AccueilEnquêter sur la bienfaisance. Approches comparatives des pratiques du bien

Enquêter sur la bienfaisance. Approches comparatives des pratiques du bien

Investigating benevolence. Comparative approaches to kindness

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Publié le lundi 24 juillet 2017 par Elsa Zotian

Résumé

Depuis plus de trente ans, la bienfaisance connaît un regain à l'échelle mondiale et apparaît comme une éthique et un registre d'action investis par un nombre croissant d'acteurs revendiquant oeuvrer pour le « bien » des « pauvres », des « faibles », des « indigents », des « dépendants » ou encore des « populations des pays en développement ». D'une part, dans un contexte mondial de redéfinition des modalités de protection sociale, ceux qui se présentent comme des bienfaiteurs sont de plus en plus nombreux à prendre en charge la question sociale, à produire – voire à mettre en concurrence – différentes définitions des ayant-droits, et ce tant à l'échelle micro-locale qu'internationale. D'autre part, s'inscrivant dans des histoires sociales et religieuses plurielles, les pratiques du bien adoptent des formes organisationnelles diverses (plus ou moins institutionnalisées) et sont investies par de multiples acteurs (des associations humanitaires et de développement aux institutions publiques, en passant par des institutions religieuses, des fondations privées ou encore de simples citoyens). Cette pluralité nous invite à repenser la pertinence des catégories analytiques savantes qui classent les différentes pratiques du bien selon des typologies distinguant par exemple bienfaisance, charité, humanitarisme, aide sociale et philanthropie.

Annonce

La journée d’étude « Enquêter sur la bienfaisance.Approches comparatives des pratiques du bien » se tiendra les 11et 12 décembre 2017 à l'EHESS Paris/ IREMAM Aix-en-Provence

Argumentaire

Depuis plus de trente ans, la bienfaisance connaît un regain à l’échelle mondiale et apparaît comme une éthique et un registre d’action investis par un nombre croissant d’acteurs revendiquant œuvrer pour le « bien » des « pauvres », des « faibles », des « indigents », des « dépendants » ou encore des « populations des pays en développement ». D’une part, dans un contexte mondial de redéfinition des modalités de protection sociale, ceux qui se présentent comme des bienfaiteurs sont de plus en plus nombreux à prendre en charge la question sociale, à produire – voire à mettre en concurrence – différentes définitions des ayant-droits, et ce tant à l’échelle micro-locale qu’internationale. D’autre part, s’inscrivant dans des histoires sociales et religieuses plurielles, les pratiques du bien adoptent des formes organisationnelles diverses (plus ou moins institutionnalisées) et sont investies par de multiples acteurs (des associations humanitaires et de développement aux institutions publiques, en passant par des institutions religieuses, des fondations privées ou encore de simples citoyens). Cette pluralité nous invite à repenser la pertinence des catégories analytiques savantes qui classent les différentes pratiques du bien selon des typologies distinguant par exemple bienfaisance, charité, humanitarisme, aide sociale et philanthropie. Elle appelle également à interroger la variabilité des registres et pratiques du bien, mais aussi la multiplicité des langues de la bienfaisance et des classifications auxquels elles donnent lieu.

Cette journée d’études entend réunir des chercheurs qui analysent la bienfaisance et les pratiques du bien dans une perspective relationnelle et dans leurs articulations avec la question sociale. En ce sens, sociologiser la bienfaisance implique d’abord de l’appréhender de manière située, en s’intéressant aux pratiques et aux discours des acteurs qui l’investissent, dans leurs articulations avec d’autres registres de légitimation, et en lien avec les régimes de protection et solidarité sociale tels qu’ils se déclinent dans les contextes étudiés. Dans cette perspective, nous proposons de prendre en compte dans l’analyse l’ensemble des acteurs – sans en fixer a priori les rôles – et des répertoires mobilisés. Ensuite, l’enjeu de cette journée d’étude sera d’élaborer collectivement, dans une approche interdisciplinaire et comparative, un état des lieux des travaux qui portent sur la bienfaisance dans différents contextes socio-culturels et politiques, dans « les Suds » comme dans les pays du « Nord ». Les échanges pourront être organisés autour des trois axes suivants :

1. « Faire le bien » au quotidien : les mots et les contours de la bienfaisance 

Dans ce premier axe, il s’agira d’identifier et d’interroger les enjeux autour de la définition de la bienfaisance et de voir comment celle-ci voyage sur les différents terrains enquêtés, à partir des multiples acteurs et dispositifs qui l’incarnent et l’habitent. Charity en anglais, caridad ou beneficiencia en espagnol, ‘amal khayry en arabe classique, kheyrie en persan, … Que veut dire la bienfaisance et comment sont catégorisées les différentes pratiques du bien dans les différents contextes où ces termes sont mobilisés ? Comment la bienfaisance est-elle nommée ? Est-il plus heuristique d’appréhender cette notion comme une catégorie d’acteurs, ou plutôt comme une catégorie d’analyse ? Quelle est la spécificité, s’il y en a une, de la bienfaisance par rapport à d’autres formes de pratiques du bien, telles que la philanthropie, l’évergétisme, l’humanitaire, le care ou encore les politiques publiques d’aide sociale ? Quel intérêt à distinguer ces différentes catégories ?

