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Les spatialités des mémoires

The spatiality of memory - Géographie and cultures journal

Revue « Géographie et cultures »

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Publié le mercredi 31 mai 2017 par Céline Guilleux

Résumé

Le champ mémoriel occupe de nouvelles fonctions sociales. Si la mémoire, abordée dans ses dimensions individuelles et collectives, exprime d’emblée un rapport au passé, elle articule et produit conjointement des interactions entre soi et les autres, entre temps et espace. La mémoire d’un passé, réactivé et investi dans des enjeux actuels, n’est pas sans lien avec les stratégies d’acteurs diversifiés.

Annonce

Direction scientifique

La direction scientifique du numéro est assurée par Dominique Chevalier et Anne Herzog.

Argumentaire

Le champ mémoriel occupe de nouvelles fonctions sociales. Si la mémoire, abordée dans ses dimensions individuelles et collectives, exprime d’emblée un rapport au passé, elle articule et produit conjointement de nombreuses interactions, entre soi et les autres, entre temps et espace. La mémoire d’un passé, réactivée, remodelée, niée ou instrumentalisée dans des enjeux actuels, n’est pas sans lien avec des stratégies multiples d’acteurs diversifiés.

Les trente dernières années ont été fructueuses en études portant sur la question des mémoires (Klein 2000, Radstone 2000, Zelizer 1995). En histoire (Nora 1984-1992, Assmann 1995) tout comme en anthropologie (Berliner 2005, Candau 1998, Climo et Cattell 2002, Olick et Robbins 1998), le Memory boom s’est imposé avec force dans le monde académique des sciences humaines et sociales (Nicolas 2014,  Lavabre 2000).

En histoire, la considération pour la mémoire comme objet d’étude s’est opérée dans le cadre d’un renouvellement épistémologique qui a remanié la notion de « mémoire collective » étudiée bien auparavant par le sociologue Maurice Halbwachs (Halbwachs, 1925 et 1950). Les historiens ont ainsi questionné plus précisément les mémoires, le « devoir de mémoire » (Lalieu, 2001 ; Ledoux, 2009) et les pratiques mémorielles telles que la commémoration (Garcia, 2000, Garcia, Lévy et Mattéi, 1991, François et Serrier, 2012).

La géographie, et tout particulièrement la géographie culturelle, se sont logiquement quoique plus tardivement, emparées de ces questions mémorielles, au point que désormais le phénomène mémoriel fait l’objet de réflexions géographiques de plus en plus nombreuses, comme en témoignent l’usage (désormais spatial) de la notion de « lieux de mémoire », l’étude de la territorialisation des politiques mémorielles ou encore l’analyse de la visibilité inégale des mémoires sociales dans l’espace (Chevalier, 2011, 2015, 2016, Hertzog, 2013, 2016, Lazarotti, 2012 ; Tratjnek, 2009, 2011, Veschambre, 2008). Les politiques publiques liées au souvenir ou à la commémoration sont également interrogées, sans oublier les pratiques spatiales mémorielles plus ordinaires, comme le montrent les travaux d’Emmanuelle Petit sur la montagne (Petit, 2016). Par ailleurs, la mémoire des mobilités, pensée à la fois comme (im)matérielle et comme « entre-deux mémoriels » permet d’appréhender l’investissement culturel des migrant.es pour de nouveaux espaces de vie et la manière dont les mobilités et les migrations transforment les relations de la mémoire à l’espace. En situation d’exil ou de diaspora, la mémoire de la terre quittée, des lieux traversés ou parcourus, des espaces d’accueil ne participent-ils pas de la construction d’un nouveau rapport au monde, tout en contribuant à façonner des identités complexes, comme l’ont montré Michel Bruneau dans ses travaux sur les diasporas (Bruneau, 2006) ou plus récemment, Pierre Sintes  (2017) au sujet des nouvelles mobilisations du passé en lien avec les mutations géopolitiques des Balkans. 

Ce numéro de Géographie et cultures propose de poursuivre les voies ouvertes par ces différents chercheurs, et d’examiner comment la géographie contemporaine se situe dans le champ des Memory Studies, aujourd’hui très investies par d’autres disciplines comme la sociologie ou l’anthropologie.

Dans un monde marqué par les recompositions politiques, sociales et économiques liées à la mondialisation, l’approche géographique des phénomènes mémoriels permet d’aborder les diverses (re)constructions identitaires qui leur sont liées, de saisir leurs dynamiques et de les situer à différentes échelles. En outre, le contexte postcolonial et la généralisation de revendications mémorielles liées à l’affirmation d’identités multiples et aux registres des « droits » et « justice », conduisent à la remise en question des « cadres spatiaux » traditionnels de la mémoire.

Les textes proposés pourront être de nature théorique, épistémologique ou empirique et suivre plusieurs pistes de questionnements : comment pratiques et politiques mémorielles façonnent-elles les espaces (lesquels sont parfois produits précisément pour « faire mémoire ») ?  Comment l’espace se trouve-t-il mobilisé dans les pratiques mémorielles, à la fois comme ressource symbolique et support matériel, enjeu et dispositif, et en quoi ces pratiques jouent-elles précisément un rôle important dans la production des espaces publics – urbains et non urbains. Par ailleurs, on pourra s’interroger sur les transformations permanentes ou éphémères d’habiter les lieux, produites par la réminiscence et la résurgence de mémoires diverses.  Recomposent-elles les paysages, génèrent-elles des conflits entre acteurs, s’articulent-elles à des pratiques d’aménagement et de développement des territoires ? Comment les espaces mémoriels permettent-ils de saisir les inégalités et rapports de domination entre différents groupes d’acteurs et peuvent-ils contribuer à atténuer/reproduire ces inégalités ? Enfin, le rôle de la mémoire (et son instrumentalisation parfois) dans les constructions d’imaginaires spatiaux, dans les expressions identitaires, dans le rapport à soi et à l’Autre, à différents niveaux d’échelles constituera également un axe de réflexion intéressant pour ce numéro thématique.

Modalités de soumission et d’évaluation

Les textes (entre 35 000 et 50 000 signes) sont à soumettre à la rédaction de la revue Géographie et cultures (gc@openedition.org) 

au plus tard le 2 novembre 2017 

pour une publication en 2018.

Les instructions aux auteur.e.s sont disponibles en ligne : http://gc.revues.org/605

Les articles seront évalués en double aveugle.

Dates

  • jeudi 02 novembre 2017

Mots-clés

  • mémoire, champ mémoriel, lieux de mémoires, souvenir, commémoration, pratique spatiale, construction identitaire

Contacts

  • Emmanuelle Dedenon
    courriel : emmanuelle [dot] dedenon [at] paris-sorbonne [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Emmanuelle Dedenon
    courriel : emmanuelle [dot] dedenon [at] paris-sorbonne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les spatialités des mémoires », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 31 mai 2017, http://calenda.org/406197