Argumentaire
Au cours des dernières décennies, le mot « queer » est apparu comme l’un des plus féconds, des plus contestés et des plus porteurs de transformations au sein des sciences humaines et sociales. Dans l’histoire de l’art, en particulier, la théorie queer a remis en question les hypothèses normatives qui définissent l’identité, le désir, l’auctorialité, la temporalité et le sens du regard, tout en dévoilant ce que la discipline investit dans l’hétérosexualité, dans les binarités de genre et dans les récits téléologiques du style et du progrès.
Ce numéro voudrait mettre en avant les diverses formes, objectifs et méthodes des histoires de l’art queer d’aujourd’hui. En quoi le queer constitue-t-il pour les historien·nes de l’art un instrument pertinent d’analyse, comment peut-il troubler les binarités, les hiérarchies et les conventions de la discipline, y compris les diverses façons dont s’écrit l’histoire de l’art ? Les contributions touchant à toutes les périodes historiques et à tous les contextes géographiques sont bienvenues : que signifie, par exemple, « queeriser » des peintures de l’Égypte ancienne, un codex mésoaméricain ou des chinoiseries du xviiie siècle ?
Le queer peut aussi être envisagé de manière plus large, hors du champ spécifique de la sexualité et du genre. De fait, nous sommes tout particulièrement intéressé·es par des contributions qui mobiliseraient la théorie queer pour repenser des objets ou des archives qu’on n’aurait pas l’habitude de considérer ainsi. Offrir une lecture queer de l’histoire de l’art, comme cherche à le faire ce numéro, ce n’est pas seulement retracer l’émergence, à la fin du xixe siècle, d’un art queer, c’est interroger la discipline en son cœur même et réexaminer les images avec une attention renouvelée.
Nous encourageons aussi les contributions qui aborderont les tensions, les limites et les exclusions au sein même de la théorie queer, notamment dans ses domaines d’intersection avec les études sur la race, le colonialisme, le handicap, la classe, ainsi qu’avec les études trans et non binaires. Nous souhaiterions solliciter des articles ne relevant pas nécessairement d’une « histoire de l’art queer », spécifique et bien définie, mais qui se confronteraient à l’historiographie du queer dans notre discipline et exploreraient ce que peut vouloir dire aujourd’hui queeriser l’histoire de l’art.
Contexte historiographique
Apparue à la fin du xxe siècle, en dialogue avec la théorie féministe, les études lesbiennes et gay et la théorie critique, la pensée queer questionne la stabilité des catégories identitaires et souligne la construction sociale de la sexualité et du genre. Eve Kosofsky Sedgwick et Judith Butler l’ont dotée, dans leurs travaux pionniers, d’outils théoriques qui continuent d’informer la recherche dans tout le domaine des sciences humaines et sociales (Butler, [1990] 2005 ; [1993] 2018 ; Sedgwick, [1990] 2008). À la différence des catégories fondées sur l’identité, grâce auxquelles on cherche à produire de la stabilité, de la cohérence ou de la reconnaissance, le queer opère par rejet : il vient perturber les histoires linéaires, les identifications rigides et les frontières disciplinaires. Pourtant, même aux débuts de son histoire, le queer n’a jamais été monolithique et son sens, ses implications ont pu varier d’un·e théoricien·ne à l’autre, ce qui a conduit, parfois, à critiquer un terme jugé trop lâche ou trop englobant. Qu’a signifié cette pluralité de pensée pour celles·eux qui ont souhaité en faire une véritable méthode de recherche ? Ses premier·ères partisan·es ont d’abord tenté de réexaminer les conventions concernant le genre, la sexualité, le corps et l’écriture de l’histoire, tout comme les traditions qui dessinent le champ.