2. Le milieu de la bienfaisance : acteurs, pratiques et logiques

Dans ce second axe, nous proposons d’étudier le milieu de la bienfaisance au concret, au prisme des échanges entre les multiples acteurs qui l’investissent et des relations de pouvoir qui l’organisent. Dans cette perspective, nous invitons les recherches qui proposent d’articuler une approche ethnographique des échanges et relations qui incarnent la bienfaisance à l’explicitation des contextes sociaux et économiques dans lesquels ils se déroulent. Qui sont les bienfaiteurs, leurs intermédiaires et leurs publics ? Quelles sont les populations ciblées par le « bien » ? Quels sont les lieux et situations d’échanges ? Comment les dispositifs ou institutions du bien se sont-ils transformés au fil du temps ? En s’intéressant aux usages, investissements et appropriations que les acteurs – en particulier les bénéficiaires – en font, il s’agit également de voir comment ces dispositifs sont pris en charge, modelés et contestés en pratique ou encore comment les pratiques du bien s’adossent – ou non – plus largement à des échanges politiques.

3. Inscrire la bienfaisance dans le champ de l’aide sociale

Le troisième axe sera enfin l’occasion de réfléchir sur le temps long à l’inscription des pratiques du bien dans les champs de l’aide sociale propre à chaque contexte. Plus précisément, avec cette perspective historique, il nous semble intéressant d’analyser comment la bienfaisance émerge, s’institutionnalise et évolue dans le temps, en lien avec la formation et les transformations des welfare states. Et dans un temps plus court, comme elle s’articule aux acteurs et dispositifs publics dans un contexte mondial actuel de libéralisation économique et de crise financière et sociale : de la charité religieuse au bénévolat associatif en passant par la philanthropie privée, quelles sont les logiques à l’œuvre ? Comment s’articulent dans les différents terrains la bienfaisance et la question sociale ? Quelle réflexion est portée aujourd’hui par les différents acteurs autour du rôle de l’Etat, de la pauvreté et de la justice sociale ?

Conditions de soumission

Les propositions de communication (500 à 1000 mots, en français ou en anglais) devront être envoyées par mail aux organisatrices (ruiz@mmsh.univ-aix.fr et s.saeidnia@gmail.com)

pour le 20 septembre 2017.

Elles devront spécifier les matériaux mobilisés (archives, entretiens, observations, etc.) ainsi que la démarche d’enquête. Les communications reposant sur un travail empirique solide seront privilégiées. Les travaux comparatifs comme monographiques, attentifs aux temps courts et aux temps longs, seront également les bienvenus. Les réponses seront communiquées début octobre.

Les journées auront lieu les 11 et 12 décembre 2017 à la MMSH d’Aix-en-Provence.

Nous envisageons d’organiser cet atelier sur 3 demi-journées afin de laisser de la place aux échanges et aux discussions. Pour mieux les préparer, il sera attendu des communicant.e.s un long résumé (2/3 pages) de leurs présentations pour le 20 novembre 2017.

Responsables scientifiques et organisatrices

  • Laura Ruiz de Elvira (ERC WAFAW / IREMAM ; ruiz@mmsh.univ-aix.fr)
  • Sahar Aurore Saeidnia (EHESS / IRIS ; s.saeidnia@gmail.com)

