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Les classes sociales et leurs mesures

Social classes and their measures

Revue « L’année sociologique »

L’année sociologique journal

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Publié le jeudi 22 février 2018 par Elsa Zotian

Résumé

La revue L’Année sociologique lance un appel à contribution sur le thème « Les classes sociales et leurs mesures ». Les classes sociales font régulièrement l’objet de réflexions sur leur « retour » ou leur « éternel retour ». Leur éventuelle disparition au profit de recherches sur les inégalités ou les réseaux a aussi été source d’« inquiétudes » ou de débats. L’objectif de ce numéro de L’année sociologique sera de réinterroger ce concept en s’intéressant aux débats théoriques qu’il implique comme aux différentes tentatives d’en fournir une mesure au moyen de nomenclatures. Le numéro s’articulera autour de trois axes qui renvoient à trois actualités importantes dans l’étude de la stratification et des inégalités sociales. Le premier est celui de l’intérêt et de la signification du concept de classe sociale. Le deuxième axe porte sur la stratification sociale européenne et la nouvelle nomenclature européenne des groupes socioéconomiques (ESeG). Enfin, le troisième axe concerne les relations entre représentations ordinaires des groupes sociaux et représentations savantes ainsi que les relations entre dimensions subjectives et objectives de l’appartenance à des groupes sociaux.

Annonce

Argumentaire

Les classes sociales font régulièrement l’objet de réflexions sur leur « retour » (Chauvel, 2001) ou leur « éternel retour » (Lebaron, 2012). Leur éventuelle disparition au profit de recherches sur les inégalités ou les réseaux a aussi été source d’« inquiétudes » ou de débats (Godechot, 2012 ; Merklé, 2012). L’objectif de ce numéro de L’Année sociologique sera de réinterroger ce concept en s’intéressant aux débats théoriques qu’il implique comme aux différentes tentatives d’en fournir une mesure au moyen de nomenclatures. Le numéro s’articulera autour de trois axes qui renvoient à trois actualités importantes dans l’étude de la stratification et des inégalités sociales. Le premier est celui de l’intérêt et de la signification du concept de classe sociale. Le deuxième axe porte sur la stratification sociale européenne et la nouvelle nomenclature européenne des groupes socioéconomiques (ESeG). Enfin, le troisième axe concerne les relations entre représentations ordinaires des groupes sociaux et représentations savantes ainsi que les relations entre dimensions subjectives et objectives de l’appartenance à des groupes sociaux.

1. Intérêt et signification du concept de classe sociale

Le concept de classe sociale peut faire l’objet de nombreuses interprétations et d’approches inspirées de différentes traditions sociologiques se réclamant, entre autres, de Marx, Weber, Durkheim ou plus récemment Bourdieu (Wright, 2005). Dans les années récentes, c’est sans doute au sein de la sociologie britannique que ces débats ont été les plus vifs. John Goldthorpe a progressivement élaboré une théorie des classes sociales fondée sur le concept de « relation d’emploi » à partir de l’influente classification Erikson-Goldthorpe-Portocarero (EGP), initialement construite pour l’étude de la mobilité sociale (Erikson, Goldthope 1992). En opposition aux travaux de Goldthorpe, Mike Savage a développé une approche qu’il qualifie de bourdieusienne des classes sociales et qui donne une plus grande importance aux cultures de classe (Savage et al., 2005). Récemment, il a dirigé une grande enquête ayant pour objectif de construire une nouvelle classification qui s’appuie sur la distinction entre trois formes de capitaux (économiques, sociaux et culturels) (Savage et al. 2013). La réaction a été critique (Bradley, 2014), voire très critique de la part de sociologues proches de John Goldthorpe (Mills, 2014). Les articles pourront examiner les différentes approches théoriques des classes sociales qui sous-tendent ce débat ainsi que d’autres approches comme, par exemple, la théorie d’Erik Olin Wright qui a proposé de renouveler l’approche marxiste ou les travaux de David Grusky qui se focalisent sur les microclasses. Ils pourront également s’interroger sur la valeur du concept de classe sociale et sur ses différences par rapport à d’autres concepts comme ceux de catégorie socioprofessionnelle ou de groupes sociaux. Ils pourront ainsi évaluer la place que doivent occuper, dans l’identification de classes sociales, des mesures qui ne portent pas seulement sur l’activité professionnelle, mais sur les pratiques culturelles, le capital social ou toute autre ressource. Ils pourront enfin examiner les ontologies sociales qui sous-tendent ces différentes recherches.

