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La saillance et le discours sur le relief

Salience and Relief-Related Discourse

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Publié le mercredi 18 mars 2015 par Elsa Zotian

Résumé

La saillance est un terme d’origine latine emprunté à l’anglais "salience". Il est utilisé par les linguistes et désigne d’une manière générale tout phénomène de mise en relief. C’est parce que la montagne est un relief naturel que nous souhaiterions ici rapprocher les deux disciplines de l’analyse du discours (et iconographique) et de la géographie alpine autour du concept de saillance.

Annonce

Contexte

Le regard porté sur l’Arc alpin a connu une grande évolution depuis la fin du XVIIIe siècle avec notamment les voyageurs venus de Grande Bretagne. Scientifiques, sportifs, artistes et gens de lettres s’y succèdent depuis plus de deux siècles. Le regard qu’ils ont porté sur les Alpes a grandement contribué à changer notre manière de regarder la montagne. Autrefois terrifiante, elle est devenue sous leur plume un lieu de beauté et de fascination (Bätzing et Rougier, Les Alpes : un foyer de civilisation au cœur de l'Europe, 2005). Elle accueille alors des publics de plus en plus variés dont la présence ou le passage dans les Alpes contribue à son tour à en faire évoluer la géographie physique, humaine, sociale, etc. Les géographes Bätzing et Rougier (2005) ont également montré le rôle du regard de l’étranger, celui dont l’environnement quotidien ne présente pas de relief aussi imposant que les Alpes. La nouveauté du paysage dans leur yeux se traduit dans leur discours par une mise en relief de traits que les alpins ne distinguent pas avec autant de surprise, ni de nouveauté.

Qu’elle émane de la nature même de l’objet dit saillant ; de la place de cet objet dans son environnement ou des caractéristiques intrinsèques du sujet qui en fait l’expérience (catégories de la saillance chez Landragin, 2011), la saillance est depuis quelques années un thème important dans la recherche en linguistique. Elle intéresse toutes les écoles de linguistique et a donné lieu à différentes publications : Landragin (2004, 2011), Haude, Montaut (2012), Inkova (2011), Boisseau (colloque de Strasbourg 2010 à paraître). L’objectif de ces travaux, qui explorent des langues vivantes différentes, est de préciser la définition de la saillance et de voir sous quelles formes elle se manifeste dans la langue et ce qu’elle peut apporter à l’analyse du discours. Enfin, Landragin propose d’étendre l’emploi de la notion de saillance aux autres disciplines auxquelles elle peut apporter un éclairage (voir son exemple de mise en parallèle de la saillance dans la photographie et le discours narratif, 2011).

Plus largement, le présent projet s’articule autour d’un questionnement sur la mise en discours du relief à travers des outils de la pragmatique. Cette mise en discours sera analysée du point de vue linguistique au sens large. Elle invite donc à produire des articles portant sur les formes et les structures inhérentes à une langue (et qui peuvent être communes à d’autres). Les approches pourront se faire notamment par la linguistique cognitive et/ou la linguistique énonciative. Les articles pourront également explorer l’aspect stylistique, c’est-à-dire explorer la mise en discours poétique du relief ou comment l’utilisation décalée ou récurrente de certaines formes linguistiques/discursives permet littéralement de percevoir un relief et « d’en faire une montagne ». Dans cette visée stylistique, il sera également intéressant d’examiner la mise en relation entre le sujet énonciateur et son discours sur le relief. Quel point de vue est adopté (focalisation en narratologie, modalité en linguistique) ? Enfin, seront les bienvenues les explorations de textes du point de vue de la rhétorique qui elle, analysera les formes esthétiques poétiques et la manière dont elles singularisent la mise en discours du relief.

Ces analyses viseront à mettre en relation l’analyse du discours en parallèle avec la définition de la montagne et, plus largement, du relief selon la perception de l’énonciateur laquelle sera mise dans la perspective de ce qu’il ou elle a l’habitude de voir dans son environnement. C’est précisément la raison pour laquelle les textes en langues étrangères sont particulièrement intéressants. Avec un toit de la Grande Bretagne à moins de 1 400m d’altitude (le Ben Nevis en Ecosse) on peut attendre de l’extranéité du regard du Britannique l’émergence de formes linguistiques et discursives qui exacerbent la distinction sans doute plus saillante des traits propres aux reliefs et aux dépressions. La créativité langagière sera aussi convoquée pour faire face au défi de dire ce que l’on n’a jamais vu et/ou qui ne fait pas encore partie d’un paysage linguistique donné. A titre d’exemple, on pourrait comparer les ressorts de la langue anglaise pour la mise en discours de la mer et du littoral avec ce dont elle dispose pour mettre la montagne en discours.

