Announcement
Argumentaire
Le colloque Maghreb des anthropologues : acteurs, pratiques et espaces est une invitation à réfléchir collectivement à ce que veut dire « faire anthropologie » au Maghreb aujourd’hui, dans les sillages des questionnements qui, depuis les années 1960, ont marqué la discipline.
Dans un célèbre article, paru en 1962, Jacques Berque interroge le devenir incertain des sciences sociales maghrébines au tournant des décolonisations et des « nationalités restituées ». Après avoir affirmé qu’il « n’y a pas de pays sous-développés, il n’y a que des pays sous analysés », il souligne que la connaissance ne va pas de soi là où la domination coloniale a mis en place un système prédateur de dépendances multiples tout en appauvrissant connaissance et savoirs. Dans un texte-bilan publié quelques années auparavant, Jacques Berque avait, en effet, déploré le déclin et l’archaïsme des sciences de l’homme au Maghreb. Initialement au service de la conquête (…), aveugles aux modes de vie plurale et à la désagrégation sociale, en retard sur le terrain qu’elles prétendaient décrire et analyser, elles ne pouvaient alors, à ses yeux, que se trouver « désarmées devant de tels problèmes envisagés dans leur fraîcheur jaillissante, et leur urgence menaçante » (p. 9). Aux Indépendances, son attention se tourne vers les chemins à entreprendre par « ces peuples pour se connaître eux-mêmes », tant il est vrai qu’aussi bien la « vieille ethnologie » que la « jeune sociologie » « sont remises en causes par les intéressés : l’ethnologie par qu’elle les humilie, la sociologie parce qu’elle les réifie » (p. 3). Si l’histoire finira par le contredire au sujet de cette dernière, valorisée par son orientation nationale et développementiste (Madoui, 2007 ; Melliti, 2026), elle lui donnera raison à propos de l’ethnologie. Force est, en effet, de constater la marginalisation puis la disqualification officielles qui ont ciblé, dans les trois pays du Maghreb, l’ethnologie et plus largement l’anthropologie – voire selon les époques et les contextes politiques les sciences humaines et sociales dans leur globalité – tant dans l’enseignement que dans la recherche, en raison de leur généalogie et de leurs orientations coloniales (Lucas et Vatin, 1975 ; Moussaoui, 2005 ; Melliti, 2014 ; Madoui, 2015).
A partir des années 1990, la reconfiguration à l’échelle de la formation universitaire se fera progressivement et différemment dans les trois pays, au rythme d’institutionnalisations qui ont suivi des temporalités nationales et des réseaux intellectuels spécifiques. Le cas du Maroc et de ses liens avec l’anthropologie culturelle états-uniennes en est un exemple (Addi, 2013). Une logique similaire mérite, néanmoins, d’être soulignée au niveau des cheminements empruntés : l’anthropologie – et non l’ethnologie qui restera bannie – sera initialement portée par des chercheurs et des chercheuses francophones transfuges, relevant de disciplines voisines (sociologie, histoire, droit, études en patrimoine et études berbères) et prêtant une attention particulière au « terrain », comme lieu empirique d’expression et d’appréhension des réalités socio-culturelles. Le « terrain » devient ainsi le gage d’une orientation de recherche spécifique, et le plus souvent « implicite » (Chaulet, 2008), au sein des sciences humaines et sociales, qui émane de « l’intérieur d’expériences culturelles nationales » (Mammeri, 1989 : 21 ; Fawzi, 2002) et investit le « chez-soi » (Rachik, 2022) en tant qu’espace du savoir.
Au nord de la Méditerranée, le déclin des études maghrébines, et plus encore algériennes, propre à la période coloniale (Berque, 1956) s’accentue au lendemain des Indépendances. Avec la décolonisation débute la marginalisation des terrains maghrébins, à l’exception notable et déjà signalée du Maroc, qui sera investi respectivement par les courants fonctionnaliste (Gellner, 1969), interprétativiste (Geertz, 1979) et postmoderne (Crapanzano, 1985) de l’anthropologie anglaise et états-unienne à partir des années 1960.
En France, malgré quelques trajectoires à signaler (Ferchiou, 1992 ; Jamous 1981 ; Mahé, 1994 ; Yacine, 1993), l’affaiblissement inégale des réseaux et des espaces d’encadrement s’accompagne d’une marginalisation au sein même de l’anthropologie et de ses institutions académiques, amenant à une focalisation sur les dynamiques migratoires (Sayad, 1991, 1999 ; Lacoste-Dujardin, 1992) et à un essoufflement progressif des recherches doctorales (Hmed, Perrier, 2023 ; Dakhlia, 2023). Depuis au moins une vingtaine d’années, l’on assiste à un réinvestissement partiel des terrains maghrébins bien que les espaces académiques restent peu réceptifs. L’émergence de nouveaux questionnements est en partie conséquence de la diversification des profils des chercheurs et des chercheuses ainsi que des circulations académiques transméditerranéennes. Une génération d’anthropologues – parfois liés au Maghreb par des attaches familiales et/ou personnelles diverses – s’intéresse, désormais, aux mutations contemporaines, proposant une relecture critique des thèmes classiques (tribu, honneur, parenté, religion, etc.) et en introduisant des nouveaux (patrimoine, pratiques sportives, marginalités urbaines, création artistique, genre et sexualité, mobilités), tout en s’inscrivant dans des milieux internationaux diversifiés (Assam, 2022 ; Barone, 2019 ; Ben Hounet, 2009 ; Boissevain, 2005 ; Cheikh, 2020 ; Fabbiano, 2016 ; Gélard, 2003 ; Scheele, 2009, …).
Le colloque Maghreb des anthropologues : acteurs, pratiques et espaces souhaite prêter attention à ces renouvellements d’acteurs, de pratiques et d’espaces de l’anthropologie du Maghreb et au Maghreb – renouvellements thématiques, méthodologiques, linguistiques, bibliographiques, conceptuels, théoriques et épistémologiques –, ainsi qu’aux développements et aux contraintes, davantage institutionnels, ayant trait aux enjeux de formation, de carrière et plus largement de gouvernance scientifique.
