Annonce
Argumentaire
Ce dossier de Condition humaine / Conditions politiques s’inscrit dans un constat partagé : depuis plusieurs années, un ensemble de recherches anthropologiques, souvent qualifiées d’« anarchistes » sans constituer pour autant un courant homogène, participent d’un même déplacement du regard. Elles interrogent des manières de faire monde, de produire du savoir et de coexister qui ne prennent ni l’État, ni la domination, ni la centralisation du pouvoir comme horizons nécessaires ou évidents. Parler d’« anthropologies anarchistes » ne vise donc ni à instituer une nouvelle école, ni à stabiliser une définition doctrinale de l’anarchisme, mais à ouvrir un espace de discussion pluraliste autour de pratiques de recherche qui expérimentent concrètement des formes de non-domination, d’autonomie et de coexistence. L’intérêt renouvelé pour ces anthropologies ne relève pas d’un simple effet de conjoncture ni d’un hommage aux figures récemment disparues de David Graeber (2020), Marshall Sahlins (2021) ou James C. Scott (2024). Il témoigne plus profondément d’un déplacement des questionnements anthropologiques contemporains, dans un contexte marqué par l’intensification des formes de pouvoir, la multiplication des crises écologiques et la remise en cause des modèles dominants de gouvernement, de développement et de production des savoirs. Ce déplacement s’est déjà exprimé dans plusieurs projets éditoriaux récents, qui ont contribué à structurer les débats entre anthropologie et anarchisme. Le numéro « Anthropologie et anarchie » du Journal des Anthropologues (2018) a proposé une première mise en discussion disciplinaire, souvent centrée sur des terrains explicitement anarchistes ou autonomistes. Le dossier de la Revue du MAUSS (2023/2) a abordé ces questions depuis une perspective majoritairement théorique et de philosophie politique, tandis que les discussions récentes autour de l’œuvre de Pierre Clastres, notamment dans les Cahiers d’anthropologie sociale (2025), interrogent les fondements et les limites de l’anthropologie politique. Les propositions de Holly High et Joshua O. Reno (2023) s’inscrivent elles aussi dans ce paysage, en analysant en particulier le leg de David Graeber.
Ce nouveau dossier de Condition humaine / Conditions politiques se situe en dialogue explicite avec ces travaux, tout en proposant un déplacement complémentaire. Plutôt que de prendre pour objet central l’anarchisme comme forme politique ou comme tradition intellectuelle, il s’agit d’orienter l’attention vers la pratique de notre discipline elle-même : une anthropologie sans a priori autoritaire et/ou normatif est-elle possible ? Comment et avec quelles implications ? Autrement dit, l’enjeu n’est pas d’établir un état des lieux exhaustif de la production existante, mais de problématiser un angle encore peu exploré : celui de l’anarchisme comme posture méthodologique et épistémique en anthropologie (la discipline est entendue ici dans tout son périmètre, anthropologies biologiques, culturelles et/ou sociales incluses ; et ouverte notamment sur l’histoire et l’archéologie). Ce ne sont pas tant les théories anarchistes qui seront ainsi questionnées que les implications d’un « anarchisme méthodologique » (Feyerabend, 1988) : ce que l’anarchisme fait/peut faire aux manières d’enquêter, de connaître, de raisonner, d’écrire et plus généralement de rendre compte en anthropologie.
Ainsi, le dossier s’organisera autour de recherches qui ne nient pas les logiques de soumission, de domination, d’adhésion ou de reproduction, ni non plus la place écrasante qu’elles occupent aujourd’hui, mais qui reconnaissent les fondements politiques et historiques de cette préséance ontologique, tout en contestant sa domination épistémique. C’est l’essence de « la révolution copernicienne » proposée par Pierre Clastres (1974) en son temps qu’il s’agit en somme de retrouver : le pouvoir et la domination ne sont pas des fatalités, mais faire exister des formes sociales (individuelles et collectives) et/ou scientifiques qui les tiennent à distance demande de très sérieux efforts intellectuels et pratiques. En ce sens nous assumons de vouloir projeter l’anthropologie elle-même vers un horizon d’émancipation. Nous sommes convaincues, en effet, que la discipline peut et qu’elle doit contribuer à penser des mondes meilleurs, et à agir pour eux, sans sous-estimer l’exigence épistémique et la rigueur intellectuelle qu’un tel objectif implique. Il s’agirait ainsi d’embrasser la posture « d’intellectuels radicaux » défendue par David Graeber (2018).
Dans cette perspective, nous proposons deux axes potentiellement congruents pour les propositions. Mais il nous semble que toutes celles qui respecteraient le cadre qui vient d’être esquissé devraient être considérées.
Le premier axe concerne directement les manières de faire de la recherche. Les anthropologies anarchistes engagent des éthiques relationnelles et des formes de collaboration qui déplacent la position de l’anthropologue. Des expériences de coécriture (Kopenawa et Albert, 2010) et de recherche-action participative (Fals Borda et Anisur Rahman, 1991) ont déjà montré comment la production de savoirs pouvait se défaire de la verticalité académique et favoriser la réciprocité, la confiance et la responsabilité partagée. Ces démarches ne constituent pas de simples choix méthodologiques : elles interrogent les hiérarchies entre savoirs experts et profanes, entre analystes et analysés, et posent la question, délicate mais centrale, de ce que signifie réellement « prendre les gens au sérieux » (Fujigaki Lares et al. 2014 ; Mariani, 2024). Comment « prendre les gens au sérieux » depuis une épistémologie et une ontologie qui hiérarchisent par définition, et par rapport à elles, les autres formes de connaissance et d’être au monde ? Comment faire compter des savoirs qui ne sont pas scientifiques dans des arènes globalement structurées par la science et autour d’elles ; qui plus est dans une période marquée par l’essor des post-réalismes et la crispation corrélative des valeurs du positivisme ou du scientisme ? Il nous semble en tous cas que l’anthropologie est particulièrement bien dotée pour investir ces questions, parce que sa « raison empirique » (Olivier de Sardan, 2026) lui donne une flexibilité unique, et parce qu’elle a historiquement un pied dans les sciences dites dures et un autre dans les sciences humaines et sociales.
Bien sûr, ces interrogations entrent en résonance étroite avec celles portées par les épistémologies décoloniales, les recherches issues des Suds et les propositions du plurivers, qui invitent à reconnaître la pluralité des ontologies et des régimes de vérité (Smith, 1999 ; Sousa Santos, 2011 ; Wall Kimmerer, 2013 ; de la Cadena, 2015 ; Escobar, 2018). On pourrait même se demander si ces épistémologies ne constituent pas, d’une certaine manière, les « anarchismes des Suds » — à tout le moins, la question mérite d’être posée. Les anthropologies anarchistes partagent avec ces approches un refus de l’imposition d’un monde unique gouverné par une rationalité dominante, et une attention aux manières multiples d’habiter la terre. Elles invitent à laisser d’autres concepts — forêt, rivière, ancêtre, territoire, feu — être des opérateurs d’analyse (et parfois des opérateurs juridiques) à part entière, et à concevoir la recherche comme une pratique d’accompagnement et/ou de dialogue critique plutôt que comme un instrument de capture.
Le deuxième axe de cet appel concerne plus directement « le regard anarchiste », ses implications épistémiques et les propositions d’interprétation qu’il peut contribuer à susciter. Observer le monde en ayant provincialisé l’État et le pouvoir tel que nous les connaissons aujourd’hui très majoritairement, c’est en effet supposer qu’il a pu, qu’il aurait pu ou qu’il pourrait encore « en être autrement ». C’est donc une invitation à relire un certain nombre de faits, de témoignages et d’analyses historiques d’une part ; à se questionner sur l’état actuel des possibilités d’autre part.
Si l’État et la domination ne sont pas des fatalités, il faut en effet se demander pourquoi (et comment) elles peuvent donner l’impression de l’être ; questionner leurs conditions d’existence et de déploiement. En ce sens, il nous semble qu’un regard anarchiste doit s’attacher en particulier aux « incompatibilités », des lieux de frottement qui permettent de distinguer dans un même mouvement les qualités spécifiques du pouvoir centralisé, et celles des potentialités ou des propositions qu’il se doit de nier pour exister. James C. Scott (2013, 2017) a donné des exemples nombreux et détaillés de ce genre d’approche critique ; opposant des logiques étatiques et capitalistes homogénéisatrices et simplificatrices à des manières de faire monde plus fondamentalement hétérogènes, fugitives, et qui cherchent souvent à se prolonger dans cette hétérogénéité. Il a d’ailleurs été suggéré qu’il faut explorer ces dynamiques contradictoires bien au-delà des formes subjectives ou sociales, dans une lignée matérialiste qui prête attention aux infrastructures, aux topographies, à l’agronomie, à la biologie ou aux techniques. Il y a, en tous cas, une incompatibilité fondamentale entre le pouvoir hégémonique et la diversité (biologique, sociale ou ontologique), car la seconde augmente en général à mesure que l’intensité du premier diminue (Mariani, 2024). C’est aux déclinaisons protéiformes de cette tension profonde que nous proposons ici de prêter attention. En se donnant ainsi pour objectif de décrire ce qui résiste ou qui échappe effectivement, ou qui est susceptible de résister ou d’échapper, à un pouvoir centralisé, on suppose que l’histoire et le futur du monde se joue dans les arbitrages, les moments où l’une ou l’autre direction s’impose. On admet aussi que l’une des implications d’un regard anarchiste est de toujours confronter ce qui est avec ce qui aurait pu être. Et d’ouvrir ainsi une réflexion sur les conditions de possibilité de mondes habitables, humains et autres qu’humains.
