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Recherche-création documentaire dans et avec les Amériques

La investigación-creación documental en y con las Américas

Pratiques, savoirs et épistémologies

Prácticas, saberes y epistemologías

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Published on Thursday, May 21, 2026

Abstract

La recherche-création est un champ en pleine expansion au sein des sciences humaines et sociales, reconnu institutionnellement depuis les années 1990, et pourtant l’approche demeure profondément plurielle. Les définitions varient d’une discipline à l’autre, les méthodologies restent souvent implicites et les fondements épistémologiques peinent à circuler au-delà des contextes nationaux et institutionnels où ils ont émergé. Ce foisonnement est particulièrementsensible dans le domaine du documentaire, où la recherche-création est souvent portée par des cinéastes qui ont fait le chemin vers la recherche et qui, ce faisant, ont construit leurs propres protocoles, en interaction productive avec les normes académiques. Face à cette pluralité constitutive, il s’agit moins de chercher une définition unifiée de la recherche-création documentaire que de créer les conditions d’un dialogue entre ces pratiques et leurs ancrages épistémologiques respectifs. Dans cette perspective, nous lançons un appel à contributions pour une publication conçue à la fois comme un cadre de convergence effectif — aussi bien sur le plan épistémologique que pédagogique et éditorial — et un espace de réflexion théorique et d’articulation entre pratiques, institutions et modes de circulation des savoirs en recherche-création documentaire.

Announcement

Présentation et enjeux

La recherche-création est un champ en pleine expansion au sein des sciences humaines et sociales, reconnu institutionnellement depuis les années 1990, et pourtant l’approche demeure profondément plurielle. Les définitions varient d’une discipline à l’autre, les méthodologies restent souvent implicites et les fondements épistémologiques peinent à circuler au-delà des contextes nationaux et institutionnels où ils ont émergé. Ce foisonnement est particulièrement sensible dans le domaine du documentaire, où la recherche-création est souvent portée par des cinéastes qui ont fait le chemin vers la recherche et qui, ce faisant, ont construit leurs propres protocoles, en interaction productive avec les normes académiques.

Face à cette pluralité constitutive, il s’agit moins de chercher une définition unifiée de la recherche-création documentaire que de créer les conditions d’un dialogue entre ces pratiques et leurs ancrages épistémologiques respectifs. Dans cette perspective, nous lançons un appel à contributions pour une publication conçue à la fois comme un cadre de convergence effectif — aussi bien sur le plan épistémologique que pédagogique et éditorial — et un espace de réflexion théorique et d’articulation entre pratiques, institutions et modes de circulation des savoirs en recherche-création documentaire. La publication s’inscrit dans les activités menées dans le cadre du projet Recherche-création documentaire : Épistémologies, Pratiques et Échanges de savoirs et savoir-faire, qui intègre la programmation de la Maison des sciences humaines et environnementales Claude Nicolas Ledoux - Université Marie et Louis Pasteur (Besançon, France).

Travailler dans et avec : une exigence transversale

Nous souhaitons mettre en dialogue deux figures que les cadres académiques tendent à séparer : d’un côté, les documentaristes-chercheur·es, formé·es en cinéma ou en audiovisuel — héritier·es d’une tradition qui va du cinéma-vérité de Jean Rouch et Edgar Morin (Chronique d’un été, 1961) aux réflexions de Bill Nichols sur les modes documentaires (Representing Reality, 1991), jusqu’à la critique du regard développée par Trinh T. Minh-ha et son refus de « parler sur » au profit d’un « parler au plus près » (Reassemblage, 1982) — et qui investissent progressivement les cadres de la recherche tout en restant ancré·es dans une pratique de création. De l’autre, les chercheur·es-documentaristes, issu·es des sciences humaines et sociales, qui se tournent vers le documentaire en tant que dispositif de production et de restitution de la recherche, façon sensible, incarnée et située de produire et de diffuser des savoirs. Entre ces deux trajectoires, les questions sont souvent les mêmes mais les langages pour les formuler diffèrent.

Les prépositions qui structurent le titre de cet ouvrage, dans et avec les Amériques, ne sont pas un simple correctif rhétorique. Elles désignent un déplacement méthodologique et éthique dont la portée dépasse la question du regard européen sur le continent américain, même si cette dimension reste pertinente et sera traitée en tant que telle. Il s’agit d’élaborer collectivement une cartographie des pratiques de recherche-création documentaire développée dans les Amériques — c’est-à-dire ancrée dans les traditions intellectuelles et cinématographiques du continent — mais aussi avec les Amériques. Cette seconde préposition engage une question distincte et plus délicate que nous souhaitons inscrire dans le projet. La double dimension implique une perspective géographique et un engagement pour des formes collaboratives et situées de production de savoirs.

