AccueilVocabulaire des affects : une nouvelle politique du discours littéraire et médiatique

Vocabulaire des affects : une nouvelle politique du discours littéraire et médiatique

The vocabulary of effects - a new policy of literary and media discourse

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Publié le vendredi 13 janvier 2017 par Céline Guilleux

Résumé

L'ambition de ce colloque est de comprendre l'usage récurrent du vocabulaire des affects dans notre contemporain. Qu’il s’agisse de la littérature, des arts, de l’histoire, des médias – ou de manière plus épistémologique comme le montre le travail de Frédéric Lordon (Lordon, 2013), nous sommes au cœur d’une société des affects. Quelles sont alors les bonnes raisons (Boudon, 2003) des auteurs tant dans la littérature que dans le spectacle vivant, des internautes de livrer leur vie intime sur les réseaux mais aussi des nouveaux intérêts de le recherche des sciences humaines et sociales du développement de ce vocabulaire ?

Annonce

Argumentaire

Notre contemporain semble marqué par un usage récurrent du vocabulaire des affects. Qu’il s’agisse de la littérature, des arts, de l’histoire, des médias – l’intérêt pour l’histoire culturelle contemporaine en termes d’affects/émotions/sensibilités (voir le numéro spécial de la revue Vingtième siècle, « Histoire des sensibilités au XXe siècle », 2014) le prouve – ou de manière plus épistémologique comme le montre le travail de Frédéric Lordon (Lordon, 2013), nous sommes au cœur d’une société des affects.

Le discours du corps n’est pas nouveau en sciences humaines, en revanche il est devenu incontournable une fois que les promesses de progrès faites par les idéologies ont échoué et que tout un pan de pensée post-structuraliste a fait valoir non seulement une ontologie des multiplicités, mais de multiples modes d’existence. De « La vie énigmatique des signes » (Maniglier, 2006) au réseau de la théorie de l’acteur-réseau de Bruno Latour, en passant par les différentes écritures du corps en littérature, l’influence des affects dans les jugements théoriques, esthétiques, littéraires ne peut plus être mise en doute.

En s’intéressant à l’affect Gilles Deleuze et Félix Guattari, le sortent de sa définition psychanalytique et le détachent du trauma ou de l’expérience de perte d’objet d’amour pour le lier à une puissance de vie et au plan d’immanence. Ce dernier demeure un milieu instable toujours en train de se faire par des machines désirantes toutes liées les unes aux autres. Au-delà même, de la pensée de la multiplicité propre à leurs travaux, l’affect se pose alors comme le concept révélateur non plus du structuralisme mais d’une pensée machiniste (Lapoujade, 2014). Ils proposent alors de dépasser le modèle structural pour ne pas créer de nouvelles transcendances. La machine est positionnée comme l’envers de la structure, son dehors. La structure est prise dans la machine : « Nous sommes tous des bricoleurs ; chacun ses petites machines. » (Deleuze & Guattari, L'anti-Oedipe. Capitalisme et schizophrénie 1, 1972, p. 7). De ce fait, il ne s’agit pas d’opposer la structure à la machine mais bien de penser que la structure est prise dans la machine pour tenter de se focaliser sur la « machinerie » de l’usage du vocabulaire des affects. Depuis leurs travaux, ce vocabulaire s’est déployé sans que l’on puisse aujourd’hui en dessiner les contours, il est temps de se détacher des considérations structuralistes ou même post-structuralistes pour le regarder de manière plus épistémologique à la lumière de la multiplicité et du machinisme.

Fort de cette critique sur cette orientation de la recherche en sciences humaines et sociales, il convient de faire se rencontrer les disciplines qui s’engagent dans cette thématique afin de comprendre l’émergence et le déploiement de cet usage. Ce colloque propose de se poser sur cette praxis contemporaine de l’expressivité des affects.

