Économie sociale et solidaire en Afrique et dans le monde
Entre tradition et modernité
Abstract
La troisième édition du Colloque international de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) vise à analyser les dynamiques contemporaines de l’ESS en Afrique et dans le monde, à l’intersection des héritages traditionnels et des transformations modernes. L’événement offre un espace de réflexion scientifique sur les pratiques solidaires, les formes organisationnelles émergentes, les enjeux du travail décent, de la protection sociale, de la digitalisation et du développement durable. Il ambitionne également de favoriser les échanges autour des expériences innovantes et des politiques publiques contribuant à l’inclusion sociale, à l’autonomisation des populations et au renforcement de la cohésion sociale.
Announcement
Argumentaire
La troisième édition du colloque international consacré à l’économie sociale et solidaire (ESS) s’inscrit dans la continuité scientifique des deux précédentes éditions, organisées respectivement en 2021 et 2023. Celles-ci ont principalement porté sur le cas du Maroc à la lumière d’expériences internationales, donnant lieu à la publication de trois ouvrages collectifs évalués par les pairs. La présente édition ambitionne d’élargir le champ de la réflexion et de l’analyse aux échelles africaine et internationale, afin de comparer les dynamiques de ce secteur socio-économique émergent et prometteur. Elle vise également à explorer les trajectoires organisationnelles ainsi que les transformations pratiques associées aux formes traditionnelles et contemporaines de l’économie sociale et solidaire, notamment en ce qui concerne leur contribution à la production de richesse, à la fourniture de services de proximité, à l’amélioration des conditions de travail décent et de protection sociale, et, par conséquent, au renforcement de l’autonomisation et de la cohésion sociale, tant au niveau individuel que collectif. Cette réflexion s’inscrit dans un contexte mondial marqué par une intensification du recours aux technologies numériques et par l’hégémonie croissante de la logique néolibérale du marché.
Les travaux historiques, anthropologiques et sociologiques consacrés aux dynamiques de solidarité convergent pour souligner que les formes de production et de travail à caractère solidaire sont aussi anciennes que les sociétés humaines elles-mêmes. Ces recherches mettent en évidence la richesse et la diversité de ces formes, en fonction des contextes culturels et locaux. À l’échelle régionale, notamment en Afrique du Nord, les sociétés marocaines et nord-africaines se caractérisent par un ensemble structuré de valeurs, de normes, de rituels et de pratiques solidaires héritées, reposant sur l’esprit de la « communauté » (ajmaâ). Parmi les exemples emblématiques figurent la pratique de la twiza (entraide collective), le système des igoudar (greniers collectifs, assimilables à des formes primitives de banque communautaire), le dispositif de l’agdal pour la gestion collective des pâturages, ou encore les systèmes de gestion communautaire des institutions religieuses et éducatives. Ces dispositifs témoignent de modes endogènes de gouvernance des ressources communes, fondés sur des principes de durabilité et de cohésion sociale (Ech-Chetyouy, 2023). Toutefois, les transformations profondes des structures économiques et sociales contemporaines, liées à l’expansion du marché et à la formalisation bureaucratique des activités productives, ont contribué à redéfinir ces pratiques.
Dans ce contexte, les organisations de l’économie sociale et solidaire se sont affirmées comme des acteurs capables de promouvoir un modèle de développement fondé sur l’inclusion économique et sociale. Elles permettent aux individus de renforcer leurs capacités d’action, de participation, de négociation et de revendication vis-à-vis des institutions qui influencent leurs conditions de vie (World Bank, 2002). Ainsi, des catégories sociales telles que les petits agriculteurs, les pêcheurs, les artisans ou encore les femmes rurales marginalisées ont développé des initiatives économiquement performantes et socialement structurantes, certaines atteignant une reconnaissance internationale. Ces initiatives contribuent notamment à l’insertion économique des populations vulnérables et à la création d’opportunités d’emploi pour des individus disposant de faibles ressources capitalistiques (ILO, 2014 ; Develtere et al., 2008).
