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Villes d'Afrique de l'Est en mutation

Cities of East Africa in mutation

Revue « Territoire en Mouvement »

« Territoire en Mouvement » Review

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Publié le mardi 23 avril 2013 par Elsa Zotian

Résumé

En 2010, environ 40% des Africains étaient des urbains, mais cette proportion n’était que de 23,6% en Afrique de l’Est selon la définition de l’ONU-Habitat dont les critères pourront ici être mis au débat. Ces villes font aujourd'hui leur entrée plus ou moins rapide et brutale dans le système mondialisé concurrentiel dont elles deviennent des acteurs directs. Mais à quel prix s'opèrent ces mutations ? Au prix de la ville existante, dans ses formes et dans sa réalité sociale ? Au risque d'une vulnérabilité toujours plus grande des habitants pauvres et de la relégation des plus fragiles ?

In 2010, approximately 40% of Africans were city dwellers, but this proportion was only 23.6% in East Africa as defined by UN-Habitat which we can here discuss the criteria. Today, these cities are entering more or less rapidly in the competitive global system and are becoming key actors of this system.What is the price of these mutations? Are they happening at the price of the existing city, in its form and in its social reality? Can these mutations lead to an ever greater vulnerability of poor people and their relegation?

Annonce

Argumentaire

En 2010, environ 40% des Africains étaient des urbains, mais cette proportion n’était que de 23,6% en Afrique de l’Est selon la définition de l’ONU-Habitat1 dont les critères pourront ici être mis au débat. Si nous nous appuyons sur cette définition, la croissance urbaine est-africaine n'en est pas moins très vigoureuse : entre 1960 et 2010, la population urbaine de l’Afrique de l’Est est ainsi passée de six à 77,1 millions d’habitants et durant la décennie qui commence, elle devrait augmenter de 38,9 millions supplémentaires pour atteindre 116,1 millions en 2020, ce qui représente une augmentation de 50,4%. Cet accroissement spectaculaire tend à se maintenir dans le temps et le réseau urbain de l'Afrique de l'Est se caractérise aujourd'hui par des capitales souvent macrocéphales, à l'image de Mogadiscio, la capitale somalienne où vivent près de 37,5% de la population du pays, ou d'Antananarivo qui concentre plus de 30% de la population malgache. Ce sont les villes de taille intermédiaire, ne dépassant pas 500 000 habitants, qui absorbent désormais le plus gros de cette croissance. Le développement des villes se fait dans un contexte de forte croissance économique (5,8 % de croissance PIB en 2011 en Afrique de l'Est contre 2,7 % seulement pour l'ensemble du continent2), mais les hiérarchies urbaines encore très déséquilibrées dans la plupart des pays ont mené à la concentration de la richesse et du pouvoir et à de fortes inégalités d'accès aux ressources urbaines.

Ces villes font aujourd'hui leur entrée plus ou moins rapide et brutale dans le système mondialisé concurrentiel dont elles deviennent des acteurs directs. Cela se traduit depuis les années 1980 par une injonction forte à la bonne gouvernance de la part des institutions internationales (ONU-Habitat, Banque Mondiale...), appliquée avec plus ou moins de succès selon les contextes et dont plusieurs auteurs font aujourd'hui une critique assez sévère. L'entrée dans l'ère de la mondialisation se traduit également par la libéralisation des économies et par l'ouverture des espaces urbains aux investissements privés qui n'ont jamais été aussi importants qu'aujourd'hui. Elle se traduit enfin par une volonté politique de modernisation et de développement, alors que 80% de la production de biens et de services en Afrique s'effectue aujourd'hui en ville : les villes sont désormais perçues et conçues par les autorités publiques comme par les acteurs privés comme le principal, sinon l'unique vecteur de développement économique et humain des pays. C'est dans ce contexte que nous observons aujourd'hui dans les villes est-africaines des transformations radicales qui sont à la fois le fruit de l’importation de standards urbains mondialisés (notamment l’introduction de la verticalité), et dans certains contextes celui d'une valorisation patrimoniale qu'on commence à concevoir comme un outil de développement (économique) urbain. Parallèlement à la valorisation de certains espaces, des programmes d'éradication des taudis sont mis en œuvre dans les quartiers populaires, ainsi que la construction ultra-rapide de nouveaux logements. Ces programmes sont permis par la création ou le renforcement de marchés fonciers et immobiliers qui accentuent souvent plus qu'ils ne les résolvent les inégalités d'accès à la ville. Il ne faut en effet pas perdre de vue que la réalité urbaine est encore largement dominée par la conjonction de la pauvreté, des inégalités et des taudis, dont l'articulation se fait autour de la difficulté d’accès au foncier urbain, à un logement convenable et aux infrastructures de base.