Ayant pour objectif de dresser un état des lieux critique, attentif aux conditions de production du savoir, tant empirique que théorique, et à ses modalités de diffusion, ce colloque souhaite, donc, explorer sur un temps long, allant de l’époque coloniale au présent postcolonial, ce dont l’Anthropologie du Maghreb est le nom et la pratique, tant au Maghreb qu’ailleurs. Ce faisant, il s’agira, également, d’interroger la genèse et la pertinence d’une aire culturelle (Hannoum, 2021), dans ses relations à d’autres traditions anthropologiques, et plus particulièrement à l’anthropologie de la Méditerranée, de même qu’à des espaces intellectuels et géographiques proches (mondes arabes et musulmans, monde amazighs, mondes sahariens, MENA, etc…).
Dans la continuité des travaux initiés par le GIS Momm (Maghreb 3D), des rapprochements favorisés par le Forum Insaniyyat de Tunis en 2022, par le Salon des sciences sociales organisé par l’Université d’Oran en 2022, ou encore par le symposium « L’Algérie 70 ans après » qui a eu lieu au CRASC d’Oran en 2024, ainsi que des échanges menés en 2025 au sein du Réseau Thématique « Le Maghreb des anthropologues. Écritures et circulations depuis les Indépendances » au sein de la MMSH d’Aix-Marseille Université, notre ambition est double.
D’une part, mieux appréhender les contours, parfois flous, d’une discipline considérée comme « la somme des disciplines des sciences sociales » (Moussaoui, 2005) et d’en suivre le devenir local, national, régional et transnational ; de même que les relations qu’elle entretient, entre autres, avec l’histoire, la sociologie, la géographie, la linguistique, le droit, les études arabes et les études amazighes, leurs auteurs et leurs bibliothèques.
D’autre part, renforcer la constitution d’un réseau international et interdisciplinaire de réflexion et de collaboration scientifiques, en dialogue avec d’autres aires culturelles et d’autres espaces géographiques proches.
Les contributions attendues, de la part de doctorantes, jeunes chercheurses et chercheurses plus expérimentées, pourront s’inscrire dans les axes, non exclusifs, proposés ci-dessous.
Axe 1 : « Savoirs coloniaux », des usages et des héritages critiques ?
- Ce premier axe souhaite explorer l’héritage de la bibliothèque coloniale et de la période des libérations sur l’anthropologie contemporaine du/au Maghreb, et plus globalement sur les sciences humaines et sociales tant du point de vue des approches que des lectures critiques.
- Quels sont les référentiels, les approches théoriques et les auteurs mobilisés dans les enseignements et les recherches en cours ? Quelles lectures critiques, entre autres de la segmentarité, peuvent en être faites aujourd’hui ?
- Quelles sont les politiques de traduction, de réédition et de transmission des « classiques » de l’anthropologie coloniale et des figures tutélaires de l’anthropologie moderne (Gellner, Bourdieu, Pascon, Tillion, etc…) ?
Axe 2 : Les « routes propres » de l’anthropologie du/au Maghreb
Il sera, ici, question d’interroger la reconstitution dans la période postcoloniale des études anthropologiques maghrébines aussi bien au Nord qu’au Sud de la Méditerranée qu’à une échelle globale. Les communications s’intéresseront, avec une approche réflexive, aux pratiques de la recherche, et aux enjeux de formation et de transmission.
- Quelles stratégies de contournement ont pu être adoptées par les chercheurs et les chercheuses au Maghreb, face aux interdictions politiques et institutionnelles de la pratique anthropologique dans les premières décennies après les Indépendances ?
- Dans quels espaces d’apprentissage et de transmission au sein et en dehors des institutions académiques des sciences humaines et sociales, la discipline est accueillie, pratiquée et vulgarisée au Maghreb, en France et à l’étranger ?
- Quels renouvellements sont-ils proposés des objets classiques : traditions orales, appartenances tribales, pratiques religieuses, structures familiales ?
- Quels sont les nouveaux objets et les nouvelles approches de l’anthropologie, y compris dans sa géographie diasporique et transnationale ?
- Quels sont les principaux terrains explorés en lien avec les transformations des sociétés maghrébines ?
- Quelle place est faite aux langues comme supports de connaissances, outils d’accès au terrain et moyens d’expression et de restitution analytiques ?
Axe 3 : Trajectoires scientifiques et positionnements épistémologiques
Une attention particulière sera portée aux trajectoires scientifiques et aux positionnements épistémologiques des anthropologues travaillant au Maghreb et sur le Maghreb, ceux-ci étant en mesure de nous renseigner, d’une part, sur les mutations transnationales d’une discipline transfuge au demeurant « implicite », et d’autre part sur les tensions et les enjeux propres aux questionnements de l’anthropologie contemporaine, postcoloniale et décoloniale.
- Quelles sont les trajectoires intellectuelles, académiques et institutionnelles des anthropologues spécialistes du Maghreb, au sein du pays et à l’étranger ?
- Y a-t-il des points de tension, d’articulation, de discussion entre les savoirs produits par l’anthropologie exogène (majoritairement, mais pas exclusivement francophone) et ceux produits par l’anthropologie endogène ? Comment celle-ci tend à se définir (anthropologie chez-soi, anthropologie du proche/du familier, anthropologie autochtone, …) et quels enjeux (apports, limites, biais) identifie-t-elle dans l’étude de sa propre société et de ses altérités de l’intérieur ?
- Sommes-nous confrontées à la persistance d’une domination Nord-Sud, à la fois épistémologique et institutionnelle (programme de recherche, publications, réseaux, politiques de traduction), au sein de l’anthropologie maghrébine ?
- Comment les discours critiques de l’anthropologie et plus largement des SHS dans le Nord résonnent-ils dans les pays du Maghreb ?