2. La stratification sociale européenne et la nomenclature ESeG

Les travaux comparatifs sur la mobilité sociale ont eu depuis longtemps besoin de construire des nomenclatures internationales des classes sociales (par exemple, Erikson, Goldthope, 1992). Au-delà de ces comparaisons, peut-on décrire un modèle européen de structure sociale (Chauvel, 1999) ou de classes sociales (Penissat, Siblot, 2017 ; Hugrée et al., 2017) ? Un long processus a abouti récemment à la construction de la nomenclature ESeG (Meron et al., 2014). La classification est passée, notamment sous l’égide de l’INSEE, d’une nomenclature des classes sociales (ESeC pour « European Socioeconomic Class ») à une nomenclature des groupes socioéconomiques (ESeG pour « European Socioeconomic Groups »). Le processus a été conflictuel (Penissat, Rowell, 2015) et a fait l’objet de nombreux débats sur la pertinence de cette nomenclature comme de l’ancienne (Chauvel et al. 2002 ; Rose, Harisson, 2010 ; Brousse, 2012). Plusieurs travaux ont déjà mobilisé la nomenclature européenne pour décrire les classes sociales en Europe (Penissat, Siblot, 2017), l’évolution de la structure des emplois (Peugny, 2016) ou encore l’homogamie (Bouchet-Valat, 2015). Un document de travail de l’INSEE offre un premier ensemble d’applications (Meron et al., 2016). Les articles pourront proposer une discussion ou une évaluation de cette nouvelle nomenclature ainsi que des comparaisons avec d’autres nomenclatures nationales ou internationales. Ils pourront également proposer des travaux mobilisant cette nomenclature dans un cadre national ou européen ou encore des comparaisons européennes qualitatives de groupes sociaux afin de juger de la pertinence d’une approche européenne des classes sociales.

3. Classes sociales et représentations sociales

Les relations entre dimensions subjectives et objectives des inégalités ont fait l’objet de nombreuses recherches récentes (Galland, 2016). Elles peuvent aborder des thématiques aussi diverses que les relations entre mobilité sociale et frustration (Forsé et al., 2017 ; Peugny 2012), l’adoption des principes de justices chez les enfants (Forsé et al., 2016) ou encore la socialisation à l’ordre inégalitaire (Lignier, Pagis, 2017). Reprenant des recherches séminales de Laurent Thévenot et Luc Boltanski (1983), plusieurs études ont pris pour objet les relations entre catégorisations ordinaires et catégorisations savantes du monde social (Deauvieau et al., 2014 ; Filhon et al., 2016 ; Penissat et al., 2016 ; Verdalle (de) et al., 2017). Dans la continuité de ces travaux, les articles pourront proposer des recherches sur les relations entre les dimensions subjectives et objectives des classes sociales comme les travaux sur la mobilité relative ou le sentiment d’appartenance de classe. Ils pourront enfin porter sur la relation entre les nomenclatures des classes sociales et les catégorisations ordinaires, examiner la diversité de ces catégorisations ordinaires, leurs variations nationales ou sociales, ou encore les façons dont elles participent de la structuration de l’espace social. 

Modalités de soumission

Les propositions d’articles sont à envoyer pour le 6 avril 2018 au plus tard au secrétariat de la rédaction : delphine.renard@paris-sorbonne.fr.

Les propositions de contribution (entre 500 et 1 500 mots maximum, bibliographie et notice bio-bibliographique indiquant la discipline et le statut professionnel de chaque auteur non incluses), en français ou en anglais, comprendront le titre et le résumé de l’argument.

Elles seront examinées et sélectionnées par les coordinateurs du numéro. La notification d’acceptation sera rendue au plus tard le 4 mai 2018.

Les auteurs dont la proposition aura été retenue devront soumettre leur article au plus tard le 15 novembre 2018. La longueur ne devra pas dépasser 65 000 signes (espaces, bibliographie et figures compris). Chaque article sera ensuite évalué, de manière anonyme, par le comité de rédaction de L’Année sociologique.