Ce dossier se veut ainsi un espace de réflexion à l’image même des anthropologies qu’il explore : pluriel, non normatif et résolument ancré dans des enquêtes précises. Il accueillera des contributions anthropologiques, historiographiques ou méthodologiques qui interrogent, à partir d’un regard situé et critique, ce qu’une sensibilité anarchiste peut faire à l’anthropologie en général et aux différents mondes dans lesquels elle s’inscrit. En réfléchissant aux conditions d’une pratique académique plus horizontale, et à ses implications, il voudrait ainsi contribuer au développement d’un pluralisme épistémique (Graeber, 2015) qui ne serait pas (qu’)un relativisme ontologique.
Modalités de contribution
Les auteur·ices sont invité·es à envoyer avant le 15 juin :
- un résumé de 3000 signes environ, précisant terrain, méthodologie et argument (document word ou libreOffice) assorti d’une courte bibliographie ;
- une courte biographie de l’auteur·ice (150 mots).
Ils doivent comporter le nom de l’auteur·ice, son affiliation professionnelle et son adresse mail, et être adressées à redaction.ch-cp@ehess.fr ; leo.mariani@mnhn.fr et alizelj@iia.unam.mx, avec la mention « CH/CP – Anthropologies anarchistes » en objet du message. Elles recevront une réponse le 6 juillet.
Les articles complets, rédigés dans l’une des langues de la revue (français, anglais, italien, espagnol ou portugais), doivent compter entre 25 000 et 40 000 signes (notes et bibliographie comprises). Ils doivent être originaux et inédits, et conformes aux normes éditoriales de la revue, disponibles sur son site : https://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php ?id =99.
Chaque article doit être accompagné d’un résumé d’environ 3 000 signes, en français et en anglais (ainsi que dans la langue de l’article si celle-ci est différente).
Les textes doivent être soumis au plus tard le 15 octobre.
La procédure est donc organisée en deux temps. En lien avec le comité de rédaction, les coordinateur·ices effectueront une sélection des propositions de contributions sur la base des résumés reçus. Les contributions retenues seront ensuite évaluées selon une procédure en double aveugle.
Calendrier :
- Réception des résumés des contributions : 15 juin
- Réponse : 6 juillet
- Remise des articles : 15 octobre
Coordinateur·ices du numéro
- Alizé LACOSTE JEANSON (Instituto de Investigaciones Antropológicas, Universidad Nacional Autónoma de México ; PACEA UMR 5199, CNRS – Université de Bordeaux – Ministère de la Culture), alizelj@iia.unam.mx
- Léo MARIANI (MNHN, UMR Paloc, IRD – MNHN – CNRS), leo.mariani@mnhn.fr
Bibliographie
CAHIER D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE, « Pierre Clastres en héritage », Paris, L’Herne, 22, 2025. CLASTRES Pierre, La Société contre l’État, Paris, Éditions de Minuit, 1974.
ESCOBAR Arturo, Sentir-penser avec la Terre : une écologie au-delà de l’Occident, Paris, Seuil, 2018 (2014).
DE LA CADENA Marisol, Earth Beings : Ecologies of Practice Across Andean Worlds. Durham ; Londres, Duke University Press, 2015.
FALS BORDA Orlando, ANISUR RAHMAN Mohammad, Action and Knowledge : Breaking the Monopoly With Participatory Action-Research, New York, Apex Press, 1991.
FEYERBAND Paul, Contre la méthode. Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, Paris, Seuil, 1988 (1975).
JOURNAL DES ANTHROPOLOGUES, « Anthropologie et anarchisme », Paris, Association Française des Anthropologues, 152-153, 1, 2018.
FUJIGAKI Lares Alejandro, MARTINEZ Isabel., SALAZAR GONZÁLEZ Denisse, « Llevar a serio… Contra el infierno metafísico de la antropología : Entrevista con Eduardo Viveiros de Castro », Anales de Antropología, 48, 2, 2014, p. 219-244.
GRAEBER David, Pour une anthropologie anarchiste, Montréal, Lux, 2006 (2004).
GRABER David, « Radical alterity is just another way of saying « reality ». A reply to Eduardo Viveiros de Castro », Hau. Journal of Ethnographic Theory, 5, 2, 2015, p. 1-41.
HIGH Holly, RENO Joshua O. (dir.), As If Already Free : Anthropology and Activism After David Graeber, Londres, Pluto Press, 2023.
KIMMERER Robin Wall, Braiding Sweetgrass : Indigenous Wisdom, Scientific Knowledge, and the Teachings of Plants, Minneapolis, Milkweed Editions, 2013.È
KOPENAWA Davi, ALBERT Bruce, La Chute du ciel : Paroles d’un chaman yanomami, Paris, Plon, 2010.
OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 2026, « Les études décoloniales face à la raison empirique : l’obsession épistémologique », L’Homme, 3-4, 255-256, 2026, p. 191-238.
MARIANI Léo, Devenir hétéronomes. Sur la pluralité des mondes, Sesto San Giovanni, Mimésis, 2024.
REVUE DU MAUSS, « « Faut plus d’gouvernement ? » : Penser le moment anarchiste contemporain », Paris, Éditions Le Bord de l’eau, 62, 2, 2023.
SCOTT James Campbell, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné. Une histoire anarchiste des hautes terres d’Asie du Sud-est, Paris, Point, 2013 (2009).
SCOTT James Campbell, Against the Grain : A Deep History of the Earliest States, New Haven, Yale University Press, 2017.
SMITH Linda Tuhiwai, Decolonizing Methodologies : Research and Indigenous Peoples, Londres, New York, Zed Books, 1999.
Argument
This special issue of Condition humaine / Conditions politiques is grounded in a shared observation : for several years now, a body of anthropological research—often described as “anarchist”, though not forming a homogeneous current—has contributed to a common shift in perspective. These works interrogate ways of world-making, knowledge production, and coexistence that do not take the state, domination, or centralized power as necessary or selfevident horizons. Speaking of “anarchist anthropologies” is therefore not an attempt to establish a new school or to stabilize a doctrinal definition of anarchism, but rather to open a pluralistic space for discussion around research practices that concretely experiment with forms of non-domination, autonomy, and coexistence.
The renewed interest in these anthropologies is not merely a matter of circumstance, nor simply a tribute to recently deceased figures such as David Graeber (2021), or James C. Scott (2024). More profoundly, it reflects a shift in contemporary anthropological questions, in a context marked by the intensification of forms of power, the multiplication of ecological crises, and the questioning of dominant models of governance, development, and knowledge production. This shift has already found expression in several recent editorial projects that have helped structure debates between anthropology and anarchism. The issue “Anthropology and Anarchy” of the Journal des Anthropologues (2018) offered an initial disciplinary discussion, often centered on explicitly anarchist or autonomist fieldwork. The dossier of the Revue du MAUSS (2023/2) addressed these questions from a largely theoretical and political philosophy perspective, while recent discussions surrounding the work of Pierre Clastres, particularly in the Cahiers d’anthropologie sociale (2025), have examined the foundations and limits of political anthropology. The proposals of Holly High and Joshua O. Reno (2023) also belong to this landscape, notably through their analysis of the legacy of David Graeber.
This new issue of Condition humaine / Conditions politiques engages explicitly with these works while proposing a complementary shift. Rather than taking anarchism as a political form or intellectual tradition as its central object, it seeks to direct attention toward the practice of our discipline itself : is an anthropology without authoritarian and/or normative a priori possible ? How, and with what implications ? In other words, the aim is not to produce an exhaustive overview of existing scholarship, but to problematize a still underexplored angle : anarchism as a methodological and epistemic stance in anthropology (the discipline being understood here in its full scope, including biological, cultural, and/or social anthropology, and open notably to history and archaeology). What is at stake is less the interrogation of anarchist theories than the implications of a “methodological anarchism” (Paul Feyerabend, 1988) : what anarchism does—or can do—to ways of investigating, knowing, reasoning, writing, and more generally representing in anthropology.
