AccueilL'enseignement agricole français, un monde en recomposition

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Publié le mercredi 14 juin 2017 par João Fernandes

Résumé

Le monde de l’enseignement agricole français a longtemps été marqué par une relative invisibilité sociale. Parent pauvre de la recherche académique et des études rurales, il connait une histoire caractérisée par l’évolution des relations entre les modèles éducatifs, sociaux et professionnels, et par les transformations des politiques publiques. Cette journée d’étude a pour objectif de rassembler les chercheurs·ses, les enseignant·e·s et les praticiens·nes pour une mutualisation des savoirs et une confrontation des enjeux théoriques et sociaux autour des transformations qui traversent l’enseignement agricole. L’enjeu principal consiste à partager les expériences méthodologiques, les résultats de travaux de recherche et les projets afin de tisser des liens et de créer un réseau de ressources.

Annonce

Argumentaire

Le monde de l’enseignement agricole français a longtemps été marqué par une relative invisibilité sociale. Parent pauvre de la recherche académique et des études rurales, il connait une histoire caractérisée par l’évolution des relations entre les modèles éducatifs, sociaux et professionnels, et par les transformations des politiques publiques. Le contexte contemporain est marqué par des mutations et des recompositions qui constituent le reflet des incertitudes affectant les mondes ruraux et agricoles. Depuis une dizaine d’années, des problématiques émergent dans les travaux de recherche des sciences humaines et sociales. Nés de dynamiques scientifiques qui leur sont propres, ces objets de recherche sont amenés à questionner les nouvelles dynamiques et l’ensemble des innovations à l’oeuvre dans l’enseignement agricole, à partir d’un triple point de vue : des modalités de transformation des formes de socialisation professionnelle des groupes sociaux (apprenant-e-s, enseignant-e-s, etc.), leurs caractéristiques structurelles et démographiques, des effets des transformations des formes de régulation (politiques, sociales, etc.) et des nouveaux enjeux pédagogiques et des stratégies d’appropriation. Cette journée d’étude a pour objectif de rassembler les chercheurs-ses, les enseignant-e-s et les praticiens-nes pour une mutualisation des savoirs et une confrontation des enjeux théoriques et sociaux autour des transformations qui traversent l’enseignement agricole. L’enjeu principal consiste à partager les expériences méthodologiques, les résultats de travaux de recherche et les projets afin de tisser des liens et de créer un réseau de ressources.

Pour tout renseignement : ensagri2017@gmail.com

Programme

8h30. Accueil des participants.

9h00-9h15. Introduction par les organisateurs : Joachim BENET (GRESCO, Université de Poitiers) et Sabrina DAHACHE (ACIDG et LISST-Dynamiques rurales, Université de Toulouse Jean Jaurès).

9h15-10h45. Session 1. Le monde de l’enseignement agricole : dominations, inégalités et subversions.

Discutant : Gilles MOREAU (GRESCO, Université de Poitiers)

  • 9h15-10h. L’enseignement agricole : objet politique et fonctions de domination, François CARDI (Université d’Evry).

Dans son histoire comme dans ses fonctions sociales, l’enseignement agricole s’inscrit dans la transformation des rapports entre agriculture et industrie, entre l’urbain et le monde rural et dans les enjeux de la domination de la nature. A la diversité de ses fondations répondent des formes pédagogiques originales. Les plus anciennes, généralement privées, sont liées aux demandes locales et saisonnières (écoles ménagères, enseignement itinérant, cours de vulgarisation, Maisons familiales). Les plus récentes, mises en place dans les années 1960 par l’État gaulliste comme instrument de sa politique de « modernisation » agricole, forment système avec l’Éducation nationale. Jusque dans les années 1990 (où s’arrête cette contribution), les étapes du développement et les formes de l’enseignement agricole correspondent à des mutations sociales, techniques et politiques affectant à la fois l’agriculture et la société tout entière. Ces formes scolaires, où ne cessent de se mêler des rapports de domination différenciés selon le public et le privé, ont des incidences concrètes sur la destinée (selon l’origine sociale et le sexe) des élèves qui le fréquentent, dans un processus de reproduction et de renouvellement de catégories sociales et professionnelles dans et hors de l’agriculture.