Une exigence similaire se pose à l’intérieur même des Amériques, et parfois avec une acuité particulière. Dès lors qu’un·e chercheur·e-créateur·rice s’engage avec des communautés dont il·elle ne partage pas l’histoire, la langue, la position sociale ou le rapport aux institutions, des asymétries de pouvoir, de légitimité et de représentation se font jour, asymétries qui ne s’effacent pas avec une proximité géographique ou une nationalité partagée. La frontière qui importe ici n’est pas celle qui séparerait l’Europe des Amériques mais celle de la colonialité du pouvoir au sens de Quijano (1992) qui sépare souvent, en tout contexte, une position académique ou institutionnelle des savoirs situés qu’elle mobilise.

Travailler avec plutôt que sur constitue ainsi un horizon commun à l’ensemble des contributions, quelle que soit la position depuis laquelle elles s’écrivent. Ce principe se matérialise aussi bien dans le travail de terrain que dans les décisions formelles propres à l’audiovisuel, ce qui engage plusieurs questions interliées : qui initie la recherche et dans quel intérêt ? Qui contrôle les images, les récits, les archives produites ? Quelles formes de restitution permettent une véritable co-construction du sens plutôt qu’une simple consultation ? Comment la recherche-création peut-elle travailler concrètement à réduire ces asymétries, tout en assumant qu’elles ne disparaissent pas au seul motif de les identifier ?

La recherche-création documentaire ne résout pas ces tensions mais elle les rend plus visibles, plus exploitables, et contraint celles et ceux qui la pratiquent à les inscrire dans la forme même de leur projet, dans le dispositif de tournage, dans les choix de montage, dans les modes de diffusion et de restitution. C’est cette inscription dans la forme, avec ses limites et ses contradictions, que les contributions sont invitées à documenter, à analyser et à discuter.

Axes thématiques

Axe 1 — Fondements épistémologiques

L’axe interroge les régimes de connaissances propres à la pratique documentaire envisagée comme recherche — la relation entre le tournage et la pensée, entre l’archive et l’enquête, entre la forme filmique et l’argument —, en s’attachant plus particulièrement aux points de friction et de dialogue entre les épistémologies héritées des sciences humaines et les logiques propres à la création audiovisuelle.

Le documentaire, envisagé comme dispositif épistémologique, ne se contente pas d’enregistrer le monde historique et produit du savoir à partir de choix de représentation (tournage, relation caméra-corps, montage, son) fonctionnant comme des opérations à la fois argumentatives et sensibles. Ces débats, bien établis en théorie du documentaire, portent sur la manière dont le film construit des arguments autour de problèmes du monde vécu et sur les implications éthiques que cela suppose dans la relation spatiale et affective entre caméra et sujets. Les contributions s’attacheront à montrer comment la forme participe du raisonnement et comment la création s’intègre à une démarche réflexive.

Cette perspective s’étend à l’archive comme mode d’investigation, en ce que la recontextualisation de matériaux existants constitue également une opération argumentative, capable de transformer le sens et de reconfigurer l’expérience historique.

Axe 2 — Méthodologies situées

Chaque protocole de recherche-création documentaire reflète une position, un rapport de pouvoir et une responsabilité éthique. Cet axe explore ainsi des méthodes concrètes en partant du principe que, loin d’être neutres, elles portent les traces des contextes sociaux, culturels et politiques dans lesquels elles ont été élaborées.

Cette idée dialogue avec la notion de savoirs situés qui souligne la partialité responsable de tout regard et la nécessité de rendre explicite le point de vue depuis lequel le savoir est produit. En recherche-création audiovisuelle, cela implique de décrire avec précision comment les décisions sont prises et comment ces choix font partie de la méthode. Des contributions portant sur des entretiens filmés, des dispositifs participatifs et l’archive vivante sont attendues, y compris celles qui s’inscrivent dans les débats contemporains sur la vidéo participative, autour de son potentiel pour construire de l’agentivité et des apprentissages, mais aussi ses problèmes récurrents (qui conçoit le projet ? qui le porte ? à quelle étape et comment la communauté intervient-elle ? comment la démarche et l’expérience se pérennisent-elles ?).