En pratique, cette évolution a eu de profondes conséquences. L’« histoire gay et lesbienne de l’art » s’est d’abord attachée à exhumer des artistes, des iconographies et des subcultures jusqu’alors délaissées. Si ce travail de mise au jour demeure crucial, la théorie queer a étendu le champ de ses investigations au-delà des questions de visibilité et de représentation pour interroger les fondements épistémologiques de l’histoire de l’art elle-même, et notamment sa périodisation, ses méthodes, ses hypothèses concernant le statut des spectateur·rices et sa puissance normative. Les luttes dans le contexte de la crise du sida et le travail critique sur les pratiques muséales ont alors dévoilé l’imbrication de la culture visuelle, de la politique et des structures institutionnelles. L’historien de l’art, critique et commissaire d’exposition Douglas Crimp a montré dans son travail et ses écrits comment la culture visuelle pouvait être analysée au prisme de la sexualité, de la politique et de l’identité, contribuant à l’élaboration d’un discours critique attentif tant à la production culturelle qu’à ses cadres institutionnels (Crimp, 2002). En bâtissant sur ces fondations, des chercheur·euses comme Jonathan D. Katz ont concouru à la formulation d’une histoire de l’art queer en tant que champ de recherche (Katz, 2016), tandis qu’Amelia Jones a ouvert des débats de fond touchant l’incarnation, la performativité et l’identité dans l’art moderne et contemporain (Jones, 2012 ; 2014). Ces approches se sont aussi étendues à d’autres sous-domaines, par exemple aux histoires de l’art prémoderne ; ainsi Michael Camille, historien de l’art médiéval, a-t-il proposé de nouvelles lectures d’œuvres célèbres, comme Les Très Riches Heures du duc de Berry, dont il examine l’iconographie à la lumière de la sexualité de son commanditaire, Jean de France, duc de Berry (Camille, 2001).
Depuis le début des années 2000, les approches queer de l’histoire de l’art ont également cherché à dépasser les binarités instituées (masculin / féminin, homo / hétéro, centre / marge, humain / non humain). Ainsi, pour ce qui concerne l’histoire de l’art japonais, l’exposition « A Third Gender : Beautiful Youths in Japanese Edo-period Prints and Paintings (1600-1868) » a été consacrée à la représentation des wakashu, ces adolescent·es de l’époque d’Edo assignés garçons à la naissance, qui se présentaient comme femmes (Toronto, Royal Ontario Museum, 7 mai – 27 nov. 2016 ; Mostow, Asato, 2016). Dans une veine similaire, les travaux de Clovis Maillet et Leah DeVun sur la représentation des animaux dans les bestiaires ont mis en lumière l’intrication des catégories humaine et animale, souvent à des fins irrévérencieuses (DeVun, 2021 ; Maillet, 2020). La recherche a également remis en question les hiérarchies qui ont traditionnellement structuré les écrits d’histoire de l’art, notamment pour ce qui concerne le médium, la géographie, la colonialité, les notions de race, de classe et de validité. Quoiqu’ils ne soient pas nécessairement qualifiés de queer par leurs autrices, des livres comme Melancholy Wedgwood (2024), d’Iris Moon, ou Un désir démesuré d’amitié (2024), d’Hélène Giannecchini, témoignent de manières nouvelles et parfois intimes d’écrire l’histoire de l’art pour aborder les questions de validité, de race et de parentalité au cours du temps. Les interventions queer peuvent aussi s’articuler à des perspectives décoloniales, qui critiquent les récits euro-centriques et les épistémologies coloniales, comme en témoignent les Unruly Visions de Gayatri Gopinath (Gopinath, 2018). En ce sens, queeriser l’histoire de l’art convoque non seulement l’étude de la sexualité et du genre, mais aussi la transformation des cadres analytiques, historiographiques et narratifs à travers lesquels l’art est considéré et compris.
