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Contre-cartographies dans les Amériques, XVIe-XXIe siècle

Contra-cartografías en las Américas, siglos XVI-XVIII

Counter-mapping in the Americas 16th-21st centuries

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Publié le mercredi 28 mars 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Quels enjeux se trouvent derrière les dynamiques contre-cartographiques dans le contexte des Amériques ? Dans quel contexte les logiques contre-cartographiques peuvent-elles se mettre en place ? Comment se créent-elles et de quelles impulsions émanent-elles ? Quels savoirs sont mobilisés dans les processus d’élaboration contre-cartographique ? Dans quelle mesure parviennent-elles à déjouer les représentations hégémoniques de l’espace ?

Annonce

Contre-cartographies dans les Amériques, XVIème-XXIème siècles.
FLSH Université de Limoges, Laboratoire EHIC, jeudi 7 - vendredi 8 février 2019

Présentation

L’émergence et la consolidation progressive de l’hégémonie de la cartographie en tant qu’outil de représentation de l’espace sont intimement liées au processus de colonisation européen du Nouveau Monde. La rapide expansion du « monde connu » à partir du XVIe siècle a engendré un profond renouvellement de la conception de l’espace et va en effet contribuer au rapide développement d’une science cartographique visant à traduire le monde sous la forme d’une image mobile et mobilisable (Mignolo). La carte se veut dès lors un outil stratégique, un instrument de savoir-pouvoir géopolitique fondamental : pour les Européens qui se lancent à la conquête du continent américain, cartographier ne signifie non pas seulement connaître et rendre intelligible mais aussi domestiquer, soumettre, occulter, contrôler et même contredire l’ordre de la nature. Outils de guerre, outils d’exercice de la souveraineté et d’emprise symbolique et matérielle sur l’espace national, les cartes deviennent des supports essentiels de la puissance gouvernementale des Etats modernes : elles rendent possible l’administration verticale des populations, des territoires et des ressources. Dans les Amériques, la carte, en objectivant le mythe de la terra nullius, a ainsi permis de naturaliser les opérations de dépossession, d’extraction et d’élimination qui ont accompagné l’avancée de la frontière interne et l’intégration progressive des peuples et des espaces à l’ordre de l’État-nation et à la logique du développement. Loin d’avoir disparu, ces processus violents se perpétuent aujourd’hui encore par le biais des nouvelles technologies de cartographie intégrale du monde.

Perçu comme une image analogique qui aspire à garantir un reflet fidèle de la réalité, le discours cartographique (Hartley) ne produit pourtant pas tant une « vision du monde » qu’un monde : il sanctionne, institue, consacre la vision de l’espace qu’il produit tout en oblitérant le rapport de pouvoir qui fonde sa légitimité et sa conformité au réel. Pourtant, si la carte constitue un outil majeur d’inscription territoriale et symbolique du pouvoir hégémonique, elle peut aussi faire l’objet d’un travail de démystification ou de réappropriation de la part des communautés, collectifs et individus qui contestent sa prétention à la description objective de l’ordre spatial. Ainsi, en Amérique, des collectifs minoritaires et/ou subalternes (indigènes, noir.e.s, chicano/as, femmes, LGBT, etc.) ont pu proposer des contre-cartographies qui déconstruisent la vision totalisante des cartes hégémoniques, cherchent à en révéler les enjeux épistémiques, éthiques et politiques sous-jacents et proposent de rendre visible ce qu’elles occultent. La résistance peut aussi prendre la forme d’une critique radicale du primat de la visualité, de la description verticale et désincarnée, et de la rationalité instrumentale qui fonde la représentation cartographique: elle vise alors non pas seulement à déconstruire les principes de vision et de divisions institués par les cartes mais aussi à reconstruire de nouvelles géo-graphies, à faire émerger d’autres rapports cognitifs au territoire, appréhendé comme lieu et support de vie.

De la même façon, les logiques de manipulation, de subversion et de détournement de l’ordre cartographique se situent au cœur d’un imaginaire qu’ont largement contribué à forger auteurs et artistes américains, inscrivant ses représentations dans le champ de la production culturelle. Ses déclinaisons dans les lettres, les arts visuels et performatifs invitent ainsi à l’envisager comme matériau créatif et objet de fiction, induisant, au carrefour des disciplines et des langages, de nouveaux « partages du sensible » (Rancière). C’est ce versant culturel qu’il s’agira également d’explorer à travers des réflexions croisées sur les cartes fictionnelles et métaphoriques, leur construction, leurs effets sur le lecteur ou le spectateur et les transferts éventuels de schémas hégémoniques et/ou contre-hégémoniques d’un monde à un autre. Vue sous cette angle, la carte n’est plus seulement cantonnée au rôle de compagne d’une Histoire globale unifiée (eurocentrique, étatique, patriarcale et capitaliste). Elle peut devenir le moteur d’une pluralisation critique des histoires, des mondes, des subjectivités et des territorialités.