- Comment, dans les contextes diasporiques propres au Maghreb, se négocient et se légitiment les frontières d’appartenance ainsi que les espaces ethnographiques des anthropologues installés à l’étranger et/ou de celles et ceux descendant.es de familles émigrées, que Lila Abu-Lughod a qualifié de halfies (2010) ?
Axe 4 : Frontières disciplinaires et circulations
Étroitement articulé aux précédents, le dernier axe questionnera les frontières disciplinaires et les mobilités épistémologiques et géographiques de l’anthropologie au sein du champ des Sciences Humaines et Sociales à une échelle régionale, transrégionale et internationale.
- Comment se sont opérés et continuent de s’opérer les découpages et les interactions disciplinaires (principalement avec l’histoire, la sociologie, le droit mais également avec la linguistique, les études amazighes, les études urbaines, etc…) à la fois au sein des sciences humaines et sociales et des aires culturelles (Maghreb, Moyen Orient, mondes turcs, mondes arabes et musulmans, mondes amazighs, mondes africains) ?
- L’anthropologie maghrébine constitue-t-elle un champ épistémologique, une aire culturelle ou simplement un territoire ethnographique ? Quelles frontières et quelles relations entretient-elle avec la tradition, aujourd’hui en déclin, de l’anthropologie de la Méditerranée ?
- Quels sont les apports et les limites de l’interdisciplinarité ?
- Dans quels réseaux - nationaux, régionaux, internationaux - d’aire culturelle ou de thématiques s’inscrivent les anthropologues ? Avec qui et dans quelles langues, dialoguent-ils et elles ? Où publient-ils et elles ?
- Y a-t-il un espace anthropologique franco-maghrébin, soutenu entre autres par l’action des UMIFRE (IRMC et CJB) avec des spécificités locales et/ou régionales ? Et, le cas échéant, en quelles relations se tient-il avec d’autres institutions de recherche internationales et d’autres pôles du savoir (USA, UK, Allemagne, Liban) ?
Modalités de contribution
Les propositions de communication d’environ 200 mots accompagnées par une courte présentation biographique (en arabe, français et anglais) sont attendues pour le 30 juin aux adresses : assam_malika@yahoo.fr et giulia.fabbiano@univ-amu.fr
Bibliographie indicative
Abu-Lughod L., « Écrire contre la culture. Réflexions à partir d’une anthropologie de l’entre-deux », in Daniel Cefaï (dir.), L’engagement ethnographique, Paris, EHESS, 2010 (1991), p. 137-162.
Addi L., Deux anthropologues au Maghreb, Paris, Éditions des archives contemporains, 2013.
Alajmi, Abdullah, et al. (dir.), L’anthropologie sociale dans le monde arabe, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2026, https://doi.org/10.4000/15n6c.
Assam M., Des tribus en Kabylie ? Les At Zemmenzer, de la tribu précoloniale à la reconstruction identitaire berbère, Paris, Presses de l’Inalco, 2022.
Barone S., Metal, Rap, and Electro in Post-Revolutionary Tunisia : A Fragile Underground, Routledge, 2019.
Benabed A., Mebtoul M., « L’histoire de l’anthropologie en Algérie » in Alajmi, Abdullah, et al. (dir.), L’anthropologie sociale dans le monde arabe, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2025, p. 191-209.
Ben Hounet Y., L’Algérie des tribus. Le fait tribal dans le Haut Sud-Ouest contemporain, Paris, Éditions L’Harmattan, 2009.
Berque J., « Cent vingt-cinq ans de sociologie du Maghreb », Annales. Économies, sociétés, civilisations, n° 3, 1956, p. 296-324.
Berque J., « Sciences sociales et décolonisation », Tiers-Monde, tome 3, n° 9-10, 1962, p. 1-15.
Boissevain K., Sainte parmi les saints, Tunis, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2005.
Cheikh M., Les filles qui sortent. Jeunesse, sexualité et prostitution au Maroc, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2020.
Crapanzano V., Tuhami. Portrait d’un Marocain, Toulouse, Anacharsis, 2022 (1985).
Chaulet C., « Anthropologie et/ou sociologie ? Retour en arrière sur nos pratiques » in N. Benghabrit-Remaoun et M. Haddab (dir.), L’Algérie 50 ans après. État des savoirs en Sciences sociales et Humaines (1954-2004), Oran, Editions du CRASC, 2008, p. 75-78.
Dakhlia J., « Les coudées franches. Parcours d’émancipation des sciences sociales du Maghreb », Mondes arabes, 2023/1, p. 5-21
Fabbiano G., « Une cage dorée en situation postcoloniale. Institution scolaire et présence française dans l’Algérie contemporaine », Cahiers d’Études Africaines, 2016, p. 175-197.
Fawzi A., 2002, « Problématique » in Nadir Marouf, Fawzi et Khadidja Adel (dir.), Quel Avenir pour l’anthropologie en Algérie ? Actes du colloque, Timimoun, 22-24 novembre 1999, Oran, Editions du Crasc, p. 13-18.
Ferchiou, Hasab wa nasab : parenté, alliance et patrimoine en Tunisie, Paris, Centre national de la recherche scientifique, 1992.
Geertz C., Le Souk de Séfrou. Sur l’économie de bazar, Paris, Bouchène, 2003 (1979).
Gélard M.-L., Le Pilier de la tente. Rituels et représentations de l’honneur chez les Aït Khebbach (Tafilalt), Paris, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2003.
Gellner E., Les saints de l’Atlas, Paris, Bouchène, 2003 (1969).
Hannoum A., The Invention of the Maghreb, Cambridge University Press, 2021.
Hmed C. et Perrier A., Les études maghrébines en France, Livre blanc, 2023.
Jamous R., Honneur et baraka, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Cambridge University Press, 1981.
Lacoste-Dujardin C., Yasmina et les autres de Nanterre et d’ailleurs, Paris, Ed. La Découverte, 1992.
