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In(ter)disciplinarité(s) au prisme des humanités numériques

In(ter)disciplinarities through the optic of the digital humanities

Les humanités numériques, une question éditoriale ?

The digital humanities, an editorial issue?

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Publié le jeudi 15 février 2018 par João Fernandes

Résumé

Dans le paysage scientifique qui est le nôtre, la cartographie disciplinaire est à la fois le préalable et l’obstacle aux avancées des connaissances. La fragmentation disciplinaire laisse toutefois la place à l’émergence de champs de recherche, apparaissant comme celle d’espaces de dialogues entre les disciplines. Un autre espace participe aujourd’hui au discours sur le brouillage des frontières disciplinaires (Guichard 2014) : les humanités numériques résumant la double tension au cœur des pratiques et des politiques scientifiques actuelles, entre héritage et anticipation d’un part, entre disciplines et domaines de recherche de l’autre. Faut-il alors interroger les disciplines ou investir au sein des humanités numériques les objets ou sujets même d’études pluridisciplinaires ? Les humanités numériques sont-elles un outil critique (Bénel 2014) ou une remise en cause des ancrages disciplinaires ? etc.

Annonce

Argumentaire

Dans le paysage scientifique qui est le nôtre, la cartographie disciplinaire est à la fois le préalable et l’obstacle aux avancées des connaissances. La fragmentation disciplinaire laisse toutefois la place à l’émergence de champs de recherche, apparaissant comme celle d’espaces de dialogues entre les disciplines. Un autre espace participe aujourd’hui au discours sur le brouillage des frontières disciplinaires (Guichard 2014) : les humanités numériques résumant la double tension au cœur des pratiques et des politiques scientifiques actuelles, entre héritage et anticipation d’un part, entre disciplines et domaines de recherche de l’autre. Faut-il alors interroger les disciplines ou investir au sein des humanités numériques les objets ou sujets même d’études pluridisciplinaires ? Les humanités numériques sont-elles un outil critique (Bénel 2014) ou une remise en cause des ancrages disciplinaires ? etc.

On part du constat que l’interdisciplinarité elle-même, omniprésente dans les discours au sein des humanités numériques, semble y être peu interrogée. Or l’interdisciplinarité participe elle-même déjà de résultats novateurs sur les rapports codifiés entre représentation digitale et réel (Tarte 2011), requérant à nouveau une élaboration épistémologique de ses formes (Besnier et Perriault 2014). On s’intéresse ici aux processus engageant doctorant-es, ingénieur-es, enseignant-es chercheur-ses issu-es de diverses disciplines ou corps de métiers, curieux-ses de l’émergence (ou non) d’un nouveau champ de recherche ou semblant suivre une logique commune d’appartenance à un domaine émergent ou encore partageant/interrogeant des pratiques de recherche inscrites dans les usages du couple de mot humanités numériques. 

Partant de ces constats, une première journée met en débat la question du texte littéraire ou scientifique, de sa production et médiation, de son image et circulation, des modalités de sa transformation et de sa réception au sein de l’espace numérique. A cette fin, deux concepts ou théories relatives aux pratiques de l’édition du texte et déployées au moyen de plusieurs disciplines sont discutées : l’éditorialisation, objet du séminaire transatlantique « Ecritures Numériques et éditorialisation » et l’énonciation éditoriale dont les fondements attachés au livre s’étendent aux écrits d’écrans, notamment. Ces deux approches s’appuient sur une même méthodologie, la médiologie, développée sous l’autorité de Régis Debray – non sans controverse – à la fin des années 1990 et fédérant de nombreux-ses chercheur-s-es de diverses disciplines.

Extrait de Penser/Classer de Georges Perec, coll. « La Librairie du XXIème siècle », Editions du Seuil, crédits photographiques : cc by sa AsMad creation

A l’heure des débats sur le déploiement des revues scientifiques en sciences humaines et sociales en accès libre (ou open access), et plus généralement sur la diffusion des savoirs et technologies dans la société, la journée propose d’interroger ce que le numérique fait à l’édition scientifique, en particulier : comment expliquer l’influence de la plateforme sur la matérialité du texte[1]  et sur le déploiement de controverses ? Car, au-delà des mots éditorialisation et énonciation éditorialechoisir un terme adéquat au seuil des disciplines et des objets constitués revient à trahir la déchirure disciplinaire ou à réévaluer cette déchirure au regard d’une nouvelle problématique (Souchier, 1998).