Par ailleurs, les systèmes formels de protection sociale, y compris les mutuelles sectorielles, demeurent insuffisants pour garantir une couverture sanitaire universelle (Fonteneau & Leuven, 2013 ; Alenda-Demoutiez & Boidin, 2019). Au Maroc, des initiatives telles que les mutuelles communautaires rurales ont été expérimentées pour pallier ces insuffisances (CESE, 2015), avant que l’État ne s’engage dans un projet ambitieux de généralisation de la protection sociale, notamment à travers la loi-cadre 09.21.
Cependant, malgré ces avancées, des tensions persistent. Les politiques publiques oscillent entre deux principes fondamentaux : la responsabilité individuelle et la solidarité collective (Mohamed Radi, 2025). De plus, les dispositifs visant à favoriser l’emploi, tels que le statut d’auto-entrepreneur ou le programme « Forsa », bien qu’orientés vers l’insertion professionnelle des jeunes, peuvent engendrer de nouvelles formes de précarité liées à la logique concurrentielle du marché (Mohamed Radi, 2024).
La porosité entre secteur formel et informel constitue également un enjeu majeur. Les recherches montrent qu’il est difficile de tracer une frontière nette entre ces deux sphères, tant elles sont imbriquées dans les chaînes de production (Brasseur & Igamane, 2015). Dans ce cadre, les organisations de l’ESS apparaissent comme des vecteurs potentiels de transition. Néanmoins, elles sont traversées par des tensions internes entre logiques coopératives et individualistes, souvent exacerbées par des structures hiérarchiques et des rapports de pouvoir (Igamane, 2020 ; Lebdaoui, 2023).
En outre, la prédominance du secteur informel limite la reconnaissance institutionnelle et l’accès aux financements structurés, notamment en l’absence de cadres juridiques adaptés dans de nombreux pays en développement. Le secteur est également confronté à des défis liés à la qualité de l’emploi, à la reconnaissance sociale et à la valorisation du travail bénévole (Douvitsa, 2023 ; Tadesse & Elsen, 2023).
Sur le plan de la gouvernance, certaines organisations tendent à adopter des logiques utilitaristes inspirées du modèle libéral, ce qui peut compromettre leurs principes fondateurs, notamment en matière de démocratie interne (Laville, 2011). Face à ces défis, des expériences internationales diversifiées émergent : innovations institutionnelles en Europe, intégration des enjeux écologiques en Amérique latine, ou encore mobilisation des politiques publiques en Amérique du Nord (Neamtan, 2003). À l’inverse, certaines expériences asiatiques mettent en évidence les fragilités structurelles de l’ESS (Saito, 2020).
La digitalisation constitue à la fois une opportunité et un facteur de nouvelles inégalités, notamment en raison des disparités d’accès et de compétences numériques (Muschert & Ragnedda, 2024). Par ailleurs, la concurrence accrue sur les marchés peut conduire à une dilution de la dimension sociale de l’ESS, en particulier dans les contextes de transition économique marqués par des inégalités croissantes (Szelenyi ; Rona-Tas).
Dans cette perspective, le renforcement de l’ESS suppose la mise en place de cadres réglementaires adaptés, la reconnaissance du travail bénévole et militant, ainsi que l’intégration des acteurs dans les systèmes de protection sociale. L’articulation entre ESS et développement durable apparaît particulièrement féconde, dans la mesure où elle repose sur une conception élargie de l’activité économique intégrant des dimensions sociales et environnementales (Crétiéneau, 2010).
Enfin, les pratiques solidaires traditionnelles, fortement ancrées dans les cultures locales, constituent un levier essentiel pour comprendre les dynamiques de l’ESS, bien que leur articulation avec les formes contemporaines demeure encore insuffisamment explorée (Defalvard, 2019). L’ESS apparaît ainsi comme un espace privilégié d’émancipation des populations marginalisées, notamment des femmes rurales, dont l’engagement contribue à redéfinir les normes sociales et à renforcer leur rôle économique et social.
