweit,
    Fes, Kingdom of Morocco (30050)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Wednesday, May 20, 2026

Attached files

Keywords

  • langues, sciences, L’ingénierie pédagogique, IA, Problèmes langagiers

Contact(s)

  • Soumia SADIKI
    courriel : soumia [dot] sadiki [at] gmail [dot] com

Information source

  • Soumia SADIKI
    courriel : soumia [dot] sadiki [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« L’ingénierie pédagogique à l’ère de l’intelligence artificielle : de la scénarisation modélisée des apprentissages à la reconfiguration des régimes langagiers », Call for papers, Calenda, Published on Monday, April 27, 2026, https://doi.org/10.58079/164xs

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