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Trauma, exil et parole féminine palestinienne

الصدمة والمنفى والخطاب النسوي الفلسطيني

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Abstract

Le colloque propose une réflexion interdisciplinaire sur les représentations littéraires, artistiques et mémorielles du trauma et de l’exil palestiniens. Il mettra particulièrement en lumière la place des voix féminines dans les processus de transmission, de résistance, de création et de reconstruction identitaire à travers les récits, les arts et les pratiques culturelles contemporaines.

Announcement

Le colloque se tiendra à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis (FSHST), les 26 et 27 novembre 2026.

Argumentaire

Le colloque interdisciplinaire «  Trauma, exil et Parole féminine palestinienne  », organisé par le Laboratoire Intersignes (LR14ES01) et l’École doctorale Structures, Systèmes, Modèles et Pratiques à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis (Université de Tunis), les 26 et 27 novembre 2026 se propose d’interroger les formes par lesquelles la littérature, les arts et les pratiques de mémoire donnent voix aux expériences du trauma et de l’exil palestiniens, en accordant une place particulière au rôle des femmes dans les processus de transmission, de symbolisation et de résistance. À travers les récits, les images, les pratiques culturelles et les créations contemporaines, il s’agira d’explorer les diverses modalités dont les traumas individuels et collectifs sont verbalisés et transformés en espaces de survivance, de lucidité et de résistance.

Si la Nakba de 1948 constitue l’un des événements fondateurs de l’histoire contemporaine palestinienne, si ce chapitre de l’histoire palestinienne a laissé des traces durables dans les consciences individuelles et collectives, le trauma palestinien ne se réduit pas à cet événement inaugural, il se nourrit depuis des décennies des déplacements successifs, des séparations, de l’exil prolongé et des multiples formes de violence et d’« effacement », au sens où l’entend Karima Lazali dans sa réflexion sur le trauma colonial.

C’est que cet exil n’est pas qu’une forme de déplacement géographique mais il constitue une « faille incurable », une fracture qui affecte autant la mémoire que la langue, le corps et l’identité. Julia Kristeva y voit une « perte matricide » et une étrangeté intérieure qui engendrent paradoxalement une certaine lucidité : l’exilé·e, dans sa position marginale entre deux mondes, développe une conscience en contrepoint qui lui permet d’observer les mécanismes de pouvoir et les récits dominants. Cette blessure ouvre par ailleurs un espace créateur. L’écrivain·e en exil habite un « entre-deux » linguistique, d’où naît une langue autre, traversée par les traces du déracinement, les pertes et la traduction. L’écriture devient alors un lieu de reconstitution du sujet et de relance d’une subjectivité en agonie.

L’interrogation de Mahmoud Darwich : « Où devons-nous aller après les dernières frontières ? Où doivent voler les oiseaux après le dernier ciel ? », profondément liée à l’expérience de l’exil et de la perte, traverse une grande partie des créations palestiniennes contemporaines. Les récits de Jadd Hilal, les œuvres de Ghassan Kanafani, celles de Fadwa Touqan, de Sahar Khalifa ou de Susan Abulhawa mettent en scène des personnages habités par les traces du déracinement.

C’est dans ce cadre général que la question de la parole féminine prend tout son sens. Parmi ces personnages, les figures féminines se distinguent par leur capacité à incarner et à exprimer les différentes formes de la blessure, selon des modalités qui leur sont spécifiques.

Comment les femmes exilées transcendent-elles le trauma et de quelles manières métamorphosent-elles la douleur et le caractère insoutenable et indicible de l’exil en une poétique singulière ? Comment les écrits féminins transforment-ils la dépossession territoriale en une reconstruction identitaire par le Verbe ?

Plus qu’une thématique, l’exil et le trauma fonctionnent comme un mode de pensée, un dispositif narratif et une « stratégie de survie ». L’expression littéraire féminine transforme la parole traumatique – celle de la victime – en un trauma parolisé, « dompté par le verbe », selon une dialectique entre le silence provoqué par le trauma et la parole qui en devient thérapie. La littérature se constitue ainsi en un lieu de mise en récits et en mots de la souffrance et un espace de réappropriation identitaire et interculturelle.

Cette poétique transforme parfois la Palestine en image féminine. La féminisation du toponyme Palestine, patrie perdue, confisquée et occupée, la transmue en figure vivante souvent assimilée à une mère ou à une femme. Chez Mahmoud Darwich, elle est comparée à la « Maîtresse de la terre » dans son poème Sur cette terre il y a ce qui mérite vie : « On l’appelait Palestine, on l’appelle désormais Palestine. Ma Dame ». Fadwa Toukan, poétesse de la résistance, déclare : « Cette terre, ma sœur, est une femme ». Elle apparente ainsi le destin de la Palestine à celui des femmes palestiniennes, toutes deux soumises à la violence coloniale et patriarcale et transformant l’exil en espace de lutte, de thérapie et de libération.

