AccueilLes géographes et la nature. Nouveaux regards

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Publié le mercredi 11 avril 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Les dangers inhérents au réchauffement climatique, les graves atteintes à la biodiversité dénoncées par l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) et les ONG (Organisation non gouvernementale) de protection de la nature annonçant une sixième et imminente extinction des espèces floristiques et faunistiques, la mondialisation culturelle, contribuent sans doute à un changement de regards des géographes sur la nature. Chaque individu, chaque espèce, chaque écosystème, chaque couple être humain-nature, tend à constituer une entité, rare, unique, menacée et examinée pour elle-même via une approche globale, territorialisée et multi culturelle. Construit social autant que biophysique, la nature n’est plus tenue à distance. Ce sont ces nouveaux regards que les géographes portent sur la nature et sur sa place en géographie qui seront explorés lors de la Journée de l’Association de Géographes Français et qui motivent cet appel à communications.

 

Annonce

Argumentaire

Longtemps, la nature fut ignorée ou contournée par la géographie. Quasi-absente de la géographie urbaine jusqu’aux années 1980, ramenée au rang d’aménités paysagère ou agricole par les géographies régionales et rurales, elle était fragmentée en objets disjoints par la géographie physique : géomorphologie, climatologie, hydrologie, biogéographie… Si elle revient au cœur de la discipline dans les années 1990 et 2000, ce n’est pas en tant qu’objet mais en tant qu’enjeu par le prisme de la géographie des risques et de l’environnement (Pech et Veyret, 1993 ; Veyret, 2001 ; Arnould et Simon, 2007) puis de celle du développement durable (Veyret, 2005 ; Mancebo, 2008 ; Brunel, 2007). Cristallisant d’épiques batailles au sein de la communauté des géographes, la nature sert dans les années 2010 de support à des positionnements épistémologiques – géographes aménageurs (Pitte et Brunel, 2010) versus géographes écologistes (Chartier et Rodary, 2016) –, voire politiques, sans pour autant être regardée pour et par elle-même.

Les dangers inhérents au réchauffement climatique, les graves atteintes à la biodiversité (Dorst et Barbault, 2012) dénoncées par l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) et les ONG (Organisation non gouvernementale) de protection de la nature annonçant une sixième et imminente extinction des espèces floristiques et faunistiques (Ceballos et al., 2017), la mondialisation culturelle, contribuent sans doute à un changement de regards des géographes sur la nature. Chaque individu, chaque espèce, chaque écosystème, chaque couple être humain-nature, tend à constituer une entité, rare, unique, menacée et examinée pour elle-même via une approche globale, territorialisée et multi culturelle. Construit social autant que biophysique (Sajaloli, 2017), la nature n’est plus tenue à distance (Arnould et Glon, 2005).

Ce sont ces nouveaux regards que les géographes portent sur la nature et sur sa place en géographie qui seront explorés lors de la Journée de l’Association de Géographes Français du 29 septembre 2018 et qui motivent cet appel à communications.