Nous invitons les auteurs intéressés à consulter les règles de soumission sur la page de L’Année sociologique sur le site des PUF : http://www.puf.com/L’Année_sociologique. La publication du numéro est prévue pour l’automne 2019.

Calendrier

  • 6 avril 2018 : date limite pour l’envoi des propositions d’articles

  • 4 mai 2018 : communication des décisions aux auteurs
  • 15 novembre 2018 : envoi des manuscrits V1 (65 000 signes)
  • 15 janvier 2019 : évaluations du comité de rédaction envoyées aux auteurs
  • 15 mars 2019 : envoi des manuscrits V2
  • 15 mai au plus tard 2019 : décisions définitves communiquées aux auteurs
  • 15 octobre 2019 : parution du vol. 69, numéro 2

Direction scientifique

  • Milan Bouchet-Valat (INED, CREST-LSO),
  • Cyril Jayet (Sorbonne Université, GEMASS)

Bibliographie

  • Bradley H., 2014, « Class Descriptors or Class Relations? Thoughts Towards a Critique of Savage et al. », Sociology, vol. 48, n°3, p. 429-436.
  • Boltanski L., Thévenot L., 1983, « Finding One’s Way In Social Space: A Study Based On Games », Social Science Information, vol. 22, n°4-5, p. 631-679.
  • Bouchet-Valat M., 2015, « Les rouages de l’amour et du hasard. Homogamie et hypergamie dans la France et l’Europe contemporaines: dimensions socioéconomique et d’éducation, variations et mécanismes », Thèse de Doctorat en sociologie, Paris, Institut d’études politiques de Paris, 610 p.
  • Brousse C., 2012, « Réflexion sur la nomenclature socio-économique européenne en gestation », Revue française de socio-économie, n°10, p. 241-250
  • Chauvel L., 1999, « Existe-t-il un modèle européen de structure sociale ? », Revue de l'OFCE, vol. 71, p. 281-298.
  • Chauvel L., 2001. « Le retour des classes sociales ? » Revue de l'OFCE, vol. 79, n°4, p. 315-359.
  • Chauvel L. et al., 2002. « Enjeux et usages des catégories socioprofessionnelles: traditions nationales, comparaisons internationales et standardisation européenne », Sociétés contemporaines, vol. 45-46, p. 157-185.
  • Deauvieau J., Penissat É., Brousse C., Jayet C., 2014, « Les catégorisations ordinaires de l’espace social. Une analyse à partir d’un jeu de cartes ». Revue française de sociologie, n° 3.
  • Erikson R., Goldthorpe J., 1992, The Constant Flux: A Study of Class Mobility in Industrial Societies, Oxford, Clarendon Press.
  • Filhon A., Deauvieau J., Verdalle L. (de), Pelage A., Poullaouec T., Brousse C., Mespoulet M., Sztandar-Sztanderska C., 2016, « European Classification Project. An Assessment Of National Variations in the Perception of Social Space », Comparative Sociology, n°15, p. 275-299.
  • Filhon A., Deauvieau J., Verdalle L. (de), Pelage A., Poullaouec T., Brousse C., Mespoulet M., Sztandar-Sztanderska C., 2013, « Un projet de nomenclature socioprofessionnelle européenne : une construction savante face aux variations nationales de représentation du monde social », Sociologie, vol. 4, n° 4, p. 373-393.
  • Forsé M., Parodi M. (dir.), 2017, « Mobilité sociale et frustration », Revue de l'OFCE, vol. 150.
  • Forsé M., Richardot S., Frénod A., Guibet Lafaye C. et Parodi M., 2016. « The sense of distributive justice in children from 6 to 10. Equality predominates but sharing norms are different depending on school performance », Revue européenne des sciences sociales, vol. 54, n°1, p. 13-36.
  • Galland O. (dir.), 2016, La France des inégalités. Réalités et perceptions, Paris, PUPS.
  • Hugrée C., Penissat E., Spire A., Les classes sociales en Europe, Marseille, Agone, coll. « L’ordre des choses », 2017.
  • Godechot O., 2012. « Réseaux et classes sociales : le malentendu ? », Revue française de socio-économie, vol. 10, p. 265-271.
  • Lebaron F., 2012, « L’éternel retour du « retour des classes sociales », Revue française de socio-économie, vol. 10, n°2, p. 281-287.