Lucas P. et Vatin J.-C., L’Algérie des anthropologues, Paris, Maspéro, 1975.
Madoui M., « Les sciences sociales en Algérie », Sociologies Pratiques, n° 15, 2007, p. 149-160.
Madoui M., « La sociologie marocaine : du déni à la réhabilitation », Sociologies pratiques, 30(1), 2015, 99-113.
Mahé A., Anthropologie historique de la Grande Kabylie : XIXe-XXe siècle : histoire du lien social dans les communautés villageoises, thèse soutenue à Paris EHESS sous la direction de Cornelius Castoriadis, 1994.
Mammeri M., 1991, « Une expérience de recherche anthropologique en Algérie », in Culture Savante et Culture Vécue (études 1938 -1989), Ed. Tala, Alger, 1991.
Melliti I., « L’anthropologie en Tunisie : une histoire mouvementée », in A. Alajmi, D. Cantini, I. Maffi, I. Melliti (dir.), L’anthropologie sociale dans le monde arabe, Tunis, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2026, p. 173-189.
Melliti I., « Une anthropologie indigène est-elle possible ? Réflexions sur le statut de l’anthropologie en Tunisie », Arabica, 2006, 2, p. 163-176.
Moussaoui A., « La pratique de l’anthropologie en Algérie », in D. Albera et M. Tozy (dir.), La Méditerranée des anthropologues. Fractures, filiations, contiguïtés, Paris, Maisonneuve & Larose, 2005.
Rachik H., L’esprit du terrain : Études anthropologiques au Maroc, Rabat, Centre Jacques-Berque, 2016.
Rachik H., Devenir anthropologue chez soi. Interpréter sa propre culture, Rabat, Éditions La Croisée des chemins, 2022.
Sayad A., La double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, Paris, Le Seuil, 1999.
Sayad A., L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, Bruxelles, De Boeck/Editions universitaires, 1991.
Scheele J., Village Matters. Knowledge, Politics & Community in Kabylia, Algeria, James Currey, 2009.
Yacine T., 1993 Les Voleurs de feu. Éléments d’une anthropologie sociale et culturelle de l’Algérie, Paris, La Découverte.
Argument
The organizers of the conference The Maghreb of Anthropologists : Actors, Practices and Spaces invite participants to reflect on what it means to ‘practise anthropology’ in the Maghreb today, building on the line of inquiry that has shaped the discipline since the 1960s.
In a famous article published in 1962, Jacques Berque examined the uncertain future of the social sciences on the Maghreb during decolonization and the ‘restoration of national identities.’ Having asserted that “there are no underdeveloped countries, only ones that are under-analyzed,” he emphasises that knowledge cannot be taken for granted in places subjected to colonial domination has established multiple dependencies and impoverished knowledge production. In a journal published a few years earlier, Jacques Berque had, in fact, lamented the decline and archaism of the human sciences in the Maghreb. Initially in the service of conquest (…), blind to pluralistic ways of life and social disintegration, lagging behind the very field they claimed to describe and analyse, they could, in his view, only find themselves “helpless in the face of such problems, viewed in their bursting freshness and their threatening urgency” (p. 9). In *Les Indépendances*, he turns his attention to the future steps that would be taken for “these peoples to know themselves” since both “old ethnology” and “young sociology” …“are called into question by those concerned : ethnology because it humiliates them, sociology because it reifies them” (p. 3). While history would eventually prove him wrong regarding the latter—which was valued for its nationalist and development-oriented approach (Madoui, 2007 ; Melliti, 2026)—it would vindicate him regarding ethnology. It must indeed be noted that, in the three Maghreb countries, ethnology and, more broadly, anthropology – and indeed, depending on the era and political context, the humanities and social sciences as a whole – have been marginalised (or even disqualified), both in teaching and in research, due to their colonial origins and orientations (Moussaoui, 2005 ; Melliti, 2014 ; Madoui, 2015).
From the 1990s onwards, the restructuring of university education took place gradually and in different ways across the three countries, depending on how knowledge was institutionalized. This process depended on specific national timelines and intellectual networks. The case of Morocco and its links with US cultural anthropology is one such example (Addi, 2013). While ethnology was banned in Morocco, it had initially been championed by French-speaking researchers who had initially worked in related fields (sociology, history, law, heritage studies and Berber studies) and paid particular attention to the ‘field’ as an empirical site for expressing and understanding socio-cultural realities. The ‘field’ thus became the hallmark of a specific, and most often ‘implicit’ (Chaulet, 2008), research orientation within the humanities and social sciences, one that emanated from ‘national cultural experiences’ (Mammeri, 1989 : 21 ; Fawzi, 2002) and established the ‘home’ (Rachik, 2022) as a space of knowledge.
In the northern Mediterranean, the decline in Maghreb studies—and even more so in Algerian studies—characteristic of the colonial period (Berque, 1956) intensified in the wake of independence. With decolonisation came the marginalisation of research on (and in) the Maghreb, with the exception of Morocco, which was influenced by the functionalist (Gellner, 1969), interpretivist (Geertz, 1979) and postmodern (Crapanzano, 1985) strands of British and American anthropology from the 1960s onwards
In France, the uneven weakening of networks and frameworks for advising students was accompanied by the marginalization of anthropology and the academic institutions associated with this specialization. This lead to a focus on migratory dynamics (Sayad, 1991, 1999 ; Lacoste-Dujardin, 1992) and a gradual decline in doctoral research (Hmed, Perrier, 2023 ; Dakhlia, 2023). Over the past twenty years, there has been a partial return to fieldwork in the Maghreb, although this research has not always been integrated in more general scholarly discussions. The emergence of new questions was partly a consequence of the diversification of the profile of scholars and trans-Mediterranean academic mobility. A generation of anthropologists in multiple countries – sometimes linked to the Maghreb through various family and/or personal ties – is now taking an interest in contemporary changes, offering a critical re-examination of classic themes (tribe, honour, kinship, religion, etc.) as well as offering new perspectives (through the study of heritage, sporting practices, urban marginality, artistic creation, gender and sexuality, mobility).