  • 10h-10h45. Le monde de l’enseignement agricole face à la féminisation et à la mixité sociale, Sabrina DAHACHE (ACIDG et LISST-Dynamiques rurales, Université de Toulouse Jean Jaurès).

Le monde de l’enseignement agricole s’est historiquement constitué en référence au modèle de la complémentarité inégalitaire des femmes et des hommes dans les professions agricoles et rurales. Ce modèle de la division sexuée des rôles a contribué en amont à la fabrication des processus de ségrégation et à la production des inégalités dans les dispositifs de formation de l’enseignement agricole. Depuis une vingtaine d’années, la diversification des offres de formation et d’emploi sous l’effet de l’évolution des politiques publiques, le décloisonnement sexué et social des professions rurales et agricoles, ainsi que la mise en oeuvre des politiques de l’égalité dans le système de l’enseignement agricole et le monde professionnel agricole et rural ont fourni l’ensemble des ingrédients favorisant la mixité sociale et la féminisation globale des formations professionnelles. Au regard des résultats de mes recherches, ces processus oscillent entre permanences et dynamiques de changement. Ils configurent une transformation des régimes de genre et de classe d’origine en processus aussi bien du côté des institutions de l’enseignement agricole que du côté des entreprises formatrices et des recompositions qui s’y opèrent. Ainsi, les parcours de formation ordinaires cohabitent avec un mouvement de renouveau des aspirations scolaires, des logiques de socialisation professionnelle et des projets d’avenir des filles et des garçons issus de familles non agricoles, de lignées agricoles et de parents récemment arrivés dans la profession agricole.

10h45-11h : Pause.

11h-12h30. Session 2. La formation en alternance sous le prisme des rapports sociaux de classe et de genre.

Discutante : Séverine DEPOILLY (GRESCO, Université de Poitiers)

  • 11h-11h45. Différentes formes d'alternance dans l'enseignement agricole, Laure MINASSIAN (CEREQ-CAEN, Laboratoire Education-Scolarisation, Université de Paris 8).

La communication porte sur les pratiques pédagogiques de deux classes de deux établissements d’alternance de l’enseignement agricole : une Maison Familiale et un lycée appartenant à l’institution des Frères de Ploërmel. Les différences entre ces écoles sont d’abord organisationnelles : le temps scolaire et de stage ne sont pas les mêmes. Elles se cumulent avec les types de dispositifs, plus spécifiquement les documents pédagogiques, auxquels sont confrontés les élèves dans le cadre d’un cours professionnel sur la gestion d’une exploitation agricole. Pour montrer ces différences, le cadre théorique emprunte aux New Literacy Studies (Barton, Hamilton, 1998 ; 2010) et permet de dégager quelques relations entre littératies et constructions des inégalités scolaires. Les concepts de littératie du travail et littératie scolaire sont mobilisés pour comprendre comment, dans l’enseignement agricole, ces univers sont reconfigurés dans les documents étudiés.

  • 11h45-12h30. Les moniteurs et les monitrices de maison familiale rurale d'éducation et d'orientation : modes d'accès au métier et interprétations des fonctions, Joachim BENET (GRESCO, Université de Poitiers).