Ils peuvent relever du renouvellement des objets étudiés : ainsi, la géographie de l’animal sauvage, comme le singe (Bortolamiol et al., 2017), l’ours et le loup (Marion et Benhammou, 2015), l’oiseau (Manceron, 2015), ou l’animal domestique comme le bétail ovin ou bovin (FranceAgrimer, 2010 ; Gardin, 2013) – voire le chat ou le chien, Fumey, 2010) – est en plein essor (Festival International de Géographie, 2017 ; Annales de géographie, 2017) alors que notre discipline investit la mort animale et ses impacts spatiaux et sociétaux (Franck et Gardin, 2016). De même, la nuit (Bureau, 2005 ; Hinnewinkel, Franchomme, 2016), les ambiances et les paysages sonores (Geisler, 2013 ; Roulier, 1999), la nature sous-marine (Regnauld, 2017), les mares (Sajaloli, 2010) accèdent maintenant au rang d’objets géographiques. Ces regards inédits relèvent aussi du renouveau des outils quand, grâce à la modélisation et à la géomatique, l’approche naturaliste explore la mobilité de la nature (Clauzel et Bannwarth, 2018) et les déplacements des espèces (trame bleue, verte, noire, corridors et connectivité écologique…). Cette attention neuve sur les objets de nature s’effectue également dans un cadre de féconds échanges entre les sciences humaines, historiens (Corbin, 2018 ; Luglia, 2015), anthropologues (Descola, 2005), archéologues (Putelat, Beck, Borvon, Bridault et Guintard, 2017 ; Marinval et Bennarous, 2006), ethnologues (Kalaora, 2001) et bien sûr géographes s’associant au sein de programmes ou de structures pluridisciplinaires (Groupe d’Histoire des Forêts Françaises, Groupe d’Histoire des Zones Humides…). La nature entre également dans le champ de l’esthétique (Blanc, 2016) qui, étudiant la perception sensorielle, les jugements et les émotions provoqués par l’expérience, investit maintenant l’écologie et les formes environnementales. Cette esthétique verte tend également à transformer le regard que l’on porte sur la nature en ville qu’elle soit spontanée ou au contraire volontaire avec les replantations sous forme de murs végétalisés et de mini-jardins d’ornements ou de potagers dans les interstices, même minuscules comme le pourtour des arbres, du tissu urbain (Bourdeau-Lapage, 2017). Culturelle, la nature forge alors les identités, notamment pour nombre de peuples autochtones (les Samis, les amérindiens, les arborigènes…), et sa défense ne s’appuie alors en rien sur des fondements écologiques (biodiversité, espèces protégées…) mais sur une argumentation ethnologique et anthropologique (Glon, 2008). Consubstantielle à l’homme, la nature acquiert une dimension sacrée, religieuse (Grésillon et Sajaloli, 2016) qui est aujourd’hui en cours de réhabilitation notamment dans les pays du Nord peu ou moins marqués par la spiritualité.  Cela ouvre bien entendu le débat sur une géographie des perceptions de la nature (Manceron et Roué, 2013) et l’élaboration d’un tableau géographique des contextes éco-culturels de chaque aire civilisationnelle. Enfin, son recul même propulse la nature au statut de bien rare, convoité, d’où son irruption dans le champ de l’économie territoriale avec les notions de service écosystémiques et ou de capital vert (Aubertin, 2009 ; EFESE, 2017, 2018 ; de Perthuis et Jouvet, 2013).

Strictement géographiques ou bien associés aux autres disciplines des sciences humaines, les regards des géographes connaissent ainsi un vif renouvellement. Ce sont ces vues nouvelles, frontales ou décalées, qui sont attendues.

Références bibliographiques citées

Annales de Géographie, 2017, Territoire animal, territoire humain, Paris, A. Colin, 2017/4, n° 176

Arnould P., Glon E., 2005, La nature a-t-elle encore une place dans les milieux géographiques?, Paris, Publications de la Sorbonne

Arnould P., Simon L., 2007, Géographie de l’environnement, Paris, Belin

Aubertin C., 2009, « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes. Contribution à la décision publique », Natures Sciences Sociétés, 2009/4, vol. 19

Blanc N., 2016. Esthétique de la nature, in Choné, A., Hajek, I., Hamman, P., Guide des Humanités environnementales, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion.

Bortolamiol S., Cohen M., Krief S., 2017, « Territoires protégés, humains et chimpanzés. Une lisière fluctuante dans le temps et l’espace », Paris, Armand Colin, Annales de Géographie, n° 716 4/2017.

Bourdeau-Lepage L., 2017, Nature en ville. Désirs & controverses, Ed. La Librairie des territoires

Brunel S., 2004, Le développement durable, Que sais-je ? , Paris, PUF

Bureau L., 2005, Géographie de la nuit, Québec, L’Hexagone,

Ceballos G., Eherlich P., Dirzo R., « Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and declines », Proceedings of the National Academy of Science, vol. 114, n° 30, 2017, http://www.pnas.org/content/114/30/E6089.full

Chartier D., Rodary E., 2016, Manifeste pour une géographie environnementale, Paris, Les Presses de SciencesPo

Clauzel C., Bannwarth C., 2018, Intégration de la connectivité régionale dans la restauration de mares : approche combinée modélisation/dire d’experts, in Girardet X, Clauzel C., Graphab. 14 réalisations à découvrir, Théma-Ladyss, n° 25-27

Corbin A., 2018, La fraicheur de l’herbe. Histoire d’une gamme d’émotions de l’Antiquité à nos jours, Paris, Fayard.