Mais à quel prix s'opèrent ces mutations ? Au prix de la ville existante, dans ses formes et dans sa réalité sociale ? Au risque d'une vulnérabilité toujours plus grande des habitants pauvres et de la relégation des plus fragiles ? A l'intérieur de ce cadre de réflexion, plusieurs questions se posent et pourront être creusées dans ce numéro :

  • Quel rapport s'établit-il entre les espaces de la modernité, ancrés dans la mondialisation des formes et des flux, et la ville « ordinaire » des pratiques habitantes, la ville populaire de plus en plus précaire ? Peut-on parler de villes duales, ou a-t-on aujourd'hui à faire à des espaces urbains fragmentés en tension entre des programmes de transformation urbaine menés par des politiques publiques radicales et une ville quotidienne, malmenée par ces mêmes politiques ? Ce que l'on observe aujourd'hui, c'est en effet une atomisation de plus en plus intense des formes urbaines, ce sont des conflits entre la ville projetée et la ville vécue, entre les acteurs-décideurs et les habitants qui peinent à affirmer leur rôle dans la production de la ville, des conflits entre la modernité recherchée dans les standards internationaux et les quartiers populaires que les autorités publiques veulent nettoyer, cacher ou tout simplement voir disparaître.
  • Derrière les politiques de planification urbaine, quelle « idéologie urbaine » est-elle défendue par les élites (les autorités urbaines, les acteurs privés engagés dans les partenariats public-privé, les investisseurs du secteur de la construction etc.) ? Comment ce modèle s'inscrit-il dans les formes et dans les logiques sociales ? Quel rôle les bailleurs de fonds internationaux jouent-ils dans la définition de ce modèle ? Nous pensons ici aux ONG et aux organisations internationales (la Banque Mondiale notamment) dont on sait ce que leur doivent les politiques actuelles de décentralisation et de libéralisation des services urbains, mais aussi aux diasporas : quels sont leurs investissements, quel rôle jouent-elles dans la définition des politiques urbaines ?
  • Enfin, quelles mobilisations et résistances citadines observe-t-on ? Plusieurs auteurs notent en effet l'apparition de formes sociales et spatiales urbaines innovantes, qui sont autant des modalités de contournement des politiques et des programmes urbains que des bricolages dans la ville. Quelle est l'importance des réseaux de relations personnelles dans cette capacité de contournement et d'adaptation ? Comment l'urbain informel survit-il et se transforme-t-il ?

Références

1 Les données utilisées dans ce texte sont issus du rapport de l'ONU-Habitat : L'état des Villes Africaines 2010. Gouvernance, inégalités et marchés fonciers urbains, PNUE (ONU-Habitat), 2010. Ce rapport s'appuie sur les données des World Urbanization Prospects: The 2009 Revision, ONU (DESA), 2009. L'Afrique de l'Est y est définie à partir de critères historiques, économiques, démographiques et sociaux : le Burundi, Djibouti, l'Érythrée, l'Éthiopie, le Kenya, Madagascar, le Malawi, l’Ouganda, le Rwanda, la Somalie (et le Somaliland), la Tanzanie, les Seychelles, l’Ile Maurice et les Comores.