Cette communication porte sur une catégorie de personnel de l'enseignement agricole, les moniteurs et les monitrices exerçant dans les maisons familiales rurales d'éducation et d'orientation, sur le mode d'accès à ce groupe professionnel et la manière dont ils et elles interprètent leurs fonctions sur une période comprise entre 1970 et 2015. Après avoir souligné le manque d'intérêt des sociologues pour les personnels de l'enseignement agricole, il s'agira d'analyser les principales transformations morphologiques, sociales et sexuées, de ce groupe et de décrire la manière dont ses normes professionnelles se sont redéfinies au cours du temps. Historiquement ancré dans le milieu agricole, le groupe professionnel perd peu à peu son identité agricole en raison de l'évolution de l'offre de formation et des publics. Nous mettrons ainsi en évidence, à travers l'étude des parcours biographiques des agents, un processus de reconfiguration des normes professionnelles des moniteurs et des monitrices des MFREO sous l'effet de la perte progressive de l’influence du milieu agricole sur les maisons familiales rurales, de la seconde vague massification scolaire entraînant un repositionnement de l'institution dans le système scolaire et des changements du point de vue des propriétés sociales des publics, de l'évolution du groupe social des agriculteurs et de la féminisation de l'enseignement agricole. Les agents des MFREO rejettent désormais un ensemble de pratiques professionnelles initialement valorisées par ceux issus du milieu agricole. De plus, malgré la forte hétérogénéité de ce groupe professionnel, marqué par des segmentations liées aux parcours scolaires et professionnels antérieurs des agents et par des clivages internes du point de vue générationnel et de genre, nous montrerons l'existence de valeurs partagées et de points communs entre ces personnels qui se donnent à voir dans leurs critiques adressées à l’enseignement général.

12h30-14h. Repas.

14h-15h30. Session 3. « Produire autrement » : enjeux pédagogiques et stratégies d’appropriation.

Discutante : Fanny RENARD (GRESCO, Université de Poitiers).

  • 14h-14h45. Entre enseignement agricole et milieu professionnel : la transmission professionnelle questionnée par la transition agro-écologique, Marie DAVID (Unité propre de recherche « développement professionnel et formation », Agrosup Dijon, Université de Bourgogne Franche Comté).

Orientée dans un modèle productiviste depuis les années d’après-guerre, la profession agricole est confrontée aujourd’hui aux exigences de la politique agricole à « produire autrement » : il est attendu des systèmes de production qu’ils répondent à une performance à la fois économique, sociale et environnementale. Les changements nécessités par cette orientation sont importants au regard des pratiques professionnelles actuelles et l’institution scolaire agricole est alors sollicitée comme acteur majeur pour favoriser cette transition vers l’agro-écologie : « enseigner à produire autrement » s’affichent comme maîtres mots prescriptifs adressés à l’institution scolaire devant permettre la mutation attendue. Dans un métier à forte hérédité sociale, au sein duquel les logiques patrimoniales structurent et organisent les modalités de reproduction professionnelle tant à travers la transmission des biens matériels qu’immatériels dont le savoir et les pratiques qui y sont liées, des places professionnelles, comment la génération de professionnels en puissance, actuellement en formation, se positionne-t-elle dans ces espaces de socialisation plurielles –exploitation familiale, exploitation de stage/apprentissage, lycée agricole et son exploitation agricole- porteurs de pratiques elles aussi plurielles voire contradictoires ? Peut-elle être porteuse de cette transition agro-écologique ? Nous nous appuyons sur une recherche portant sur les apprentissages professionnels et plus spécifiquement sur l’apprentissage du moins d’intrant en matière de traitement phytosanitaire d’élèves et apprentis préparant le Bac Professionnelle CGEA SDC (Conduite et Gestion de l’Exploitation Agricole – Conduite de Systèmes à Dominante Cultures) en région Bourgogne – Franche-Comté. A partir des données d’enquête issues du suivi de jeunes sur deux années, nous voudrions montrer que la compréhension de l’appropriation des savoirs enseignés au sein du système d’enseignement agricole passe également par la compréhension du positionnement des élèves/apprentis suivant qu’ils sont, aux prises avec les logiques patrimoniales à l’oeuvre au sein des exploitations familiales pour les enfants d’agriculteurs mais aussi sur certaines exploitations de maîtres d’apprentissage pour des apprentis « hors cadre familial » ou alors, sans lien préalable avec le monde professionnel agricole.

  • 14h45-15h30. Jeunes de l'enseignement agricole : diversité jusqu'à la polémique, Philippe SAHUC (LISST-Dynamiques rurales, ENSFEA).