Thus, the issue will be organized around research that does not deny the logics of submission, domination, adherence, or reproduction—nor the overwhelming place they occupy today— but that recognizes the political and historical foundations of this ontological precedence while contesting its epistemic dominance. In a sense, the aim is to rediscover the essence of the “Copernican revolution” proposed by Pierre Clastres (1974) : power and domination are not inevitabilities, yet sustaining social (individual and collective) and/or scientific forms that keep them at bay requires serious intellectual and practical effort. In this respect, we openly embrace the ambition of projecting anthropology itself toward a horizon of emancipation. We are convinced that the discipline can—and must—help to imagine better worlds and act toward them, without underestimating the epistemic demands and intellectual rigor such an objective entail. In this sense, it would involve adopting the stance of “radical intellectuals” advocated by David Graeber (2018).
From this perspective, we propose two potentially convergent axes for contributions, while remaining open to any that align with the framework outlined above.
The first axis directly concerns research practices. Anarchist anthropologies engage relational ethics and forms of collaboration that shift the position of the anthropologist. Experiences of co-writing (Kopenawa and Albert, 2010) and participatory action research (Fals Borda and Anisur Rahman, 1991) have already shown how knowledge production can move away from academic verticality and foster reciprocity, trust, and shared responsibility. These approaches are not merely methodological choices : they challenge hierarchies between expert and lay knowledge, between analysts and those analyzed, and raise the delicate yet central question of what it truly means to “take people seriously” (Fujigaki Lares et al. 2014 ; Mariani, 2024). How can one “take people seriously” from within an epistemology and ontology that, by definition, hierarchize other forms of knowledge and ways of being in the world ? How can non-scientific forms of knowledge be made to count in arenas largely structured by and around science—especially in a period marked by the rise of post-realism and a corresponding tightening of positivist or scientist values ? Anthropology, it seems, is particularly well equipped to engage with these questions, because its “empirical reason” (Olivier de Sardan, 2026) grants it a unique flexibility, and because it has historically straddled both the so-called hard sciences and the social sciences.
These questions resonate closely with those raised by decolonial epistemologies, research from the Global South, and pluriversal approaches, which invite recognition of the plurality of ontologies and regimes of truth (Smith, 1999 ; Sousa Santos, 2011 ; Wall Kimmerer, 2013 ; de la Cadena, 2015 ; Escobar, 2018). One might even ask whether these epistemologies constitute, in some sense, “anarchisms of the South”—at the very least, the question deserves consideration. Anarchist anthropologies share with these approaches a refusal of the imposition of a single world governed by a dominant rationality, and an attentiveness to the multiple ways of inhabiting the Earth. They invite us to allow other concepts—forest, river, ancestor, territory, fire—to become full-fledged analytical operators (and sometimes legal ones), and to conceive research as a practice of accompaniment and/or critical dialogue rather than an instrument of capture.
The second axis of this call more directly concerns the “anarchist gaze,” its epistemic implications, and the interpretive proposals it may generate. To observe the world after having provincialized the State and power as we predominantly know them is to assume that things could have been—or could still be—otherwise. It is therefore an invitation to revisit a number of facts, testimonies, and historical analyses on the one hand, and to question the current state of possibilities on the other.
If the State and domination are not inevitabilities, we must ask why—and how—they can appear to be so, and examine their conditions of existence and deployment. In this sense, an anarchist perspective should pay particular attention to “incompatibilities,” points of friction that simultaneously reveal the specific qualities of centralized power and the potentialities or propositions it must deny in order to exist. James C. Scott (2013, 2017) has provided numerous and detailed examples of this kind of critical approach, contrasting homogenizing and simplifying state and capitalist logics with ways of world-making that are fundamentally more heterogeneous, fugitives, and often seek to persist in that heterogeneity. It has also been suggested that these contradictory dynamics should be explored well beyond subjective or social forms, in a materialist lineage attentive to infrastructures, topographies, agronomy, biology, and techniques. There is, in any case, a fundamental incompatibility between hegemonic power and diversity (biological, social, or ontological), as the latter generally increases as the intensity of the former decreases (Mariani, 2024). It is to the many forms of this deep tension that we propose to turn our attention.
By aiming to describe what resists or escapes—or could resist or escape—centralized power, we assume that the history and future of the world are shaped in moments of arbitration, when one direction prevails over another. We also acknowledge that one implication of an anarchist gaze is to constantly confront what is with what could have been. In doing so, it opens reflection on the conditions of possibility for habitable worlds, human and more-than-human alike.
This special issue is thus conceived as a space for reflection mirroring the anthropologies it explores : plural, non-normative, and firmly grounded in precise inquiries. It will welcome anthropological, historiographical, or methodological contributions that examine, from a situated and critical perspective, what an anarchist sensibility can do to anthropology in general and to the various worlds in which it is embedded. By reflecting on the conditions for a more horizontal academic practice, and its implications, it seeks to contribute to the development of an epistemic pluralism (Graeber, 2015) that would not be merely an ontological relativism.
Submission guidelines
Authors are invited to submit, by June 15 :
- an abstract of approximately 3,000 characters outlining the fieldwork, methodology, and main argument (Word or LibreOffice document), along with a short bibliography ;
- a brief author biography (150 words).
Submissions must include the author’s name, institutional affiliation, and email address, and should be sent to redaction.ch-cp@ehess.fr, leo.mariani@mnhn.fr, and alizelj@iia.unam.mx, with the subject line “CH/CP – Anarchist Anthropologies.” A response will be sent on July 6.
Full articles, written in one of the journal’s languages (French, English, Italian, Spanish, or Portuguese), must be between 25,000 and 40,000 characters (including notes and bibliography). They must be original and unpublished, and comply with the journal’s editorial guidelines, available on its website : https://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php ?id =99.
Each article must be accompanied by an abstract of approximately 3,000 characters, in French and in English (as well as in the language of the article, if different).
Submissions must be sent no later than October 15.
The process is therefore organized in two stages. In coordination with the editorial board, the issue editors will select proposals based on the submitted abstracts. Accepted contributions will then be evaluated through a double-blind review process.
Timeline :
- Submission of abstracts : June 15
- Notification of acceptance : July 6
- Submission of full articles : October 15
Coordinator
- Alizé LACOSTE JEANSON (Instituto de Investigaciones Antropológicas, Universidad Nacional Autónoma de México ; PACEA UMR 5199, CNRS – Université de Bordeaux – Ministère de la Culture), alizelj@iia.unam.mx
- Léo MARIANI (MNHN, UMR Paloc, IRD – MNHN – CNRS), leo.mariani@mnhn.fr
Bibliography
CAHIER D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE, « Pierre Clastres en héritage », Paris, L’Herne, 22, 2025. CLASTRES Pierre, La Société contre l’État, Paris, Éditions de Minuit, 1974.
ESCOBAR Arturo, Sentir-penser avec la Terre : une écologie au-delà de l’Occident, Paris, Seuil, 2018 (2014).
DE LA CADENA Marisol, Earth Beings : Ecologies of Practice Across Andean Worlds. Durham ; Londres, Duke University Press, 2015.
FALS BORDA Orlando, ANISUR RAHMAN Mohammad, Action and Knowledge : Breaking the Monopoly With Participatory Action-Research, New York, Apex Press, 1991.
FEYERBAND Paul, Contre la méthode. Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, Paris, Seuil, 1988 (1975).
JOURNAL DES ANTHROPOLOGUES, « Anthropologie et anarchisme », Paris, Association Française des Anthropologues, 152-153, 1, 2018.
FUJIGAKI Lares Alejandro, MARTINEZ Isabel., SALAZAR GONZÁLEZ Denisse, « Llevar a serio… Contra el infierno metafísico de la antropología : Entrevista con Eduardo Viveiros de Castro », Anales de Antropología, 48, 2, 2014, p. 219-244.
GRAEBER David, Pour une anthropologie anarchiste, Montréal, Lux, 2006 (2004).
GRABER David, « Radical alterity is just another way of saying « reality ». A reply to Eduardo Viveiros de Castro », Hau. Journal of Ethnographic Theory, 5, 2, 2015, p. 1-41.
HIGH Holly, RENO Joshua O. (dir.), As If Already Free : Anthropology and Activism After David Graeber, Londres, Pluto Press, 2023.
KIMMERER Robin Wall, Braiding Sweetgrass : Indigenous Wisdom, Scientific Knowledge, and the Teachings of Plants, Minneapolis, Milkweed Editions, 2013.È
KOPENAWA Davi, ALBERT Bruce, La Chute du ciel : Paroles d’un chaman yanomami, Paris, Plon, 2010.
OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 2026, « Les études décoloniales face à la raison empirique : l’obsession épistémologique », L’Homme, 3-4, 255-256, 2026, p. 191-238.
MARIANI Léo, Devenir hétéronomes. Sur la pluralité des mondes, Sesto San Giovanni, Mimésis, 2024.
REVUE DU MAUSS, « « Faut plus d’gouvernement ? » : Penser le moment anarchiste contemporain », Paris, Éditions Le Bord de l’eau, 62, 2, 2023.