Bibliographique indicative

  • ABIYAGHI Marie-Noelle et CATUSSE Myriam, « Non à l’État holding, oui à l’État providence », Revue Tiers Monde, n°5, 2011, p. 67-93.
  • AÏT-AOUDIA Myriam, « La genèse d'une mobilisation partisane : continuités et politisation du militantisme caritatif et religieux au sein du FIS », Politix, n° 102/2, 2013, p. 129-146.
  • ATLANI-DUAULT Laëtitia, Au bonheur des autres : anthropologie de l’aide humanitaire, Paris, A. Colin, 2009.
  • BACIOCCHI Stéphane & al., « Les mondes de la charité se décrivent eux-mêmes. Une étude des répertoires charitables au XIXe et début du XXe siècle », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 61-3, n°3, 2014, p. 28-66.
  • BENTHALL Jonathan et BELLION-JOURDAN Jérôme, The Charitable Crescent : Politics of Aid in the Muslim World, I.B. Tauris., London, 2003.
  • BEN NEFISSA Sarah, « Les ligues régionales et les associations islamiques en Egypte : deux formes de regroupements à vocation sociale et caritative », Revue Tiers Monde, vol. XXXVI, n°141, 1995, p. 163-177.
  • BRODIEZ-DOLINO Axelle, Combattre la pauvreté. Vulnérabilités sociales et sanitaires de 1880 à nos jours, Paris, CNRS Éditions, 2013.
  • CASTEL Robert, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995.
  • CATUSSE Myriam, « La question sociale aux marges des soulèvements arabes : leçons libanaises et marocaines », Critique internationale, n°61, 2014, p. 19-34.
  • CATUSSE Myriam, « Le « social » : une affaire d’Etat dans le Maroc de Mohammed VI », Confluences Méditerranée, n°78, 2011, p. 63-76.
  • CATUSSE Myriam, DESTREMAU Blandine et VERDIER Éric (dir.), L’Etat face aux débordements du social au Maghreb : formation, travail et protection sociale, Paris, Karthala, 2010.
  • CLARK Janine A., Islam, Charity, and Activism: Middle-class Networks and Social Welfare in Egypt, Jordan, and Yemen, Bloomington, Indiana University Press, 2004.
  • DEPECKER Thomas, LHUISSIER Anne et TOPALOV Christian, « Des causes et des œuvres : les lexiques de la bienfaisance à Paris en 1900 », Revue d'histoire de la protection sociale, vol. 8, n°1, 2015, p. 18-44.
  • DUVOUX Nicolas, « La philanthropie contre la pauvreté urbaine. Étude de cas à Boston », Revue française des affaires sociales, n°1-2, 2014, p. 144-168.
  • DUVOUX Nicolas, « Comment l’assistance chasse l’État social », Idées économiques et sociales, n°171, 2013, p. 10-17.
  • ENER Mine, Managing Egypt's Poor and the Politics of Benevolence: 1800-1952, Princeton, Princeton University Press, 2003.
  • FOUCAULT Michel, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France (1978-1979), Paris, Le Seuil-Gallimard, 2004.
  • GOIRAND Camille, « "Philanthropes" en concurrence dans les favelas de Rio », Critique internationale, n°4, 1999/3, p. 155-167
  • KARSHENAS Massoud et MOGHADAM Valentine M. (dir.), Social Policy in the Middle East: Economic, Political, and Gender Dynamics, Palgrave, Houndmills, 2006.
  • KOCHUYT Thierry, « La misère au Liban : une population appauvrie, peu d’État et plusieurs solidarités souterraines », Revue Tiers Monde, vol. 45, n°179, 2004, p. 515-537.
  • LAMBELET Alexandre, La philanthropie, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 2014.
  • LE RENARD Amélie, « Pauvreté et charité en Arabie Saoudite : la famille royale, le secteur privé et l’État providence », Critique internationale, n°41, 2008, p. 137-156.
  • LONGUENESSE Élisabeth, CATUSSE Myriam et DESTREMAU Blandine (dir.), Le travail et la question sociale au Maghreb et au Moyen-Orient, Aix-en-Provence, Edisud, 2005.
  • MARAIS Jean-Luc, Histoire du don en France de 1800 à 1939 : Dons et legs charitables, pieux et philanthropiques. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1999
  • PAUGAM Serge, La société française et ses pauvres : l’expérience du revenu minimum d’insertion, Paris, Presses Universitaires de France, 2002.
  • RUIZ DE ELVIRA Laura, « Les catégories à l’épreuve des ‘associations réelles’ : ni tout à fait ‘laïques’ et développementalistes, ni tout à fait confessionnelles et de bienfaisance. Etude de cas de l’association Terre et hommes Syrie », A contrario, n°18, 2012/2, p79-96.
  • SAEIDNIA Sahar Aurore, « Faire avec » les contraintes : l’expérience du politique des conseillers de quartier de Téhéran », Thèse de doctorat en sociologie, EHESS, Paris, 2016.
  • TOPALOV Christian, « Langage de la réforme et déni du politique. Le débat entre assistance publique et bienfaisance privée, 1889-1903 », Genèses n°23, 1996, pp. 30-52.
  • VANNETZEL Marie, Les Frères musulmans égyptiens. Enquête sur un secret public, Paris, Karthala, 2016.
  • VEYNE Paul, Le pain et le cirque : sociologie historique d’un pluralisme politique, Paris, Editions du Seuil, 1976.
  • VUARIN Robert, Un système africain de protection sociale au temps de la mondialisation ou, « Venez m’aider à tuer mon lion… », Paris, L’Harmattan, 2000.

Lieux

  • Maison méditerranéenne des sciences de l’homme - 5 Rue Château de l'Horloge
    Aix-en-Provence, France (13090)

Dates

  • mercredi 20 septembre 2017

Mots-clés

  • bienfaisance, pratiques du bien, approches comparatives, pratiques et politiques d'aide sociale

Contacts

  • Laura Ruiz de Elvira
    courriel : ruiz [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr
  • Sahar Saeidnia
    courriel : s [dot] saeidnia [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Laura Ruiz de Elvira
    courriel : ruiz [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Enquêter sur la bienfaisance. Approches comparatives des pratiques du bien », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 24 juillet 2017, https://calenda.org/412162

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