Axe 3 — Travailler avec : légitimité, réciprocité, responsabilité

Il s’agit ici d’interroger les conditions nécessaires pour qu’un·e chercheur·e-créateur·rice puisse prétendre travailler avec ses interlocuteurs plutôt que sur eux, quelle que soit la nature des asymétries qui séparent sa position de la leur. Quelles formes de collaboration rendent possible une relation non extractiviste ? Comment la recherche-création documentaire et ses dispositifs spécifiques peut-elle répondre à cette exigence éthique ?

Réfléchir à l’éthique matérielle, et non seulement déclarative, est essentiel car travailler avec repose sur des dispositifs concrets qui redistribuent ou non le contrôle sur les images, les récits, les temporalités et les usages de l’œuvre. Dans la tradition critique du documentaire, l’éthique est pensée comme partie intégrante de la forme elle-même, par exemple dans la manière dont la caméra occupe l’espace face aux sujets et le type d’autorité qu’elle construit. À cela s’ajoute le défi d’éviter de parler sur en optant pour des protocoles qui permettent de parler au plus près, entendus non comme artifice formel, mais comme positionnement soutenu dans le registre verbal, visuel et sonore.

Sur le plan de la pratique collaborative, les études de cas et les retours d’expériences documentées sont particulièrement bienvenues, qu’elles aient été des succès ou des impasses, dès lors qu’elles rendent compte de la négociation des attentes, du consentement, du droit de veto, de l’attention portée aux identités complexes et des stratégies de restitution, en considérant la réciprocité comme condition d’une relation horizontale non extractiviste.

Axe 4 — Décolonisation des savoirs par la pratique

La recherche-création documentaire est envisagée ici comme un espace potentiel de décolonisation des savoirs, non par injonction idéologique, mais par la logique même de ses dispositifs. Cet axe examine comment des projets documentaires ont su instaurer des relations de savoir alternatives, notamment dans des contextes autochtones, afrodescendants ou communautaires, sans occulter les limites et les effets parfois involontaires de telles démarches. La colonialité y est appréhendée comme une problématique transversale à la production des savoirs, en ce sens qu’elle opère à travers des classifications, des hiérarchies et des régimes de vérité qui déterminent qui peut connaître, nommer et représenter. En dialogue avec les travaux critiques à l’égard de la recherche eurocentrée, les contributions pourront expliciter comment des documentaires de recherche-création peuvent contribuer à redéfinir les agendas, la propriété des images et les critères de valeur, à partir de protocoles co-construits avec les communautés, plutôt que depuis une logique d’extractivisme de l’information.

Cet axe peut également intégrer des cadres de souveraineté et d’auto-représentation dans le cinéma autochtone et afrodescendant— telle la notion de visual sovereignty (Raheja, 2011) — qui appréhendent la production audiovisuelle comme une pratique historique et sociale, résistant aux stéréotypes et renforçant des paradigmes intellectuels et culturels propres, sans pour autant s’abstraire de ses tensions internes. Sont également encouragées les contributions qui interrogent les enjeux liés aux audiences multiples, aux conventions héritées et aux effets non intentionnels de ces démarches.

Axe 5 — Formes de restitution, de diffusion et de valorisation

Le décalage persistant entre les formats qu’impose la pratique et ceux qu’attend l’institution est au cœur de cet axe. La recherche-création documentaire pose en effet des défis spécifiques à la publication, à la diffusion et à la légitimation académiques, tout en ouvrant des écologies de circulation nouvelles. Nous prenons ici pour objet les conditions dans lesquelles cette recherche se produit et acquiert sa légitimité — évaluation par les pairs, financement, reconnaissance disciplinaire, exigences probatoires — et nous interrogeons les formes multiples que peut revêtir la restitution d’une pratique. Dans l’écrit, certes (essais filmiques, entretiens, carnets de terrain, analyses de processus) mais aussi ailleurs : en salle ou en contexte communautaire, dans des espaces non académiques, à travers des dispositifs qui restituent aux communautés concernées une part du processus lui-même. Le film et ses matériaux (journaux de tournage, carnets de bord, making-of, archives) peuvent ainsi opérer comme des archives et savoirs à part entière, mobiles et transmissibles, capables de circuler hors des murs universitaires sans renoncer aux exigences de rigueur.

Cet axe invite enfin à explorer la manière dont sont pensés les publics visés, les dispositifs de médiation et les critères d’impact (usages effectifs, réutilisations, inscription dans la durée). Une attention particulière sera portée aux expériences de publication sur des plateformes de critique vidéographique à révision par les pairs et en accès ouvert, ainsi qu’aux cadres nationaux qui reconnaissent et évaluent les productions de recherche-création.

