AccueilLes innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique

Les innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique

Innovations in higher education in Africa

*  *  *

Publié le lundi 23 avril 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Cet appel à contribution invite chercheurs et praticiens universitaires à réfléchir sur l’innovation dans l’enseignement supérieur en Afrique. Car, comme le montrent Affa’a, Grisé et Verna (2003), en dehors de la pédagogie universitaire, l’innovation est l’une des dimensions les moins explorées de l’enseignement universitaire en Afrique. Pourtant, l’histoire de cet ordre d’enseignement dans ce contexte est jalonnée de réformes et d’initiatives nouvelles dont la particularité est qu’elles sont constitutives des étapes ou strates de cette évolution (Makosso et al. (2009). Comme l’écrit De Ketele (2010), l’image d’une université peu innovante est fausse, en dépit de la traditionalité de ses missions de formation. Ng’ethe Njuguna (2003) explique que l’observation des pratiques, discours et modes de fonctionnement des institutions universitaires montrent qu’ils se nourrissent de nouveautés et d’idées nouvelles.

Annonce

31 juillet 2018

Sous la direction de

Honoré Mimché & Emmanuel Béché

Argumentaire

En dehors de la pédagogie universitaire, l’innovation est l’une des dimensions les moins explorées de l’enseignement supérieur en Afrique (Affa’a, Grisé et Verna, 2003). Pourtant, l’histoire de cet ordre d’enseignement dans ce contexte est jalonnée de réformes et d’initiatives nouvelles dont la particularité est qu’elles sont constitutives des étapes ou strates de cette évolution (Makosso et al. (2009). Comme l’écrit De Ketele (2010), l’image d’une université peu innovante est fausse, en dépit de la traditionalité de ses missions de formation. Ng’ethe Njuguna (2003) explique que l’observation des pratiques, discours et modes de fonctionnement des institutions universitaires montrent qu’ils se nourrissent de nouveautés et d’idées nouvelles. Zaltman, Duncan et Holbeck (1973, p. 13) définissent l’innovation comme « n’importe quel idée, pratique ou artefact matériel perçu comme nouveau pour l’unité d’analyse qui l’adopte ». En contexte de formation, De Landsheere (1970, p. 150) la conçoit comme « toute transformation apportée intentionnellement et systématiquement à un système éducatif, en vue de réviser les objectifs de ce système ou de mieux atteindre et de façon plus durable les objectifs assignés ». Portant sur du nouveau, elle est une modification délibérée, une réponse à une situation insatisfaisante, organisée, modélisée, transformatrice et finalisée (De Ketele, 2010 ; Charlier, Bonamy et Saunders, 2003). Analyser les innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique implique de les scruter sous plusieurs aspects qui peuvent être étudiés de manière isolée, globale, transversale, transnationale ou comparative.

Le premier aspect est relatif aux objets de ces innovations (Cross, 1998, 2000 ; De Ketele, 2010), qui peut être pédagogique, technologique ou de service (Charlier et Peraya, 2003). Dans l’enseignement universitaire, Ng’ethe Njuguna (2003) et Makosso et al. (2009) montrent que l’innovation concerne sa mission, vision, stratégie, financement, gouvernance et développement. Elle a aussi trait à l’assurance qualité, l’enseignement, la formation, la recherche, les services communautaires et la vie étudiante. Les orientations politiques, technologiques, pédagogiques, professionnelles et scientifiques de l’université sont visées. En Afrique, les innovations introduites dans des universités sont les plus souvent décrites en termes de réformes (Bianchini, 2010 ; Makosso et al., 2009). Elles incluent des innovations généralisées comme les grandes réformes universitaires au Maroc en 1990, au Sénégal en 1990, au Cameroun en 1993, en Côte d’Ivoire de 1991 à 1998, en Algérie en 2005, en Tunisie en 2016, etc., ou comme l’adoption du système Licence-Master-Doctorat dans les années 1990-2000 en Afrique du Nord et dans les années 2005-2010 dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne (Banque Mondiale, 1995 ; Bollag, 2003 ; Kokou Amelewonou et al., 2008 ; Moock et Jamison, 1988 ; Makosso, 2006). Ces innovations sont aussi transnationales comme la création des écoles inter-Etats, l’instauration des concours d’agrégations et des jurys interafricains et l’élaboration des instruments juridiques d’équivalence (Makosso et al., 2009) ou circonscrites à l’intérieur d’un pays voire d’une université ou d’un programme (Arvanitis, M’Henni, et Tsipouri, 2009). Sous ce premier axe, le présent appel invite à réfléchir autour des questions suivantes :