SCOTT James Campbell, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné. Une histoire anarchiste des hautes terres d’Asie du Sud-est, Paris, Point, 2013 (2009).
SCOTT James Campbell, Against the Grain : A Deep History of the Earliest States, New Haven, Yale University Press, 2017.
SMITH Linda Tuhiwai, Decolonizing Methodologies : Research and Indigenous Peoples, Londres, New York, Zed Books, 1999.
Argumentos
Ese dossier de Condition humaine / Conditions politiques dedicado a las Antropologías anarquistas parte de un diagnóstico compartido : desde hace varios años, un conjunto de investigaciones antropológicas —a menudo calificadas como “anarquistas”, aunque sin conformar una corriente homogénea— participa de un mismo desplazamiento en la forma de mirar. Se trata de trabajos que cuestionan maneras de hacer mundo, de producir conocimiento y de coexistir que no toman al Estado, la dominación o la centralización del poder como horizontes necesarios ni evidentes. En este sentido, hablar de “antropologías anarquistas” no busca fundar una nueva escuela ni fijar una definición doctrinal del anarquismo, sino abrir un espacio plural de discusión en torno a prácticas de investigación que exploran, de manera concreta, formas de no-dominación, autonomía y coexistencia.
El interés renovado por estas antropologías no responde simplemente a una coyuntura ni a un homenaje a figuras recientemente fallecidas como David Graeber (2020), Marshall Sahlins (2021) o James C. Scott (2024). Más bien, refleja un desplazamiento más profundo en las preguntas de la antropología contemporánea, en un contexto marcado por la intensificación de las formas de poder, la proliferación de crisis ecológicas y el cuestionamiento de los modelos dominantes de gobierno, desarrollo y producción del conocimiento. Este giro ya se ha expresado en varios proyectos editoriales recientes que han ayudado a estructurar los debates entre antropología y anarquismo. Por ejemplo, el número “Anthropologie et anarchie” del Journal des Anthropologues (2018) abrió una primera discusión disciplinaria, muchas veces centrada en contextos explícitamente anarquistas o autonomistas. El dossier de la Revue du MAUSS (2023/2) abordó estos temas desde una perspectiva más teórica y de filosofía política, mientras que los debates recientes sobre la obra de Pierre Clastres — particularmente en los Cahiers d’anthropologie sociale (2025)— han replanteado los fundamentos y límites de la antropología política. Las propuestas de Holly High y Joshua O. Reno (2023) también forman parte de este panorama, especialmente al analizar el legado de David Graeber.
Este dossier de Condition humaine / Conditions politiques dialoga directamente con esos trabajos, pero busca aportar una mirada complementaria. En lugar de centrarse en el anarquismo como forma política o tradición intelectual, propone dirigir la atención hacia la práctica misma de la disciplina : ¿es posible una antropología sin supuestos autoritarios o normativos ? ¿Cómo sería y qué implicaciones tendría ? Más que ofrecer un panorama exhaustivo de lo ya producido, se trata de problematizar un ángulo todavía poco explorado : el anarquismo como postura metodológica y epistemológica en antropología (entendida aquí en un sentido amplio, que incluye sus vertientes biológicas, culturales y sociales, y su diálogo con la historia y la arqueología). No se trata tanto de cuestionar las teorías anarquistas, sino de explorar las implicaciones de un “anarquismo metodológico” (Feyerabend, 1988) : ¿qué hace —o puede hacer— el anarquismo con nuestras formas de investigar, conocer, razonar, escribir y, en general, producir conocimiento antropológico ?
Desde esta perspectiva, el dossier se articulará en torno a investigaciones que no niegan las lógicas de sumisión, dominación, adhesión o reproducción —ni su preponderancia actual—, pero que reconocen los fundamentos políticos e históricos de esta ontología al mismo tiempo que cuestionan su dominio epistemológico. En cierto modo, se trata de recuperar el espíritu de la “revolución copernicana” propuesta por Pierre Clastres (1974) : el poder y la dominación no son inevitables, pero sostener formas sociales (individuales o colectivas) y/o científicas que los mantengan a distancia exige un trabajo intelectual y práctico considerable. En este sentido, asumimos la intención de proyectar la antropología hacia un horizonte de emancipación. Consideramos que la disciplina puede —y debe— contribuir a imaginar mundos mejores y a actuar en favor de ellos, sin perder de vista la exigencia epistemológica y el rigor que este objetivo implica. Se trataría, así, de asumir la postura de “intelectuales radicales” propuesta por David Graeber (2018).
En este marco, proponemos dos ejes posibles para las contribuciones, aunque cualquier propuesta que se inscriba en el espíritu aquí delineado será considerad
El primer eje se centra en las formas de hacer investigación. Las antropologías anarquistas implican éticas relacionales y formas de colaboración que transforman la posición del antropólogo. Experiencias de coautoría (Kopenawa y Albert, 2010) y de investigación-acción participativa (Fals Borda y Anisur Rahman, 1991) han mostrado que es posible producir conocimiento más allá de la verticalidad académica, promoviendo la reciprocidad, la confianza y la responsabilidad compartida. Estas prácticas no son meras decisiones metodológicas : cuestionan las jerarquías entre saberes expertos y no expertos, entre quienes analizan y quienes son analizados, y plantean una pregunta tan delicada como central : ¿qué significa realmente “tomar a la gente en serio” (Fujigaki Lares et al. 2014 ; Mariani, 2024) ? ¿Cómo hacerlo desde marcos epistemológicos y ontológicos que, por definición, jerarquizan otras formas de conocer y de estar en el mundo ? ¿Cómo hacer valer saberes no científicos en espacios estructurados por la ciencia, especialmente en un momento marcado tanto por el auge de los posrealismos como por el reforzamiento del positivismo o el cientificismo ? En este sentido, la antropología parece particularmente bien posicionada para abordar estas cuestiones, tanto por su “razón empírica” (Olivier de Sardan, 2026), que le da una flexibilidad singular, como por su ubicación histórica entre las ciencias naturales y las ciencias sociales.
Estas preguntas dialogan estrechamente con las epistemologías decoloniales, las investigaciones provenientes del Sur global y las propuestas del pluriverso, que invitan a reconocer la pluralidad de ontologías y regímenes de verdad (Smith, 1999 ; Sousa Santos, 2011 ; Wall Kimmerer, 2013 ; de la Cadena, 2015 ; Escobar, 2018). Incluso podría pensarse si estas perspectivas no constituyen, en cierto modo, los “anarquismos del Sur” ; cuando menos, es una hipótesis que merece ser formulada. En cualquier caso, comparten con las antropologías anarquistas el rechazo a la imposición de un único mundo regido por una racionalidad dominante, así como la atención a las múltiples formas de habitar la Tierra. También invitan a considerar otros conceptos —bosque, río, ancestro, territorio, fuego— como verdaderos operadores de análisis (e incluso jurídicos), y a entender la investigación más como una práctica de acompañamiento o diálogo crítico que como un mecanismo de apropiación.
El segundo eje se enfoca en lo que podríamos llamar “la mirada anarquista” : sus implicaciones epistemológicas y las interpretaciones que permite generar. Observar el mundo sin dar por sentados al Estado y al poder —tal como hoy se entienden— implica reconocer que las cosas pudieron ser, podrían ser o aún pueden ser de otra manera. Es, por tanto, una invitación tanto a releer hechos y análisis históricos como a cuestionar las posibilidades actuales.
Si el Estado y la dominación no son inevitables, es necesario preguntarse por qué parecen serlo y bajo qué condiciones se sostienen. En este sentido, una mirada anarquista puede enfocarse en las “incompatibilidades” : esos puntos de fricción que permiten identificar, al mismo tiempo, las características del poder centralizado y aquello que este necesita negar para existir. James C. Scott (2013, 2017) ofreció numerosos ejemplos de este enfoque, al contrastar las lógicas estatales y capitalistas —homogeneizadoras y simplificadoras— con formas de vida más heterogéneas, fugitivas y resilientes. Estas tensiones también pueden explorarse más allá de lo social, en ámbitos como las infraestructuras, las topografías, la agronomía o la biología. En cualquier caso, parece haber una incompatibilidad fundamental entre el poder hegémonico y la diversidad (biológica, social u ontológica), ya que esta última tiende a expandirse cuando disminuye la intensidad del primero (Mariani, 2024). Es precisamente a las múltiples formas de esta tensión a las que invitamos a prestar atención. Al enfocarse en aquello que resiste, escapa o podría escapar al poder centralizado, se asume que la historia y el futuro del mundo se juegan en esos momentos en que se imponen distintas direcciones. La mirada anarquista implica precisamente confrontar de manera constante lo que es con lo que pudo haber sido, abriendo así una reflexión sobre las condiciones que hacen posibles mundos habitables, tanto humanos como no humanos.
