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Qu’est-ce qu’un homme chrétien ? Masculinités et engagements

What is a Christian Man?

Europe, du XIXe siècle à nos jours

Commitments and Masculinities in Europe from the Nineteenth Century to the Present

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Publié le mercredi 24 janvier 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Quels sont les liens entre construction des masculinités, pratiques religieuses et engagements politiques dans l’espace européen du XIXe siècle à nos jours ? Une attention à l’engagement religieux des hommes pourrait enrichir notre compréhension de la construction des masculinités d’une part, et du politique d’autre part, en tentant de dégager des logiques transnationales. Ces engagements s’inscrivent tout à la fois dans l’espace public et l’espace privé, en portant une attention à la famille, peu étudiée sous cet angle.

Annonce

Workshop organisé dans le cadre de l’axe 6 « Genre et Europe » du LabEx EHNE

Argumentaire

Quels sont les liens entre construction des masculinités, pratiques religieuses et engagements politiques dans l’espace européen du XIXe siècle à nos jours ?

Une attention à l’engagement religieux des hommes pourrait enrichir notre compréhension de la construction des masculinités d’une part, et du politique d’autre part, en tentant de dégager des logiques transnationales. Ces engagements s’inscrivent tout à la fois dans l’espace public et l’espace privé, en portant une attention à la famille, peu étudiée sous cet angle.

Engagements politiques et croyances religieuses au masculin

Dans l’historiographie française, le schéma narratif dominant trace l’histoire d’un recul progressif du religieux au profit du politique à partir des libéralismes nés de la Révolution française (utilisation en histoire du concept de sociologie de “sécularisation”). Dans cette perspective, les travaux ont insisté sur la “féminisation” de la religion en Europe et l’éloignement des hommes de la pratique religieuse (Fouilloux, 1995).

L’histoire politique dresse, quant à elle, le portrait d’un anticléricalisme porté par les hommes soucieux de défendre leur autonomie de pensée et les valeurs démocratiques face à des religions féminisées et contrôlées par des clercs à la masculinité problématique (Healy, 2001). Ce récit n’a pas réellement questionné, avec plus de nuances, le lien entre religion, masculinité et politisation. “L’homme anticlérical” est quelque part un devenu un lieu commun peu interrogé (Lalouette, 2001).

Du côté de l’histoire des femmes puis du genre, les travaux se sont intéressés aux modalités de politisation des femmes via l’engagement religieux, réponse à leur exclusion de la sphère du suffrage. La question des hommes liant engagement politique et religieux reste peu traitée, à l’exception peut-être de travaux éclairant les tentatives post-révolutionnaires de conciliation entre religion, modernité politique et masculinité (Harrison, 2014).

Étudier ces questions à l’échelle européenne permettrait de sortir de ces analyses en les confrontant à la diversité des régimes politiques et des situations confessionnelles.  Plusieurs chercheurs ont commencé à s’atteler à ce travail, notamment dans les espaces germanique (Healy 2001, Verhoeven 2008), ibérique (Blasco Herranz 2003, Minguez Blasco 2012), ou encore en Europe du Nord (Werner, 2011). Leurs travaux montrent un lien structurel différencié selon les pays d’Europe entre les identités de genre, nationales et confessionnelles. L’approche comparatiste permettra deconfronter les historiographies et de tenter des hypothèses communes.

Pratiques religieuses et définition des masculinités

Considérant comme une évidence la prise de distance des hommes à l’égard de la pratique religieuse, l’historiographie perd souvent de vue que l’on parle principalement du culte dominical. Or, dans les différentes confessions chrétiennes, il ne s’agit que d’une activité religieuse proposée par les Eglises parmi un panel bien plus large. D’autres propositions comme les pèlerinages ou les processions sont, par exemple, mixtes. Des engagements de différents types et natures (électoral, syndical, associatif) peuvent aussi être des lieux de défense et d’adhésion des hommes à des idéaux et des valeurs religieuses. Il existe également des dévotions ou des exercices spirituels qui ont pour cadre l’espace privé masculin. Des travaux pionniers commencent par exemple à documenter la participation des hommes à des dévotions domestiques, comme celle au Sacré-Coeur en Belgique (Van Osselaer, 2013).

Plusieurs travaux ont montré que des femmes inscrivent leur engagement politique dans des gestes à valeur spirituelle (Della Sudda, 2007). Quelles pratiques religieuses définissent les hommes qui demeurent croyants ? Cela conduit à interroger ces dernières dans leurs dimensions spirituelles et dévotionnelles mais également dans leur dimension politique. En effet, les acteurs ne dissocient pas nécessairement religion et politique. Une telle réflexion nous pousse également à tracer le continuum qui peut exister entre engagement politique masculin et engagement politique féminin.

