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Mai 1958 en Corse

May 1958 in Corsica

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Publié le mercredi 21 mars 2018 par Elsa Zotian

Résumé

La revue Études Corses, en partenariat avec le Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (Université de Nice – Sophia Antipolis) et l’UMR-Lisa (Lieux, Identités, eSpaces et Activités, Université de Corse – Pascal Paoli), organise une journée d’étude autour des évènements de mai 1958 en Corse, afin d’éclairer des lumières de la recherche récente un épisode méconnu de l’histoire de la Quatrième République et de la guerre d’Algérie. Pour comprendre le ralliement apparent des autorités civiles et militaires de l’île au pouvoir insurrectionnel d’Alger, dans le cadre de l’opération Résurrection, cette journée d’études propose de revenir sur les rapports entre la France, la Corse et l’Algérie durant la période de la décolonisation, sur la contribution insulaire à la séquence plus générale qui voit la chute de la Cinquième République et l’avènement du régime gaulliste, et enfin sur les conséquences locales de ces évènements dans la période immédiatement postérieure à 1958.

Annonce

Argumentaire

La première phase de l’Opération Résurrection, qui débute le 24 mai 1958, vise à étendre à la Corse les effets du coup d’Etat du 13 mai en Algérie, et ainsi, en rapprochant la menace d’opération militaire de la métropole (deuxième phase, annulée après la chute du gouvernement Pflimlin), à accélérer les effets attendus en ce qui concerne la nomination d’un nouveau gouvernement. Elle aboutit à la prise de contrôle civile et militaire de l’île, avec établissement d’un second comité de salut public.

Comment comprendre ce ralliement de la Corse au mouvement d’Alger, dont les contemporains ont eux-mêmes eu du mal à percevoir les ressorts (Pierre Pflimlin déclare ainsi sur les ondes de la RTF que « l’insubordination des Algériens était compréhensible » mais que « la rébellion des Corses est inexcusable ») ?

A l’exception d’un ouvrage de Paul Silvani[1], ainsi que des chapitres consacrés à cette période dans des ouvrages aux thématiques plus larges[2], les évènements de mai 1958 en Corse n’ont fait à ce jour l’objet d’aucune publication scientifique, tandis que les récits journalistes et témoignages des acteurs sur le sujet[3] se font naturellement plus rares. Plus généralement d’ailleurs, c’est l’ensemble des évènements métropolitains liés à la guerre d’Algérie qui, en dehors de quelques cas paroxystiques (massacre du 17 octobre 1961 par exemple), souffrent d’une sous-représentation historiographique à laquelle a commencé à remédier un ouvrage dirigé par Raphaelle Branche et Sylvie Thénault[4] rassemblant une compilation d’approches locales (voire « provinciales ») de la guerre d’Algérie dans l’Hexagone.

Les évènements corses de mai 1958 n’y ont cependant pas trouvé place, faute de travaux spécifiques existant sur le sujet, et peut-être aussi parce que mai 1958 constitue l’un de ces moments qui tendent à confirmer la position ambiguë de l’île dans l’ensemble national, à mi-chemin entre l’espace métropolitain proprement dit et l’espace impérial. Sans doute aussi faut-il renvoyer, pour expliquer que l’histoire de cette crise de mai 1958 reste encore largement à écrire, à la volonté de la Cinquième république gaullienne de dépasser au plus vite la division du corps national, mais aussi d’occulter, au moins en partie, les circonstances exactes dans lesquelles elle survient afin de ne pas donner prise à la critique du nouveau régime. De ce point de vue, l’ouverture progressive des archives publiques, mais aussi privées, réserve peut-être encore des découvertes.

« Est-il sûr, s’interroge l’historien Gilles Meynier, qu’il existe une histoire – des histoires-provinciales [de la guerre d’Algérie] si distinctes de celle de Paris ? »[5]. Les organisateurs de cette journée d’étude font l’hypothèse que, malgré le récit souvent anecdotique qui en est fait, en marge de l’histoire de la guerre d’Algérie et de l’effondrement de la Quatrième république, la supposée "insurrection" insulaire de mai 1958 est riche d'enseignements sur au moins trois points. D'une part sur l'évolution des relations entre l'Algérie, la Métropole et cet « entre-deux » que constitue la Corse, au cours de la guerre et notamment au tournant de 1958. D'autre part sur les conditions de mise en œuvre effective du retour au pouvoir du général de Gaulle, à travers les acteurs qui sont "à la manœuvre" durant ces évènements, entre Alger, Paris et la Corse. Et enfin, en ouvrant un peu la perspective, sur les conséquences que ce retour au pouvoir, dans ces circonstances particulières, aura sur les relations à venir entre la Corse et la France après 1962.

Alors que l’année 2018 marque le soixantenaire de ces évènements, le temps semble venu d’y consacrer un temps de réflexion plus approfondi. La journée d’études « Mai 1958 en Corse » lance donc un appel à contributions sur les axes suivants.