Ici, la reconnaissance d’une relation de co-détermination entre la culture et la technique semble commune aux deux théories, bien que différenciée et objet de débats actuels. De même, le rôle constituant des usages de la plateforme et la dimension opératoire (ou opérationnelle) des pratiques éditoriales semblent des considérants communs. L’objet des travaux peut aussi être considéré comme commun, bien que sur un périmètre fortement élargi pour la théorie de l’éditorialisation, que l’on restreint ici à la production ou la mise en forme d’écrits ou de textes scientifiques ou littéraires sur des supports numériques. De quel ordre serait alors la différenciation des approches discutées ? Les théories de l’éditorialisation et de l’énonciation éditoriale seraient-elles à même de contribuer au dialogue entre les disciplines mobilisées dans un continuum de la transformation de la recherche en train de se faire ?

Pour Marcelo Vitali Rosati [2], l’existence d’un objet informationnel est contingente à sa médiation (numérique). Une forme-texte de l’objet émerge de dynamiques au sein des structures de l’espace numérique. Le geste éditorial numérique – où les techniques conditionnent la structure de la pensée, est caractérisé par sa fragmentarité [3]. Ainsi, le réel et le digital se confondent dans un espace et une temporalité ouverts, laissant place à l’imprévu : l’objet informationnel (médié) est alors un objet instable. Suivant ces principes, les attributs du concept d’éditorialisation sont issus des propriétés des structures techniques associées aux pratiques d’une diversité d’acteurs de la médiation, dont les formes d’autorité sont distinctes voire contradictoires.

A contrario, l’autorité associée au concept d’énonciation éditoriale développé par Emmanuel Souchier est celle de l’auteur du texte qui prend forme, associée à celle de l’éditeur ou de contributeurs dotés de droits voisins du droit d’auteur. Ainsi, contrairement au concept d’éditorialisation, l’énonciation éditoriale institue une forme texte en anticipant les modalités de sa réception et sa trivialité [4]. La temporalité du geste éditorial différencie alors l’original de ses transformations ou circulations là où l’éditorialisation décrit un processus d’effacement de l’auteur en raison des caractères multiple et performatif des dynamiques en jeu : l’original n’existerait plus.

Multiplicité et pluralité, discours et capacités performatives ne sont pas les seuls attributs en débat ici : en choisissant le néologisme/anglicisme éditorialisation, Marcelo Vitali Rosati prend le parti d’articuler à priori l’expression multiple ou collective d’une opinion personnelle (to editorialize, une culture littéraire ?) à des structures complexes de production d’objets informationnels dits instables. Le terme énonciation qualifié d’éditorial semble adopter une description de l’acte d’édition proche du concept d’enaction : l’énonciation éditoriale différencie la pluralité du collectif énonciateur du premier texte et le(s) lecteur(s) du texte second. En d’autres mots [et de manière caricaturale], pourrait-on considérer que les deux théories illustrent une forme de confrontation bienveillante de deux paradigmes sur un même objet de recherche : l’une, computationnelle, serait-elle fondée sur la métaphore de l’ordinateur, l’autre, déclinant la réception de l’acte éditorial d’êtres culturelssur celle des organismes vivants [5] ?

Programme (temporaire) de la journée du 20 mars

"Ce que la question éditoriale révèle des disciplines mobilisées dans le champ des humanités numériques."

9h30 Ouverture

10h15 Introduction : problématique pluridisciplinaire et interdisciplinarité

10h30 Première session : présidée par Yvan Leclerc, professeur émérite, université de Rouen Normandie

Editorialisation et énonciation éditoriale : théories et dialogue entre disciplines

  • Marcelo Vitali Rosati, professeur de l’université de Montréal, littératures de langue française Théorie de l'éditorialisation, analyse des modes de production, diffusion et légitimation du savoir à l'époque du numérique, réflexion philosophique sur les enjeux des technologies numériques
    Derniers travaux : http://ecrituresnumeriques.ca/fr/Equipe/Marcello-Vitali-Rosati
  • Emmanuel Souchier, professeur de l’université de Paris-Sorbonne, sciences de l’information et de la communication, Formes et écritures médiatiques L'auctorialité au regard de l'énonciation éditoriale.
    Derniers travaux : https://www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2017-1-page-11.htm,https://www.cairn.info/revue-communication-et-langages1-2015-3-page-3.htm
  • Gérard Wormser, professeur de l’école normale supérieure de Lyon, philosophe spécialiste de Sartre et de phénoménologie
    Ses recherches portent sur l’internationalisation des pratiques intellectuelles à l’âge du numérique
    Derniers travaux : https://www.cairn.info/revue-cahiers-sens-public-2016-1-page-349.htm 