The conference The Maghreb of Anthropologists : Actors, Practices and Spaces will focus on these shifts in the anthropology of the Maghreb. It will investigate the emergence of new actors, practices and spaces within and in relation to Maghreb anthropology, whether these are thematic, methodological, linguistic, bibliographical, conceptual, theoretical or epistemological in nature. It will also raise questions that are more institutional and that relate to issues of training, career trajectories and, more broadly, the power structures that shape higher education.
This conference therefore seeks to explore the significance of the ‘Anthropology of the Maghreb’ in North Africa and other regions over a long historical period that spans from the colonial era to the postcolonial present. It aims to provide a critical overview of the field, while remaining attentive to the conditions of knowledge production—both empirical and theoretical—and its modes of dissemination. It also seeks to examine the origins and relevance of a cultural sphere (Hannoum, 2021) that relates to other anthropological traditions, and more specifically to Mediterranean anthropology, as well as to neighbouring intellectual and geographical spaces (the Arab and Muslim worlds, the Amazigh world, the Saharan world, MENA, etc.).
The conference builds on the work initiated by the GIS Momm (Maghreb 3D), connections fostered by the Insaniyyat Forum in Tunis in 2022, by the Social Sciences Fair organised by the University of Oran in 2022, and the symposium ‘Algeria 70 Years On’ held at the CRASC in Oran in 2024, as well as exchanges conducted in 2025 within the network ‘The Maghreb of Anthropologists. Writings and Circulations since Independence’ at the MMSH of Aix-Marseille University. We have two main goals in organizing this conference :
On the one hand, we seek to better understand the sometimes blurred contours of a discipline considered to be ‘the sum of the social science disciplines ” (Moussaoui, 2005) and to track its local, national, regional and transnational development ; as well as the relationships it maintains, with disciplines such as history, sociology, geography, linguistics, law, Arabic studies and Amazigh studies.
Furthermore, we seek to strengthen the development of an international and interdisciplinary network for scientific reflection and collaboration, in dialogue with other cultural spheres and neighbouring geographical areas.
We will accept contributions from PhD students, early-career researchers and more senior scholars. Below are three broad research themes that will structure the conference.
Theme 1 : ‘Colonial knowledge’ : critical uses and legacies ?
- This first theme aims to explore the legacy of the colonial library and the period of decolonisation on contemporary anthropology in the Maghreb, and more broadly on the humanities and social sciences, both in terms of approaches and critical interpretations.
- What are the frameworks, theoretical approaches and authors drawn upon in current teaching and research ? What critical interpretations, including those of segmentarity, can be made of these today ?
- What are the policies regarding the translation, re-publication and dissemination of the ‘classics’ of colonial anthropology and the leading figures of modern anthropology (Gellner, Bourdieu, Pascon, Tillion, etc.) ?
Theme 2 : The ‘unique paths’ of anthropology in/of the Maghreb
- This theme emphasizes the reconfiguration of Maghreb anthropological studies in the postcolonial period, both north and south of the Mediterranean and on a global scale. The papers will take a reflective approach and the challenges of training and knowledge transmission.
- What strategies did researchers in the Maghreb adopt to circumvent the political and institutional bans on anthropological practice in the first decades following independence ?
- Which spaces of learning and knowledge transmission draw on the discipline of anthropology, both within and outside academic institutions in the humanities and social sciences ? How is the discipline practised and popularised in the Maghreb, in France and abroad ?
- What new approaches have emerged while studying traditional topics such as oral traditions, tribal affiliations, religious practices, family structures ?
- What are the new topics and approaches in anthropology, including within its diasporic and transnational geography ?
- What are the main areas of research explored in relation to the transformations of Maghrebi societies ?
- What role is accorded to languages as vehicles of knowledge, tools for accessing the field, and means of expression and analysis ?
Theme 3 : Academic trajectories and epistemological positions
- The third theme explores the academic trajectories and epistemological positions of anthropologists working in Maghreb and on the Maghreb. These may shed light on the transnational transformations of the discipline as well as the tensions and challenges specific to the questions raised by contemporary, postcolonial and decolonial anthropology.
- What are the intellectual, academic and institutional trajectories of anthropologists specialising on the Maghreb, both within the region and abroad ?
- Can we locate points of tension, articulation or debate between the knowledge produced by exogenous anthropology (predominantly, though not exclusively, Francophone) and that produced by endogenous anthropology ? How does the latter tend to define itself (anthropology at home, anthropology of the near/the familiar, indigenous anthropology, etc.) and what challenges (contributions, limitations, biases) does it identify in the study of its own society and otherness from within ?
- Is it possible to identify the persistence of domination by actors, institutions or epistemologies in the of a global North in terms of research programs, publications, networks, and translation policies ?
- How do critical discourses in anthropology and, more broadly, in the social sciences and humanities, in the Global North resonate in the Maghreb ?
- How, within the diasporic contexts specific to the Maghreb, are the boundaries of belonging negotiated and legitimised ? How should we make sense of the ethnographic experiences of anthropologists living abroad and/or those descended from emigrant families, whom Lila Abu-Lughod has termed halfies (2010) ?
Theme 4 : Disciplinary boundaries and circulations
- Closely linked to the previous themes, this final theme will examine the disciplinary boundaries and the epistemological and geographical trajectories of anthropology within the field of the humanities and social sciences at regional, trans-regional and international levels.
- How have the disciplinary divisions and interactions (primarily with history, sociology and law, but also with linguistics, Amazigh studies, urban studies, etc.) both within the humanities and social sciences and across cultural regions (the Maghreb, the Middle East, the Turkic world, the Arab and Muslim world, the Amazigh world, and Africa) ?