Des travaux ont depuis longtemps l’image d’ouvriers détachés de la religion et aujourd’hui l’approche inter-sectionnelle permet de renouveler les études de genre. Si les classes supérieures valorisent une identité masculine qui passe par une sociabilité particulière, par exemple dans les cercles de charité (Brejon de Lavergnée, 2008) , qu’en est-il dans les autres milieux sociaux ? Que signifie être un homme chrétien quand on est un paysan, un ouvrier, un bourgeois ou un noble ? De même, on peut s’intéresser à ce qui unit les hommes chrétiens au-delà de leurs classes sociales.

Pistes de réflexion

Les participants sont particulièrement invités à réfléchir sur les thèmes suivants, croisant identités masculines, croyances et engagements politiques :

  1. Engagement politique et identité religieuse :Dans plusieurs espaces européens, l’identité nationale revendique une dimension confessionnelle forte. Ainsi, le sujet modèle de l’Empire britannique est anglican tout comme le Prussien est luthérien, à l’inverse du citoyen français teinté d’anti-cléricalisme. La démocratisation conduit-t-elle nécessairement à une masculinité libre-penseuse et contestataire des autorités religieuses ?  Comment les masculinités se construisent-elles dans les pays où le nationalisme passe par une religion d’État et où, plus généralement, l’appartenance religieuse est compatible avec la participation politique ? A l’inverse, en contexte de régime autoritaire ou totalitaire, la religion peut-elle être davantage investie par les hommes et devenir le support d’un refuge voire d’une résistance ?

  1. Le genre de l’athéisme, de l’agnosticisme ou de l’anticléricalisme :Les formes de distance vis-à-vis des Églises sont nombreuses : refus d’adhésion, fidélité sans croyance, ou combat déclaré contre le clergé. Ces différentes attitudes peuvent être relues grâce au concept de genre, pour intégrer ceux et celles qui les manifestent tout autant que les rhétoriques mobilisées. Les travaux sur la libre-pensée n’ont pas réellement interrogé le caractère genré de l’anticléricalisme. La virulence du discours et de la politique anticléricale renouvellent-elles en retour les processus d’identification des hommes ?  

  1. Masculinités laïques et religieuses en guerre : les guerres et conflits militaires ouvrent des temps de crise propices à la reconfiguration des liens entre identités de genre et appartenance politique. En France, la camaraderie des tranchées crée un entre-soi masculin qui dépasse le clivage entre laïcs et clercs, qui avaient jusqu’ici interdiction de prendre les armes. Dans les guerres civiles et les résistances (guerre civile espagnole), les ministres du culte sont-ils des hommes comme les autres ? Plus généralement, est-ce que l’attachement religieux des hommes est compatible avec la définition du guerrier soumis à la loi martiale ? Le discours religieux peut-il devenir un élément de légitimation du combat ?

  1. Maris et pères chrétiens : Comment les hommes chrétiens se pensent-ils comme père et mari au sein de leur foyer et de la société ? Est-ce un élément secondaire ou essentiel du discours qu’ils tiennent sur eux-mêmes ? Comment le foyer est-il politisé par des engagements publics divers comme par exemple les ligues au tournant des XIXe et XXe siècle ? Dans un contexte valorisant de plus en plus l’espace domestique et familial, notamment par rapport à la vie religieuse, assiste-t-on à une nouvelle définition du rôle du père et du mari au sein du foyer ?

  1. Le genre des émotions, croyances et pratiques religieuses : À l’heure où se développent les approches d’histoire des émotions, il serait pertinent de s’interroger sur le lien entre les types de dévotion dominants et les régimes de genre. Par exemple, les dévotions du XIXe siècle insistent sur la dimension affective du lien à Dieu, fondé sur l’amour et sur la piété mariale : quelle a été la réception de ce modèle chez les hommes ? Comment une forme de dévotion considérée comme “féminine” a-t-elle été pu être rejetée ou appropriée, par eux ? Dans quelle mesure le religieux vient-il reconfigurer les normes de la masculinité laïque ?

Calendrier et modalités de soumission

Le workshop se tiendra à Paris, les 11 et 12 juin 2018.

Les communications seront d’une demi-heure et un temps important sera laissé à la discussion.

