Published on Monday, June 01, 2026
Abstract
Le français n’est pas seulement une langue internationale, il est aussi un vecteur de citoyenneté mondiale pour ceux qui s’en emparent, afin de défendre la diversité culturelle et de promouvoir une éducation à la paix et à la solidarité. La francophonie doit comprendre une vision humaniste, éthique et démocratique, fondée sur ce que l’on pourrait appeler une « francophonie régénératrice ».Ce modèle dépasse la simple notion de communauté linguistique. Elle devient un projet politique mondial où le français n’est plus perçu comme une langue de domination, mais comme un bien commun au service de l’humanité.
Announcement
Argumentaire
État des lieux
Le français conserve une forte légitimité dans la diplomatie, le droit international, les relations culturelles et dans certains espaces scientifiques et académiques. Sa force réside dans la littérature, la philosophie, les arts, la gastronomie, la mode et le cinéma d’auteur, dont le prestige symbolique reste notable. Toutefois, sa position se fragilise dans les sciences exactes, les nouvelles technologies et l’enseignement supérieur du fait de la position hégémonique de l’anglais dans ces secteurs.
Un renforcement en matière éducationnelle, de formation et de médias est donc nécessaire, dans l’objectif d’une évolution significative des mentalités à l’intérieur de l’espace francophone. Trop d’obstacles subjectifs existent encore à l’échelle de certains systèmes scolaires et universitaires, mais aussi médiatiques, notamment du Nord, qui, par la persistance de conceptions ethno-nationalistes, de préjugés raciaux et de discriminations (en termes d’accès aux études pour des francophones non communautaires, d’initiation aux littératures francophones…), entravent la reconnaissance de la légitimité, voire de l’utilité, de collaborations francophones pérennes.
À l’échelle de la prochaine décennie, la francophonie devra donc définir une stratégie claire pour ne plus être perçue comme un héritage colonial figé, mais comme un outil de développement et d’innovation.
En France, métropole historique, en prenant exemple sur l’inclusivité de ses académies littéraires (qui décernent des prix d’une manière relativement ouverte et équitable), les systèmes scolaire, universitaire et médiatique gagneraient à reconnaître la multiculturalité de facto de la société et de la jeunesse française, que ce soit dans ses régions historiques et ultramarines ou dans les diasporas issues de l’exil et de l’immigration, notamment postcoloniale. En complément, un meilleur accueil d’étudiants et d’intellectuels francophones, en particulier venus des Suds, parachèverait le dispositif d’une francophonie ouverte et dynamique, ce faisant délibérément régénératrice et réparatrice. Celle-ci aurait officiellement droit de cité, comme l’est la politique européenne du pays.
En Afrique, le poids démographique de ce continent pourrait transformer l’équilibre symbolique de la francophonie, avec un centre de gravité se déplaçant davantage encore vers le Sud. La transition numérique y est rapide, et la jeunesse, de plus en plus nombreuse, maîtrise le français langue d’enseignement, dans les 30 pays où celui-ci est langue officielle, co-officielle ou langue d’enseignement. Si ces États investissent dans des systèmes éducatifs et de formation de qualité, le français pourra devenir la principale langue de communication régionale dans de vastes parties du continent.
Dans tous les cas, son statut de langue commune s’inscrit dans un paysage linguistique mondial, caractérisé par ces principaux facteurs: la démographie, le multilinguisme, des conflictualités géopolitiques croissantes et l’IA. Son avenir se jouera dans sa capacité d’adaptation aux nouvelles réalités, autant géostratégiques que numériques.
Humanisme francophone et programme régénérateur/réparateur
Pour ce faire, la francophonie gagnerait à affirmer et à assumer sa différence dans le concert des aires linguistiques, et spécialement face à une anglophonie plutôt pragmatique et parfois agressive. il faudra investir massivement dans une éducation et une formation de qualité et inclusive, en ciblant les langues autochtones peu dotées coprésentes avec le français, afin de favoriser enfin l’émergence d’une communauté francophone poly/pluricentrique où chacune de ses régions apporte sa part de créativité. Le défi est immense, mais l’histoire de la langue française, faite de résilience et d’adaptabilité, invite à un optimisme prudent.
À travers cette pluralité, on peut déjà envisager qu’être Francophone en 2050, ce ne sera donc pas seulement manier une syntaxe correcte. Ce sera utiliser le français dans un réseau d’usages pluriels : pour étudier, commercer, chanter, coder en ligne, voyager. Ce sera alterner entre langues locales, langues régionales et français, selon la situation. Bref, être Francophone, ce sera participer à une langue commune mais multiple, à la fois sérieuse et ludique, scolaire et numérique, officielle et de rue.
Ainsi, le français n’est pas seulement une langue internationale, il est aussi un vecteur de citoyenneté mondiale pour ceux qui s’en emparent, afin de défendre la diversité culturelle et de promouvoir une éducation à la paix et à la solidarité.
La francophonie doit comprendre une vision humaniste, éthique et démocratique, fondée sur ce que l’on pourrait appeler une « francophonie régénératrice », qui reposerait sur quatre idées centrales (voir ci-dessous).
Ce modèle de francophonie élargie dépasse la simple notion de communauté linguistique. Elle devient un projet politique mondial, un espace d’inclusion et de réparation, un lieu de plurilinguisme pacifié et de citoyenneté mondiale, où le français n’est plus perçu comme une langue de domination, mais comme un bien commun au service de l’humanité.