Le terme queer a donc de multiples significations – trop peut-être aux yeux de certains –, c’est pourquoi nous invitons les contributeur·rices à expliciter la façon dont elles/iels/ils le comprennent, en rapport avec la tradition historique et historiographique. Nous espérons que ce numéro de Perspective invitera à une réévaluation critique de l’adoption et/ou du rejet du queer par notre discipline, en abordant l’un au moins des axes suivants :
1. Queeriser le canon
Queeriser l’histoire de l’art, c’est, au minimum, relire ce qui a constitué le canon, pour le nommer ainsi, de notre discipline, qu’il s’agisse des œuvres ou des écrits des historien·nes et théoricien·nes de l’art sur lesquels elle s’est fondée. Queeriser le canon, c’est aussi intégrer de nouveaux éléments d’archives, à l’instar de Jennifer Sichel dans son travail sur Andy Warhol (Sichel, 2018) ; ce peut être encore examiner plus finement des sources déjà bien connues – comme les écrits de Johann Joachim Winckelmann, dont le regard sur la beauté des sculptures grecques dans son Histoire de l’art chez les Anciens ([1764] 1766) livre des enseignements longtemps négligés, mis au jour par l’historien de l’art Whitney Davis (Davis, 2010).
Les auteur·rices pourront aussi considérer comment des méthodes queer pourraient ouvrir notre champ de recherches, notamment en introduisant de nouveaux objets ou médiums négligés jusque-là. Nous encourageons enfin les contributions qui exploreront les questions soulevées par l’adoption de généalogies différentes, de temporalités non linéaires ou discontinues, interrompues, et toutes autres possibilités méthodologiques offertes par une lecture à contre-courant des archives et de l’historiographie de notre discipline. Quelles perspectives ces récits alternatifs ouvrent-ils pour l’avenir de l’histoire de l’art ?
2. Histoires visuelles du genre, du sexe et des sexualités
Ce type d’approche met en avant les histoires de la sexualité et du genre dans la culture visuelle, singulièrement dans des perspectives trans, non binaires ou non conformes au genre. Les articles pourront interroger les méthodes que nous utilisons pour parler des penchants, des actes et des orientations sexuelles du passé. Quand la terminologie contemporaine est-elle utile ? À partir de quand, au contraire, l’anachronisme devient-il un obstacle à la compréhension ? Et quels enjeux politiques et éthiques sont à l’œuvre dans l’emploi de tel ou tel mot pour décrire les acteur·rices du passé ? Les auteur·rices pourront également considérer la façon dont les artistes construisent visuellement le genre, comment nous abordons les problématiques de genre concernant le passé (par exemple, lorsque les mots les plus élémentaires, comme « femme » et « homme », recouvrent des concepts historiquement ou culturellement inconsistants ou instables), de quelles manières notre discipline s’est empressée d’assigner aux sujets de l’histoire de l’art des identités sexuées ou genrées. Dans « How to Teach Manet’s Olympia After Transgender Art History », David Gesty s’est brillamment emparé de ce type de problématique (Getsy, 2022).
Cette section est aussi une invitation aux contributions qui se pencheraient sur l’histoire de la censure dans l’histoire de l’art, ayant frappé, par exemple, les images homo-érotiques ou « obscènes » et sur les traces que peuvent en avoir conservées les archives. Elle incite encore à l’examen de formes plus subtiles ou durables de censure, à l’œuvre, par exemple, dans l’omission de certains détails de la vie d’un·e artiste – on peut prendre le cas de Rosa Bonheur, dont les relations « lesbian-like » (pour reprendre la puissante expression de Judith Bennett, dans Bennett, 2000) sont fréquemment proscrites des récits institutionnels de sa vie et de son œuvre. Corrélativement, les articles pourront interroger les politiques de la visibilité et les manières dont les historien·nes de l’art se sont rendu·es responsables d’invisibiliser (ou, a contrario, d’exhiber) certaines relations, certains sentiments, voire des acteur·rices de la production artistique.