Descola P., 2005, Par-delà nature et culture, Paris, NRF, Gallimard

Dorst J., Barbault R., 2012, Avant que nature meure. Pour une écologie politique et pour que nature vive, Lonay, Delachiaux et Niestlé.

EFESE, 2017, Cadre conceptuel. Évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques, Commissariat général au développement Durable, http://plateforme-efese.developpement-durable.gouv.fr/group/11

EFESE, 2018, Les milieux humides et aquatiques continentaux. Évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques, Commissariat général au développement Durable, https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Théma%20-%20Les%20milieux%20humides%20et%20aquatiques%20continentaux.pdf

Festival International de géographie, 2017, Territoires humains, mondes animaux, http://fig.saint-die-des-vosges.fr/le-festival/fig-2017

FranceAgriMer, 2010, La géographie des filières bovines en France.Étude de la répartition des chetels femelles et mâles, Les Synthèses de France AgriMer, octobre 2010, n° 2.

Franck A., Gardin J., Givre O., 2016, « Blood and the city. Animal representations and urban (dis)orders durinf the ‘feast of sacrifice‘ in Istambul and Khartoum », Anthropology of the Middle East, 11, 1, http://dx.doi.org/10.3167/ame.2016.110108

Fumey G., 2010, Pour une géographie des chats, Brèves de comptoirs, http://cafe-geo.net/wp-content/uploads/geographie-chats.pdf

Gardin, J., 2013. « Élevage 2.0 », Géographie et cultures, 87, 19-36, http://gc.revues.org/2939.

Geisler E., 2013, « Du “soundscape” au paysage sonore », Métropolitiques. URL : http://www.metropolitiques.eu/Du-soundscape-au-paysage-sonore.html

Glon E., 2008, Forêts et société au Canada ; ressources durables ou horreur boréale, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion

Grésillon E., Sajaloli B., 2016, « Lire les rapports entre humains, nature et divin dans l’exemple du catholicisme », Géoconfluences, http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/fait-religieux-et-construction-de-l-espace/articles-scientifiques/rapports-humains-et-nature-ecosystemes-catholiques

Guinard P., 2014, Johannesburg : L’art D’inventer Une Ville. Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

Hinnewinkel C., et Franchomme M., 2016, « Aménagement de la trame noire urbaine de Lille Métropole : un projet socialement accepté ? » 84e Congrès de l'Acfas (Association francophone pour le savoir), Montréal, UQAM.

Kalaora B., 2001, « À la conquête de la pleine nature », Ethnologie française, vol. vol. 31, n° 4.

Luglia R., 2015, « De la patrimonialisation du Castor d’Europe à la protection d’un poaysage », Projets de paysages, n°11

Mancebo F., 2006, Développement durable, Paris, Armand Colin

Manceron V., Roué M., 2013, L’imaginaire écologique, Terrain, n°60, Paris, Ed. Maison des Sciences de l’Homme

Manceron V., 2015, What is it like to be a bird ? Imagination zoologique et proximité à distance chez les amateurs d’oiseau en Angleterre », in M. Cros, J. Bondaz et F. Laugrand (éd.), Bêtes à pensées. Visions des mondes animaux, Paris, Éditions des Archives contemporaines.

Marinval M.-C., Bennarous R., 2006, La carpe ( Cyprinus carpio), cette orientale qui séduit l'Occident au Moyen Âge, in Derex (J.- M.) (dir.), La production des étangs du Moyen Âge à l'époque contemporaine, Vincennes, Éditions du Groupe d’Histoire des Zones Humides.

Marion R., Benhammou F., 2015, Géopolitique de l’ours polaire, Tours, Éditions HESSE

Pech P., Veyret Y., 1993, L’homme et l’environnement, Paris, PUF

Perthuis de C., Jouvet P.-A., 2013, Le capital vert. Une nouvelle perspective de croissance, Paris, Odile Jacob.