2 ONU - Economic Commission for Africa, Rapport économique sur l'Afrique 2012

Conditions de soumission

Les résumés (2000 signes max espaces comprissont à rendre

le 20 mai 2013 au plus tard.

les articles complets (50 000 signes max espaces compris) doivent être remis le 30 octobre 2013.     

Langues : français ou anglais     

Contact : Pauline BOSREDON - pauline.bosredon@univ-lille1.fr

Responsable scientifque du numéro

Comité scientifique de la revue

  • Nacima BARON-YELLES (PR), Université de Marne la Vallée
  • Guy BAUDELLE (PR), Université de Rennes 2
  • Gérard BELTRANDO (PR), Université de Paris 7,
  • Hugh CLOUT (PR), Université Collège de Londres – Angleterre
  • Olivier CREVOISIER (PR), Université de Neuchâtel - Suisse
  • Claire DELFOSSE (PR), Université de Lyon 2
  • Marie-Christine FOURNY KOBER (PR), Université de Grenoble
  • Anna GEPPERT (PR), Université de Paris 4
  • Maria GRAVARI-BARBAS (PR), Université de Paris 1
  • Vladimir KOLOSSOV (PR), Université de Moscou - Russie
  • Robert MARCONIS (PR), Université de Toulouse 2,
  • Bernadette MERENNE SCHOUMAKER (PR), Université de Liège - Belgique
  • Alexander MURPHY (PR), Université de l’Oregon – Etats-Unis
  • Valérie NOVEMBER (PR), Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne -Suisse
  • Jean-Pierre RENARD (PR), Université d’Artois
  • Jean-François STASZAK (PR), Université de Genève – Suisse
  • Colette VALLAT (PR), Université de Paris 10
  • Christian VANDERMOTTEN (PR), Université de Bruxelles - Belgique

Argument

In 2010, approximately 40% of Africans were city dwellers, but this proportion was only 23.6% in East Africa as defined by UN-Habitat which we can here discuss the criteria. If we follow this definition, the east-African urban growth is nevertheless very strong: between 1960 and 2010, the urban population in East Africa increased from six to 77.1 million inhabitants and during the next decade, it is expected to rise to 38.9 million more and reach 116.1 million in 2020, representing an increase of 50.4%. This spectacular increase tends to remain and the urban network of East Africa is often characterized by macrocephalic capitals, just like Mogadishu, the Somalian capital where live about 37,5 % of the population of the country, or Antananarivo which concentrates more than 30 % of the Malagasy population. The medium-sized cities, not exceeding 500 000 inhabitants, absorb from now most of this growth. Urban development occurs in a context of strong economic growth (5,8% GDP growth in 2011 in East Africa compared with only 2,7% for the whole continent, but still very unbalanced urban hierarchies in most countries has led to the concentration of wealth and power, and to strong inequalities of access to the urban resources.

Today, these cities are entering more or less rapidly in the competitive global system and are becoming key actors of this system. This results since the 1980’s in a strong injunction to good governance by international institutions (UN-Habitat, World Bank), applied more or less successfully in different contexts and quite criticized today. Entering the era of globalization is also reflected in the economic liberalization and the opening up of urban spaces to private investments which have never been more important than today. It is also expressed by a political will of modernization and development, while 80% of the production of goods and services in Africa takes place today in the city: cities are now perceived and conceived by public authorities and by private actors as the main – if not unique –  vector of economic and human development of countries. In this context, we can see today in East African cities some radical transformations that are both the result of the importation of globalized urban standards (including the introduction of the verticality), and sometimes the result of the heritage process seen as a tool for the (economic) development. Along with the enhancement of certain areas, programs of eradication of slums are implemented in the popular districts, as well as the ultra-fast construction of new housing. These programs are allowed by the creation or the strengthening of land/real estate market which accentuate more that they reduce the disparities of access to the city. Indeed, it is important to keep in mind that the urban reality is still widely dominated by the conjunction of poverty, inequalities and slums, whose articulation is about the difficulty of access to urban land, suitable housing and basic infrastructures.