Este dossier busca entonces ser un espacio de reflexión acorde con las antropologías que explora : plural, no normativo y basado en investigaciones concretas. Recibirá contribuciones etnográficas, historiográficas o metodológicas que, desde una perspectiva situada y crítica, analicen lo que una sensibilidad anarquista puede aportar tanto a la antropología como a los distintos mundos en los que esta se inserta. Al reflexionar sobre las condiciones de una práctica académica más horizontal, aspira a contribuir al desarrollo de un pluralismo epistemológico (Graeber, 2015) que no se limite a un relativismo ontológico.
Normas de envío
Se invita a las autoras y los autores a enviar, antes del 15 de junio :
- un resumen de aproximadamente 3.000 caracteres que precise el trabajo de campo, la metodología y el argumento (documento Word o LibreOffice), acompañado de una breve
- bibliografía ;
- una breve biografía de la autora o del autor (150 palabras).
Los documentos deberán incluir el nombre de la autora o del autor, su afiliación institucional y su dirección de correo electrónico, y deberán enviarse a redaction.ch-cp@ehess.fr, leo.mariani@mnhn.fr y alizelj@iia.unam.mx, con el asunto « CH/CP – Antropologías anarquistas ». Se enviará una respuesta el 6 de julio.
Los artículos completos, redactados en una de las lenguas de la revista (francés, inglés, italiano, español o portugués), deben tener una extensión de entre 25.000 y 40.000 caracteres (notas y bibliografía incluidas). Deben ser originales e inéditos, y ajustarse a las normas editoriales de la revista, disponibles en su sitio web : https://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php ?id =99.
Cada artículo debe ir acompañado de un resumen de aproximadamente 3.000 caracteres, en francés y en inglés (así como en la lengua del artículo si esta fuera distinta).
Los textos deben enviarse a más tardar el 15 de octubre.
El proceso se organiza, por tanto, en dos etapas. En coordinación con el comité editorial, las personas coordinadoras realizarán una selección de las propuestas de contribuciones sobre la base de los resúmenes recibidos. Las contribuciones seleccionadas serán posteriormente evaluadas mediante un proceso de revisión por pares doble ciego.
Calendario :
- Recepción de resúmenes de las contribuciones : 15 de junio
- Notificación de aceptación : 6 de julio
- Entrega de los artículos : 15 de octubre
Coordinador
- Alizé LACOSTE JEANSON (Instituto de Investigaciones Antropológicas, Universidad Nacional Autónoma de México ; PACEA UMR 5199, CNRS – Université de Bordeaux – Ministère de la Culture), alizelj@iia.unam.mx
- Léo MARIANI (MNHN, UMR Paloc, IRD – MNHN – CNRS), leo.mariani@mnhn.fr
Bibliografía
CAHIER D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE, « Pierre Clastres en héritage », Paris, L’Herne, 22, 2025. CLASTRES Pierre, La Société contre l’État, Paris, Éditions de Minuit, 1974.
ESCOBAR Arturo, Sentir-penser avec la Terre : une écologie au-delà de l’Occident, Paris, Seuil, 2018 (2014).
DE LA CADENA Marisol, Earth Beings : Ecologies of Practice Across Andean Worlds. Durham ; Londres, Duke University Press, 2015.
FALS BORDA Orlando, ANISUR RAHMAN Mohammad, Action and Knowledge : Breaking the Monopoly With Participatory Action-Research, New York, Apex Press, 1991.
FEYERBAND Paul, Contre la méthode. Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, Paris, Seuil, 1988 (1975).
JOURNAL DES ANTHROPOLOGUES, « Anthropologie et anarchisme », Paris, Association Française des Anthropologues, 152-153, 1, 2018.
FUJIGAKI Lares Alejandro, MARTINEZ Isabel., SALAZAR GONZÁLEZ Denisse, « Llevar a serio… Contra el infierno metafísico de la antropología : Entrevista con Eduardo Viveiros de Castro », Anales de Antropología, 48, 2, 2014, p. 219-244.
GRAEBER David, Pour une anthropologie anarchiste, Montréal, Lux, 2006 (2004).
GRABER David, « Radical alterity is just another way of saying « reality ». A reply to Eduardo Viveiros de Castro », Hau. Journal of Ethnographic Theory, 5, 2, 2015, p. 1-41.
HIGH Holly, RENO Joshua O. (dir.), As If Already Free : Anthropology and Activism After David Graeber, Londres, Pluto Press, 2023.
KIMMERER Robin Wall, Braiding Sweetgrass : Indigenous Wisdom, Scientific Knowledge, and the Teachings of Plants, Minneapolis, Milkweed Editions, 2013.È
KOPENAWA Davi, ALBERT Bruce, La Chute du ciel : Paroles d’un chaman yanomami, Paris, Plon, 2010.
OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 2026, « Les études décoloniales face à la raison empirique : l’obsession épistémologique », L’Homme, 3-4, 255-256, 2026, p. 191-238.
MARIANI Léo, Devenir hétéronomes. Sur la pluralité des mondes, Sesto San Giovanni, Mimésis, 2024.
REVUE DU MAUSS, « « Faut plus d’gouvernement ? » : Penser le moment anarchiste contemporain », Paris, Éditions Le Bord de l’eau, 62, 2, 2023.
SCOTT James Campbell, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné. Une histoire anarchiste des hautes terres d’Asie du Sud-est, Paris, Point, 2013 (2009).
SCOTT James Campbell, Against the Grain : A Deep History of the Earliest States, New Haven, Yale University Press, 2017.
SMITH Linda Tuhiwai, Decolonizing Methodologies : Research and Indigenous Peoples, Londres, New York, Zed Books, 1999.
Argomento
Questo dossier di Condition humaine / Conditions politiques nasce da una constatazione condivisa : da diversi anni, una serie di ricerche antropologiche, spesso definite « anarchiche » senza per questo costituire una corrente omogenea, partecipano a un medesimo spostamento di sguardo. Esse interrogano modi di fare mondo, di produrre sapere e di coesistere che non considerano né lo Stato, né il dominio, né la centralizzazione del potere come orizzonti necessari o evidenti. Parlare di « antropologie anarchiche » non mira quindi né a istituire una nuova scuola, né a stabilizzare una definizione dottrinale dell’anarchismo, ma ad aprire uno spazio di discussione pluralista attorno a pratiche di ricerca che sperimentano concretamente forme di non-dominazione, di autonomia e di coesistenza.
Il rinnovato interesse per queste antropologie non deriva da un semplice effetto congiunturale né da un omaggio alle figure recentemente scomparse di David Graeber (2020), Marshall Sahlins (2021) o James C. Scott (2024). Esso testimonia più profondamente uno spostamento delle questioni antropologiche contemporanee, in un contesto segnato dall’intensificazione delle forme di potere, dalla moltiplicazione delle crisi ecologiche e dalla messa in discussione dei modelli dominanti di governo, sviluppo e produzione di conoscenze. Questo spostamento si è già espresso in diversi progetti editoriali recenti, che hanno contribuito a strutturare i dibattiti tra antropologia e anarchismo. Il numero « Anthropologie et anarchie » del Journal des Anthropologues (2018) ha proposto una prima discussione disciplinare, spesso incentrata su ambiti esplicitamente anarchici o autonomi. Il dossier della Revue du MAUSS (2023/2) ha affrontato queste questioni da una prospettiva prevalentemente teorica e di filosofia politica, mentre le recenti discussioni sull’opera di Pierre Clastres, in particolare nei Cahiers d’anthropologie sociale (2025), mettono in discussione i fondamenti e i limiti dell’antropologia politica. Anche le proposte di Holly High e Joshua O. Reno (2023) si inseriscono in questo panorama, analizzando in particolare l’eredità di David Graeber.
La presente proposta si colloca in un dialogo esplicito con questi lavori, proponendo al contempo uno spostamento complementare. Piuttosto che prendere come oggetto centrale l’anarchismo come forma politica o come tradizione intellettuale, si tratta di orientare l’attenzione verso la pratica della nostra stessa disciplina : è possibile un’antropologia senza a priori autoritari e/o normativi ? Come e con quali implicazioni ? In altre parole, la posta in gioco non è quella di tracciare un quadro esaustivo della produzione esistente, ma di problematizzare un’angolazione ancora poco esplorata : quella dell’anarchismo come posizione metodologica ed epistemica in antropologia (la disciplina è qui intesa in tutto il suo perimetro, comprese le antropologie biologiche, culturali e/o sociali ; ed è aperta in particolare alla storia e all’archeologia). Non saranno tanto le teorie anarchiche ad essere così messe in discussione, quanto piuttosto le implicazioni di un « anarchismo metodologico » (Feyerabend, 1988) : ciò che l’anarchismo fa/può fare ai modi di indagare, conoscere, ragionare, scrivere e, più in generale, rendere conto in antropologia.