Plus tard, lorsque la montagne a été explorée, elle entre dans l’horizon d’attente de celui ou de celle qui va la découvrir. Le voyageur écrivain ou artiste, géographe, sociologue ou anthropologue va y chercher ce qu’il en connait déjà et qui l’y a attiré (les textes de Ruskin sont très intéressants dans ce domaine).

La géographie physique s’intéresse depuis longtemps aux phénomènes liés à la saillance (sans employer le mot saillance) ; la géomorphologie a même fait des phénomènes qui lui sont liés (orogénèse, érosion…) son objet d’étude principal (Le Cœur, 1996). En géographie humaine, la saillance a été diversement appréciée ; longtemps vue comme un fait sous l’angle de la contrainte comme de l’opportunité (Géneau de Lamarlière et Staszak, 2000), elle est en géographie culturelle plutôt abordée sous l’angle de la construction : porteuse de valeurs, d’imaginaire et de pratique, la langue contribue à construire les représentations de la réalité (Debarbieux, 2007) et à faire de la montagne un objet individualisé (Debarbieux et Rudaz, 2010). En outre, Raffestin (1995) a fait du lien langue/territoire le fondement épistémologique d’une géographie.

Thèmes proposés (non exhaustifs)

Nous proposons ici d’explorer les représentations des Alpes et des autres massifs montagneux dans le discours sous toutes ses formes écrites depuis la fin du dix-huitième siècle à nos jours.

  • Il s’agira d’analyser la représentation de la montagne aussi bien dans les récits de voyage que dans les œuvres de fiction issues de tous les genres littéraires ou encore des textes issus de la presse (guides de voyages, revues sur la montagne, etc.), les manuels de géographie. Les manuels scolaires et les revues spécialisées pourront notamment être comparés avec leurs équivalents dans d’autres langues.
    Au-delà de l’anglistique, ces recherches pourront s’appuyer également sur des textes issus d’autres langues étrangères et des textes en français. Comment la notion de saillance en linguistique peut-elle se rapprocher du discours sur le relief ? Comment les éléments discursifs intrinsèquement saillants (marqueurs linguistiques, formes rhétoriques…) contribuent-ils à construire le discours sur la montagne et à le singulariser ? Dans quelle mesure le sujet qui prend le discours à sa charge redéfinit-il la saillance dans sa perception et dans sa représentation de la montagne ?
    On pourra également comparer le discours sur un même lieu par des auteurs différents.
  • Du discours comme mode de représentation, on pourra aller vers les représentations iconographiques avec là encore, sans doute des méthodes différentes pour faire une montagne d’un élément spatial.
    Comment l’artiste gère-t-il l’emploi des canons ? A-t-il besoin de s’en défaire quand il représente les reliefs ? Pourquoi et comment procède-t-il ? Quelles nouvelles méthodes emploie-t-il ? Bref, en quoi la montagne catalyse-t-elle la créativité au sens structurel ?

Conditions de soumission

Les propositions d’articles d’environ 500 mots sont à envoyer accompagnées du nom, prénom, laboratoire de rattachement de l’auteur

pour le 30 avril 2015.

Une réponse sera renvoyée dans les meilleurs délais.

Les propositions d’articles sont à envoyer à Samia Ounoughi (Etudes anglophones AMU LERMA EA 853, Université Pierre-Mendès-France Grenoble 2) et Sylvie Duvillard (Université Pierre-Mendès-France, CNRS PACTE-CNRS UMR5194 )

  • samia.ounoughi@upmf-grenoble.fr
  • sylvie.duvillard@upmf-grenoble.fr

Les articles définitifs seront à fournir pour octobre 2015.

L’article doit être soumis dans une des langues de la revue : langues alpines – français, italien, allemand –, espagnol ou anglais.

L’auteur doit au préalable prévoir la traduction dans la seconde langue après expertise.

L’une des deux versions doit être en anglais. Si l’article est proposé en anglais au départ, la traduction doit être faite en français.

La publication est prévue pour juin 2016.