Les principes d’une francophonie régénératrice n’ont de portée que s’ils se traduisent en actions concrètes, ajustées aux spécificités régionales. Ces actions doivent pouvoir orienter les interventions menées sur le terrain, en particulier dans le secteur stratégique de l’éducation et des médias.
Les principes d'une francophonie régénératrice et réparatrice
- La francophonie doit viser la paix, la réconciliation et la solidarité entre les peuples, par-delà les logiques historiques et actuelles de domination et de sujétion, sous une forme ou un autre : esclavagisme, colonialisme, impérialisme culturel, stratégique, macro-économique, digital…
- Elle doit reconnaître et valoriser la diversité linguistique ainsi que le dialogue des cultures et des civilisations, en refusant le mythe de la « pureté » et de l’homogénéité, qui conduit à une uniformisation paupérisante, sous forme de déculturations, pour les sociétés et pour l’humanité.
- Elle doit contribuer à la promotion et à la valorisation des langues locales et des savoirs autochtones. Dans la perspective de construire des formes de démocratie et de souveraineté culturelles et cognitives, aptes à conjuguer des rationalités, voire des sagesses différenciées, pour une meilleure gestion de l’intérêt commun.
- Elle doit promouvoir le poly/pluricentrisme du français pour une francophonie de la diversité, avec les apports des différents espaces, créant une hybridité joyeuse linguistique (lexicale, syntaxique, phonologique, prosodique) et culturelle. Cela dans la perspective, dans un contexte marqué par la progression dangereuse des ethno-nationalismes, des radicalismes religieux, du suprématisme techno-numérique et de conflits guerriers impérialistes, de contribuer à rééquilibrer les relations géopolitiques, en particulier sur l’axe Sud-Nord, mais également à l’intérieur des Etats-nations, entre métropoles et régions historiques.
Liste de pistes de réflexion interdisciplinaires, non exhaustive
Introduction : La francophonie à un carrefour de son histoire, dans un contexte international marqué par la progression dangereuse des ethno-nationalismes, des radicalismes religieux, du suprématisme techno-numérique et de conflits guerriers impérialistes
Historique de la francophonie : passifs et acquis. Comparaison avec l’anglophonie et avec d’autres aires linguistiques (étude contrastive, comparatiste)
Conflit/dialogue des civilisations et des cultures : éléments de méthodologie (géopolitique et anthropologie culturelle)
Anglophonie/francophonie : quel rapport des forces géostratégiques, institutionnelles, macroéconomiques, industrielles (informatique, IA…) … ?
Vers une francophonie de la diversité, régénératrice et réparatrice (aire par aire)
- Quels politiques et programmes éducatifs et de formation ?
- Quels politiques et programmes médiatiques et culturels ?
- Quels politiques et programmes macro-économiques et industriels (informatique, IA…)
- Quels politiques et programmes diplomatiques et de relations internationales ?...
Conclusion : pour une francophonie qui contribue à un monde respectueux du droit international (ONU, UNESCO…) et du droit des peuples à l’autodétermination, un monde pacifié et qui se donne pour objectif la démocratisation des relations internationales, grâce notamment à un meilleur dialogue des langues-cultures et des civilisations.
Modalités de contribution
Deadlines 15 août 2026 : Envoyez un titre et un résumé aux adresses suivantes : Obrillant.Damus@USherbrooke.ca ; boudetm31@gmail.com
31 décembre 2026 : Soumettez la première version de votre chapitre d’ouvrage (5 000 à 6 000 mots, interligne de 1,5, style APA).
Les chapitres de l’ouvrage feront l’objet d’une évaluation par les pairs. La publication du collectif est prévue pour la fin de l’année 2027.
Comité scientifique
- Obrillant DAMUS
Professeur à l’Université d’État d’Haïti et professeur associé à l’Université de Sherbrooke
Membre du Conseil scientifique consultatif de l’Observatoire de la langue française de l’oif
- Martine BOUDET
Professeure agrégée de Lettres modernes, docteure en littérature française
Membre du LASRET/Laboratoire scientifique de recherches et d'études transdisciplinaires (Université de Toulouse)
- Max BÉLAISE
Maître de conférences des Universités, Université des Antilles
- Valéry PAYEN, Université TÉLUQ
- Christine FOCQUENOY SIMONNET
Docteure en histoire contemporaine
Chercheure associée, laboratoire CREHS (UR 4027)
Centre de Recherche et d’Études « Histoire et Sociétés »
- Lazare KOÉ
Enseignant à l’Institut Universitaire Saint Jean du Cameroun, chercheur associé au Laboratoire Camerounais d’Études et de Recherche sur les Sociétés contemporaines (CERESC)
Date(s)
- Saturday, August 15, 2026
Keywords
- francophonie régénératrice et réparatrice, humanisme francophone
Contact(s)
- Martine Boudet
courriel : boudetm31 [at] gmail [dot] com
Information source
- Obrillant Damus
courriel : Obrillant [dot] Damus [at] usherbrooke [dot] ca
License
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To cite this announcement
« La francophonie régénératrice et réparatrice », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 01, 2026, https://doi.org/10.58079/16b6u