Il dossier si articolerà quindi attorno a ricerche che non negano le logiche di sottomissione, di dominio, di adesione o di riproduzione, né tantomeno il posto schiacciante che esse occupano oggi, ma che riconoscono i fondamenti politici e storici di questa precedenza ontologica, contestandone al contempo il dominio epistemico. Si tratta, in sostanza, di ritrovare l’essenza della « rivoluzione copernicana » proposta a suo tempo da Pierre Clastres (1974) : il potere e il dominio non sono fatalità, ma far esistere forme sociali (individuali e collettive) e/o scientifiche che li tengano a distanza richiede sforzi intellettuali e pratici molto seri. In questo senso ci assumiamo la responsabilità di voler proiettare l’antropologia stessa verso un orizzonte di emancipazione. Siamo convinte/i, infatti, che la disciplina possa e debba contribuire a pensare mondi migliori, e ad agire per essi, senza sottovalutare l’esigenza epistemica e il rigore intellettuale che un tale obiettivo implica. Si tratterebbe quindi di abbracciare la posizione di « intellettuali radicali » difesa da David Graeber (2018).
In questa prospettiva, proponiamo due assi potenzialmente congruenti per le proposte. Ma ci sembra che tutte quelle che rispettino il quadro appena delineato debbano essere prese in considerazione.
Il primo asse riguarda direttamente i modi di fare ricerca. Le antropologie anarchiche adottano etiche relazionali e forme di collaborazione che spostano la posizione dell’antropologo. Esperienze di co-scrittura (Kopenawa e Albert, 2010) e di ricercaazione partecipativa (Fals Borda e Anisur Rahman, 1991) hanno già dimostrato come la produzione di conoscenza possa liberarsi dalla verticalità accademica e favorire la reciprocità, la fiducia e la responsabilità condivisa. Questi approcci non costituiscono semplici scelte metodologiche : mettono in discussione le gerarchie tra saperi esperti e profani, tra analisti e analizzati, e pongono la questione, delicata ma centrale, di cosa significhi realmente « prendere le persone sul serio » (Fujigaki Lares et al. 2014 ; Mariani, 2024). Come « prendere sul serio le persone » partendo da un’epistemologia e un’ontologia che, per definizione e rispetto a esse stesse, gerarchizzano le altre forme di conoscenza e di essere nel mondo ?
Come dare peso a conoscenze non scientifiche in ambiti strutturati globalmente dalla scienza e attorno ad essa ; per di più in un periodo segnato dall’ascesa dei post-realismi e dalla conseguente tensione dei valori del positivismo o dello scientismo ? Ci sembra in ogni caso che l’antropologia sia particolarmente ben equipaggiata per affrontare queste questioni, perché la sua « ragione empirica » (Olivier de Sardan, 2026) le conferisce una flessibilità unica, e perché storicamente ha un piede nelle cosiddette scienze dure e un altro nelle scienze umane e sociali.
Naturalmente, queste interrogazioni sono in stretta risonanza con quelle sollevate dalle epistemologie decoloniali, dalle ricerche provenienti dal Sud e dalle proposte del pluriverso, che invitano a riconoscere la pluralità delle ontologie e dei regimi di verità (Smith, 1999 ; Sousa Santos, 2011 ; Wall Kimmerer, 2013 ; de la Cadena, 2015 ; Escobar, 2018). Ci si potrebbe persino chiedere se queste epistemologie non costituiscano, in un certo senso, gli « anarchismi del Sud » — quanto meno, la domanda merita di essere posta. Le antropologie anarchiche condividono con questi approcci il rifiuto dell’imposizione di un mondo unico governato da una razionalità dominante e l’attenzione ai molteplici modi di abitare la terra. Esse invitano a lasciare che altri concetti — foresta, fiume, antenato, territorio, fuoco — siano operatori di analisi (e talvolta operatori giuridici) a pieno titolo, e a concepire la ricerca come una pratica di accompagnamento e/o di dialogo critico piuttosto che come uno strumento di cattura.
Il secondo asse di questa proposta riguarda più direttamente « lo sguardo anarchico », le sue implicazioni epistemiche e le proposte interpretative che può contribuire a suscitare. Osservare il mondo dopo aver provincializzato lo Stato e il potere così come li conosciamo oggi nella stragrande maggioranza dei casi, significa infatti supporre che le cose potrebbero essere, avrebbero potuto essere o potrebbero ancora andare « diversamente ». Si tratta quindi, da un lato, di un invito a rileggere una serie di fatti, testimonianze e analisi storiche ; dall’altro, di interrogarsi sullo stato attuale delle possibilità.
Se lo Stato e il dominio non sono fatalità, bisogna infatti chiedersi perché (e come) possano dare l’impressione di esserlo ; interrogarsi sulle loro condizioni di esistenza e di dispiegamento. In questo senso, ci sembra che uno sguardo anarchico debba soffermarsi in particolare sulle « incompatibilità », quei punti di attrito che permettono di distinguere, all’interno di uno stesso movimento, le qualità specifiche del potere centralizzato e quelle delle potenzialità o delle proposte che esso deve negare per esistere. James C. Scott (2013, 2017) ha fornito numerosi e dettagliati esempi di questo tipo di approccio critico, contrapponendo logiche statali e capitalistiche omogeneizzanti e semplificatrici a modi di fare mondo più fondamentalmente eterogenei, fugaci, e che spesso cercano di prolungarsi in questa eterogeneità.
È stato inoltre suggerito che occorra esplorare queste dinamiche contraddittorie ben oltre le forme soggettive o sociali, in una linea materialista che presti attenzione alle infrastrutture, alle topografie, all’agronomia, alla biologia o alle tecniche. Esiste in ogni caso un’incompatibilità fondamentale tra potere e diversità (biologica, sociale o ontologica), poiché la seconda aumenta in genere man mano che l’intensità del primo diminuisce (Mariani, 2024). È alle declinazioni proteiformi di questa tensione profonda che proponiamo qui di prestare attenzione. Ponendoci così l’obiettivo di descrivere ciò che resiste o che sfugge effettivamente, o che è suscettibile di resistere o sfuggire, a un potere centralizzato, si suppone che la storia e il futuro del mondo si giochino nelle scelte, nei momenti in cui si impone l’una o l’altra direzione. Si ammette inoltre che una delle implicazioni di uno sguardo anarchico sia quella di confrontare sempre ciò che è con ciò che avrebbe potuto essere. E di aprire così una riflessione sulle condizioni di possibilità di mondi abitabili, umani e non umani.
Questo dossier vuole quindi essere uno spazio di riflessione a immagine delle stesse antropologie che esplora : plurale, non normativo e risolutamente ancorato a indagini precise. Accoglierà contributi etnografici, storiografici o metodologici che interroghino, a partire da uno sguardo situato e critico, ciò che una sensibilità anarchica può apportare all’antropologia in generale e ai diversi mondi in cui essa si inscrive. Riflettendo sulle condizioni di una pratica accademica più orizzontale e sulle sue implicazioni, vorrebbe così contribuire allo sviluppo di un pluralismo epistemico (Graeber, 2015) che non sia (solo) un relativismo ontologico.
Modalità di presentazione
Le autrici e gli autori sono invitati/e a inviare entro il 15 giugno :
- un riassunto di circa 3000 battute, che precisi il campo di ricerca, la metodologia e l’argomentazione (documento Word o LibreOffice), corredato da una breve bibliografia ;
- una breve biografia dell’autrice/autore (150 parole).
I documenti devono includere il nome dell’autrice/autore, la sua affiliazione professionale e il suo indirizzo email, e devono essere inviati a redaction.ch-cp@ehess.fr ; leo.mariani@mnhn.fr e alizelj@iia.unam.mx, con l’oggetto « CH/CP – Antropologie anarchiche ». Le autrici e gli autori riceveranno una risposta il 6 luglio.
Gli articoli completi, redatti in una delle lingue della rivista (francese, inglese, italiano, spagnolo o portoghese), devono avere una lunghezza compresa tra 25.000 e 40.000 battute (note e bibliografia incluse). Devono essere originali e inediti e conformi alle norme editoriali della rivista, disponibili sul sito : https://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php ?id =99.
Ogni articolo deve essere accompagnato da un riassunto di 3.000 battute, in francese e in inglese (oltre che nella lingua dell’articolo, se diversa).
I testi devono essere inviati entro e non oltre il 15 ottobre.
La procedura è quindi organizzata in due fasi. In collaborazione con il comitato editoriale, i/le coordinatori/trici effettueranno una selezione delle proposte sulla base dei riassunti ricevuti.
I contributi selezionati saranno poi valutati secondo una procedura di doppio cieco.
Calendario :
- Ricezione dei riassunti dei contributi : 15 giugno
- Risposta : 6 luglio
- Consegna degli articoli : 15 ottobre
Coordinatore
- Alizé LACOSTE JEANSON (Instituto de Investigaciones Antropológicas, Universidad Nacional Autónoma de México ; PACEA UMR 5199, CNRS – Université de Bordeaux – Ministère de la Culture), alizelj@iia.unam.mx
- Léo MARIANI (MNHN, UMR Paloc, IRD – MNHN – CNRS), leo.mariani@mnhn.fr
Bibliografia
CAHIER D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE, « Pierre Clastres en héritage », Paris, L’Herne, 22, 2025. CLASTRES Pierre, La Société contre l’État, Paris, Éditions de Minuit, 1974.
