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Transmettre des places au travail

Transmitting places at work

Numéro de la « Revue des Sciences Sociales »

Revue des Sciences Sociales issue

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Publié le vendredi 16 février 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Cet appel à articles souhaite participer à la compréhension de « l’acte de transmettre » des places professionnelles – i.e. place occupée par l’acteur dans les différentes interactions qui constitue un monde professionnel – dans le cas des professions patrimoniales et salariales. Nous considérons les acteurs de la transmission comme engagés dans un système de réciprocité qui s’exprime dans une dynamique temporelle longue. Ainsi sélectionner un successeur ne relève pas seulement d’une décision rationnelle, stratégique, économique… mais aussi en la fabrication d’un « héritier », ce qui s’inscrit dans un objectif plus vaste de pérennisation de la place professionnelle. Les articles attendus devront dépasser et compléter cette perspective pour l’enrichir à partir de la comparaison avec des travaux conduits dans d’autres éclairages théoriques et sur d’autres terrains notamment autour du travail salarié.

Annonce

Présentation

Numéro coordonné par D. Jacques-Jouvenot et F. Schepens

Cet appel à articles souhaite participer à la compréhension de « l’acte de transmettre » des places professionnelles – i.e. place occupée par l’acteur dans les différentes interactions qui constitue un monde professionnel – dans le cas des professions patrimoniales et salariales. La perspective socio-anthropologique qui est privilégiée ici consiste à considérer les femmes et les hommes dans l’ensemble de leurs activités sociales et dans toutes les dimensions qui les constituent : sociale, économique, familiale, professionnelle, politique... Dans la continuité de précédents travaux sur la question (Jacques-Jouvenot, Vieille Marchiset 2012), l’acte de transmettre est ici analysé à la lumière du paradigme maussien de l’économie du don : nous considérons les acteurs de la transmission comme engagés dans un système de réciprocité qui s’exprime dans une dynamique temporelle longue. Ainsi sélectionner un successeur ne relève pas seulement d’une décision rationnelle, stratégique, économique… mais aussi en la fabrication d’un « héritier », ce qui s’inscrit dans un objectif plus vaste de pérennisation de l’entreprise. D’autre part, ce choix du cédant ne doit pas obliger le successeur au-delà des limites de ce qu’il considère être normal en raison de sa place de récipiendaire. Il peut alors accepter, s’approprier ou refuser la place transmise. Dans le cas des professions patrimoniales, on observe une soumission des différents acteurs familiaux à la logique patrimoniale plus qu’à la logique genrée ou générationnelle.

Il convient de dépasser et de compléter cette perspective pour l’enrichir à partir de la comparaison avec des travaux conduits dans d’autres éclairages théoriques et sur d’autres terrains notamment dans le cas du travail salarié.

Les textes concerneront trois thématiques

1er : Désignation du successeur : un mode d’accès à une place professionnelle

Charles Suaud (1978) dans ses travaux précurseurs sur la vocation des prêtres nous invite à réfléchir sur les conditions objectives qui encadrent le choix du métier. Dans cette perspective, D. Jacques-Jouvenot (1997) fait l’hypothèse de la désignation – i.e. acte d’un cédant à venir consistant à proposer à un successeur potentiel de reprendre une place professionnelle – comme acte premier de la transmission. Elle nous semble une condition indispensable et pour autant non suffisante. Insuffisant également le fait que le successeur désigné s’approprie cet héritage. La transmission ne s’épuise pas dans cette interaction donner-recevoir. En effet, le processus n’est achevé que lorsque le donataire devient à son tour donateur, nouvel acte qui lui permet de s’inscrire dans l’histoire familiale comme le maillon d’une lignée. Par cette inscription, qui le porte à transmettre à son tour, donc à rendre ce dont il a hérité, le nouveau donateur se soumet à un statut de récipiendaire et tente de transmettre ce qu’il a reçu.

Cette hypothèse de la désignation du successeur comme mode d’entrée dans le métier a été vérifié, sous diverses formes, dans un certain nombre de professions, notamment dans les professions dites patrimoniales (agriculteurs, éleveurs, fromagers, entrepreneurs de travaux forestiers, artisans… ), mais aussi pour certaines professions salariales (Infirmiers, Aides-Soignants, médecins, entraineurs…). Chacune de ces recherches s’accordent pour mettre en évidence des stratégies démographiques à l’origine de la transmission d’une place professionnelle. C’est encore le cas dans d’autres travaux, notamment ceux de Hervé Joly (1994)  portant sur les modes de désignation « du dauphin » à un poste interne aux grandes entreprises.

Cette hypothèse de la désignation demande à être testée dans le cadre d’autres activités de manière à la vérifier ou à l’amender si certaines places professionnelles s’avèrent être occupées sans référence au monde et aux générations qui les précèdent et qui les accueillent.