Dans cette perspective, l’exil féminin possède une spécificité : il engage le corps, la maternité et la transmission inter et transgénérationnelle. La femme devient souvent gardienne de la mémoire : elle transmet la langue, les récits et les gestes alors même que la terre est perdue. L’écriture s’érige en un acte de résistance. Elle déconstruit les récits dominants et travaille une langue blessée, transformant le trauma en parole.

La femme palestinienne se trouve ainsi exposée à une double vulnérabilité : la dépossession territoriale et le statut de femme dans un contexte social et historique marqué par la violence et la guerre. Dépossédée, déracinée, elle devient plus exposée aux dangers et aux violences. Cependant, cette vulnérabilité ne doit pas être comprise uniquement dans un sens victimisant. Comme le souligne Judith Butler, elle constitue une condition ontologique et relationnelle universelle. La vulnérabilité peut ainsi se révéler être une ressource pour une performativité combative et collective. Et la femme palestinienne convertit souvent ce traumatisme en objet de résilience. Elle n’est pas seulement victime : elle se meut en figure engagée. Par sa capacité à reconstruire symboliquement le foyer et à préserver la continuité de la vie, elle s’impose comme une figure de transmission et de régénération.

Ce colloque entend ainsi interroger les manières dont les récits et les créations palestiniennes donnent forme aux expériences du trauma et de l’exil, tout en mettant au premier plan la place fondamentale des voix féminines dans les processus de survivance, de transmission et de résistance.

Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les axes suivants, proposés à titre indicatif et non restrictif. Toute approche en résonance avec les problématiques du colloque et avec la réflexion sur le trauma, l’exil palestinien et les voix féminines pourra également être prise en considération.

1. Exil, trauma et reconstruction du sujet

Les exilées peuvent-elles guérir de l’exil ? L’exil, vécu comme une expérience douloureuse (bannissement, perte de repères, itinérance, etc.) entraîne une refonte de soi et suppose un processus de réinvention dans ce que Homi Bhabha appelle « Le tiers-espace ». Les récits mettent souvent en scène une oscillation entre « amnésie traumatique » (perte partielle ou totale de la mémoire) et « hypermnésie émotionnelle » (souvenirs envahissants), selon les termes de Julia Kristeva.

2. Corps, vulnérabilité et bioéthique de l’exil

Dans quelle mesure la littérature palestinienne met-elle en scène la fragilité somatique et psychique des femmes exilées ? Comment les textes interrogent-ils la dignité du corps féminin exposé à la violence, à la guerre et à la dépossession ? Témoigner de l’exil peut alors devenir une forme de résistance éthique face à la déshumanisation et une tentative de reconnaissance et de réparation.

3. Écritures féminines du trauma et de l’exil

Comment le récit féminin se reconstruit-il en contexte d’exil ? Quelles formes narratives, quelles structures du temps et quels processus mnésiques permettent-ils de traduire l’expérience traumatique et d’ouvrir un espace de rédemption ? Peut-on parler d’une spécificité des voix féminines lorsqu’il s’agit de dire l’exil et le trauma ? Comment les textes, écrits par des femmes ou donnant voix à des personnages féminins, mettent-ils en scène l’expérience féminine de l’« absence-présence » de la dépossession, de la mémoire et de la reconstruction ?

4. Exil, interculturalité et plurilinguisme

Comment les textes négocient-ils les rapports Orient-Occident (patrimoines, pratiques culturelles, représentations hybrides) afin de repenser l’appartenance, l’altérité et la transmission ? Dans quelle mesure l’expression de l’exil se mue-t-elle en un espace plurilinguistique et en un tissage interculturel ?

5. Exil au féminin et circulations transnationales de l’imaginaire palestinien

Comment l’imaginaire palestinien circule-t-il au sein des littératures tunisiennes et d’autres espaces francophones ? Dans quelle mesure l’exil palestinien au féminin produit-il des résonances affectives, historiques et culturelles dans une perspective transnationale ? La Palestine apparaît souvent comme une figure constitutive de l’imaginaire tunisien, une « cause intérieure ». En s’appropriant cette « intériorisation », certaines écritures engagées transforment la Palestine en un pivot de la création artistique et déploient une « esthétique relationnelle de l’exil » fondée sur le croisement des imaginaires au sein d’un espace transculturel, humaniste et « hétérotopique ».

6. Traduire l’exil de la femme palestinienne

Comment les figures et la Parole des femmes palestiniennes sont-elles traduites, représentées et transmises dans différents espaces linguistiques, culturels et artistiques, notamment dans leur passage vers le français ? Dans quelle mesure cette traduction peut-elle construire, transformer ou parfois figer une certaine image de la femme palestinienne dans les discours littéraires, médiatiques, artistiques et éditoriaux ?

Une attention particulière pourra par ailleurs être accordée aux formes matérielles et symboliques de transmission portées par les femmes tels que les objets conservés ou transmis dans l’exil, les pratiques artisanales, les récits oraux ou autres objets de mémoire devenus des supports affectifs et culturels de la survivance.

Outre les conférences plénières et les communications scientifiques, le colloque pourra également accueillir différentes activités culturelles en lien avec sa thématique : lectures, projections, rencontres littéraires, expositions ou performances artistiques.

