AccueilLe vulgaire dans la littérature et les arts visuels du monde anglophone

Le vulgaire dans la littérature et les arts visuels du monde anglophone

The vulgar in literature and the visual arts in the English-speaking world

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Publié le vendredi 16 mars 2018 par Elsa Zotian

Résumé

On pourrait, dans un premier temps, aborder le vulgaire par le biais de sa représentation diégétique : qu’est-ce qu’un personnage vulgaire ? Plus largement, la dimension linguistique de la notion nous invite à réfléchir à la fécondité poétique de la langue vulgaire. Que crée l’inscription de cette langue orale, ordinaire et populaire dans le texte ? Si l’usage de l’argot, de dialectes ou d’accents divers donne une plus grande vivacité au texte littéraire, certains y voient non une résistance à l’ossification du langage mais un risque de dévitalisation de cette langue mouvante. Enfin, émerge une perspective plus spécifiquement esthétique et générique. D’une part il est des genres dits vulgaires en littérature (romans de gares, policiers, à l’eau de rose, feuilletons à sensations) et dans les arts visuels (hiérarchie des genres théorisée au XVIIe siècle); d’autre part les codes associés à de tels genres (obscénité, sentimentalité jugée excessive...) discréditent des objets autrement légitimes. Ces genres et ces codes exclus de la culture noble peuvent néanmoins faire l’objet de récupérations esthétiques fécondes.

Annonce

Journée d’études organisée par le laboratoire doctoral OVALE – rattaché au laboratoire VALE EA4085, Sorbonne Université le 2 juin 2018

Argumentaire

"thou claybrained guts, thou knotty-pated fool, thou whoreson, obscene, greasy tallow- catch" Shakespeare, Henri IV, I (I,4)

Dans ces qualificatifs pittoresques prend corps le personnage comique de Shakespeare le plus abouti. Portrait de l’excès criard dans son corps comme dans sa langue, le truculent Falstaff est une création littéraire unique. Avec lui, le vulgaire se fait une place de choix dans les belles-lettres, qui, en retour, lui assurent une postérité durable. Pour autant, la question du bien-fondé de sa représentation ne cesse de se poser. Soupçonné d’être racoleur ou de s’adosser à une qualité frelatée, le vulgaire est source de fantasmes  pour un certain nombre de théoriciens et critiques littéraires de l’époque moderne. Pour d’autres, au contraire, il est une tentative légitime de saisir la vitalité du réel, par le langage. Ainsi, se rejoue sur la scène littéraire la dualité portée dans la notion même de vulgaire : travaillée par une tension entre inclusion et exclusion, entre ce qui est commun, oral et partagé par le plus grand nombre (telle la langue vernaculaire / vulgar tongue) et ce qui est bas, de mauvais goût, ce qui s’oppose au raffiné. Cette journée d’étude se propose de cartographier et de confronter des usages et des formes du vulgaire dans la littérature et les arts du monde anglophone.

On pourrait, dans un premier temps, aborder le vulgaire par le biais de sa représentation diégétique : qu’est-ce qu’un personnage vulgaire ? On peut penser, par exemple, au stéréotype du nouveau riche qui trahit son extraction sociale par son ostentation et son excès et devient ainsi source de ridicule pour l’élite installée. Au contraire le personnage du vulgum pecus peut devenir un enjeu de fascination esthétique (comme Eliza Doolittle dans Pygmalion de G. B. Shaw). Les caractéristiques des classes perçues ou représentées comme « vulgaires » évoluent selon les contextes historiques (opposition nationaliste entre vigueur saxonne et raffinement français dans Ivanhoe de Walter Scott) ou géographiques (opposition entre Europe et Etats-Unis dans Les Ambassadeurs de Henry James ou Les Boucanières d’Edith Wharton), et invitent à se demander si, en ce sens, la vulgarité n’est pas une notion fondamentalement européenne. On prêtera une attention toute particulière aux idiolectes caractéristiques de cette « vulgarité ».