- Does Maghreb anthropology constitute an epistemological field, a cultural area or simply an ethnographic domain ? What boundaries and what relationships does it maintain with the now-declining tradition of Mediterranean anthropology ?
- What are the contributions and limitations of interdisciplinarity ?
- In which national, regional, or international networks do anthropologists operate ? With whom and in which languages do they engage ? Where do they publish ?
- Is there a Franco-Maghreb anthropological sphere, supported by the UMIFREs (French Research Institutes Abroad – in Maghreb : IRMC and CJB) or other bodies ? What are the local and/or regional specificities of these exchanges ? How do they interact with other international research institutions and centres of knowledge (whether located in the USA, UK, Germany, Lebanon, etc.) ?
Submission guidelines
Proposals for papers of approximately 200 words, accompanied by a short bio (in Arabic, French and English), are due by the end of June and should be sent to : assam_malika@yahoo.fr and giulia.fabbiano@univ-amu.fr
Bibliography
Abu-Lughod L., « Écrire contre la culture. Réflexions à partir d’une anthropologie de l’entre-deux », in Daniel Cefaï (dir.), L’engagement ethnographique, Paris, EHESS, 2010 (1991), p. 137-162.
Addi L., Deux anthropologues au Maghreb, Paris, Éditions des archives contemporains, 2013.
Alajmi, Abdullah, et al. (dir.), L’anthropologie sociale dans le monde arabe, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2026, https://doi.org/10.4000/15n6c.
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أرضية الندوة
يمثل مؤتمر « مغرب علماء الأنثروبولوجيا الكبير : الفاعلون، الممارسات والفضاءات » دعوة للتفكير الجماعي في معنى « ممارسة الأنثروبولوجيا » في المغرب الكبير اليوم، وهذا في سياق التساؤلات التي طبعت هذا التخصص منذ ستينيات القرن العشرين.
في مقال شهير نُشر عام 1962، تساءل جاك بيرك عن المصير غير المؤكد للعلوم الاجتماعية في المغرب الكبير عند منعطف نزع الاستعمار و« استعادة الجنسيات ». وبعد أن أكد أنه « لا توجد بلدان متخلفة، بل توجد بلدان لم تخضع للتحليل بما يكفي »، شدَّدَ على أن المعرفة ليست أمراً بديهياً في سياقٍ هيمنت فيه السيطرة الاستعمارية عبر نظامٍ افتراسي من التبعيات المتعدّدة، مع إفقار المعرفة والعلوم. وكان جاك بيرك قد أعرب، في نصٍ تقييمي نُشر قبل ذلك ببضع سنوات، عن أسفه لتراجع وبدائية علوم الإنسان في المغرب الكبير. إذ كانت هذه العلوم، التي وُضعت في الأصل في خدمة الغزو (…)، عمياء إزاء أنماط الحياة المتعددة والتفكك الاجتماعي، ومتأخرة عن الميدان الذي ادعت وصفه وتحليله، فلم يكن بإمكانها، في نظره، إلا أن تكون « عاجزة أمام مثل هذه القضايا في حداثتها المتفجرة وإلحاحها المهدِّد » (ص. 9). ومع الاستقلال، اتجه اهتمامه نحو السُبل التي ينبغي أن تسلكها « هذه الشعوب لتعرف نفسها بنفسها »، خاصةُ وأن كلاً من « الإثنولوجيا القديمة » و« السوسيولوجيا الحديثة » « قد أُعيد النظر فيهما من قبل المعنيين : فالإثنولوجيا لأنها تُهينهم، والسوسيولوجيا لأنها تُشيِّئهم » (ص. 3). وإذا كان التاريخ قد خالفه لاحقاً بخصوص هذه الأخيرة، التي تم تثمينها بتوجهها الوطني والتنموي (مدوي، 2007؛ مليتي، 2026)، فإنه أكد صحة رأيه بخصوص الإثنولوجيا. إذ يمكن ملاحظة التهميش ثم الإقصاء الرسمي الذي استهدف، في بلدان المغرب الثلاثة، الإثنولوجيا، بل والأنثروبولوجيا عموماً – بل وحتى، حسب الفترات والسياقات السياسية، مجمل العلوم الإنسانية والاجتماعية – سواء في التعليم أو البحث، بسبب أصولها وتوجهاتها الاستعمارية (موساوي، 2005؛ مليتي، 2014؛ مدوي، 2015).
ابتداءً من تسعينيات القرن الماضي، بدأت إعادة تشكيل التكوين الجامعي تدريجياً وبشكل مختلف في البلدان الثلاثة، وفق مسارات تأطير مؤسساتي اتبعت إيقاعات وطنية وشبكات فكرية خاصة. ويُعد مثال المغرب وعلاقته بالأنثروبولوجيا الثقافية الأمريكية دالاً على ذلك (عدي، 2013). ومع ذلك، يجدر التأكيد على منطق مشابه في المسارات المتبعة : فقد حُملت الأنثروبولوجيا – وليس الإثنولوجيا التي بقيت محظورة – في البداية من قبل باحثين وباحثات ناطقين بالفرنسية قادمين من تخصصات مجاورة (السوسيولوجيا، التاريخ، القانون، دراسات التراث والدراسات الأمازيغية)، مع إيلاء اهتمام خاص « للميدان » بوصفه فضاءً تجريبياً للتعبير عن الواقع السوسيو-ثقافي وفهمه. وهكذا أصبح « الميدان » ضمانة لتوجه بحثي خاص، وغالباً « ضمني » (شولي، 2008)، داخل العلوم الإنسانية والاجتماعية، ينبثق من « داخل التجارب الثقافية الوطنية » (معمري، 1989 : 21؛ فوزي، 2002) ويستثمر « الفضاء الذاتي » (رشيد، 2022) باعتباره مجالاً للمعرفة.