Nous prendrons, ici, quelques exemples issus de domaines divers afin d’illustrer la problématique portée par ces journées. En cela, ils ne représentent en rien une orientation disciplinaire. La rencontre entre ces différentes orientations sera la seule porteuse de sens.

En littérature française, il y a tout un parcours d’émotions : morales, qui passent par rétention pour arriver à l’effusion – de la Madame de Lafayette à Pierre Guyotat – ; politiques et sociales, qui oscillent entre les engagements profonds et souvent excessifs et l’acédie de la « littérature impassible » des éditions de Minuit dans les années 1980 ; affects de pouvoir et de savoir chez Balzac, Flaubert, mais aussi chez Michel Houellebecq. Mais lier affect et auteur n’est pas obligatoire, ainsi peut-on proposer d’autres articulations dont le critère soit les affects.

Les médias, les réseaux sociaux et les sites de rencontres abondent du vécu intime de la/les subjectivités. Sur ces dispositifs, il convient de se dire au plus près de soi, d’être le plus authentique possible sous peine de ne pas être « suivi », de ne pas établir de lien (Lemeilleur, 2016). Le vocabulaire des affects est une mine intarissable pour servir cette nouvelle pratique de la rencontre amoureuse en ligne. Mais, il en est de même dans la vie hors ligne, où les décisions de la vie privée sont souvent le mobile d’un régime émotionnel (Illouz, 2012). Avec le développement de la téléréalité avec notamment les différentes versions du concept de « Loft-story » – filmer en 24/24 des personnes vivant dans une même maison –, après la célèbre émission « L’amour est dans le pré » – des agriculteurs célibataires sont présentés aux français et ces derniers sont appelés à leur écrire afin de les rencontrer et d’avoir espoir de faire couple ensemble, la présentatrice, Karine Lemarchand se lance dans une nouvelle forme de programme politique « Ambition politique » afin de présenter les futurs candidats à l’élection présidentielle. Sortis des décors de la vie publique, les femmes et hommes politiques se retrouvent dans un salon cosy pour parler d’eux, de leur parcours de femmes et d’hommes dans l’intérieur d’une maison. Le vœu de la chaîne est donc de chercher « l’humain » derrière la/le politique… La récente campagne des élections américaines a bien montré que l’on montrait avant tout des personnes avant de parler des projets politiques pour un peuple ou un pays.

Enfin, il y a une dimension pédagogique des affects. Michel Foucault définit parrhêsia comme suit : « l’ouverture de cœur, […] la nécessité pour les deux partenaires de ne rien cacher l’un à l’autre de ce qu’ils pensent et de se parler franchement. » (Foucault, 2001 [1981-1982], p. 132). Le maître faisait parrhêsia et l’élève l’écoutait dans un silence fécond. Sauf qu’aujourd’hui, pas de maître, pas d’élève, mais un sujet qui doit être maitre de lui-même. Cet usage du vocabulaire des affects se développe-t-il car nous sommes passés d’une société sociocentrique à une société psychocentrique ? Ou même car nous aurions glissés d’une société réflexive façonnée par l’exercice de la biopolitique à une société expressive sollicitant le vocabulaire des affects à tout va ?

Ainsi, l’ambition de ces journées serait de découvrir dans tous les domaines que cela concernent, les arts, la littérature, la philosophie, les sciences politiques, les sciences sociales, la psychanalyse, l’histoire, la linguistique, la sémiologie comment et pourquoi se déploie dans tout notre quotidien le vocabulaire des affects. Quelles en sont les bonnes raisons (Boudon, 2003) ?

Modalités de soumission

Nous encourageons des soumissions de chercheur.e.s issu.e.s de l’ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales. Les résumés des communications, en français (300 mots max.), ainsi qu’un court CV (10 lignes maximum),

doivent nous parvenir au plus tard le 1er mai 2017.

Les notifications d’acception seront communiquées. Les langues de travail de la conférence seront le français et l’anglais.

Envoyez vos propositions aux quatre membres du comité d’organisation.

