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Les doctrines religieuses sont-elles condamnées à s’opposer ?

Are religious doctrines doomed to confrontation?

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Publié le mercredi 21 mars 2018 par Elsa Zotian

Résumé

Les religions sont-elles condamnées à s’opposer et à être source de conflits en raison de la diversité et du caractère souvent contradictoire de leurs doctrines ? Lorsqu’elles sont missionnaires et prétendent détenir la vérité sur Dieu, le monde et l’homme, le caractère systématique de leurs énoncés théologiques et juridiques qui excluent les autres systèmes ne redouble-t-il pas ces conflits ? Comment dans ces conditions le dialogue interreligieux pourrait-il aller au-delà des rencontres et du dialogue de vie ? Peut-on penser du point de vue théologique une ouverture à l’autre qui assoie l’unité entre les religions, leur communion et leur réconciliation au niveau de la doctrine sans obliger chacune à renoncer aux énoncés de sa foi ?

Annonce

Argumentaire

Les religions sont-elles condamnées à s’opposer et à être source de conflits en raison de la diversité et du caractère souvent contradictoire de leurs doctrines ? Lorsqu’elles sont missionnaires et prétendent détenir la vérité sur Dieu, le monde et l’homme, le caractère systématique de leurs énoncés théologiques et juridiques qui excluent les autres systèmes ne redouble-t-il pas ces conflits ? Comment dans ces conditions le dialogue interreligieux pourrait-il aller au-delà des rencontres et du dialogue de vie ? Peut-on penser du point de vue théologique une ouverture à l’autre qui assoie l’unité entre les religions, leur communion et leur réconciliation au niveau de la doctrine sans obliger chacune à renoncer aux énoncés de sa foi[1] ?

Face à une lecture de la religion comme un ensemble intangible de propositions informatives et normatives, conduisant à un schéma exclusiviste, des théologiens ont depuis le Concile Vatican II proposé un modèle pluraliste. Ils ont cru reconnaître une même expérience de la transcendance, partagée par les différentes religions. Cependant, cela les a conduits à relativiser les énoncés doctrinaux en en faisant des expressions différentes d’une expérience commune. Mais ce modèle théologique a fait l’objet d’une remise en cause dans la mesure où il n’honore pas les noyaux doctrinaux de chaque religion. Pour le christianisme, il relativise indûment la place du Christ comme unique Médiateur.

Au-delà des modèles exclusivistes, comment alors avancer une théologie des religions qui permette d’asseoir et de promouvoir un dialogue interreligieux sans tomber ni dans l’annexion de l’autre (Daniélou et la théorie de l’accomplissement ou Rahner et les chrétiens anonymes), bien dénoncée par exemple par E. Levinas comme dévoration de l’autre par l’ego, ni dans la relativisation du spécifique de chaque religion (approche pluraliste) ? Peut-on penser un « lieu-tiers » ou un langage neutre, ou un divine eye-view pour réconcilier les religions (pluralisme libéral) ou convient-il de s’y opposer absolument pour accepter le caractère fragmenté de nos situations respectives[2] ?

Pour envisager ces questions fondamentales qui concernent tous les acteurs impliqués dans le dialogue interreligieux ou la théologie du pluralisme religieux, notre colloque se propose d’interroger le théologien luthérien George Lindbeck et d’évaluer si les principes qu’il avance pour repenser l’œcuménisme sont transposables au niveau de l’inter-religieux. En effet, conscient de l’enjeu des différences doctrinales entre les églises chrétiennes, Lindbeck a questionné la nature d’une doctrine et a proposé un modèle post-libéral privilégiant la praxis, l’articulation entre l’action et le langage, la réactivation et la réadaptation constante des identités. Il a proposé une approche culturo-linguistique qui permet de penser et construire l’œcuménisme. Selon Lindbeck lui-même, pour être vrai, son approche doit aussi se confronter à la question du pluralisme religieux. Il s’agira donc d’approcher la théologie de Lindbeck et d’interroger sa méthode, son épistémologie, le cadre anthropologique et philosophique proposé, pour penser les différences doctrinales entre les différentes religions comme des ressources garantes d’une fécondité qui permet à chaque religion de se repenser, de se redéfinir et d’envisager, d’encourager et de garantir une communion sans capitulation. On mobilisera d’autres théologiens partageant la question de Lindbeck mais aussi comment d’autres traditions religieuses ont pu aborder ce questionnement.  

En suivant Lindbeck dans La nature des doctrines, et ses articles postérieurs, les communications pourront traiter  les questions suivantes :

  • Le lien entre l’œcuménisme et l’interreligieux : dans quelle mesure les principes théologiques adoptés pour penser l’œcuménisme doivent et peuvent être transposés à une théologie des religions.
  • Le statut du texte de chaque tradition religieuse et la question de l’absorption
  • Le principe de charité de Donald Davidson[3] appliqué au dialogue interreligieux.
  • Le rapport entre le singulier d’une doctrine et l’universel d’une tradition religieuse
  • La nature d’une doctrine ou comment redéfinir la religion
  • La notion de réconciliation sans capitulation appliqué à l’interreligieux
  • L’articulation entre doctrine et vérité
  • Les conditions théologiques du respect mutuel des religions 
  • La portée, la fécondité et les perspectives du paradigme culturo-linguistique de Lindbeck pour le dialogue des religions
  • Où penser l’interreligieux : au niveau des religions ou des individus
  • L’approche de la Bible et des textes sacrés des religions
  • Le traitement du conflit doctrinal par les traditions religieuses

[1] Lindbeck parle de « réconciliation doctrinale sans capitulation » dans George Lindbeck, La nature des doctrines. Religion et théologie à l’âge du post-libéralisme, Paris, Van Dieren, 2003 (1984), p. 17.