Axes thématiques

Axe 1.  La Corse entre l’Algérie et la France

La position géographique de l’île renvoie à un questionnement plus large quant à une fonction intermédiaire de la Corse entre la France et ses colonies. On pense ici d’abord à la présence coloniale ancienne et nombreuse des Corses en Algérie, dans l’administration civile et le colonat, mais aussi plus particulièrement à leur présence militaire entre 1954 et 1962, tant dans le contingent que dans l’armée de métier. Les approches démographiques ainsi que l’étude des migrations, surtout en ce qui concerne la période mal connue des années postérieures à la Seconde guerre mondiale, viendront complémenter les études d’histoire sociale, économique, etc., renvoyant à l’identification de figures ou de groupes emblématiques de la présence corse en Algérie. Les militaires, mais aussi les étudiants, militants politiques ou associatifs, fonctionnaires, élus et notables d’origine corse installés en Algérie, ou passés par l’Algérie avant d’exercer en Corse, constituent en effet le vivier dans lequel se recrutent une partie des acteurs des évènements de mai 1958 et pourront être abordés dans une approche biographique ou prosopographique.

On explorera aussi dans cet axe l’idée que les modalités d’intégration de la Corse à l’ensemble national aux XIXe et XXe siècles peuvent la constituer en « entre-deux » (sociologique, institutionnel et en termes de représentations collectives) au sein d’un espace national-impérial envisagé comme non-dichotomique. On peut ici penser à des études sur les représentations de la Corse dans l’espace impérial sur des supports divers (pédagogiques, médiatiques, publicitaires, littéraires) comme à des études comparatistes plus quantitatives sur des critères socio-économiques, ainsi qu’à l’usage qui est fait de ces représentations et de ces données dans le cadre des politiques de développement et de « mise en valeur » lancées dans l’île au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Axe 2. Mai 1958 en Corse : une insurrection d’opérette ?

Si le déroulement des évènements de la fin du mois de mai est globalement connu, les propositions présentées dans cet axe devront viser à en éclairer un ou plusieurs épisodes de manière plus détaillée. On pourra ainsi privilégier le point de vue de certains acteurs : les évènements vécus par Sébastien de Casalta retranché dans la mairie de Bastia ne sont pas ceux perçus par le préfet Marcel Savreux assigné à résidence à Vizzavona ; de même que le récit de ces journées par les initiateurs du mouvement, en Corse comme en Algérie, voire en Métropole, n’est pas identique à celui qu’en donne alors la presse, ni au souvenir qu’en ont conservé les témoins non impliqués dans l’action. Une autre manière d’aborder cette exploration factuelle de mai 1958 en Corse est d’ailleurs de s’interroger sur l’inscription géographique de l’ « insurrection » dans et en dehors des grands centres administratifs de l’île, ainsi que sur les liens maintenus (ou non) avec l’Algérie et la Métropole. Ces interrogations en déclenchent d’ailleurs d’autres quant aux supports de diffusion (presse écrite, radio, canaux institutionnels et informels) qui permettent alors d’informer les décideurs et le public des évènements en cours.

Un des enjeux majeurs de cette journée d’étude est aussi d’évaluer le rôle joué par l’épisode corse dans la séquence plus large qui marque la chute de la Quatrième République, le retour du Général de Gaulle au pouvoir, et le tournant que cela annonce dans la guerre d’Algérie. Où et par qui le ralliement de la Corse aux putschistes d’Alger a-t-il été planifié ? Quelle était sa fonction dans un plan plus général ? Les objectifs visés ont-ils été atteints ? Faut-il y voir un moyen de « sonder » l’opinion métropolitaine afin de s’assurer de la portée de son soutien aux propositions portées par les réseaux gaullistes ? Ou au contraire une provocation destinée à précipiter les évènements en laissant croire à une extension imminente du conflit à la Métropole ? Comment apprécier par exemple l’impact que l’attitude d’impuissance, sinon de complaisance, des représentants civils et militaires de la Quatrième République a pu avoir sur le devenir immédiat de ce régime ? Comment les différentes forces politiques locales se positionnent-elles face aux évènements, et y a-t-il de ce point de vue cohérence entre l’attitude des responsables politiques et celle de la base ? Comment comprendre aussi la réaction de la population insulaire durant ces quelques jours d’ « insurrection » et comment, en termes méthodologiques, parvenir à la saisir dans sa complexité ? Toutes les interprétations possibles peuvent ici être retenues pour analyse, en particulier si elles parviennent à dépasser celle, trop souvent avancée, d’un évènement anecdotique, voire folklorique, qui a nourri l’existence d’un « angle mort » insulaire sur les évènements de mai 1958 auquel la journée d’études souhaite commencer à remédier.