Modalités de contribution

Calendrier

  • Publication de l’appel à communications : 15 mai 2026
  • Réception des propositions : 16 juillet 2026
  • Réponse aux contributeurs : 26 juillet 2026
  • Tenue du colloque : 26-27 novembre 2026

Les propositions de communication (titre et résumé d’environ 300 mots, accompagnés d’une courte notice bio-bibliographique) sont à envoyer au plus tard le 16 juillet 2026 à l’adresse suivante : traumaexilparolefemme@gmail.com

Les communications pourront être présentées en français ou en arabe.

Comité scientifique

Responsables scientifiques

Wafa Abid & Dorra Bassi

  • Pr. Jamil Chaker (Université de Tunis)
  • Pr. Samia Dridi (Université de Tunis)
  • Pr. Sonia Fitouri- Zlitni (Université de Tunis)
  • Pr. Samia Kassab-Charfi (Université de Tunis)
  • Pr. Soumaya Mestiri (Université de Tunis)
  • Mme Wafa Abid-Dhouib (Université de Tunis)
  • Mme Dorra Bassi (Université de Tunis)
  • Mme Leila Derbel Ben Hamad (Université de Sousse)
  • Mme Basma Kamoun-Nouaïri (Université de Tunis)
  • Mme Meriem Mokdad Zmitri (Université de Tunis)
  • M. Anis Nouaïri (Université de Tunis)
  • Mme Rania Samet (Université de Tunis)

Bibliographie indicative

Homi K. Bhabha, Les lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, traduit par Françoise Bouillot de The Location of Culture, Paris, Payot, 2007.

Mahmoud Darwich, Une mémoire pour l’oubli, traduit par Yves Gonzalez-Quijano et Farouk Mardam-Bey, Arles, Actes Sud, 1994.

Mahmoud Darwich, La Palestine comme métaphore, traduit par Elias Sanbar, coll. « Sindbad », Arles, Actes Sud, 1997.

Mahmoud Darwich, L’Exil recommencé, traduit par Elias Sanbar, Arles, Actes Sud, 2013.

Isabelle Humphries et Laleh Khalili, « Gender of Nakba Memory », dans Nakba : Palestine, 1948, and the Claims of Memory, sous la direction d’Ahmad Sa’di et Lila Abu-Lughod.

Jadd Hilal, Des ailes au loin, Tunis, Éditions Elyzad, 2018.

Jadd Hilal, Une baignoire dans le désert, Tunis, Éditions Elyzad, 2020.

Ghassan Kanafani, Retour à Haïfa, Rimal, 2013.

Ghassan Kanafani, Un monde qui n’est pas à nous, Rimal Publications, 1965.

Samia Kassab-Charfi, Altérité et mutations dans la langue : pour une stylistique des littératures francophones, Académia-EME Éditions, 2010.

Sahar Khalifa, L’Impasse de Bab Essaha, 1990 (traduction française : L’Impasse de Bab Essaha, Paris, Flammarion, 1997).

Sahar Khalifa, Al-Subbâr, 1976 (traduction française : Chronique du figuier barbare, Paris, Gallimard, 1978).

Julia Kristeva, Étrangers à nous-mêmes, Paris, Fayard, 1988.

Julia Kristeva, « Mémoire et santé mentale », dans Pourquoi se souvenir ?, sous la direction de Françoise Barret-Ducrocq, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, 1999.

Karima Lazali, Le trauma colonial : une enquête sur les effets psychiques et politiques contemporains de l’oppression coloniale en Algérie, Paris, La Découverte, 2018.

Edward Said, Orientalism, New York, Pantheon Books, 1978.

Edward Said, Out of Place : A Memoir, New York, Vintage, 1999.

Edward Said, Reflections on Exile and Other Essays, Cambridge, Harvard University Press, 2000 (Réflexions sur l’exil et autres essais, Paris, Actes Sud, 2008).

Paul Ricœur, La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Éditions du Seuil, 2014.

Elias Sanbar, Le Bien des absents : chroniques de Palestine, Paris, Actes Sud, 2001.

Tzvetan Todorov, Les Abus de la mémoire, Paris, Éditions Arléa, 1995.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : 17 écrivains pour la Palestine, Paris, Éditions du Seuil, octobre 2025.

La diaspora palestinienne au féminin, https://www.persee.fr/doc/diasp_1637-5823_2007_num_11_1_1123 

Récits de réfugiés palestiniens, https://www.erudit.org/fr/revues/rf/2017-v30-n1-rf03181/1040981ar/ 

Places

  • 94, Boulevard du 9 avril 1938, 1007, tunis
    Tunis, Tunisia (1007)

Event attendance modalities

Full on-site event


Keywords

  • trauma, exil, palestine, voix féminines, mémoire, résistance, écritures de l’exil, transmission, résilience, identité, dépossession, survivance, corps et mémoire, parole féminine, littérature palestinienne, création contemporaine

Contact(s)

  • Wafa Abid
    courriel : abidwafa9avril [at] gmail [dot] com

Reference Urls

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Trauma, exil et parole féminine palestinienne », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, May 26, 2026, https://doi.org/10.58079/16a07

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