Quels enjeux se trouvent derrière les dynamiques contre-cartographiques dans le contexte des Amériques ? Dans quel contexte les logiques contre-cartographiques peuvent-elles se mettre en place? Comment se créent-elles et de quelles impulsions émanent-elles? Quels savoirs sont mobilisés dans les processus d’élaboration contre-cartographique ? Dans quelle mesure parviennent-elles à déjouer les représentations hégémoniques de l’espace? Ce colloque international se propose d’interroger les mécanismes de l’alliance entre cartes et domination et de sa subversion à travers la notion de contre-cartographie. Ce concept, issu de la géographie radicale (née des mouvements contre-culturels des années 1960 aux Etats-Unis), sera appliqué à d’autres disciplines et entendu dans un sens élargi, diachronique, trans- et pluridisciplinaire pour intégrer la diversité des formes cartographiques (cognitives, sonores, corporelles, artistiques, numériques, etc.) et des politiques de la représentation qui ont pour enjeu la critique des formes hégémoniques de production de l’espace.

Les propositions pourront s’intégrer dans les axes suivants (liste non exhaustive):
  • Cartographie critique et radicale (militante, décoloniale, féministe,  écologiste...)
  • Logiques contre-étatiques et anti-impérialistes: cartographies alternatives
  • Questionnements géopolitiques sur les sphères d’influence (mouvances, flux migratoires, frontières etc.)
  • Remise en question et redéfinition des géographies culturelles et/ou linguistiques
  • Cartographies des mondes souterrains (mafias, contrebandiers, hackers…)
  • Détournement et déconstruction des cartes dans les arts et les lettres
  • Contre-cartographies numériques
Les propositions devront être limitées à 500 mots et être accompagnées d’une courte biographie de leur auteur (200 mots) à envoyer avant le 15 septembre 2018 à diane.bracco@unilim.fr et lucie.genay@unilim.fr
 
Date de réponse : 30 octobre 2018
Langues du colloque : français, anglais, espagnol. Le colloque donnera lieu à la publication d’un ouvrage en français aux Presses Universitaires de Limoges. La traduction des articles en anglais ou en espagnol devra être prise en charge par l’auteur.e.

Comité organisateur et scientifique :

  • Diane Bracco (études culturelles hispaniques) diane.bracco@unilim.fr
  • Philippe Colin (civilisation latino-américaine) philippe.colin@unilim.fr
  • Luis Fe-Canto (histoire espagnole) luis.fe-canto@unilim.fr
  • Lucie Genay (civilisation des Etats-Unis) lucie.genay@unilim.fr
  • Saïd Ouaked (civilisation des Etats-Unis) said.ouaked@unilim.fr

Bibliographie sélective

Besse, Jean-Marc. Face au monde : atlas, jardins, géoramas, Paris, Desclée de Brouwer (Arts & esthétique), 2003.

Bryan, Joe & Wood, Denis. Weaponizing Maps: Indigenous People and Counterinsurgency in the Americas, New York/London, Guilford Press, 2015.

Crampton, Jeremy W. “Maps as social constructions: power, communication and visualization, Progress in Human Geography,” Progress in Human Geography, Atlanta, Georgia State University,   25, 2, 2001, p. 235–252.

Foucault, Michel, « Questions à Michel Foucault sur la géographie », Hérodote, n° 1, janvier-mars 1976, Dits Ecrits tome III., p. 71-85.

Garfield, Simon. On the Map: Why the World Looks the Way it Does, Londres, Profile Books, 2013.

Harley, John B. “Maps, Power and Knowledge,” dans The Iconography of Landscape, dir. D. Cosgrove et S. Daniels, Cambridge, Cambridge University Press, 1988, p. 277-312.

Harley, John B. The New Nature of Maps: Essays in the History of Cartography, Baltimore, John Hopkins University Press, 2001.

Lefebvre, Henri. La production de l’espace, 4e édition, Paris, Economica, 2000.

Mignolo, Walter. The Dark Side of Renaissance, Literacy, Territoriality and Colonization, Ann Harbor, The University of Michigan Press, 1997.

Poole, Peter. Cultural Mapping and Indigenous Peoples, Geneva, UNESCO, 2003.

Porto, Carlos. Geo-grafías. Movimientos sociales, nuevas territorialidades y sustentabilidad, México, Siglo Veintiuno, 2001.

Rekacewicz, Philippe.“Cartographie radicale,” Le Monde Diplomatique (Atlas du monde diplomatique), 2013.

Speranza, Graciela. Atlas portátil de América Latina. Arte y ficciones errantes, Barcelona, Anagrama, 2012.

Westphal, Bertrand. Le Monde plausible. Espace, lieu, carte, Paris, Les Éditions de Minuit, 2011.

Westphal, Bertrand. La Cage des méridiens. La littérature et l’art contemporain face à la globalisation, Paris, Les Éditions de Minuit, 2017.

Wood, Denis. The Power of Maps, New York/London, Guilford Press, 1992.

Wood, Denis & Fels, John. “Design on Signs/Myths and Meanings in Maps,” Cartographica, Ottawa, Canadian Cartographic Association, 23, 3, 1986, p. 54-103.

Lieux

  • Faculté des Lettres et des Sciences Humaines - 39E, rue Camille Guérin 87036 LIMOGES CEDEX
    Limoges, France (87)

Dates

  • samedi 15 septembre 2018

Mots-clés

  • contre-cartographies, cartes, Amériques, pouvoir, hégémonie, contre-pouvoir

Contacts

  • Diane Bracco
    courriel : diane [dot] bracco [at] unilim [dot] fr

Source de l'information

  • Diane Bracco
    courriel : diane [dot] bracco [at] unilim [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Contre-cartographies dans les Amériques, XVIe-XXIe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 28 mars 2018, https://calenda.org/437902

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