3. Espaces et limites d’une histoire de l’art queer
Ce troisième et dernier axe appelle à réfléchir sur les formes prises par les histoires de l’art queer pratiquées au cours du temps au sein des institutions de la discipline – notamment l’université et le musée – et au-delà. Les contributions pourront examiner l’histoire des lieux d’une histoire de l’art queer (le spectacle présenté par JEB [Joan E. Biren] de 1979 à 1984, The Dyke Show, la série documentaire d’Hortense Belhôte Merci de ne pas toucher ou le nouveau collectif Culture et Images lesbiennes), les différentes manières par lesquelles cette histoire de l’art queer s’est institutionnalisée (ou non), et comment les musées l’ont eux-mêmes formée ou formulée. Les contributions pourront s’attacher à l’histoire d’institutions artistiques LGBTQIA+ spécifiques, telles que le Leslie-Lohman Museum of Art à New York, aux expositions temporaires comme « Over the Rainbow » du Centre Georges-Pompidou (Paris, 28 juin – 13 nov. 2023, ou encore s’intéresser aux réactions des institutions devant la demande d’un·e artiste de voir changer son nom ou son pronom sur les cartels ou dans les bases de données, sans compter les nouveaux chemins interprétatifs ménagés par l’institution muséale au sein de ses collections, comme la série de présentations de la collection permanente du Bode-Museum à Berlin, « The Second Glance ». Les articles pourront aussi envisager l’institutionnalisation des histoires de l’art queer, par exemple dans les laboratoires de recherche, dans les programmes doctoraux, ou dans la définition des postes d’enseignant·es-chercheur·euses à pourvoir par les universités.
Cet axe appelle aussi à réfléchir sur les façons dont le queer a de plus en plus été associé à d’autres approches méthodologiques – éco-critiques, trans, décoloniales et/ou études critiques du handicap – et à quelles fins. Où et comment ces associations se manifestent-elles dans l’histoire de l’art ? Si certain·es, dans le champ des études trans, défendent une séparation des études trans et queer, d’autres envisagent pour le queer un domaine de compétences plus vaste, au nom notamment de ses capacités de subversion de toutes les catégories. Les articles dans ce domaine pourront examiner comment ces débats et ces perspectives ont façonné l’histoire de l’art en train de se faire et ce qu’apporte – ou ce dont prive – l’adoption de telles approches méthodologiques singulières pour notre discipline. Ils pourront aussi se demander jusqu’où peut aller le queer sans perdre sa spécificité (si toutefois une telle spécificité existe). Enfin, les articles qui considéreront les différences de définition et d’usage des méthodes queer au sein des subdivisions de la discipline sont les bienvenus.
Nous accueillerons donc les propositions qui éclaireront les contributions de la théorie queer à l’histoire de l’art, que ce soit en se penchant sur des figures historiques ou contemporaines, en s’attachant à des artistes plus ou moins connu·es, aux mouvements artistiques ou aux courants qui traversent la discipline de l’histoire de l’art. Les propositions devront respecter l’orientation éditoriale de la revue, qui privilégie les approches réflexives, critiques, méthodologiques et historiographiques. En somme, nous appelons des contributions relevant des trois thèmes suivants :
- Queeriser le canon : le dialogue analytique avec les artistes et historien·nes de l’art utilisant les outils de la critique queer, tout comme l’ouverture vers des figures plus marginalisées et vers des récits minoritaires.
- Histoires visuelles du genre, du sexe et de la sexualité : comment les approches queer permettent-elles de déconstruire le cis-hétérosexisme de l’histoire de l’art et encouragent-elles de nouvelles manières de considérer les genres et les sexualités ?