في شمال البحر الأبيض المتوسط، ازداد تراجع الدراسات المغاربية، وخاصة الجزائرية، المرتبط بالفترة الاستعمارية (بيرك، 1956)، بعد الاستقلال. ومع فك الاستعمار، بدأ تهميش الميادين المغاربية، باستثناء ملحوظ للمغرب، الذي استثمرته التيارات الوظيفية (غيلنر، 1969)، والتأويلية (غيرتز، 1979)، وما بعد الحداثية (كرابانزانو، 1985) في الأنثروبولوجيا الإنجليزية والأمريكية منذ ستينيات القرن الماضي.
في فرنسا، ورغم بعض المسارات الجديرة بالذكر (دوفينيو، 1990؛ جاموس، ماهي، ياسين)، فإن ضعف الشبكات وفضاءات التأطير بشكل غير متكافئ ترافق مع تهميش داخل الأنثروبولوجيا نفسها ومؤسساتها الأكاديمية، مما أدى إلى التركيز على ديناميات الهجرة (سياد، 1991، 1999؛ لاكوست-دوجاردان، 1992) وإلى تراجع تدريجي في الأبحاث الدكتوراه (حمد، بيرييه، 2023؛ دخلية، 2023). ومنذ عقدين على الأقل، نشهد إعادة استثمار جزئية للميادين المغاربية، رغم أن الفضاءات الأكاديمية لا تزال محدودة الاستقبال. ويعود ظهور تساؤلات جديدة جزئياً إلى تنوع خلفيات الباحثين والباحثات وإلى الحركية الأكاديمية عبر المتوسط. وقد بدأت جيل جديد من الأنثروبولوجيين – يرتبط أحياناً بالمغرب الكبير بروابط عائلية و/أو شخصية متنوعة – بالاهتمام بالتحولات المعاصرة، مقدماً قراءة نقدية جديدة للمواضيع الكلاسيكية (القبيلة، الشرف، القرابة، الدين، إلخ) وإدخال مواضيع جديدة (التراث، الممارسات الرياضية، الهامشيات الحضرية، الإبداع الفني، النوع الاجتماعي والجنسانية، الحركيات)، مع الانخراط في أوساط دولية متنوعة.
يهدف مؤتمر « مغرب علماء الأنثروبولوجيا الكبير : الفاعلون، الممارسات والفضاءات » إلى إيلاء اهتمام لهذه التجديدات في الفاعلين والممارسات والفضاءات في أنثروبولوجيا المغرب الكبير وفيه – من حيث الموضوعات والمنهجيات واللغات والمراجع والمفاهيم والنظريات والإبستمولوجيا – وكذلك للتطورات والقيود، خاصة المؤسسية، المرتبطة بقضايا التكوين والمسار المهني وحوكمة البحث العلمي.
وبهدف تقديم تقييم نقدي يأخذ بعين الاعتبار شروط إنتاج المعرفة، سواء التجريبية أو النظرية، وطرق نشرها، يسعى هذا المؤتمر إلى استكشاف، عبر مدى زمني طويل يمتد من الحقبة الاستعمارية إلى الحاضر ما بعد الاستعمار، ما تعنيه أنثروبولوجيا المغرب الكبير كمفهوم وممارسة، سواء في المنطقة أو خارجها. كما يهدف إلى مساءلة نشأة وجدوى اعتبارها مجالاً ثقافياً (حنوم، 2021)، في علاقته بتقاليد أنثروبولوجية أخرى، ولا سيما أنثروبولوجيا البحر الأبيض المتوسط، وكذلك بعوالم فكرية وجغرافية قريبة (العوالم العربية والإسلامية، العوالم الأمازيغية، العوالم الصحراوية، منطقة الشرق الأوسط وشمال إفريقيا، إلخ).
استمراراً للأعمال التي أطلقها GIS Momm (Maghreb 3D)، والتقارب الذي عززه منتدى « إنسانيات » بتونس عام 2022، ومعرض العلوم الاجتماعية الذي نظمته جامعة وهران عام 2022، وكذلك ندوة « الجزائر بعد 70 عاماً » التي عُقدت في CRASC بوهران عام 2024، إضافة إلى النقاشات التي جرت عام 2025 ضمن الشبكة الموضوعية « مغرب علماء الأنثروبولوجيا : الكتابات والتنقلات منذ الاستقلال » في MMSH بجامعة إيكس-مرسيليا، فإن طموحنا مزدوج.
من جهة، فهم أفضل لحدود تخصص يُنظر إليه أحياناً على أنه « مجموع تخصصات العلوم الاجتماعية » (موساوي، 2005)، وتتبع مساراته المحلية والوطنية والإقليمية والعابرة للحدود؛ وكذلك علاقاته مع التاريخ والسوسيولوجيا والجغرافيا واللسانيات والقانون والدراسات العربية والدراسات الأمازيغية ومؤلفيها ومكتباتها.
ومن جهة أخرى، تعزيز بناء شبكة دولية متعددة التخصصات للتفكير والتعاون العلمي، في حوار مع مجالات ثقافية أخرى وفضاءات جغرافية قريبة.
يمكن للمساهمات المنتظرة، من طلبة الدكتوراه والباحثين الشباب والباحثين الأكثر خبرة، أن تندرج ضمن المحاور التالية : (دون حصر)
المحور 1 : « المعارف الاستعمارية » : الاستخدامات والإرث النقدي؟
يهدف هذا المحور إلى استكشاف إرث المكتبة الاستعمارية وفترة التحرر في الأنثروبولوجيا المعاصرة في/عن المغرب الكبير، وعلى العلوم الإنسانية والاجتماعية بشكل عام، سواء من حيث المقاربات أو القراءات النقدية.