Modalités de soumission

La publication sera bilingue (français/espagnol), les propositions de contribution peuvent donc être rédigées dans l’une ou l’autre de ces deux langues et feront l’objet d’une évaluation en double aveugle.

  • Résumé de la contribution : 500 mots maximum
  • Note biographique : 150 mots maximum

Adresser à : publidocu@gmail.com,

avant le 10 septembre 2026.

Calendrier

  • Date limite d’envoi de propositions : 10/09/2026
  • Envoi des réponses : 01/11/2026
  • Date limite d’envoi des articles : 01/03/2027

Coordinatrices

  • Diana Kuéllar – Universidad del Valle
  • Dominique Soucy – Université Marie et Louis Pasteur

Comité scientifique

  • Julie Amiot-Guillouet (Université de Cergy-Pontoise, France)
  • Nancy Berthier (Université Paris-Sorbonne / Directrice de la Casa de Velázquez, Madrid) Marianne Bloch-Robin (Université Paris-Sorbonne, France)
  • Marcelle Bruce (Université de Lille, France)
  • Jean-Paul Campillo (Université d’Avignon, France)
  • Adriana Estrada (Universidad Autónoma del Estado de Morelos, Mexique)
  • Fernando Franco Codevilla (Universidad Federal de Santa Maria, Brésil)
  • Lilia García Torres (Instituto de Investigaciones Dr. José María Luis Mora, Mexique)
  • Hilda Inderwildi (Université de Bourgogne, France)
  • David Jurado (Instituto de Investigaciones Dr. José María Luis Mora, Mexique)
  • Christian León Mantilla (Universidad Andina Simón Bolívar, Equateur)
  • Ana María López (Universidad de Antioquia, Colombie)
  • Françoise Moulin Civil (Université de Cergy-Pontoise / Présidente de l’Institut des Amériques, France)
  • Benoît Raoulx (Université de Caen Normandie, France)
  • Lourdes Roca (Instituto de Investigaciones Dr. José María Luis Mora, Mexique)
  • Amanda Rueda (Université Toulouse Jean Jaurès, France)
  • Carolane Sanchez (Université Marie et Louis Pasteur, France)
  • Gustavo Suárez (Université Toulouse 2 Jean-Jaurès, France)
  • Miguel Tejada (Universidad del Valle, Colombie)
  • Alejandra Toro (Universidad del Valle, Colombie)
  • Scheherazade Zambrano Orozco (Compagnie La Malagua, France)

Références

Arsenault, K. ; Bellerive, K. ; Paquin, L.-C. (2022), « Écrire la recherche autrement».

Communication. Vol. 39/1 & Vol. 39/2.

Bationo-Tillon, A., & Cozzolino, F. (Éds.). (2024). En quête d’images : Écritures sensibles en recherche-création. Les Presses du réel.

Borgdorff, H. (2012). The conflict of the faculties : Perspectives on artistic research and academia.

Leiden University Press.

Bui, C. & Szechter, L. (2020). « Montréal, aller-retour. Réflexions sur la recherche création en cinéma en contexte universitaire québécois ». Cinéma à l’université. Le geste et le regard. Les impressions nouvelles.

Català, J. M. (2010). La forma del ensayo en el cine : Una aproximación estética. Universitat de València.

Chapman, O. & Sawchuk, K. (2012). “Research-Creation : Intervention, Analysis ans “Family Resemblances” ». Canadian Journal of Communication, 37/5.

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Smith, L. T. (2012). Decolonizing methodologies : Research and indigenous peoples (2nd ed.). Zed Books.

Trinh, T. M. (1989). Woman, native, other. Indiana University Press. Walsh, C. (2013). Pedagogías decoloniales (Tomo I). Abya-Yala.


Date(s)

  • Thursday, September 10, 2026

Keywords

  • recherche-création audiovisuelle, protocole de recherche en SHS, méthodologies situées, co-construction des savoirs

Contact(s)

  • Dominique Soucy
    courriel : publidocu [at] gmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • Dominique Soucy
    courriel : publidocu [at] gmail [dot] com

License

CC0-1.0 This announcement is licensed under the terms of Creative Commons CC0 1.0 Universal.

To cite this announcement

« Recherche-création documentaire dans et avec les Amériques », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, May 21, 2026, https://doi.org/10.58079/1693g

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