  • Mercklé P., 2012, “Who’s Responsible for the Disappearance of Social Classes?”, Bulletin de méthodologie sociologique / Bulletin of Sociological Methodology, vol. 116, n°1, p. 67-75.
  • Meron M., Amar M., Babet C., Bouchet-Valat M., Bugeja-Bloch F., Gleizes F., Lebaron F., Hugrée C., Pénissat E., Spire A., 2016. « ESeG=European Socio economic Groups », Série des Documents de Travail de la Direction des Statistiques Démographiques et Sociales, N°F1604.
  • Meron M., Amar M., Laurent-Zuani A-C., Holý D., Erhartova J., Gallo F., Lindner E., Záhonyi M., Váradi. R, Huszár A., 2014, Final Report of the ESSnet on the harmonisation and implementation of a European socio-economic classification: European Socio-economic Groups (ESeG).
  • Mills C., 2014, « The Great British Class Fiasco: A Comment on Savage et al. », Sociology, vol. 48, n° 3, p. 437-444.
  • Lignier W., Pagis J., 2017. L’enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social, Paris, Le Seuil, coll. « Liber », 2017.
  • Passeron J.-C., 2006, Le raisonnement sociologique, Paris,Albin Michel.
  • Penissat E., Brousse C., Deauvieau J., Chevillard J., Barozet E., Mac-Lure O., 2016, « From Statistical Categorizations to Ordinary Categorizations of Social Space: History and legacy of an Original Study Based on a Card Game », Historical Social Research, vol. 41, n°2.
  • Penissat E., Brousse C., Deauvieau J., 2015. « Finding one’s way in social space: genèse, postérité et actualité d’une enquête originale », Sociologie, vol. 5, n°1.
  • Penissat E., Rowell J., 2015. « The Creation of a European Socio-economic Classification: Limits of Expert-driven Statistical Integration”, Journal for European Integration, vol. 37, n°2, p.281-298.
  • Penissat É., Siblot Y., 2017, « Des classes sociales européennes ? », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 219, n° 4, p. 4-11.
  • Peugny C., 2012, « L’expérience vécue de la mobilité sociale : le poids de la fratrie », Informations sociales, n°173, p. 94-101.
  • Peugny C., 2016. L’évolution de la structure sociale dans quinze pays européens (1993-2013): quelques éléments sur la polarisation de l’emploi, Paris, Sciences Po, « Notes & Documents de l’OSC ».
  • Rose D., Harisson E. (eds.), 2010, Social Class in Europe: An Introduction to the European Socio-Economic Classification, London, Routledge.
  • Savage M., Warde A., Devine F., 2005, “Capitals, assets and resources: Some critical issues”, British Journal of Sociology, vol. 56, n° 5, p. 31-48.
  • Savage M., Devine F., Cunningham N., Taylor M., Li Y., Jellbrekke J., Le Roux B., Friedman S., Miles A., 2013, ‘A New Model of Social Class? Findings from the BBC’s Great British Class Survey Experiment’ Sociology, vol. 47, n°2, p. 219-250.
  • Verdalle L. (de), Deauvieau J., Filhon A., 2017, « Les logiques ordinaires de catégorisation de l’espace socioprofessionnel. Une comparaison Allemagne, Espagne, France », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 219, p. 117-141.
  • Wright E.O. (dir.), 2005, Approaches to Class Analysis, Cambridge, Cambridge University Press.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • vendredi 06 avril 2018

Mots-clés

  • classes sociale, représentation des groupes sociaux, nomenclature

Contacts

  • Delphine Renard
    courriel : delphine [dot] renard [at] sorbonne-universite [dot] fr
  • Milan Bouchet-Valat
    courriel : milan [dot] bouchet-valat [at] ined [dot] fr
  • Cyril Jayet
    courriel : cyril [dot] jayet [at] sorbonne-universite [dot] fr

Source de l'information

  • Delphine Renard
    courriel : delphine [dot] renard [at] sorbonne-universite [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les classes sociales et leurs mesures », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 22 février 2018, https://calenda.org/434645

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