14h : Seconde session : présidée par Jean-Luc Rinaudo, professeur de l’université de Rouen Normande

Fonction éditoriale : enjeux pratiques et épistémologiques

  • Dominique Roux, responsable éditorial des Presses Universitaires de Caen, resp. metopes de l’IR NUMEDIF
  • Ingrid Mayeur, doctorante, université de Liège, Action de Recherche Concertée « Genach » – « Genèse et Actualité des Humanités critiques »
    Travaux de thèse : questionner le régime de production et de circulation des savoirs savants au sein des plateformes numériques de la recherche en sciences humaines, sous l’angle sémiotique et discursif, plus spécifiquement : la construction de l’actualité comme référent du discours scientifique dans les carnets de recherche Hypothèse, https://driv.hypotheses.org/
  • Samuel Goyet, docteur en sciences de l’information et de la communication de l’université Paris-Sorbonne
    Derniers travaux : De briques et de blocs. La fonction éditoriale des interfaces de programmation (API) web : entre science combinatoire et industrie du texte, https://www.cairn.info/revue-reseaux-2017-6-p-61.htm
  • Jean-Edouard Bigot, doctorant en sciences de l'information et de la communication, Université de technologie de Compiègne
    Derniers travaux : une instrumentation numérique des sciences humaines et sociales, enjeux épistémologiques et communicationnels, avec Clément MABI

16h : Table ronde : Les humanités numériques, une question éditoriale ? animée par Franck Varenne (sous réserve), philosophe au GEMASS, Université de Rouen Normandie

17h : clôture

Contact : indisciplineshn@sciencesconf.org 

Références

[1] Ingrid Mayeur, À propos des concepts d’énonciation éditoriale et d’éditorialisation, 09/2016, en ligne  https://driv.hypotheses.org/99 consulté le 21 novembre 2017

[2] Qu’est-ce que l’éditorialisation, Marcelo Vitali Rosati, septembre 2016, en ligne, http://www.sens-public.org/article1184.html consulté le 9 novembre 2017

[3] dans le sens d’un rapport complexe entre fragments et réagencement des fragments en unités de sens

[4] la nature des processus de communication qui permettent aux savoirs et aux valeurs de la culture de gagner divers espaces sociaux : un complexe que je nomme la vie triviale des êtres culturels, Jean-François Tétu, « Yves Jeanneret, Critique de la trivialité. Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir », Questions de communication [En ligne], 26 | 2014, mis en ligne le 31 décembre 2014, consulté le 22 novembre 2017. URL : http://questionsdecommunication.revues.org/9384

[5] École thématique CNRS, Constructivisme et énaction, 2006

Eléments bibliographiques

  • Bénel, Aurélien. 2014. « Quelle interdisciplinarité pour les « humanités numériques » ? » Les cahiers du numérique 10 (4): 103‑32. doi:10.3166/lcn.10.4.103-132.
  • Besnier, Jean-Michel, et Jacques Perriault. 2014. « Introduction générale ». Hermès, La Revue, no 67 (mars): 13‑15. http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=HERM_067_0013.
  • Guichard, Éric. 2014. « L’internet et les épistémologies des sciences humaines et sociales ». Revue Sciences/Lettres, no 2 (février). doi:10.4000/rsl.389.
  • Tarte, S. M. 2011. « Digitizing the Act of Papyrological Interpretation: Negotiating Spurious Exactitude and Genuine Uncertainty ». Literary and Linguistic Computing 26 (3): 349‑58. doi:10.1093/llc/fqr015.
  • Bibliothèque Zotero

Lieux

  • Maison de l'Université, Salle de conférences
    Mont-Saint-Aignan, France (76)

Dates

  • mardi 20 mars 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • humanités, numérique, éditorialisation, énonciation éditoriale, digital humanities

Contacts

  • Raphaëlle Krummeich
    courriel : raphaelle [dot] krummeich [at] univ-rouen [dot] fr

Source de l'information

  • Raphaëlle Krummeich
    courriel : raphaelle [dot] krummeich [at] univ-rouen [dot] fr

Pour citer cette annonce

« In(ter)disciplinarité(s) au prisme des humanités numériques », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 15 février 2018, https://calenda.org/434032

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