  • Peut-on parler de l’historique des innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique comme Le Cross (1996) le fait concernant la France ?
  • Les réformes universitaires africaines peuvent-elles être analysées comme des innovations ?
  • Outre l’analyse de la pertinence, de l’acceptabilité et de l’utilité des objets de ces innovations, quelles en sont les logiques d’offre et d’usage ?
  • Quelles sont les représentations du concepteur, de l’utilisateur, de l’université et de la société qui sont construites et véhiculées via ces innovations ?
  • Quels en sont les sens et significations ?
  • Quelles sont les contributions de l’enseignement supérieur privé à la dynamique du champ universitaire en Afrique (Tsafack Nanfoss, 2006) ?

Le second axe de réflexion auquel invite cet appel à contribution porte sur les mobiles et facteurs des innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique. Charlier et Peraya (2003) précisent d’ailleurs que dans l’éducation, l’innovation est toujours un changement intentionnel. Le cas particulier des universités africaines est parlant sur ce point : les innovations ont toujours été consécutives à des crises préalablement identifiées. Parmi ces crises qui les ont suscitées, les recherches (Banque Mondiale, 1995 ; Bollag, 2003 ; De Ketele, 2010 ; Kokou Amelewonou et al., 2010 ; Materu, 2007 ; Maingari, 1997 ; Makosso, 2006 ; Makosso et al. 2009 ; Martin, 2012 ; Michaela, 2014) évoquent la massification étudiante, l’insuffisance et la détérioration des infrastructures, les marges budgétaires réduites, la dégradation de la qualité de la formation et de la recherche, l’inégalité d’accès à l’enseignement supérieur, le déficit des ressources technologiques et documentaires, l’insuffisante qualification des ressources humaines et l’inadéquation formation-emploi. Makosso et al. (2009) résument ces crises multiformes en quatre types de problème : de pertinence, de qualité, de gestion et de financement, et concluent qu’elles créent dans les politiques de décision une conscience accrue des besoins de réformer. Certes la littérature scientifique insiste largement sur ces crises, mais l’on peut aussi revisiter la lecture de ces crises dans une perspective épistémologique et critique:

  • Quelles sont les origines des crises qui conditionnent l’entrée des réformes et innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique ?
  • Est-il possible de relire ces crises au prisme de la géopolitique actuelle de la mondialisation de l’éducation ?
  • Pourquoi ces crises persistent-elles en dépit des réformes engagées ?
  • Quelles analyses transversales ou comparatives, historiques ou blongitudinales peut-on faire des crises universitaires africaines ?
  • Quelles sont les spécificités nationales et sous-régionales des lacunes qui gouvernent la conduite des réformes dans les universités en Afrique ?

Le troisième axe de réflexion de cet appel à papier concerne l’implémentation et les effets des réformes et innovations dans l’enseignement supérieure en Afrique. Si Bollag (2003) cite l’Université de Dar es Salaam et l'Institut de Science et de Technologie de Kigali comme des exemples des innovations auto-initiées, certains chercheurs comme Djouda Feudjio (2009),Affa’a et Des Lierres (2002), Kemayou (2012) et Makosso et al. (2009) soulignent surtout leur caractère importé et exogène. Ces derniers montrent aussi que bien que la plupart des innovations dans l’enseignement supérieur africain marquent l’internationalisation et la globalisation de l’éducation, elles s’avèrent insuffisamment préparées et mises en œuvre dans un environnement éclaté et précaire (Eury,  2002 ; Moock, et Jamison, 1988). Concernant les acteurs des innovations dans les universités africaines, Affa’a, Grisé et Verna (2003)  et Makosso et al. (2009) soulignent l’importance de l’intervention des organismes et experts étrangers. En termes de résultats, la littérature scientifique s’accorde sur l’écart entre les discours officiels et les réalités sur le terrain (Bollag, 2003 ; Chindji Mediebou et Tchotsoua, 2013 ; Sall et Oanda, 2014 ; Teferra Damtew, 2014). A ce niveau donc, cet appel à contribution à réfléchir autour des points suivants :