ESCOBAR Arturo, Sentir-penser avec la Terre : une écologie au-delà de l’Occident, Paris, Seuil, 2018 (2014).
DE LA CADENA Marisol, Earth Beings : Ecologies of Practice Across Andean Worlds. Durham ; Londres, Duke University Press, 2015.
FALS BORDA Orlando, ANISUR RAHMAN Mohammad, Action and Knowledge : Breaking the Monopoly With Participatory Action-Research, New York, Apex Press, 1991.
FEYERBAND Paul, Contre la méthode. Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, Paris, Seuil, 1988 (1975).
JOURNAL DES ANTHROPOLOGUES, « Anthropologie et anarchisme », Paris, Association Française des Anthropologues, 152-153, 1, 2018.
FUJIGAKI Lares Alejandro, MARTINEZ Isabel., SALAZAR GONZÁLEZ Denisse, « Llevar a serio… Contra el infierno metafísico de la antropología : Entrevista con Eduardo Viveiros de Castro », Anales de Antropología, 48, 2, 2014, p. 219-244.
GRAEBER David, Pour une anthropologie anarchiste, Montréal, Lux, 2006 (2004).
GRABER David, « Radical alterity is just another way of saying « reality ». A reply to Eduardo Viveiros de Castro », Hau. Journal of Ethnographic Theory, 5, 2, 2015, p. 1-41.
HIGH Holly, RENO Joshua O. (dir.), As If Already Free : Anthropology and Activism After David Graeber, Londres, Pluto Press, 2023.
KIMMERER Robin Wall, Braiding Sweetgrass : Indigenous Wisdom, Scientific Knowledge, and the Teachings of Plants, Minneapolis, Milkweed Editions, 2013.È
KOPENAWA Davi, ALBERT Bruce, La Chute du ciel : Paroles d’un chaman yanomami, Paris, Plon, 2010.
OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 2026, « Les études décoloniales face à la raison empirique : l’obsession épistémologique », L’Homme, 3-4, 255-256, 2026, p. 191-238.
MARIANI Léo, Devenir hétéronomes. Sur la pluralité des mondes, Sesto San Giovanni, Mimésis, 2024.
REVUE DU MAUSS, « « Faut plus d’gouvernement ? » : Penser le moment anarchiste contemporain », Paris, Éditions Le Bord de l’eau, 62, 2, 2023.
SCOTT James Campbell, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné. Une histoire anarchiste des hautes terres d’Asie du Sud-est, Paris, Point, 2013 (2009).
SCOTT James Campbell, Against the Grain : A Deep History of the Earliest States, New Haven, Yale University Press, 2017.
SMITH Linda Tuhiwai, Decolonizing Methodologies : Research and Indigenous Peoples, Londres, New York, Zed Books, 1999.
Apresentação
Esto dossiê da revista Condition humaine / Conditions politiques parte de uma constatação partilhada : há vários anos que um conjunto de investigações antropológicas, frequentemente qualificadas de « anarquistas » sem, no entanto, constituírem uma corrente homogénea, participam numa mesma mudança de perspetiva. Questionam formas de construir o mundo, de produzir conhecimento e de coexistir que não tomam nem o Estado, nem a dominação, nem a centralização do poder como horizontes necessários ou evidentes. Falar de « antropologias anarquistas » não visa, portanto, instituir uma nova escola, nem estabilizar uma definição doutrinária do anarquismo, mas abrir um espaço de discussão pluralista em torno de práticas de investigação que experimentam formas concretas de não dominação, autonomia e coexistência.
O interesse renovado por estas antropologias não se deve a um simples efeito conjuntural nem a uma homenagem às figuras recentemente desaparecidas de David Graeber (2020), Marshall Sahlins (2021) ou James C. Scott (2024). Testemunha, mais profundamente, uma reorientação das questões antropológicas contemporâneas, num contexto marcado pela intensificação das formas de poder, pela multiplicação das crises ecológicas e pelo questionamento dos modelos dominantes de governo, desenvolvimento e produção de conhecimento. Esta reorientação já se manifestou em vários projetos editoriais recentes, que contribuíram para estruturar os debates entre antropologia e anarquismo. O número « Anthropologie et anarchisme » do Journal des Anthropologues (2018) propôs uma primeira discussão disciplinar, frequentemente centrada em campos explicitamente anarquistas ou autonomistas. O dossiê da Revue du MAUSS (2023/2) abordou estas questões numa perspetiva maioritariamente teórica e de filosofia política, enquanto as discussões recentes em torno da obra de Pierre Clastres, nomeadamente nos Cahiers d’anthropologie sociale (2025), questionam os fundamentos e os limites da antropologia política. As propostas de Holly High e Joshua O. Reno (2023) inscrevem-se também neste panorama, analisando em particular o legado de David Graeber.
A presente proposta situa-se em diálogo explícito com estes trabalhos, ao mesmo tempo que propõe um deslocamento complementar. Em vez de tomar como objeto central o anarquismo como forma política ou como tradição intelectual, trata-se de orientar a atenção para a prática da nossa própria disciplina : é possível uma antropologia sem a priori autoritário e/ou normativo ? Como e com que implicações ? Por outras palavras, o que está em jogo não é estabelecer um panorama exaustivo da produção existente, mas problematizar um ângulo ainda pouco explorado : o do anarquismo como postura metodológica e epistémica na antropologia (a disciplina é aqui entendida em todo o seu perímetro, incluindo antropologias biológicas, culturais e/ou sociais ; e aberta, nomeadamente, à história e à arqueologia). Não são tanto as teorias anarquistas que serão assim questionadas, mas sim as implicações de um « anarquismo metodológico » (Feyerabend, 1988) : o que o anarquismo faz/pode fazer às formas de investigar, conhecer, raciocinar, escrever e, de um modo mais geral, dar conta do real em antropologia.
Assim, o dossiê será organizado em torno de investigações que não neguem as lógicas de submissão, dominação, adesão ou reprodução, nem o lugar esmagador que estas ocupam hoje, mas que reconheçam os fundamentos políticos e históricos desta precedência ontológica, contestando simultaneamente a sua dominação epistémica. Trata-se, em suma, de reencontrar a essência da « revolução coperniciana » proposta por Pierre Clastres (1974) na sua época : o poder e a dominação não são fatalidades, mas fazer existir formas sociais (individuais e coletivas) e/ou científicas que os mantenham à distância exige esforços intelectuais e práticos consideráveis. Nesse sentido, pretendemos projetar a própria antropologia para um horizonte de emancipação. Estamos convencidas, de facto, de que a disciplina pode e deve contribuir para pensar mundos melhores e agir em prol deles, sem subestimar a exigência epistémica e o rigor intelectual que tal objetivo implica. Importa, assim, abraçar a postura de « intelectuais radicais » defendida por David Graeber (2018).
Nesta perspetiva, propomos dois eixos potencialmente congruentes para as propostas. Mas parece-nos que todas as que respeitem o quadro que acabámos de esboçar devem ser consideradas.
O primeiro eixo diz diretamente respeito às formas de fazer investigação. As antropologias anarquistas envolvem éticas relacionais e formas de colaboração que deslocam a posição do antropólogo. Experiências de co-escrita (Kopenawa e Albert, 2010) e de investigação-ação participativa (Fals Borda e Anisur Rahman, 1991) já demonstraram como a produção de conhecimento pode libertar-se da verticalidade académica e promover a reciprocidade, a confiança e a responsabilidade partilhada. Estas abordagens não constituem meras escolhas metodológicas : questionam as hierarquias entre conhecimentos especializados e leigos, entre analistas e analisados, e colocam a questão, delicada mas central, do que significa realmente « levar as pessoas a sério » (Fujigaki Lares et al. 2014 ; Mariani, 2024). Como « levar as pessoas a sério » a partir de uma epistemologia e de uma ontologia que, por definição e em relação a elas, hierarquizam as outras formas de conhecimento e de estar no mundo ?
Como fazer valer conhecimentos que não são científicos em arenas globalmente estruturadas pela ciência e em torno dela ; sobretudo num período marcado pelo auge dos pós-realismos e pela tensão correlativa dos valores do positivismo ou do cientificismo ? Parece-nos, em todo o caso, que a antropologia está particularmente bem equipada para abordar estas questões, porque a sua « razão empírica » (Olivier de Sardan, 2026) lhe confere uma flexibilidade única, e porque, historicamente, tem um pé nas chamadas ciências exatas e outro nas ciências humanas e sociais.