- Espaces et limites d’une histoire de l’art queer : qu’est-ce qui constitue un musée queer ? Quelles expositions queer ont marqué l’histoire de l’art ? Mais aussi dans quels pays et dans quels contextes culturels les images queer et les artistes queer se sont-ils épanouis – ou au contraire ont-ils fait les frais de la censure ? Enfin, jusqu’où s’étend le regard queer, et quelles sont ses limites épistémologiques ? [traduction de l’anglais : François Boisivon]
Perspective : actualité en histoire de l’art
Publiée par l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) depuis 2006, Perspective est une revue semestrielle dont l’ambition est d’exposer l’actualité de la recherche en histoire de l’art dans toute sa variété, contextualisée et consciente de son historicité. Elle témoigne des débats historiographiques de la discipline sans cesser de se confronter aux œuvres et aux images, d’en renouveler la lecture et de nourrir ainsi une réflexion intra- et interdisciplinaire, en favorisant les dialogues entre l’histoire de l’art et d’autres domaines de recherche, les sciences humaines notamment, mettant en acte le concept du « bon voisinage » d’Aby Warburg. Toutes les aires géographiques, toutes les périodes et tous les médiums sont susceptibles d’y figurer.
La revue publie des textes scientifiques offrant une perspective inédite autour d’un thème donné. Ses auteurs et autrices situent leur propos ; le recours à l’étude de cas doit permettre d’interroger la discipline, ses moyens, son histoire et ses limites. Ainsi, les propositions d’articles doivent nécessairement présenter une dimension méthodologique, fournir un apport épistémologique ou établir un bilan historiographique substantiel et original. En fonction du sujet abordé, de l’extension du corpus bibliographique, de l’aire géographique et de la période considérée, deux formats d’articles sont possibles :
- Focus : un article s’appuyant sur un cas exemplaire permettant d’aborder une question ou un enjeu historiographique, théorique ou méthodologique apparu récemment (20/25 000 signes) ;
- Grand Angle : un essai ou un bilan portant sur une problématique plus vaste, un courant de l’histoire de l’art, un problème méthodologique ou théorique, prenant en compte des changements d’orientation ou d’approches récents et s’appuyant sur une bibliographie de référence (40/45 000 signes, hors bibliographie).
Modalités de contribution
Prière de faire parvenir vos propositions (un résumé de 2 000 à 3 000 signes, un titre provisoire, une courte bibliographie sur le sujet et une biographie de quelques lignes) à l’adresse de la rédaction (revue-perspective@inha.fr) au plus tard le 15 juin 2026.
Perspective prenant en charge les traductions, les projets seront examinés par le comité de rédaction quelle que soit leur langue.
Les auteurs ou autrices des propositions retenues seront informés de la décision du comité de rédaction en juillet 2026, tandis que les articles seront à remettre pour le 1er décembre 2026. Les textes soumis (25 000 à 45 000 signes selon le projet envisagé) seront définitivement acceptés à l’issue d’un processus anonyme d’évaluation par les pairs.
Regards queer, no 2027 – 2
- Rédacteur en chef : Thomas Golsenne (INHA)
- Rédactrices en chef invitées : Ersy Contogouris (Université de Montréal) et Nancy Thebaut (University of Oxford)
Voir la composition du comité de rédaction : https://journals.openedition.org/perspective/1417
Argument
Over the last several decades, queer has emerged as one of the most generative, contested, and transformative terms in the humanities. Within art history, queer theory has challenged normative assumptions about identity, desire, authorship, temporality, and visual meaning, all the while exposing the discipline’s investments in heterosexuality, gender binaries, and teleological narratives of style and progress.
This issue seeks to highlight the diverse forms, aims, and methods of queer art histories today. How is “queer” a useful mode of analysis for art historians, and how might it unsettle binaries, hierarchies, and disciplinary conventions, including the very ways that art history is written ? We welcome contributions across historical periods and geographical contexts : what might it mean to queer ancient Egyptian paintings, a Mesoamerican codex, or eighteenth-century chinoiserie, for instance ?
Queer can also be understood expansively and need not be limited to works explicitly addressing sexuality or gender. Indeed, we are especially interested in contributions that mobilize queer theory to rethink objects and archives not typically understood as queer. To read the history of art queerly, as this issue seeks to do, is not simply to trace the emergence of queer art since the late nineteenth century ; it is to question the discipline at its core and to re-examine all images with renewed attention.