  • La conception et l’élaboration des innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique
  • La mise en œuvre de ces innovations sur le terrain
  • Leurs acteurs, évaluations et résultats
  • Leurs gestion, management et survie
  • L’articulation entre les discours d’en haut et ceux d’en bas
  • La réception de ces innovations par les acteurs finaux
  • Les approches et modèles d’innovation dans les universités africaines
  • L’africanisation et l’internationalisation des réformes universitaires en Afrique (Okeke Chinedu, 2010).
  • L’articulation des outputs de ces innovations aux besoins locaux des sociétés africaines

Au-delà des axes ainsi présentés, cet appel à contribution accepte toute autre réflexion qui tourne autour de la question des innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique.

Modalités de soumission

Les textes entiers de chapitre, écrits en Time New Roman, taille 12, ne dépassant pas 7500 mots, sont attendus au plus tard le :

30 septembre 2018

aux adresses suivantes :

  • beche@beche-emmanuel.com
  • h_mimche@hotmail.com

NB : Les citations et références bibliographiques doivent être écrites suivant la méthode d’APA 6e édition.

Comité scientifique

  • Akibodé Koffi Ayéchoro, Université de Lomé
  • Amouzouvi Hippolyte, Université d’Abomey-Calavi
  • Atimé Agnou, Université des Lettres, Langues et sciences sociales de Bamako
  • Béché Emmanuel, Université de Maroua
  • Dili Palai Clément, Université de Maroua
  • Fonkoua Pierre, Université de Yaoundé 1
  • Mimché Honoré, Université de Yaoundé 2
  • Issa Djarangar Djita, Université de N’Djamena
  • Khalil Alio, Université de N’Djamena
  • Kouame Fernand K, Université Félix Houphouet-Boigny
  • Cheikh Tidiane Sall, Université Cheikh Anta Diop
  • Tindaogo Vallean, Université de Koudougou
  • Mbala Zé Barnabé, Université de Yaoundé 1
  • Michel Tchotsoua, Professeur, Université de Ngaoundéré
  • Onguéné Essono Louis Martin, Université de Yaoundé 1
  • Patrick Houessou Maître de Conférences (CAMES), Université d’Abomey-Calavi
  • Saibou Issa, Université de Maroua
  • Taguem Fah Gilbert, Université de Bamenda
  • Tamba Doumbia, Université des Lettres, Langues et sciences sociales de Bamako
  • Yapi-Diahou Alphonse, ENS d’Abidjan
  • Zambo Bélinga Joseph Marie, Université de Yaoundé 1

Comité de rédaction

  • Béché Emmanuel, Université de Maroua
  • Mimché Honoré, Université de Yaoundé 2

Références bibliographiques citées

Affa’a F- M., Grisé, J. et Verna, G. (2003). A propos de quelques obstacles à la mise en œuvre du plan stratégique de développement de l’enseignement supérieur du Cameroun. Université Laval, Canada.

Arvanitis, R., M’Henni, H. et Tsipouri, L. (2009). Existe-t-il une gouvernance des systèmes d'innovation en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ? Maghreb - Machrek, 202(4), 65-84.

Banque Mondiale (1995). L’enseignement supérieur : Les leçons de l’expérience. Washington, DC : Banque Mondiale

Bianchini, P. (200). Réformes de l’enseignement et syndicalisme en Afrique francophone.L’Afrique Politique, 181-199.

Bollag,B. (2003, septembre). Amélioration de l'Enseignement supérieur en Afrique sub-saharienne:  Ce qui marche! Rapport de laConférence régionale d’Accra, Ghana. Banque Mondiale : Washington, DC.

Charlier J.-E., Ndoye, A.K.et Croché, S. (2009). Les enjeux du passage des universités d’Afrique subsaharienne au LMD. In J.E. Charlier, S. Croché et K. Abdou Ndoye (dir.). Les universités africaines francophones face au LMD. Les effets du processus de Bologne sur l'enseignement supérieur au-delà des frontières de l'Europe (p. 3-12). Academia : Louvain-la-Neuve.