Comité d’organisation

  • Alexandru Matei : Enseignant - Chercheur en Littérature française et comparée, Université Ovidius de Constanţa, Roumanie, amatei25@yahoo.com
  • Sandra Lemeilleur, Chargée de cours Université Bordeaux-Montaigne, Docteure en Sciences de l’Information et de la Communication, Laboratoire MICA (EA4426), Université Bordeaux-Montaigne, France, sandralemeilleur@yahoo.fr
  • Yavor Petkov, Enseignant - Chercheur à l’Université St. Clément d’Ohrid, Faculté des Lettres, Sofia, Bulgarie, yavor.p.petkov@gmail.com
  • Vesna Elez, Maître-assistant au Département du Français, Faculté de Philologie, Université de Belgrade, Serbie. vesna.elez@fil.bg.ac.rs

Date et lieu de la manifestation

26-28 octobre 2017

Université Ovidius Constanţa Faculté des Lettres, Aleea Universităţii nr. 1, Constanţa, Roumanie

Comité scientifique

  • Jacques Brunet-Georget, Docteur en Philosophie et Professeur Agrégé en Lettres classiques en hypokhâgne et khâgne, lycée Louis Barthou, Pau, France.
  • Alexandre Gefen, Chargé de recherche, CNRS-Université Paris 4 -Sorbonne, France.
  • François Godicheau, Professeur des Universités en Histoire contemporaine, Département Histoire, Université Jean-Jaurès, Toulouse, France.
  • Jacques Ibanez Bueno, Professeur des Universités, Université Savoie Mont Blanc, Département Communication et Hypermédia, Annecy le Vieux, France.
  • Sandro Landi, Professeur des Universités, Classe Exceptionnelle en Histoire, Directeur de l’Ecole Doctorale Bordeaux-Montaigne, Université Bordeaux-Montaigne, Bordeaux, France.
  • François Laplantine, Professeur des Universités Émérite, Département d’Anthropologie, Université Lyon 2, Lyon, France.
  • Fabien Liénard, Maître de Conférences des Universités – Habilité à Diriger des Recherches, Université du Havre, Département Information-Communication, Le Havre, France.
  • Patrice Maniglier, Maître de conférences, Université Paris-Ouest, Département de philosophie, Nanterre, France.
  • Alain Mons, Professeur des Universités, Département Sciences de l’information et de la communication, Université Bordeaux-Montaigne, Bordeaux, France.
  • Cristina Tamas, Maître de conférences, Université Ovidius, Faculté des Lettres, Constanta, Roumanie.
  • Monica Vlad, Maître de conférences HDR, Université Ovidius, Université Ovidius, Faculté des Lettres, Constanta, Roumanie.
  • Rennie Yotova, Professeur des Universités, Université Saint-Clément d’Ohrid, Faculté des Lettres, Sofia, Bulgarie.
  • Milica Vinaver-Kovic, Maître de conférences, Université de Belgrade, Faculté de Philologie, Département du Français, Serbie. 

Bibliographie indicative

Augustin, S. (426). La cité de Dieu.

Austin, J. (1991 [1962]). Quand dire c'est faire. Paris: Seuil.

Barthes, R. (1977). Fragments d'un discours amoureux. Paris: Seuil.

Bataille, G. (1957). L'érotisme. Paris: Editions de Minuit.

Boudon, R. (2003). Raisons, bonnes raisons. Paris: P.U.F.

Deleuze, G., & Guattari, F. (1972). L'anti-Oedipe. Capitalisme et schizophrénie 1. Paris: Editions de Minuit.

Deleuze, G., & Parnet, C. (1977). Dialogues. Paris: Flammarion.

Foessel, M. (2008). La privatisation de l'intime. Paris: Seuil.

Foucault, M. (1983 [1954-1988]). L'écriture de soi. Dans M. Foucault, Dits et Ecrits (Vol. 2). Paris: Gallimard.