We also encourage submissions that address the tensions, limits, and exclusions within queer theory itself, including its intersections with race, colonialism, disability, class, and trans and nonbinary studies. Rather than treat “queer art history” as singular and settled, we are interested in papers that actively grapple with the historiography of queer within our discipline as well as what it means to queer art history today.
Historiographical Context
Emerging in the late twentieth century and in dialogue with feminist theory, lesbian and gay studies, and critical theory, queer thought challenged the stability of identity categories and underscored the social construction of sexuality and gender. Foundational works by Eve Kosofsky Sedgwick and Judith Butler introduced theoretical tools that continue to inform scholarship across the humanities (Butler, 1990, 1993 ; Sedgwick, [1990] 2008). Unlike identity-based categories that seek stability, coherence, or recognition, queer often operates through refusal : it troubles linear histories, rigid identifications, and disciplinary boundaries. But even in its early history, queer was never monolithic and could vary in meaning from one theorist to the next, leading at times to criticism that the term was too capacious. What has this plurality of thought meant for those wishing to practice a “queer art history” ? Its early practitioners sought to reconsider normative assumptions about gender, sexuality, embodiment, and historical narrative, as well as the traditions that shaped the field.
In practice, this shift had profound consequences. Early “gay and lesbian art history” focused on recovering overlooked artists, iconographies, and subcultures. While this recuperative work remains crucial, queer theory expanded the field beyond questions of visibility and representation to interrogate the epistemological foundations of art history itself, including its periodizations, methods, and assumptions about spectatorship and normativity. Activism around the AIDS crisis and the critical work on museum and exhibition practices further demonstrated how visual culture, politics, and institutional structures are intertwined. The writings and curatorial work of Douglas Crimp showed how visual culture could be analyzed through the lenses of sexuality, politics, and identity, helping to shape a critical discourse attentive to both cultural production and its institutional frameworks (Crimp, 2002). Building on these foundations, scholars such as Jonathan D. Katz contributed to articulating queer art history as a field of inquiry (Katz, 2016), while Amelia Jones advanced key debates on embodiment, performativity, and identity in modern and contemporary art (Jones, 2012, 2014). These approaches extended to other subfields, too, including histories of pre-modern art ; medieval art historian Michael Camille, for instance, penned bold new readings of famed works of art like the Très Riches Heures du duc de Berry that considered the manuscript’s iconography in relation to the sexuality of the manuscript’s patron, Jean de France, duc de Berry (Camille, 2001).
Since the early 2000s, queer approaches in art history have also sought to move beyond inherited binaries – male / female, gay / straight, center / margin, human / nonhuman. In the field of Japanese Art History, for instance, the exhibition “A Third Gender : Beautiful Youths in Japanese Edo-period Prints and Paintings (1600-1868)” (Toronto, Royal Ontario Museum, May 7 – Nov. 27, 2016) focused on early modern representation of wakashu, or adolescents who were assigned male at birth but who presented as female (Mostow, Asato, 2016). In a similar vein, Clovis Maillet’s and Leah DeVun’s work on the representation of animals in bestiaries has shed light on the ways that human and animal categories were deeply entangled, often to prejudicial ends (DeVun, 2021 ; Maillet, 2020). Scholarship has also challenged the hierarchies that have historically organized art historical writing, including those related to medium, geography, coloniality, race, class, and ability. Although not necessarily described by their authors as queer, books like Iris Moon’s Melancholy Wedgwood (2024) or Hélène Giannecchini’s An Army of Lovers Cannot Fail ([2024] 2026) offer new and at times deeply personalized modes of art historical writing that engage questions of ability, race, and kinship across time. Queer interventions can also resonate with decolonial perspectives that critique Eurocentric narratives and colonial epistemologies, as in the case of Gayatri Gopinath’s Unruly Visions (Gopinath, 2018). In this sense, queering art history involves not only the study of sexuality and gender but also the transformation of the analytical, historiographic, and narrative frameworks through which art is understood.
