HomeHistoire et actualités de la fascisation
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Published on Wednesday, May 13, 2026

Abstract

Cette journée vise à réinterroger la dimension psychique et affective de la fascisation, mais aussi des phénomènes de domination, tout en évitant de faire de la dimension psychique le facteur explicatif premier, mais en cherchant au contraire à articuler la dimension psychique à l’organisation sociale contemporaine.

Announcement

Programme

  • 09h30 Accueil des participant·es et café
  • 09h45 Mots de présentation
  • 10h00 Haud Guéguen (CNAM) “On the road to fascism”. Penser les processus contemporains de fascisation avec Herbert Marcuse
  • 10h45 Léa Barbisan (Paris 4) Donner corps aux masses : perspectives depuis la Théorie critique

11h30 Pause café

  • 12h00 Christina Chalmers (ENS) N’avons-nous jamais été post-fascistes ? Théories de la famille, du travail et de l’État dans l’après-guerre : entre psychanalyse, mutation anthropologique, économie politique et management

12h45 Pause déjeuner

  • 14h00 Alison Bouffet (Paris Cité) La vie psychique du national : réflexions sur la dimension psychopolitique du fascisme à partir de Judith Butler
  • 14h45 Dork Zabunyan (Paris 8 / ESTCA) “L’amère tyrannie de nos vies quotidiennes” : le trumpisme au jour le jour
  • 15h30 Mots de clôture et pot

Argumentaire

Avec la (ré)élection de Trump aux États-Unis, de Milei en Argentine, d’Orbán en Hongrie et de Meloni en Italie, les analyses des processus de fascisation se multiplient. Plusieurs approches sont à distinguer parmi ces tentatives de penser la fascisation contemporaine. Certaines essaient de réactiver les approches, notamment états-uniennes, des années 1970 pour insister sur le lien entre capitalisme, racisme et fascisme (Alberto Toscano, 2025). D’autres se focalisent davantage sur la dimension sexuelle, eugéniste et genrée du fascisme (Dagmar Herzog, 2025), ou connectent sa montée à la question de la polarisation affective des sociétés démocratiques (Robert, 2021 ; Davis, Goodliffe, Hawkins, 2025 ; Amlinger/Nachtwey, 2025).

Si ces analyses sur la dimension idéologique de la fascisation contemporaine sont nombreuses (voir aussi : Slobodian 2018, 2025), d’autres approches tentent de comprendre les régimes d’accumulation et de production afin de dresser des liens entre la catastrophe écologique, le productivisme et le fascisme (Andreas Malm, 2021) ou alors essaient de comprendre le devenir autoritaire du capitalisme (Godin, 2019) et certaines suggèrent même l’avènement d’un nouveau principe d’accumulation capitaliste (Benquet, 2026).

Dans cette diversité d’approches, il est toutefois possible de voir émerger une ligne de démarcation entre des tentatives qui lient la question de la montée du fascisme à une analyse soit des campagnes de financement des partis de la droite autoritaire ou alors à la question électorale (Benquet 2026, Faury 2024) et d’autres qui se saisissent de la thématique en essayant de comprendre la dimension affective ou libidinale de la fascisation (Herzog 202; Amlinger/Nachtwey 2025). Bien que les enquêtes sur le financement et le vote RN soient essentielles pour comprendre la centralité du racisme dans le vote RN (Faury, 2024) et de manière plus générale la sociologie du vote pour la droite autoritaire, elles laissent de côté la dimension affective, libidinale et irrationnelle de la fascisation. Or, des études récentes (Amlinger/Nachtwey 2025) montrent toutefois qu’une stratégie discursive importante de la droite autoritaire consiste à activer et produire en permanence des réactions affectives. Cette activation affective de la part d’une politique fasciste a souvent été interprétée comme une simple tentative de tromper ou aveugler les masses. Ainsi, les études sur la polarisation des régimes démocratiques adoptent un cadre normatif dans lequel la radicalité apparaît comme menaçante pour l’acteur « rationnel » au sein d’une démocratie conçue comme puisant sa légitimité dans l’anti-extrémisme (Roch, Balinhas, Mondon, 2025), et ne permet pas de saisir l’agentivité de ceux qui adhèrent au fascisme. Le régime fasciste est ainsi perçu comme le fruit de techniques d’ingénieurs du chaos capables d’appuyer sur les affects négatifs des citoyens pour les polariser (Da Empoli, 2019). Plutôt que de penser la fascisation contemporaine comme aveuglement ou tromperie, nous voudrions nous interroger sur la dimension psychique et affective du phénomène à partir de l’idée d’une soumission volontaire à ces régimes. Si le fascisme historique et ses variantes contemporaines sont indéniablement fondés sur la contrainte et la soumission sous l’autorité, y compris pour celles et ceux qui en tirent profit, ses adhérent.es se soumettent néanmoins volontairement à cette exigence d’assujettissement propre au fascisme. Ce « désir de soumission » a historiquement été pensé par deux traditions théoriques. La première, en dialogue critique avec Wilhelm Reich, est celle de la première génération de l’École de Francfort. Elle développe le concept de la « personnalité autoritaire » (Fromm, Adorno, Horkheimer, Marcuse) pour comprendre « l’individu potentiellement fasciste » (Adorno, 2007) au sein de démocraties libérales. La seconde est portée par Deleuze et Guattari, qui conçoivent, quelques décennies plus tard, le « désir fasciste » non pas à partir d’une analyse des grandes structures socio-politiques, mais à partir de la « micropolitique », de ce qui n’est quasiment pas discernable et qui pourtant peut produire des changements importants. Or, la dimension affective des formes de domination que la fascisation radicalise, comme le racisme, le sexisme et l’antisémitisme, a aussi été étudiée par d’autres auteurs (par exemple Balibar ; Macciocchi ; Theweleit) dont l’approche diffère certes, mais qui s’intéressent toutefois aussi au lien entre domination et affect. Cette journée voudra dès lors réinterroger la dimension psychique et affective de la fascisation, mais aussi des phénomènes de domination, tout en évitant de faire de la dimension psychique le facteur explicatif premier, mais en cherchant au contraire à articuler la dimension psychique à l’organisation sociale contemporaine.