Foucault, M. (1994 [1976]). Histoire de la sexualité 1. La volonté de savoir. Paris: Gallimard.

Foucault, M. (1994 [1976]). Histoire de la sexualité 1. La volonté de savoir. Paris: Gallimard.

Foucault, M. (2001 [1981-1982]). L'herméneutique du sujet. Cours du collège de France. 1981-1982. Paris: Seuil/Gallimard.

Foucault, M. (2001 [1984]). L’éthique du souci de soi comme pratique de la liberté. Dans M. Foucault, Dits et Écrits II (pp. 1527-1548). Gallimard « Quarto ».

Foucault, M. (2014 [1980-1981]). Subjectivité et Vérité. Cours au Collège de France. 1980-1981. Paris: Gallimard/Seuil.

Giddens, A. (2004 [1992]). La transformation de l'intimité. Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes. Paris: Hachette.

Illouz, E. (2012). Pourquoi l'amour fait mal. L'expérience amoureuse dans la modernité. (F. Joly, Trad.) Paris: Seuil.

Jeudy, H.-P. (2007). L’absence d'intimité. Belval: Circe.

Jullien, F. (2013). De l'intime. Loin du bruyant amour. Paris: Grasset.

Kaufmann, J.-C. (2010). Sex@mour. Les nouvelles clés des rencontres amoureuses. Paris: Armand Colin.

Lapoujade, D. (2014). Deleuze, les mouvements aberrants . Paris : Editions de Minuit.

Lardellier, P. (2005). Rencontres sur Internet : l'amour en révolution [en ligne]. (S. Humaines, Éd.) Sciences Humaines : France 2005 Portrait d'une société, Septembre/Octobre(50). Consulté le 04 février 2016, sur http://www.scienceshumaines.com/rencontres-sur-internet-l-amour-en-revolution_fr_14037.html

Lardellier, P. (2012). Les réseaux du coeur. Sexe, amour et séduction sur Internet. Paris: François Bourin Editeur.

Lardellier, P. (2013). "L'hyper-ception" Des sens, du corps et des rapports amoureux à l'ère d'Internet. Dans A. Mons, La transition du perçu à l'ère des communications (pp. 73-88). Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux.

Latour, B. (2012). Enquête sur les modes d’existence. Une anthropologie des Modernes. Paris: La découverte.

Leleu, P. (2000). Sexualité et Internet. Paris: L'Harmattan .

Lemeilleur, S. (2016). L'expressivité de l'intime sur les dispositifs du web. Processus de la subjectivité et machinations contemporaines. Bordeaux: Thèse de Doctorat des Sciences de l'Information et de la Communication. Laboratoire MICA. Université Bordeaux-Montaigne.

Lordon, F. (2013). La société des affects. Pour un structuralisme des passions. Paris: Seuil.

Maniglier, P. (2006). La vie énigmatique des signes. Paris: Léo Scheer.

Minghini, G. (2009). Fake. Paris: Allia.

Mons, A. (2013). Les lieux du sensible. Paris: CNRS Editions.

Tisseron, S. (2001). L'intimité surexposée. Paris: Ramsay.

Vingtième Siècle. Revue d'histoire. (2014). Histoire des sensibilités au 20e siècle, 2014/3(123). Paris: Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.).

Lieux

  • Faculté des Lettres - Aleea Universităţii nr. 1
    Constanţa, Roumanie

Dates

  • lundi 01 mai 2017

Mots-clés

  • vocabulaire, affect, littérature, média, réseau social

Contacts

  • Sandra Lemeilleur
    courriel : sandralemeilleur [at] yahoo [dot] fr
  • Alexandru Matei
    courriel : amatei25 [at] yahoo [dot] com

Source de l'information

  • Sandra Lemeilleur
    courriel : sandralemeilleur [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Vocabulaire des affects : une nouvelle politique du discours littéraire et médiatique », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 13 janvier 2017, https://calenda.org/390124

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