Cette journée d’études pourra également constituer une opportunité pour développer des approches comparatistes des évènements de mai 1958 à travers des sources variées. On pourra ainsi comparer les témoignages « à chaud » des acteurs, comme Pascal Arrighi, et ceux plus tardifs ou distanciés de M. Savreux, J. Moch, O. Guichard, Thomazo, Massu, Salan… La liste des témoignages ayant fait l’objet de publications ou livrés sous forme d’interviews est loin d’être exhaustive et leur recensement pourra d’ailleurs faire l’objet d’une communication. Une autre voie à explorer est celle de la presse locale, nationale, coloniale et internationale qui suit avec intérêt l’actualité française de 1958. Enfin, la visite du général De Gaulle en Corse le 3 octobre 1958 pourra être utilement comparée, dans sa thématique et sa tonalité, aux voyages présidentiels antérieurs ou ultérieurs dans l’île.

Axe 3. 1958 et après : l’impact de la décolonisation dans les relations entre la Corse, le Maghreb et la métropole

Enfin, il s’agira d’explorer les conséquences que les évènements de mai 1958 ont pu avoir au cours des deux décennies qui suivent. Ces deux décennies couvrent en effet la période qui, dans une histoire croisée franco-corse, voient simultanément l’achèvement du processus de décolonisation et la montée en puissance du discours régionaliste et nationaliste dans l’île.  La mise en relation de ces deux phénomènes a vocation à être analysée, en privilégiant les approches concrètes comme le rapatriement dans l’île de certaines fonctions coloniales (installation de la légion étrangère, projet de centre d’expérimentation de l’Argentella…), les phénomènes démographiques (arrivée des rapatriés et harkis algériens en 1961-62, immigration en provenance du Maghreb dans les années 1960 et 70), la reconversion des anciens « coloniaux » dans l’administration et la société civile insulaire, mais aussi le réinvestissement institutionnel et politique du vocabulaire colonial (du côté de l’Etat, notamment autour de la notion de « mise en valeur » dans le domaine agricole) comme du discours anticolonialiste (du côté des mouvements contestataires, telle que l’identification explicite de la situation corse à une situation coloniale proposée par le Front Régionaliste Corse dans Main basse sur une île  en 1971).

Dans cet axe ont aussi vocation à s’inscrire des propositions concernant l’image du Général de Gaulle et l’importance politique du gaullisme en Corse sous la Cinquième république ; le parcours et les éventuelles reconversions, dans la politique locale et nationale, des acteurs corses de mai 1958 en Corse, tant les putschistes (Pascal Arrighi, Jean Baptiste Biaggi, Jean-Jacques Susini) que de ceux qui se sont opposés à eux ; ou encore les traces mémorielles (toponymie, plaques commémoratives…) de ces évènements.

Conditions de soumission

La date limite de réception des propositions est fixée au 15 juin 2018.

Les propositions de communication (3000 à 5000 signes, accompagnées d’une courte biographie), doivent être envoyées à etudes.corses@orange.fr

La journée d’études aura lieu en Corse dans la deuxième moitié du mois d’octobre 2018 (date et lieux à venir)

Comité d’organisation

  • Jérémy GUEDJ (CMMC – Université de Nice),
    Jean-Paul PELEGRINETTI (CMMC – Université de Nice),
    Vanina PROFIZI (Sciences Po),
    Didier REY (UMR-LISA, Université de Corse),
    Pierre RICCARDI (Association des Chercheurs en Sciences Humaines – Domaine Corse),
    Ange ROVERE (CTHS - Association des Chercheurs en Sciences Humaines – Domaine Corse)

[1] SILVANI Paul, Les complots d’Ajaccio. Mai 1958, Albiana, 2009

[2] PELEGRINETTI Jean-Paul et ROVERE Ange, La Corse et la République. La vie politique de la fin du Second Empire au début du XXIe siècle, Seuil, 2004 ; Le Mémorial des Corses, t. V, 1979

[3] BROMBERGER Serge et Merry, Les 13 complots du 13 mai, Fayard, 1959 ; ARRIGHI Pascal, La Corse atout décisif, Plon, 1958 ; SAVREUX Marcel, Le préfet, homme à tout faire de la République, Ed. Alain Lefeuvre, 1977 ; MOCH Jules, Une si longue vie, R. Laffont, 1976

[4] BRANCHE Raphaelle et THENAULT Sylvie, La France en guerre 1954-1962. Expériences métropolitaines de la guerre d’indépendance algérienne, Autrement, 2008

[5] MEYNIER Gilbert, «BRANCHE Raphaëlle, THENAULT Sylvie (dir), La France en guerre 1954-1962. Expériences métropolitaines de la guerre d’indépendance algérienne, Paris, Autrement, 2008, 506 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [en ligne], 126 / novembre 2009, mis en ligne le 04 septembre 2009. URL : http/journals.openedition.org/remmm/6299

Lieux

  • Corte, France (2B)

Dates

  • vendredi 15 juin 2018

Mots-clés

  • Corse, Corsica, guerre d’Algérie, Quatrième République, Cinquième République, gaullisme, crise,complot, 11e Choc, préfet, opération résurrection

Contacts

  • Vanina Profizi
    courriel : etudes [dot] corses [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • corses Études
    courriel : etudes [dot] corses [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Mai 1958 en Corse », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 21 mars 2018, https://calenda.org/436991

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