Axes du colloque
Le colloque s’articule autour des axes de réflexion suivants :
- Des pratiques héritées aux formes organisationnelles contemporaines
- Une économie sociale et solidaire plurielle face à des contraintes structurelles
- Digitalisation, mécanisation et commercialisation : entre opportunités et risques
- Travail décent, protection sociale et politiques publiques
- Rituels et pratiques traditionnelles en tant que supports culturels
- Renforcement des capacités, émancipation et contribution au changement social
- Expériences internationales inspirantes et leurs limites
Objectifs du colloque
Le colloque vise à atteindre un ensemble d’objectifs à la fois scientifiques et opérationnels, parmi lesquels :
Évaluer les acquis ainsi que les limites des formes traditionnelles et contemporaines de l’économie sociale et solidaire en Afrique, en particulier en ce qui concerne le travail décent, la protection sociale et les dynamiques de Digitalisation ;
Identifier les pratiques innovantes et les expériences réussies, tant au niveau local qu’international, en mettant en évidence les conditions de leur reproductibilité et de leur transférabilité à d’autres contextes ;
Formuler des recommandations opérationnelles susceptibles de favoriser l’intégration de l’économie sociale et solidaire dans les politiques publiques, tout en renforçant la reconnaissance du travail, du bénévolat et de l’engagement civique en tant que composantes fondamentales du développement durable.
Calendrier prévisionnel
- 20 avril 2026 : Lancement de l’appel à communications
-
15 juin 2026 : Date limite de soumission des résumés/propositions (entre 300 et 500 mots)
- 30 juin 2026 : Notification aux auteurs et invitation à soumettre les articles complets (entre 6 000 et 8 000 mots, références et illustrations incluses ; police Times New Roman, taille 12, interligne 1,5)
- 1er octobre 2026 : Date limite de soumission des articles complets
- 1er novembre 2026 : Publication du programme du colloque
- 27 et 28 novembre 2026 : Tenue du colloque international
Modalités de soumission
Les résumés ainsi que les articles complets doivent être envoyés à l’adresse électronique suivante :
ess.conference2026@gmail.com
Comité d’organisation
- IGAMANE Saadeddine — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- LEBDAOUI Kawtar — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- ECH-CHTYOUY Mohamed — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- EL MSAOURI Noureddin — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- MOURCHID Mohammed — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- NOUIB Abdellah — Université Ibn Zohr, Agadir
- BOUZIANI Meryem — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- EL GHAZOUI Mounir — Réseau Marocain de l’ESS
- FADIL Mohamed — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- FAIK Toufik — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
Comité scientifique
- IGAMANE Saadeddine — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- LEBDAOUI Kawtar — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- EL JAZZAR Ikram — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- BENADADA Asmae — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- EL MSAOURI Noureddin — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- MOURCHID Mohammed — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- BOURKIA Abderrahim — Université Hassan 1er, Settat
- AOUINE El Mostapha — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- BELHADI Rachid — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- FAIK Toufik — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- ECH-CHTYOUY Mohamed — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- SARR Ndeye Faty — Université du Québec à Chicoutimi, Québec
- KADIO Kadidiatou — Centre national de la recherche scientifique et technologique, Ouagadougou, Burkina Faso
- NDIAYE Sambou — Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal
- MOSSADAK Anas — Université Mohammed V, Rabat
- ERRACHIDI Mohamed — Université Chouaib Doukkali, El Jadida
- BEN DAOUD Sabir — Université Ibn Tofail, Kénitra
- ZIRARI Omar — Université Hassan 1er, Settat
- AGOUZOUL El Mehdi — Université Ibn Zohr, Agadir
- AL-RAYANI Ali Mohammed — Académie libyenne des études supérieures
- KOUKA Hamda — Université de Monastir, Tunisie
- ABABOU Mohamed — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- EL HAMMOUCHI Abdelaziz — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- DRISSI Driss — Université Ibn Zohr, Agadir
- SAADANI Abdelaziz — CRMEF, Kénitra
- TAKHALOUICHT Nabil — Institut royal de formation des cadres
- MOUSSAOUI Said — Université Mohammed Premier, Oujda
- KAMIA Mostafa — Université Chouaib Doukkali, El Jadida
- EL GHAZOUANI Driss — Faculté des sciences de l’éducation, Rabat
- MAGDOUD Amina — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- DIANI Asmae — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- BOUZIANI Meryem — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- FADIL Mohamed — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- FALI Hanan — Université Ibn Zohr, Agadir
- NOUIB Abdellah — Faculté polydisciplinaire - Kalaa Sraghna
- EL HLAISSI Marwane — Université Mohammed V, Rabat
- RIZQI Nabil — Faculté Polydisciplinaire de Larache
- HAMOUDA Hanane — Université Mohammed V, Rabat
- MRAOUHI Jalila — CRMEF, Kénitra
- CHAKIB Amina — Université Chouaib Doukkali, El Jadida
- ELAMRAOUI Adil — Université Mohammed Premier, Oujda
- SAADANI Sanae — Institut national de l’action sociale
- JIMENEZ ALVAREZ G. Mercedes — Université de Séville, Espagne.