ما هي المرجعيات والمقاربات النظرية والمؤلفون المعتمدون في التدريس والبحث الحالي؟ وما هي القراءات النقدية الممكنة اليوم، خاصة لمفهوم التقسيمية؟
ما هي سياسات الترجمة وإعادة النشر ونقل « كلاسيكيات » الأنثروبولوجيا الاستعمارية والشخصيات المؤسسة للأنثروبولوجيا الحديثة (غيلنر، بورديو، باسكون، تيليون، إلخ)؟
المحور 2 : « المسارات الخاصة » للأنثروبولوجيا في/عن المغرب الكبير
يتناول هذا المحور إعادة بناء الدراسات الأنثروبولوجية المغاربية في فترة ما بعد الاستعمار، سواء في شمال أو جنوب المتوسط أو على المستوى العالمي. وستركز المداخلات، من خلال مقاربة تأملية، على ممارسات البحث وقضايا التكوين ونقل المعرفة.
ما هي استراتيجيات الالتفاف التي اعتمدها الباحثون والباحثات في المغرب الكبير في مواجهة القيود السياسية والمؤسسية على ممارسة الأنثروبولوجيا خلال العقود الأولى بعد الاستقلال؟
في أي فضاءات للتعلم ونقل المعرفة، داخل وخارج المؤسسات الأكاديمية، تُمارس الأنثروبولوجيا وتُنشر في المغرب الكبير وفرنسا وخارجهما؟
ما هي التجديدات المقترحة في المواضيع الكلاسيكية : التقاليد الشفوية، الانتماءات القبلية، الممارسات الدينية، البنى الأسرية؟
ما هي المواضيع والمقاربات الجديدة في الأنثروبولوجيا، بما في ذلك في امتداداتها المهجرية والعابرة للحدود؟
ما هي أهم الميادين المدروسة المرتبطة بتحولات المجتمعات المغاربية؟
ما مكانة اللغات كوسائط للمعرفة وأدوات للوصول إلى الميدان ووسائل للتعبير والتحليل؟ المحور 3 : المسارات العلمية والتموضعات الإبستمولوجية
سيُولى اهتمام خاص للمسارات العلمية والتموضعات الإبستمولوجية للأنثروبولوجيين العاملين في/عن المغرب الكبير، لما توفره من معطيات حول التحولات العابرة للحدود لتخصص ظل في جوهره « ضمنياً »، وكذلك حول التوترات والقضايا المرتبطة بالأنثروبولوجيا المعاصرة وما بعد الاستعمار ونزع الاستعمار.
ما هي المسارات الفكرية والأكاديمية والمؤسسية للأنثروبولوجيين المتخصصين في المغرب الكبير داخل بلدانهم وخارجها؟
هل توجد نقاط توتر أو تفاعل أو نقاش بين المعارف التي تنتجها الأنثروبولوجيا الخارجية (غالباً، وإن لم يكن حصراً، الناطقة بالفرنسية) وتلك التي تنتجها الأنثروبولوجيا الداخلية؟ وكيف تسعى هذه الأخيرة إلى تعريف نفسها (أنثروبولوجيا الذات، أنثروبولوجيا القريب/المألوف، الأنثروبولوجيا المحلية،…) وما هي رهاناتها (الإسهامات، الحدود، الانحيازات) في دراسة مجتمعها من الداخل؟
هل نواجه استمرار هيمنة شمال-جنوب، إبستمولوجياً ومؤسسياً (برامج البحث، النشر، الشبكات، سياسات الترجمة)، داخل الأنثروبولوجيا المغاربية؟
كيف تتردد أصداء الخطابات النقدية للأنثروبولوجيا، وللعلوم الإنسانية والاجتماعية عموماً في الشمال، داخل بلدان المغرب الكبير؟
كيف، في السياقات المهجرية الخاصة بالمغرب الكبير، يتم التفاوض على حدود الانتماء وشرعنتها، وكذلك الفضاءات الإثنوغرافية للأنثروبولوجيين المقيمين في الخارج و/أو المنحدرين من أسر مهاجرة، الذين وصفتهم ليلى أبو لغد بـ« الأنصاف » (2010)؟
المحور 4 : الحدود التخصصية والتنقلات
يركز هذا المحور، المرتبط ارتباطاً وثيقاً بالمحاور السابقة، على حدود التخصص والتنقلات الإبستمولوجية والجغرافية للأنثروبولوجيا داخل حقل العلوم الإنسانية والاجتماعية على المستويات الإقليمية والعابرة للأقاليم والدولية.
كيف تمت وتتم عمليات التقسيم والتفاعل بين التخصصات (خصوصاً مع التاريخ والسوسيولوجيا والقانون، وكذلك اللسانيات والدراسات الأمازيغية والدراسات الحضرية، إلخ) داخل العلوم الإنسانية والاجتماعية وداخل المجالات الثقافية (المغرب الكبير، الشرق الأوسط، العوالم التركية، العربية والإسلامية، الأمازيغية، الإفريقية)؟
هل تشكل الأنثروبولوجيا المغاربية حقلاً إبستمولوجياً، أم مجالاً ثقافياً، أم مجرد فضاء إثنوغرافي؟ وما حدودها وعلاقاتها مع تقليد أنثروبولوجيا البحر الأبيض المتوسط الذي يشهد تراجعاً اليوم؟
ما هي مزايا وحدود التداخل بين التخصصات؟
في أي شبكات – وطنية أو إقليمية أو دولية – ينخرط الأنثروبولوجيون؟ ومع من وبأي لغات يتحاورون؟ وأين ينشرون أعمالهم؟
هل يوجد فضاء أنثروبولوجي فرنسي-مغاربي، مدعوم من طرف UMIFRE (IRMC + CJB)، بخصوصيات محلية و/أو إقليمية؟ وإذا كان الأمر كذلك، فما طبيعة علاقاته مع مؤسسات البحث الدولية الأخرى ومراكز المعرفة (الولايات المتحدة، المملكة المتحدة، ألمانيا، لبنان)؟
شروط التقديم
تُقبل مقترحات المداخلات في حدود 200 كلمة، مرفقة بسيرة ذاتية موجزة (بالعربية والفرنسية والإنجليزية)، وذلك قبل نهاية جوان على العنوانين :
assam_malika@yahoo.fr ; giulia.fabbiano@univ-amu.fr