2ème : Habilitation professionnelle

Si la désignation fournit une « présomption de compétence » (Stroobants M., 1993 ; Augustins G., 1991), encore faut-il acquérir les savoirs nécessaires à l’activité. On sait depuis les travaux de G. Delbos et P. Jorion (1984) qu’on ne transmet pas du savoir mais du travail, et plus encore « une place professionnelle ». C’est en acte que sont acquises les compétences nécessaires à la réalisation de l’activité. L’apprenant devant affronter des situations de travail problématiques et leur trouver une solution, l’art du transmetteur réside donc en partie dans sa capacité à mettre le nouveau venu face à des épreuves qu’il sera en mesure de dépasser. Une première habilitation, réalisée par les pairs, viendra attester de la capacité de l’apprenant à travailler dans les règles de l’art. Une seconde habilitation, celle-ci provenant du monde professionnel, signe la reconnaissance d’un statut de professionnel. La compétence ne se réduit pas à un ensemble de savoirs, c’est aussi la capacité des personnes à les activer. Savoir ne suffit pas à être un professionnel et à en occuper la place.

On s’intéressera ici aux conditions de possibilité de mise en œuvre des compétences ainsi qu’à leur importance dans l’obtention/création d’une place professionnelle.

3ème : Filiation biologique : un archétype de la filiation professionnelle

Pour analyser les processus de filiation professionnelle, la perspective adoptée ici privilégie avant tout les acteurs de l’interaction pas seulement en tant que détenteurs de savoirs ou désireux de les acquérir, mais en tant qu’ils occupent une place de prédécesseur-e ou de successeur-e dans le processus. Les liens de parenté, et notamment la relation père/fils, fonctionne comme un modèle de l’interaction entre donateur et donataire, quel que soit le contexte – familial ou non – dans lequel s’inscrivent les acteurs. Un certain nombre de travaux ont montré la place centrale occupée par les mères dans ces interactions de transmission (Schepens, 2007 ; Sposito, 2015). Nous chercherons à préciser les contours et les particularités de cette place maternelle. Quelles différences perçoit-on entre les liens de parenté et ceux de la parenté élective ou virtuelle reconstruite entre un maitre et son élève, entre un professionnel et son apprenti dans des types d’organisation professionnelle différente.

En l’absence de parenté biologique, les acteurs fabriquent-ils toujours de la parenté, comme le suggère Françoise Waquet à propos du monde intellectuel qu’elle étudie. La figure magistrale est-elle toujours calquée sur une figure paternelle ? Existe-t-il de la même façon une figure maternelle qui fonctionne comme modèle ? Cette fabrication de la parenté inscrit donc le savoir et sa transmission dans une logique familiale que l’on soit ou non en présence d’acteurs liés par le sang. On voit alors bien (Waquet, 2008) comment en transmettant son savoir, le maître transmet en même temps une chaire ou un poste de professeur, mais aussi une place dans les réseaux professionnels (revues, conseils d’Université...). Cette place constitue un patrimoine au sein duquel, à l’Université comme sur une exploitation agricole, dans une petite entreprise ou dans un service hospitalier, le savoir se transmet. Il nous plaira de questionner cette interaction entre donateur et donataire dans d’autres contextes.

Modalités de soumission

Les résumés – 4000 signes maximum, espaces compris – des articles proposés sont attendus pour le

30 avril 2018

Ils devront mentionner le titre de la proposition, le cadre théorique, les matériaux empiriques, terrains et méthodologie.

Le résumé doit comporter également une bibliographie (en dehors des 4000 signes) et une brève notice bio-bibliographique de l'/des auteur/s.

Les articles dont le résumé aura été sélectionné sont attendus pour le 1er décembre 2018.

Le résumé et la notice sont à envoyer aux trois adresses suivantes :

  • Dominique Jacques Jouvenot dominique.jacques-jouvenot@univ-fcomte.fr
  • Florent Schepens florent.schepens@univ-fcomte.fr
  • Revue des Sciences Sociales rss@misha.fr

Bibliographie

  • Augustins Georges, 1991, Le don chez les musiciens in Jeux de famille sous la direction de M. Segalen, ed CNRS, Paris.
  • Delbos Geneviève, Jorion, Paul, 1984, La transmission des savoirs, MSH, Paris.
  • Jacques-Jouvenot Dominique, 1997, Le choix du successeur, L’Harmattan, Paris.
  • Jacques-Jouvenot Dominique, Vieille Marchiset Gilles, 2012, Socio-anthropologie de la transmission, L’Harmattan, Paris.
  • Joly Hervé, 1994, « Le choix du dauphin. Règles de succession managériale dans les grandes entreprises chimiques allemandes », Actes de la Recherches en Sciences Sociales, 105 : 52-59.
  • Sposito Maylis, 2015, Organization of rural microbusinesses under specific family owners conditions", European Countryside [Online],
  • https://www.degruyter.com/downloadpdf/j/euco.2015.7.issue-3/euco-2015-0011/euco-2015-0011.pdf
  • Schepens F., 2007, Hommes des bois –Socio-anthropologie d’un groupe professionnel, CTHS, Paris
  • Stroobants Marcelle, 1993, Savoir-faire et compétences au travail: Une sociologie de la fabrication des aptitudes, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles.
  • Suaud Charles, 1978, La vocation : conversion et reconversion des prêtres ruraux, Editions de Minuit, Paris.
  • Waquet Françoise, 2008, Les enfants de Socrate, Albin Michel, Paris.

Dates

  • lundi 30 avril 2018

Contacts

  • Florent Schepens
    courriel : florent [dot] schepens [at] univ-fcomte [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Florent Schepens
    courriel : florent [dot] schepens [at] univ-fcomte [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Transmettre des places au travail », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 16 février 2018, https://calenda.org/434127

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