Les analyses sur l’affectivité dont se sert la fascisation contemporaine ne peuvent ainsi être séparées d’une réflexion sur les causes sociales, politiques et économiques de la
fascisation. Notre journée se propose donc de réfléchir à la fois sur les différentes manières dont on peut conceptualiser la dimension affective et la soumission volontaire aux politiques fascisantes d’aujourd’hui, tout en regardant de près les formes de domination et leur dimension affective surlesquelles elles s’appuient. Il s’agira également d’identifier les lieux et concepts où cette affectivité se manifeste et d’interroger les modalités de sa production et de sa matérialisation.
Ainsi, nous souhaitons avec cette journée d’étude d’ouvrir un cadre de réflexion à la fois autour de la dimension affective des processus de fascisation en cours et d’une analyse sur les causes de cette affectivité spécifique. 

Organisation

co-organisée par Hugo Souza de Cursi (EHESS) et Léa Gekle (Paris 8)

Bibliographie

Adorno, Études sur la personnalité autoritaire, Allia, Paris, 2007.

Amlinger, Caroline et Nachtwey, Oliver, Zerstörungslust. Elemente des demokratischen Faschismus. Suhrkamp, Paris, 2025.

Da Empoli, Guliano, Les ingénieurs du chaos, JCLatès, Paris, 2019.

Faury, Félicien, Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droit, Seuil, Paris, 2024.

Godin, Romaric, La guerre sociale en France, La Découverte, Paris, 2019.

Herzog, Dagmar, Der neue faschistische Körper, Wirklichkeit Books, Berlin, 2025.

Malm, Andreas, Fossil Capital: The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, Verso Books, London, 2016.

Marlène Benquet, La finance aux extrêmes. Enquête sur le capitalisme autoritaire en France, La Découverte, Paris, 2026.

Roch, Julian ; Balinhas, Daniel et Mondon, Aurelien, « A critique of the polarization narrative : expanding the limits of democracy, parties and political participation » in : Contemporary Political Theory, vol 25, décembre 2025.

Slobodian, Quinn, Hayek’s Bastards. Race, Gold, IQ and the Capitalism of the Far Right, Zone Books, Princeton, 2025. Toscano, Alberto, Fascisme Tardif, La Tempête, Paris, 2025.

Places

  • Bâtiment A, Salle A2202 - 2 rue de la Liberté
    Saint-Denis, France (93)

Event attendance modalities

Full on-site event


Date(s)

  • Thursday, June 04, 2026

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Keywords

  • fascisme philosophie histoire

Contact(s)

  • Hugo Souza de Cursi
    courriel : h [dot] souza [dot] de [dot] cursi [at] hotmail [dot] fr

Information source

  • Hugo Souza de Cursi
    courriel : h [dot] souza [dot] de [dot] cursi [at] hotmail [dot] fr

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Histoire et actualités de la fascisation », Study days, Calenda, Published on Wednesday, May 13, 2026, https://doi.org/10.58079/167td

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