What is the price of these mutations? Are they happening at the price of the existing city, in its form and in its social reality? Can these mutations lead to an ever greater vulnerability of poor people and their relegation? Within this conceptual framework, several issues arise:

  • What is the relation established between the spaces of modernity, rooted in the globalization of forms and flows, and the "ordinary" city, the popular spaces of everyday practices? Can we talk about dual cities, or rather about fragmented urban fabrics, in tension between urban transformation programs conducted by radical public policies and a daily city buffeted by these policies? What we observe today is indeed an atomization increasingly intense of the urban forms, conflicts between the planned city and the real-life city, between the decision makers and the inhabitants who have difficulty in asserting their role in the production of the city, conflicts between the modernity sought in the international standards and the popular districts that the public authorities want to clean, to hide or simply to eliminate.
  • Behind the town planning policies, what "urban ideology" is defended by elites (urban authorities, private actors involved in public-private partnerships, investors of construction companies etc.)? How does this model forms part of the spatial forms and the social logics? What role do the international donors play in the definition of this model? We refer here to the NGOs and to the international organizations (the World Bank in particular) which have played a significant part in the current policies of decentralization and liberalization of the urban services. We refer also to diasporas: what are their investments, what role do they play in the definition of the urban policies?
  • Finally, what mobilizations and resistances can we observe from the city inhabitants? Several authors note indeed the emergence of new urban spatial and social forms that are both ways to get around the urban programs and some kinds of urban patch-ups. What is the importance of personal networks in the capacity to circumvent and to adapt? How does the urban informal sector survive and how is it changing?

Submission guidelines

  • Abstract (2.000 signs, spaces included) : May 20, 2013

  • Full paper (50.000 signs, spaces included) : October 30, 2013
  • Langages : French or English

Contact: Pauline BOSREDON - pauline.bosredon@univ-lille1.fr

Coordinator

Scientific committee of the review

  • Nacima BARON-YELLES (PR), Université de Marne la Vallée
  • Guy BAUDELLE (PR), Université de Rennes 2
  • Gérard BELTRANDO (PR), Université de Paris 7,
  • Hugh CLOUT (PR), Université Collège de Londres – Angleterre
  • Olivier CREVOISIER (PR), Université de Neuchâtel - Suisse
  • Claire DELFOSSE (PR), Université de Lyon 2
  • Marie-Christine FOURNY KOBER (PR), Université de Grenoble
  • Anna GEPPERT (PR), Université de Paris 4
  • Maria GRAVARI-BARBAS (PR), Université de Paris 1
  • Vladimir KOLOSSOV (PR), Université de Moscou - Russie
  • Robert MARCONIS (PR), Université de Toulouse 2,
  • Bernadette MERENNE SCHOUMAKER (PR), Université de Liège - Belgique
  • Alexander MURPHY (PR), Université de l’Oregon – Etats-Unis
  • Valérie NOVEMBER (PR), Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne -Suisse
  • Jean-Pierre RENARD (PR), Université d’Artois
  • Jean-François STASZAK (PR), Université de Genève – Suisse
  • Colette VALLAT (PR), Université de Paris 10
  • Christian VANDERMOTTEN (PR), Université de Bruxelles - Belgique

Dates

  • lundi 20 mai 2013

Mots-clés

  • ville, Afrique, Afrique de l'Est, mutations urbaines

Contacts

  • Pauline Bosredon
    courriel : pauline [dot] bosredon [at] univ-lille1 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Pauline Bosredon
    courriel : pauline [dot] bosredon [at] univ-lille1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Villes d'Afrique de l'Est en mutation », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 23 avril 2013, https://calenda.org/245432

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