Plus largement, la dimension linguistique de la notion nous invite à réfléchir à la fécondité poétique de la langue vulgaire. Que crée l’inscription de cette langue orale, ordinaire et populaire dans le texte ? Si l’usage de l’argot, de dialectes ou d’accents divers donne une plus grande vivacité au texte littéraire (pensons au verbe irrévérencieux de Huckleberry Finn chez Mark Twain, à la langue scots de Robert Burns), certains y voient non une résistance à l’ossification du langage mais un risque de dévitalisation de cette langue mouvante. La lutte contre le langage institué nous renvoie aussi à la place des langues dites vernaculaires dans les littératures postcoloniales, souvent créées dans un contexte multilingue. On pourra se demander si « vernaculariser » l’anglais signifie retourner la langue contre elle-même, créer un idiome poétique pluriel, ou bien créer un effet d’exotisme. Comment l’anglais « standard » fait-il place à d’autres langues en son sein ?

Enfin, émerge une perspective plus spécifiquement esthétique et générique. D’une part il est des genres dits vulgaires en littérature (romans de gares, policiers, à l’eau de rose, feuilletons à sensations) et dans les arts visuels (hiérarchie des genres théorisée au XVIIe siècle); d’autre part les codes associés à de tels genres (obscénité, sentimentalité jugée excessive...) discréditent des objets autrement légitimes. Ces genres et ces codes exclus de la culture noble peuvent néanmoins faire l’objet de récupérations esthétiques fécondes (on pense à l’esthétique trash ou camp, ou bien à Hogarth et sa promotion de l’école anglaise à travers la reconnaissance de genres mineurs comme la satire ou la caricature).

Invité d’honneur : Jonathon Green, lexicographe de l’argot et auteur du Green’s Dictionary of Slang

Conditions de soumission

Les approches de la littérature et des arts visuels puisant dans d’autres disciplines (philosophie, sociologie, linguistique/lexicologique …) seront particulièrement appréciées.

Les propositions (300 mots maximum), en français ou en anglais, accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique devront être adressées à l’adresse e-mail suivante : laboratoire.ovale@gmail.com.

Durée des communications : 20 minutes.

Date limite d’envoi des propositions : 19 mars

Date de réponse: à partir du 28 mars

Bibliographie

  • BERNSTEIN, Susan D., MICHIE, Elsie B.(eds). Victorian Vulgarity: Taste in Verbal and Visual Culture, Farnham, Ashgate, 2009.
  • BRADSHAW David, POTTER Rachel (eds.). Prudes on the Prowl, Fiction and Obscenity in England, 1850 to the Present Day, Oxford University Press, Oxford, 2013.
  • GREEN, Jonathon. The Vulgar Tongue: Green’s History of Slang, Oxford University Press, Oxford, 2015.
  • HUXLEY, Aldous. “Vulgarity in Literature” (1930), in Music at Night, Chatto and Windus, Londres, 1949.
  • LEWIS C.S. Studies in Words, Cambridge University Press, Cambridge, 1960.
  • RUSKIN, John. "Of Vulgarity" in The Complete Works of John Ruskin, Crowell & Co, New York, 1900.
  • SONTAG, Susan. “Notes on ‘Camp’” (1964), in Against Interpretation and Other Essays, Farrar, Straus and Giroux, New York, 1966.

Une bibliographie plus fournie est disponible sur le carnet hypothèse du laboratoire : http://ovale.hypotheses.org/ovale-2017-2018

Modalités et contact

La journée est ouverte à tous.

Une partie des communications fera l’objet d’une publication dans la revue en ligne de VALE Sillages Critiques.

La journée se déroulera à la Maison de la Recherche de Paris-Sorbonne (28 rue Serpente, 75006 Paris).

Contact : laboratoire.ovale@gmail.com

URL de référence:

Comité de sélection

  • Charlotte Arnautou, doctorante membre du bureau d’OVALE
  • Marianne Hillion, doctorante membre du bureau d’OVALE
  • Clara Manco, doctorante membres du bureau d’OVALE,
  • ainsi que des Professeurs Élisabeth Angel-Perez, Frédéric Regard et Alexis Tadié.

Lieux

  • Amphithéâtre Chasle - Sorbonne Université - Faculté des lettres, 1 Rue Victor Cousin
    Paris, France (75005)

Dates

  • lundi 19 mars 2018

Mots-clés

  • vulgaire, vulgarité, populaire, esthétique, commun, censure, obscène

Contacts

  • Marianne Hillion
    courriel : laboratoire [dot] ovale [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Marianne Hillion
    courriel : laboratoire [dot] ovale [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le vulgaire dans la littérature et les arts visuels du monde anglophone », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 16 mars 2018, https://calenda.org/436877

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