As this brief synopsis makes clear, queer can mean so much – indeed, for some critics, too much – and thus we invite contributors to be explicit about how they understand the term in relation to historical and historiographical precedent. We hope this issue of Perspective will invite critical re-thinking of our discipline’s own engagement and/or disavowal of “queer” and engage at least one of the following topics :
1. Queering the Canon
Queering art history can, at its most basic, involve re-reading works that have been central to the establishment of the so-called canon of our field. These may include artworks or the writings of prominent art historians and theorists whose work has played a key role in the establishment of our discipline. Queering the canon might involve the inclusion of new archival materials, as in the case of Jennifer Sichel’s important work on Andy Warhol (Sichel, 2018) ; or it could mean looking more closely at already known sources – such as the writings of Johann Joachim Wincklemann – and attending to the ways he describes the beauty of Greek sculpture in his History of Ancient Art (1764), as art historian Whitney Davis has done (Davis, 2010).
Authors might also consider how queer methods can open up our field, namely by making way for new objects and media that have been historically overlooked. We additionally encourage submissions that explore our discipline’s (dis)engagement with alternative genealogies, nonlinear or interrupted temporalities, and other methodological possibilities that emerge when reading archives and the discipline’s historiography against the grain. What promise do these alternative narratives hold for the future of our discipline ?
2. Visual Histories of Gender, Sex, and Sexualities
This area foregrounds histories of sexuality and gender in visual culture, including trans, nonbinary, and gender‑nonconforming perspectives. Papers might interrogate what methods we use to talk about sexual inclinations, acts, and orientations in the past. When are modern terms useful, and when does such anachronism become harmful ? And what are the ethical and political stakes of choosing particular words to describe people of the past ? Authors might also consider how artists visually construct gender, how we discuss gender in the past (e.g., when even the most basic terms – like “woman” or “man” – are historically and culturally unstable concepts), and the ways our discipline has been quick to assign a sexed or gendered identity to art historical subjects, a topic taken up by David Getsy in “How to Teach Manet’s Olympia After Transgender Art History” (Getsy, 2022).
This section also invites contributions on the history of censorship in art history, including images considered homoerotic, “obscene,” or references to such works in the archives. It also invites consideration of ongoing and subtler forms of censorship, including the omission of biographical details of an artist’s life, such as Rosa Bonheur, whose “lesbian-like” relationships (to use Judith Bennett’s powerful term) are frequently left out of institutional narratives of her life and work. Papers might relatedly take up the politics of visibility, and the ways that art historians have been complicit – or not – in making certain relationships, feelings, and people (in)visible.
3. Spaces of Queer Art History and Queer’s Limits
The third and final theme invites reflection on the ways queer art histories have been historically practiced within and beyond institutions central to the field, including the university and the museum. Contributions might consider the history of the spaces of queer art history (e.g., Jeb’s The Dyke Show, Hortense Belhôte’s TV show Merci de ne pas Toucher, or the newly formed collective, Cultures et Images lesbiennes), the various ways that it has (or has not) become institutionalized, and how museums have shaped queer art history. Submissions might consider the history of specifically LGBTQIA+ arts institutions, such as the Leslie-Lohman Museum of Art in New York, temporary exhibitions like “Over the Rainbow” at the Centre Pompidou (Paris, June 28 – Nov. 13, 2023), the question of how art institutions address an artist’s change of name or pronoun in their signage and databases, or new interpretive pathways within a museum’s permanent collection galleries (e.g., The Bode Museum’s integrated exhibition series “The Second Glance”). Papers could also explore the institutionalization of queer art histories in the form of research labs, postgraduate programs, seminars, and recruitment at the university level.