Charlier, J.-E., Croché, S. et Ndoye, A. K. (2009). Les universités africaines francophones face au LMD. Les effets du processus de Bologne sur l'enseignement supérieur au-delà des frontières de l'Europe. Academia : Louvain-la-Neuve.

ChindjiMediebou et Tchotsoua, M. (2012). Analyse géographique du parcours sciences et techniques. Cas de L’université de Ngaoundéré. JHEA/RESA, 10(2), 119-138.

De Ketele J.-M. (2010). L’innovation pédagogique dans l’enseignement supérieur: Des chemins de traverse aux avenues institutionnelles. Revistaportuguesa de pedagogia, 30, 7-24.

DjoudaFeudjio Y. B. (2009). L’adoption du « système LMD » par les universités du Cameroun : enjeux, contraintes et perspectives. JHEA/RESA, 7(1-2), 141-157.

Eury, X. (2002). La crise de l’enseignement supérieur en Afrique subsaharienne francophone : analyse économique de ses causes et voies possibles de redressement(Thèse de doctorat). Sciences économiques, Université de Dijon.

Kemayou Louis Roger (2012). L’Université de Douala, entre ancrage et désenchantement. JHEA/RESA, 10(2), 95–117.

Kokou Amelewonou et al. (2008). Réformes de l’enseignement supérieur en Afrique : Éléments de cadrage. Pôle de Dakar (UNESCO-BREDA

Maingari Daouda (1997). La professionnalisation de l'enseignement au Cameroun : des sources aux fins. Recherche & Formation,25, 97-112.

Makosso,B. (2006). La crise de l’enseignement supérieur en Afrique francophone: Une analyse pour les cas du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo, et de la Côte d’Ivoire. JHEA/RESA, 4(1), 69-86.

Makosso, B. et al. (2009). Enseignement supérieur en Afrique francophone : Crises, réformes et transformations. Etude comparative entre le Congo, le Cameroun, la Côte d’ivoire et le Burkina Faso. Dakar : CODESRIA.

Martin, M. (2012). La gouvernance dans l’enseignement supérieur : Quelles politiques avec quels effets ? Étude des réformes conduites au :  Burkina Faso, Cameroun, Maroc et Sénégal. Paris : Institut international de la planification de l’éducation, UNESCO.

Martin, M. (dir.). (2014). La gouvernance dans l’enseignement supérieur : quelles politiques, avec quels effets ? Paris : UNESCO.

Materu, P. (2007). Amélioration de l’enseignement supérieur en Afrique subsaharienne. Etat de la question, défis, opportunités et pratiques positives. Banque Mondiale, Région Afrique.

Moock, P., et Jamison, D. (1988). Education in sub-Saharan Africa: Policies of Adjustment, Revitalization and Expansion. World Bank Policy Studies.

Ng’etheNjuguna (2003). Amélioration en matière d’innovations dans l’enseignement supérieur : Les innovations dans les Universités en Afrique  Sub-Saharienne. Institut des Etudes de Développement, Université  de Nairobi, Kenya.

Okeke Chinedu. I. O. (2010). A Neglected Impediment to True Africanisation of African Higher Education Curricula: Same Agenda, Differential Fee Regimes. JHEA/RESA, 8(2), 39-52.

Sall, E.andOanda, I. (2014). Revitalising Higher Education for Africa’s Future. JHEA/RESA, 12(2), 95-107

TsafackNanfoss, R. (2006). La dynamique de l’enseignement supérieur privé au Cameroun. JHEA/RESA, 4(2), 99-122.

Dates

  • dimanche 30 septembre 2018

Mots-clés

  • Afrique, université, innovation, formation, réforme

Contacts

  • Emmanuel Béché
    courriel : beche [at] beche-emmanuel [dot] com

Source de l'information

  • Emmanuel Béché
    courriel : beche [at] beche-emmanuel [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les innovations dans l’enseignement supérieur en Afrique », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 23 avril 2018, https://calenda.org/437029

Archiver cette annonce

  • Google Agenda
  • iCal