Pitte J.-R., Brunel S., 2010, Le ciel ne nous tombera pas sur la tête, Paris, J.-C. Lattès

Putelat O., Beck C., Borvon A., Bridault A., Guintard C., 2017, Contribution à la connaissance des maladies contagieuses du bétail : le cas des dépôts bovins altomédiévaux de la Porte de Bourgogne (Franche-Comté) et de l'Ajoie (Jura suisse), in CLEMENT F. [dir.], 2017, Épidémies, épizooties. Des représentations anciennes aux approches actuelles, Presses Universitaires Rennes.

Regnauld H., 2017, La nature sous-marine, dans Moriniaux V., La nature, objet géographique, Paris, Atlande. Roulier F., 1999, « Pour une géographie des milieux sonores », Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Environnement, Nature, Paysage, document 71, URL : http://journals.openedition.org/cybergeo/5034 ; DOI : 10.4000/cybergeo.5034

Sajaloli B., 2010, La mare, l’œil du paysage, Beaugency, Ed. Valimages.

Sajaloli B., 2017, Les zones humides ou la fabrique géohistorique de la nature, dans Moriniaux V. (2017), La nature, objet géographique, Paris, Atlande.

Veyret Y., 2001, Géo environnement, Paris, Armand Colin

Veyret Y., 2005, Le développement durable : approches plurielles, Paris, Hatier

Comité Scientifique

  • Stéphanie BEUCHER (Docteure en Géographie, Enseignante en CPGE, Lycée Montaigne, Bordeaux)
  • Yves BOQUET (Professeur, Université de Bourgogne, Dijon)
  • François BOST (Professeur, Université de Reims)
  • Claire DELFOSSE (Professeure Université Lumière-Lyon 2)
  • Samuel DEPRAZ (Maître de Conférences, Université Jean Moulin-Lyon 3)
  • Edith FAGNONI (Professeure, Sorbonne Université)
  • Monique FORT (Professeure émérite, Université Paris-Diderot)
  • Christian GRATALOUP (Professeur émérite, Université Paris-Diderot)
  • Monique POULOT (Professeure, Université Paris Ouest – Nanterre La Défense)
  • Colette RENARD-GRANDMONTAGNE (Maître de Conférences,  Université de Lorraine, Nancy)
  • Bertrand SAJALOLI (Maître de Conférences,  Université d’Orléans)
  • Alexis SIERRA (Maître de Conférences  HDR, Université de Cergy-Pontoise-ESPE)
  • Dominique SELLIER (Professeur émérite, Université de Nantes)
  • Florence SMITS (Inspectrice Générale)
  • Bénédicte THIBAUD (Professeure, Université Bordeaux-Montaigne Bordeaux III)

Comité d’Organisation

  • Bertrand SAJALOLI

Calendrier

Date : 29 septembre 2018 : 9h30-17h30

Lieu : Grand Amphithéâtre de l’Institut de Géographie

191, rue Saint Jacques - 75005 PARIS

Date de remise des propositions de communication : 15 juin 2018

Modalités de soumission

Un titre (en français et en anglais) et un résumé de 3500 signes accompagné de 5 mots clés. Les propositions sont à envoyer par mail, en .docx, à :

bertrand.sajaloli@univ-orleans.fr

Date d’acceptation des communications : 15 juillet 2018

Après examen en double aveugle, les articles issus des communications seront publiés au premier trimestre 2019 dans un numéro spécial du Bulletin de l’Association de Géographes Français. Ces communications devront être remises avant le 1 décembre 2018.

Catégories

Lieux

  • Grand Amphithéâtre de l'Institut de Géographie - Institut de Géographie 191, rue Saint Jacques 75005 PARIS
    Paris, France (75005)

Dates

  • vendredi 15 juin 2018

Mots-clés

  • Nature. géographie. Nouveaux regards.

Contacts

  • Bertrand SAJALOLI
    courriel : bertrand [dot] sajaloli [at] univ-orleans [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Bertrand Sajaoli
    courriel : bertrand [dot] sajaloli [at] univ-orleans [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les géographes et la nature. Nouveaux regards », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 avril 2018, https://calenda.org/439260

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