É claro que estas interrogações estão em estreita ressonância com as levantadas pelas epistemologias descoloniais, pelas investigações provenientes do Sul e pelas propostas do pluriverso, que convidam a reconhecer a pluralidade das ontologias e dos regimes de verdade (Smith, 1999 ; Sousa Santos, 2011 ; Wall Kimmerer, 2013 ; de la Cadena, 2015 ; Escobar, 2018). Poder-se-ia até perguntar se estas epistemologias não constituem, de certa forma, os « anarquismos do Sul » — no mínimo, a questão merece ser colocada. As antropologias anarquistas partilham com estas abordagens uma recusa da imposição de um mundo único governado por uma racionalidade dominante, e uma atenção às múltiplas formas de habitar a terra. Convidam a deixar que outros conceitos — floresta, rio, antepassado, território, fogo — sejam operadores de análise (e, por vezes, operadores jurídicos) por direito próprio, e a conceber a investigação como uma prática de acompanhamento e/ou de diálogo crítico, em vez de um instrumento de captura.
O segundo eixo desta proposta diz respeito mais diretamente ao « olhar anarquista », às suas implicações epistémicas e às propostas de interpretação que pode ajudar a suscitar. Observar o mundo tendo « provincializado » o Estado e o poder tal como maioritariamente os conhecemos hoje, é de facto supor que ele pôde, que poderia ter sido ou que ainda poderia « ser de outra forma ». Trata-se, portanto, de um convite a reler, por um lado, um certo número de factos, testemunhos e análises históricas ; e, por outro lado, a interrogar o estado atual das possibilidades.
Se o Estado e a dominação não são fatalidades, é preciso, de facto, perguntar-se por que (e como) podem dar a impressão de o ser ; questionar as suas condições de existência e de implantação. Nesse sentido, parece-nos que um olhar anarquista deve centrar-se, em particular, nas « incompatibilidades », nos pontos de atrito que permitem distinguir, num mesmo movimento, as qualidades específicas do poder centralizado e as das potencialidades ou propostas que este tem de negar para existir. James C. Scott (2013, 2017) apresentou numerosos e detalhados exemplos deste tipo de abordagem crítica ; opondo lógicas estatais e capitalistas homogeneizadoras e simplificadoras a formas de construir o mundo mais fundamentalmente heterogéneas, fugazes e que procuram frequentemente prolongar-se nessa heterogeneidade.
Foi, aliás, sugerido que é necessário explorar estas dinâmicas contraditórias muito para além das formas subjetivas ou sociais, numa linha materialista que preste atenção às infraestruturas, às topografias, à agronomia, à biologia ou às técnicas. Existe, em todo o caso, uma incompatibilidade fundamental entre o poder e a diversidade (biológica, social ou ontológica), pois a segunda aumenta geralmente à medida que a intensidade do primeiro diminui (Mariani, 2024). É às variações proteiformes desta tensão profunda que propomos aqui prestar atenção. Ao assumir assim como objetivo descrever o que resiste ou o que efetivamente escapa, ou o que é suscetível de resistir ou escapar a um poder centralizado, pressupõe-se que a história e o futuro do mundo se jogam nas escolhas, nos momentos em que uma ou outra direção se impõe. Admitese também que uma das implicações de um olhar anarquista é confrontar sempre o que é com o que poderia ter sido. E abrir assim uma reflexão sobre as condições de possibilidade de mundos habitáveis, humanos e outros que não humanos.
Este número especial pretende, assim, ser um espaço de reflexão à imagem das próprias antropologias que explora : plural, não normativo e resolutamente enraizado em investigações precisas. Acolherá contribuições etnográficas, historiográficas ou metodológicas que questionem, a partir de um olhar situado e crítico, o que uma sensibilidade anarquista pode fazer pela antropologia em geral e pelos diferentes mundos em que esta se insere. Ao refletir sobre as condições de uma prática académica mais horizontal e as suas implicações, pretende desse modo contribuir para o desenvolvimento de um pluralismo epistémico (Graeber, 2015) que não seja (apenas) um relativismo ontológico.
Condições de submissão
Os autores são convidados a enviar, até 15 de junho :
- um resumo de cerca de 3000 caracteres, especificando o âmbito, a metodologia e a argumentação (documento em Word ou LibreOffice), acompanhado de uma breve bibliografia ;
- uma breve biografia do autor (150 palavras).
Devem incluir o nome do autor/a, a sua afiliação profissional e o seu endereço de e-mail, e ser enviadas para redaction.ch-cp@ehess.fr, leo.mariani@mnhn.fr e alizelj@iia.unam.mx, com a menção « CH/CP – Antropologias anarquistas » no assunto da mensagem. Receberão uma resposta em 6 de julho.
Os artigos completos, redigidos em uma das línguas da revista (francês, inglês, italiano, espanhol ou português), devem ter entre 25.000 e 40.000 caracteres (incluindo notas e bibliografia). Devem ser originais e inéditos, e estar em conformidade com as normas editoriais da revista, disponíveis no seu site : https://revues.mshparisnord.fr/chcp/index.php ?id =99.
Cada artigo deve ser acompanhado de um resumo de aproximadamente 3.000 caracteres, em francês e em inglês (bem como na língua do artigo, se esta for diferente). Devem ser entregues até 15 de outubro o mais tardar.
O procedimento está, portanto, organizado em duas fases. Em colaboração com o comité de redação, os coordenadores e coordenadoras farão uma seleção das propostas de contribuições com base nos resumos recebidos. As contribuições selecionadas serão depois avaliadas através de um procedimento de dupla cega.
Calendário :
- Recebimento dos resumos das contribuições : 15 de junho
- Resposta : 6 de julho
- Entrega dos artigos : 15 de outubro
Coordenadores
- Alizé LACOSTE JEANSON (Instituto de Investigaciones Antropológicas, Universidad Nacional Autónoma de México ; PACEA UMR 5199, CNRS – Université de Bordeaux – Ministère de la Culture), alizelj@iia.unam.mx
- Léo MARIANI (MNHN, UMR Paloc, IRD – MNHN – CNRS), leo.mariani@mnhn.fr
Bibliografia
CAHIER D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE, « Pierre Clastres en héritage », Paris, L’Herne, 22, 2025. CLASTRES Pierre, La Société contre l’État, Paris, Éditions de Minuit, 1974.
ESCOBAR Arturo, Sentir-penser avec la Terre : une écologie au-delà de l’Occident, Paris, Seuil, 2018 (2014).
DE LA CADENA Marisol, Earth Beings : Ecologies of Practice Across Andean Worlds. Durham ; Londres, Duke University Press, 2015.
FALS BORDA Orlando, ANISUR RAHMAN Mohammad, Action and Knowledge : Breaking the Monopoly With Participatory Action-Research, New York, Apex Press, 1991.
FEYERBAND Paul, Contre la méthode. Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, Paris, Seuil, 1988 (1975).
JOURNAL DES ANTHROPOLOGUES, « Anthropologie et anarchisme », Paris, Association Française des Anthropologues, 152-153, 1, 2018.
FUJIGAKI Lares Alejandro, MARTINEZ Isabel., SALAZAR GONZÁLEZ Denisse, « Llevar a serio… Contra el infierno metafísico de la antropología : Entrevista con Eduardo Viveiros de Castro », Anales de Antropología, 48, 2, 2014, p. 219-244.
GRAEBER David, Pour une anthropologie anarchiste, Montréal, Lux, 2006 (2004).
GRABER David, « Radical alterity is just another way of saying « reality ». A reply to Eduardo Viveiros de Castro », Hau. Journal of Ethnographic Theory, 5, 2, 2015, p. 1-41.
HIGH Holly, RENO Joshua O. (dir.), As If Already Free : Anthropology and Activism After David Graeber, Londres, Pluto Press, 2023.
KIMMERER Robin Wall, Braiding Sweetgrass : Indigenous Wisdom, Scientific Knowledge, and the Teachings of Plants, Minneapolis, Milkweed Editions, 2013.È
KOPENAWA Davi, ALBERT Bruce, La Chute du ciel : Paroles d’un chaman yanomami, Paris, Plon, 2010.
OLIVIER DE SARDAN Jean-Pierre, 2026, « Les études décoloniales face à la raison empirique : l’obsession épistémologique », L’Homme, 3-4, 255-256, 2026, p. 191-238.
MARIANI Léo, Devenir hétéronomes. Sur la pluralité des mondes, Sesto San Giovanni, Mimésis, 2024.
REVUE DU MAUSS, « « Faut plus d’gouvernement ? » : Penser le moment anarchiste contemporain », Paris, Éditions Le Bord de l’eau, 62, 2, 2023.
SCOTT James Campbell, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné. Une histoire anarchiste des hautes terres d’Asie du Sud-est, Paris, Point, 2013 (2009).
SCOTT James Campbell, Against the Grain : A Deep History of the Earliest States, New Haven, Yale University Press, 2017.
SMITH Linda Tuhiwai, Decolonizing Methodologies : Research and Indigenous Peoples, Londres, New York, Zed Books, 1999.