Les propositions de communication, d’une demi-page et évoquant l’approche, la méthodologie et les sources mobilisées, peuvent s’inscrire dans un ou plusieurs axes. Elles doivent être accompagnée d’une courte biographie de l’auteur. Le comité valorisera les travaux de jeunes chercheurs et les recherches inédites, ainsi que l’exploration de nouvelles archives.

Les propositions et les communications peuvent être en français ou en anglais.

Les propositions de communication doivent être envoyées simultanément à Anthony Favier (anthony.favier@live.com), Anne Jusseaume (genreeurope@gmail.com) et Caroline Muller (caroline.muller@univ-reims.fr),

pour le 1er mars.

Une réponse sera donnée aux participants fin mars.

Comité d’organisation

  • Anthony Favier - Laboratoire de Recherche Historique Rhône Alpes (LARHRA)
  • Anne Jusseaume – LabEx EHNE, UMR Sirice/Centre d’Histoire de Sciences Po (CHSP)
  • Caroline Muller - LARHRA/Centre de Recherche en Histoire Culturelle (CERHIC)

Comité scientifique

  • Matthieu Brejon de Lavergnée (Maître de conférences HDR à Sorbonne Université - Centre d’Histoire du XIXe siècle)
  • Bruno Dumons (Directeur de recherche, CNRS - LARHRA)
  • Julie Le Gac (Maîtresse de conférences à Paris Nanterre, ISP/LabEx EHNE)
  • Manuela Martini (Professeure d’histoire moderne, Université Lyon 2 - LARHRA)
  • Florence Rochefort (Chargée de recherche au CNRS, GSRL - EPHE/CNRS),
  • Régis Schlagdenhauffen (Maître de conférences à l’EHESS - UMR SIRICE/LabEx EHNE)

Références citées

Immaculada BLASCO HERRANZ, Paradojas de la ortodoxia, política de masas y militancia católica femenina en España (1919-1939), Zaragoza, Prensas universitarias, 2003, 433 p.

Matthieu BREJON DE LAVERGNEE, La Société de Saint-Vincent-de-Paul, 1833-1871 : un fleuron du catholicisme social, Paris, le Cerf, 2008, 713 p.

Magali DELLA SUDDA, Une Activité politique féminine conservatrice avant le droit de suffrage en France et en Italie : socio-histoire de la politisation des femmes catholiques au sein de la Ligue patriotique des Françaises (1902-1933) et de l’Unione fra le donne cattoliche d’Italia (1909-1919), thèse d’histoire sous la direction de Laura Lee DOWNS et Lucetta SCARAFFIA, EHESS, Université de la Sapienza (Rome), 2007, 816 p.

Étienne FOUILLOUX, "Femmes et catholicisme dans la France contemporaine”, Clio, Histoire, femmes et sociétés, 2, 1995.

Carol E. HARRISON, Romantic catholics : France’s postrevolutionnary generation in search of a modern faith, Ithaca : Cornell University Press, 2014, 328 p.

Róisín HEALY, “Anti-Jesuitism in Imperial Germany : the Jesuit as Androgyne”, dans Helmut SMITH (éd.), Protestants, Catholics and Jews in Germany, 1800-1914, Oxford, New York, Berg, 2001, p. 153-183.

Jacqueline LALOUETTE, La Libre pensée en France, 1848-1940, Paris, Albin Michel, 2001, 636 p.

Raúl MÍNGUEZ BLASCO, “Monjas, esposas y madres católicas : una panorámica de la feminización de la religión en España a mediados del siglo XIX, Amnis, revue de civilisation contemporaine Europe/Amériques, 11, 2012.

Tine VAN OSSELAER, The Pious sex : Catholic constructions of masculinity and feminity in Belgium, c. 1800-1940, Leuven, University Press, 2013, 271 p.

Timothy VERHOEVEN, “Neither Male nor Female : the Jesuit as Androgyne 1843-1870”, Modern & Contemporary France, 16, 1, février 2008, p. 37-49.

Yvonne Maria WERNER, Christian masculinity : Men and religion in northern Europe in the 19th and 20th century, KADOC-Studies on Religion, Culture and Society, 8. Leuven University Press, 2011.

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • jeudi 01 mars 2018

Mots-clés

  • religion, genre, masculinité, contemporain

Contacts

  • Caroline Muller
    courriel : ccarolinemuller [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Caroline Muller
    courriel : ccarolinemuller [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Qu’est-ce qu’un homme chrétien ? Masculinités et engagements », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 24 janvier 2018, https://calenda.org/429941

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