Comité scientifique restreint

  • Anne-Laure Amilhat-Szary, Professeure à l’Université Joseph Fourier / CNRS-PACTE / Institut Universitaire de France
  • Jörg Balsiger, Collaborateur scientifique et Chargé de cours, Département de géographie et environnement et Institut des sciences de l’environnement, Université de Genève, University of Geneva, Suisse, Genève
  • Jean-Baptiste Bing, Université de Genève, département de géographie et environnement
  • Sophie Bonin, Maître de conférences, École Nationale Supérieure de Paysage de Versailles, France
  • Anne Dalmasso, Maître de conférence d’histoire contemporaine, Université Pierre Mendès France et membre de l’équipe Sociétés, Entreprises et Territoires, UMR CNRS 5190 LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes), Grenoble, France
  • Bernard Debarbieux, Professeur à l’Université de Genève, Suisse
  • Pierre Derioz, Maître de Conférences HDR en Géographie, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, UMR Espace-Dev 228 IRD (Maison de le télédétection), Montpellier, France
  • Marie-Christine Fourny, Professeure à l’Université Joseph-Fourier-Grenoble, France,
  • Stéphane Gal, Maître de conférences en histoire moderne, Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA), Université Lumière Lyon 2.
  • Franck Giazzi, enseignant-chercheur au laboratoire PACTE territoires (UJF/CNRS) et à l’Institut de Géographie alpine, Grenoble, France
  • Emmanuelle George-Marcelpoil, Directrice de l’unité de recherche Développement des territoires Montagnards, Irstea Grenoble, Saint Martin d’Hères
  • Lauranne Jacob, Doctorante au Labex ITEM, laboratoire PACTE, Grenoble, France, et au département de Géographie de l’UNIGE, Genève, Suisse
  • Coralie Mounet, Chargée de Recherches, CNRS, Laboratoire Pacte UMR 5194, Grenoble.
  • Mari Oiry, Université de Chambéry
  • Anne Sgard, professeure à l’Université de Genève, Suisse  ;

et :

  • Philippe Bourdeau, Professeur à l’Université Joseph Fourier / Institut de Géographie Alpine / UMR PACTE, à Grenoble, France
  • •Sylvie Duvillard, Maître de Conférence à l’Université Pierre Mendès-France, Grenoble II et chercheur au laboratoire pacte-Grenoble I
  • Dominique Baud, Maître de conférence en géographie et géomatique, Laboratoire PACTE, UMR 5194 CNRS / Institut de Géographie Alpine / Université Grenoble Alpes, Grenoble, France

Tous trois co-directeurs des publications.

 Comité scientifique « élargi »

  • Winfried E. H. Blum, Professor Emeritus, Institute of Soil Research, University of Natural Resources and Life Sciences (BOKU),Vienne, Autriche
  • Axel Borsdorf, Professeur à l’Université d’Innsbrück, Autriche
  • Federica Corrado, Politecnico di Torino, Italie
  • Cristina Del Biaggio, chercheuse invitée (post-doc) à l’Instituts of European Studies de l’Université d’Amsterdam, Pays-Bas
  • Monique Fort, Professeure Émérite (Géographie, Géomorphologie), UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société, UMR 8586 PRODIG, Université Paris Diderot, France
  • JC Gaillard, Associate Professor, The University of Auckland, Nouvelle-Zélande
  • Martin Price, Professor of Mountain Studies, Director of the Centre for Mountain Studies, Chairholder, UNESCO Chair in Sustainable Mountain Development, Perth College, University of the Highlands and Islands, Royaume-Uni.
  • Manfred Perlik, Professeur à l’Académie Européenne (EURAC) à Bolzano (Italie) ; au Centre for Development and Environment (CDE) de l’Université de Bern (Suisse) ; associé au Laboratoire PACTE, UMR 5194 CNRS, Grenoble (France)
  • Thomas Scheurer, Directeur de l’ISCAR (International Scientific Committee on Alpine Research) et de l’ICAS (Commission interacadémique recherche alpine des Académies Suisses des Sciences), Suisse
  • Gian Paolo Torricelli, Professeur (Géographie urbaine et  Développement territorial), Responsable de l’Observatoire du développement territorial du Canton du Tessin, Accademia di Architettura, Università della Svizzera italiana, Mendrisio, Suisse.

Dates

  • jeudi 30 avril 2015

Mots-clés

  • saillance, relief, discours, récit, iconographie, Arc alpin

Contacts

  • Sylvie Duvillard
    courriel : sylvie [dot] duvillard [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr
  • Samya Ounoughi
    courriel : samia [dot] ounoughi [at] upmf-grenoble [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Christine Hoyon
    courriel : christine [dot] hoyon [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La saillance et le discours sur le relief », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 18 mars 2015, https://calenda.org/322570

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