Après des années d'approche ethnographique par partage de moments de vie en lycée agricole (à partir des années 2002-2003) puis par accompagnement de fonctions spécifiques (accompagnement des délégué.e.s régionaux et nationaux à partir des années 2010-2011) qui ont permis de reconnaître des formes de différence et des formes d'interaction entre jeunes, les années les plus récentes ont permis de faire jouer l'interaction, notamment sur le sujet sensible du rapport aux modes de produire en agriculture à l'heure du plan ministériel "apprendre à produire autrement". Cela a pris la forme d'ateliers polémiques, renseignant sur les potentialités des jeunes non seulement à exprimer leurs différences mais encore à se mettre en posture d'évoluer.

15h30-15h45. Pause.

15h45-17h15. Session 4. Les dessous de l’approche de l’égalité des chances dans l’enseignement agricole.

Discutante : Marlaine CACOUAULT (GRESCO, Université de Poitiers).

  • 15h45-16h30. Animation du réseau national insertion égalité de l’enseignement technique agricole, Anne GIRAUDEL (CFPPA Melle).

Cette communication porte sur le travail effectué pendant 16 ans par le réseau national insertion-égalité de l’enseignement technique agricole. Ce réseau a travaillé la thématique de l’égalité des chances entre les filles et les garçons grâce à la mise en oeuvre de projet nationaux et/ou européens. 284 sites ou établissements français publics et privés ont participé à l’un ou plusieurs de ces projets.

Cette thématique, comme l’a préconisé l’Europe, et l’ont affirmé la convention et la feuille de route interministérielles, a été traitée soit de façon spécifique, soit de façon intégrée (gender mainstreaming), et ceci au travers de trois grands sujets principaux : la déconstruction des stéréotypes, l’ambiance et la qualité des relations dans les établissements ainsi que l’orientation et l’accompagnement du projet personnel et professionnel de l’élève et/ou de l’apprenti-e. C’est ainsi que depuis 2002, grâce à un travail collectif et individuel le réseau s’est appliqué à proposer des actions qui ont permis de collecter des données sur les représentations qu’ont les différents publics et d’aider les équipes éducatives à créer des temps et des espaces de débats sur les différents thèmes traités. Ces actions ont permis la professionnalisation des acteurs à tous les niveaux d’intervention et la mise à disposition de l’ensemble de la communauté éducative de méthodes développées dans ces expérimentations, d’outils produits, ainsi que l’analyse des différents résultats. Lors de cette présentation, il s’agira donc de présenter la richesse du travail en réseau, les différents projets menés, les outils pédagogiques construits, les travaux d’élèves … et d’analyser les difficultés rencontrées et les leviers utilisés.

  • 16h30-17h15. La politique de l’égalité dans l’enseignement agricole à l’épreuve de l’incertain, Sabrina DAHACHE (ACIDG et LISST-Dynamiques rurales, Université de Toulouse Jean Jaurès).

Le monde de l’enseignement agricole s’est engagé depuis quelques années dans une politique en matière d’égalité entre les filles et les garçons. Inscrites au coeur des enjeux stratégiques, démographiques et politiques, les actions spécifiques ciblées sur les filles cohabitent avec l’approche intégrée de l’égalité. Tous ces éléments réunis théoriquement entrent dans des dispositifs gestionnaires qui se caractérisent par une double dynamique top-down et bottom-up. Cette communication présentera tout d’abord les enjeux de cette double dynamique et les innovations susceptibles d’infléchir la structure pérenne organisant les inégalités sociales et sexuées. Elle abordera ensuite les effets tangibles de la politique de l’égalité sur les expériences des filles et des garçons, tout en mettant en exergue leurs perceptions, ressentis, vécus et engagements.

17h15-17h30 : Conclusion de la journée d’étude par les organisateurs.

Lieux

  • Université de Poitiers GRESCO, LISST-Dynamiques rurales, ACIDG
    Poitiers, France (86)

Dates

  • vendredi 24 novembre 2017

Mots-clés

  • enseignement agricole, éducation, formation professionnelle, genre, agriculture, pédagogie de l'alternance

Source de l'information

  • Joachim Benet
    courriel : joachim [dot] benet [at] live [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'enseignement agricole français, un monde en recomposition », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 14 juin 2017, http://calenda.org/408577