This theme also invites reflection on the ways that queer is increasingly paired with other methodologies – ecocritical, trans*, de-colonial, and/or critical disability studies, for instance – and to what end. Where and how do these pairings manifest within art history ? While some in the field of trans studies have argued that trans and queer studies must remain separate, others have understood queer’s remit in much more expansive terms, namely the subversion of all categories. Papers in this area might address how such debates and perspectives have shaped art history and what might be gained and lost when we keep these methodological approaches distinct in our field. They could also ask how expansive queer can become without losing its specificity (or if even such a specificity exists). Finally, we welcome papers that consider differences across subfields in the ways art historians define or use queer methods.
We therefore welcome proposals that illuminate the contributions of queer theory to art history, whether through the study of historical or contemporary figures, better- or lesser-known artists, artistic movements or currents within the discipline of art history. Proposals should align with the journal’s editorial orientation, which privileges reflexive, critical, methodological, and historiographical approaches. In short, we seek proposals that fall within the following three areas :
- Queering the canon : the analytical engagement with major artists and art historians using the tools of queer critique, as well as the opening up toward more marginalized figures and minority narratives.
- Visual histories of gender, sex, and sexuality : how queer approaches allow for a deconstruction of the cisheterosexism of art history and foster new ways of considering genders and sexualities.
- The spaces and limits of queer art history : what constitutes a queer museum ? What have been the landmark queer exhibitions ? But also, in which countries or cultural contexts have queer images and artists flourished – or been censored ? And finally, how far does the queer gaze extend, and what are its epistemological limits ?
Perspective : actualité en histoire de l’art
Published by the Institut national d’histoire de l’art (INHA) since 2006, Perspective is a biannual journal which aims to bring out the diversity of current research in art history, highly situated and explicitly aware of its own historicity. It bears witness to the historiographic debates within the field without forgetting to engage with images and works of art themselves, updating their interpretations as well as fostering intra- and inter-disciplinary reflection between art history and other fields of research, the humanities in particular. In so doing, it also puts into action the “law of the good neighbor” as conceived by Aby Warburg. All geographical areas, periods, and media are welcome.
The journal publishes scholarly texts which offer innovative perspectives on a given theme. Its authors contextualize their arguments ; using case studies allows them to interrogate the discipline, its methods, its history, and its limits. Moreover, articles that are proposed to the editorial committee should necessarily include a methodological dimension, provide an epistemological contribution, or offer a significant and original historiographic evaluation. Depending on the subject, the wider bibliographical corpus and the geographical area and time period under consideration, two types of contributions are possible :
- Focus : an article based on a specific case that permits the examination of a historiographic, theoretical or methodological question of current interest (3,500-4,000 words / 20,000-25,000 characters) ;
- Wide Angle : an essay or critical assessment addressing a broader question, an art-historical movement or a methodological or theoretical issue that takes into account recent changes in orientation or approaches on the basis of a selective bibliography (7,000 words / 40,000-45,000 characters, excluding the bibliography).
How to apply
Please send your proposals (a summary of 200-500 words/ 2,000-3,000 characters, a working title, a short bibliography on the subject and a brief biography) to the editors (revue-perspective@inha.fr). Proposal deadline : June 15, 2026.
Proposals will be examined by the editorial board regardless of language (the translation of articles accepted for publication is handled by Perspective).
The authors of the pre-selected projects will be informed of the editorial board’s decision in July 2026. The full articles must be received by December 1st, 2026. The texts submitted (4,000-7,000 words/25,000-45,000 characters, depending on the format chosen) will be accepted in final form after an anonymous peer-review process.
Looking Queerly, no. 2027 – 2
- Editor : Thomas Golsenne (INHA)
- Guest editors : Ersy Contogouris (Université de Montréal), and Nancy Thebaut (University of Oxford)
Editorial board/Comité de rédaction : https://journals.openedition.org/perspective/1417.