- GAFAITI Said — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- BOUSBAA Amal — Université Hassan II, Casablanca
- Radi Mohammed — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- AYACINE Mouhcine — Université Abdelmalek Essaadi, Tanger
- EJJANOUI Fouzia — Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales, Fès
- ELKHALFI Oussama — Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales, Fès
- CHALFI Rida — Faculté Polydisciplinaire d’Errachidia
- AZAROU Houssa — École supérieure de technologie, Khénifra
- MECHOUAT Aziz — Université Hassan II, Casablanca
- HACHIMI Hassan — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- BEN ECH-CHEIKH Anas — Université Mohammed Premier, Oujda
- FALI Hanane — Université Ibn Zohr, Agadir
- NFISSI Abdelhamid — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- EDDELANI OUMHANI— Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- ROUIJEL Mohamed Reda — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- AIT OUALI Meryem — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- EL HALHOULI Abdelahdi — Université Sultan Moulay Slimane
- CHAOUI Saleh — Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales, Fès
- LAMGHARI Rachid — Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales, Fès
- KADIRI Mohamed — Université Ibn Zohr, Agadir
- ES-SALIH Mohamed — Université Ibn Zohr, Agadir
- EL OMARY Mohamed — Université Ibn Zohr, Agadir
- KEBABI Hicham — Université Ibn Zohr, Agadir
- HASNAOUI Rachid — Université Mohammed V, Rabat
- OUMANE Soufiane — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- OUAZANI Ahmed — École nationale de commerce et de gestion, Kénitra
- MERHARI Ismail — Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès
- ALONGO Yvon Rock Ghislain — Université Marien Ngouabi, Brazzaville, Congo
- LITOTO PAMBOU Lucien — Université Marien Ngouabi, Brazzaville, Congo
- ELENGA Hygin Bellarmin — Université Marien Ngouabi, Brazzaville, Congo
- KAOUKAOU Mahjouba — CRMEF, Kénitra
- AKDIM Hamid — Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales, Fès
- ALAMI MERROUNI Zakaria — Faculté de médecine et de pharmacie de Fès
- BAMBARA Adama — Université Joseph Ki-Zerbo, Burkina Faso
- ANDARI Ahmed Mohamed El Amine — Université Nouakchott, Mauritanie
- EL AYADI Tayeb — Université Ibn Tofail, Kénitra.
- OUSERAR Mustapha — Faculté des Sciences de l’Education, Rabat
- MONTANARI Bernadette — Institut Interdisciplinaire pour les Sciences Sociales
- CHEDDAD Imad Eddine — Université LAVAL, Canada
- MOSSADAK Anas — Université Mohamed V, Rabat
- MARWANE EL HALAISSI — Université Mohamed V, Rabat
- FARISSI Naoual — Université Mohamed V, Rabat
- DOUKKALI Qamar — Université Ibn Tofail, Kénitra
- CHOUTJANI Khadija — Université Mohamed V, Rabat
Places
- Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Sais, Fès
Fes, Kingdom of Morocco (30050)
Event attendance modalities
Full on-site event
Keywords
- économie sociale et solidaire, solidarité, Afrique
Contact(s)
- SAADEDDINE IGAMANE
courriel : saadeddine [dot] igamane [at] usmba [dot] ac [dot] ma
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License
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To cite this announcement
« Économie sociale et solidaire en Afrique et dans le monde », Call for papers, Calenda, Published on Friday, June 05, 2026, https://doi.org/10.58079/16cbv
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