[2] Voir à ce sujet le débat de Tracy avec Derrida : David Tracy, « Fragments: The Spiritual Situation of Our Times », in God, the Gift, and Postmodernism, édité par John D. Caputo et Michael J. Scanlon, Indiana Series in the Philosophy of Religion. Bloomington, IN, Indiana University Press, 1999, p. 170-184.

[3] Donald Davidson, "Ch. 13: On the Very Idea of a Conceptual Scheme". Inquiries into Truth and Interpretation. Oxford: Clarendon Press, 1984 [1974].

Conditions de coumission

Les propositions de communications doivent être adressées à l’adresse : e.pisani@icp.fr.

avant le 1er juin 2018

Elles comprendront :

  • le titre de la communication proposée ;
  • un résumé de 400 mots maximum ;
  • une courte biographie du communiquant.

Les réponses à l’appel à communication seront transmises avant la date du 15 juillet.

Le colloque aura lieu les 11 et 12 avril 2019.

Bibliographie

  • Bitter, Jean-Nicolas, Les Dieux Embusqués. Une approche pragmatique de la dimension religieuse des conflits, Genève, Paris, Librairie Droz, 2003.
  • Boss Marc, Gilles Emery et Pierre Gisel (éd), Postlibéalisme ? La théologie de George Lindbeck et sa réception, Genève 2004.
  • Chéno, Rémi, Dieu au pluriel. Penser les religions, Paris, Cerf, 2017.
  • DiNoia, Joseph, The Diversity of Religions: A Christian Perspective. Washington, D.C.: Catholic University of America Press, 1992.
  • Eckerstorfer, Andreas, Kirche in der postmodernen Welt: Der Beitrag George Lindbecks zu einer neuen Verhältnisbestimmung, Tyrolia Verlagsanstalt Gm, 2001.
  • Gorazd Andrejč, Wittgenstein and Interreligious Disagreement: A Philosophical and Theological Perspective, Palgrave MacMillan, 2016.  
  • Kasper, Walter, « Postmoderne Dogmatik ? Zu einer neueren nordamerikanischen Grundlagendiskussion », dans L. Ruppert, dir., Der Weg zum Menschen : Zur philosophischen und theologischen Anthropologie. Festschrift f. A. Deissler, Freiburg, Basel, Wien, Herder, 1989, (Walter Kasper, « Postmodern Dogmatics : Toward a Renewed Discussion of Foundations in North America », Communio : International Catholic Review, 17 [1990],
  • Lindbeck, George, The Nature of Doctrine. Religion and Theology in a Postliberal Age. Philadelphia: Westminster Press, 1984.
  • Lindbeck, George, « Relations interreligieuses et œcuménisme. Le chapitre 3 de La nature des doctrines revisité », dans Boss Marc, Gilles Emery et Pierre Gisel (éd), Postlibéalisme? La théologie de George Lindbeck et sa réception, Genève 2004, p. 183-203.
  • Lints, Richard, “The Postpositivist Choice: Tracy or Lindbeck?” In Journal of the American Academy of Religion, 61, 1993, p. 655-77.
  • Marshall, Bruce D., “Aquinas as Postliberal Theologian.” in The Thomist,1989, 53, 3, p. 353–402.
  • Surin, Kenneth, “’Many Religions and the One True Faith’: An Examination of Lindbeck’s Chapter Three.” in Modern Theology, 1988, 4, p. 187-208.
  • Tilley, Terrence W., “Incommensurability, Intratextuality, and Fideism.” In Modern Theology, 5, no. 2 (January), 1989, p. 87-111.
  • Tracy, David, “Lindbeck’s New Program for Theology: A Reflection” in The Thomist, 49, 1985, p. 460-72.

Comité scientifique

  • Dr. Emmanuel Pisani, ICP
  • Dr. Catherine Marin, ICP
  • Dr. Laurence Deffayet, ICP
  • Dr. Anne-Sophie Vivier-Muresan, ICP
  • Dr. Ysé Tardan-Masquelier, ICP

Lieux

  • 21 rue d'Assas
    Paris, France (75)

Dates

  • vendredi 01 juin 2018

Mots-clés

  • Lindbeck, œcuménisme, doctrines

Contacts

  • Emmanuel Pisani
    courriel : e [dot] pisani [at] icp [dot] fr

Source de l'information

  • Emmanuel Pisani
    courriel : e [dot] pisani [at] icp [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les doctrines religieuses sont-elles condamnées à s’opposer ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 21 mars 2018, https://calenda.org/436973

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