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Le Cameroun à l'épreuve de la paradiplomatie identitaire anglophone

Cameroon and the challenge of Anglophone identity para-diplomacy

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Publié le mercredi 25 avril 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Cet appel à contributions vise la publication d’un ouvrage collectif qui décrypte et analyse la paradiplomatie identitaire anglophone au Cameroun. En privilégiant une approche transversale, il est question d’interroger la manière dont, sur le plan international, les minorités anglophones s'organisent et se mobilisent au bénéfice de leur communauté. Les différentes contributions devront éclairer des problématiques telles que la conception et la mise en œuvre de la paradiplomatie identitaire ; les objectifs poursuivis ; les discours énoncés ; les acteurs impliqués ; les ressources mobilisées ; les contraintes existantes et les horizons de ces relations internationales.

Annonce

Présentation

Cet appel à contributions vise la publication d’un ouvrage collectif qui décrypte et analyse la paradiplomatie identitaire anglophone au Cameroun. En privilégiant une approche transversale, il est question d’interroger la manière dont, sur le plan international, les minorités anglophones s'organisent et se mobilisent au bénéfice de leur communauté. Les différentes contributions devront éclairer des problématiques telles que la conception et la mise en œuvre de la paradiplomatie identitaire ; les objectifs poursuivis ; les discours énoncés ; les acteurs impliqués ; les ressources mobilisées ; les contraintes existantes et les horizons de ces relations internationales.

Les contributions devront mettre l’accent sur l’historicité des activités internationales des minorités anglophones, tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit là, de « nouveaux mouvements sociaux », qui tirent profit de la structure d’opportunité politique qu’offrent la démocratisation et la mondialisation néolibérale, pour lutter contre leur marginalisation au sein de l’État camerounais. La dimension historique permettra d’éclairer l’évolution de cette paradiplomatie et ainsi que ses multiples visages. À côté de ce temps long, les contributions pourront se recentrer sur le temps court, en analysant les évènements récents des mouvements contestataires qui secouent le Cameroun depuis 2016. Il s’agira alors de montrer en quoi la crise anglophone permet de repenser la paradiplomatie identitaire et les mécanismes de gestion et de prévention des conflits.

Argumentaire

Pour de nombreux Anglophones, le fédéralisme de 1961 qui fondait l’union politique entre le Cameroun occidental et celui oriental n’a été qu’une amorce feinte ayant contribué à un grignotage progressif de l’héritage culturel et ce faisant, de l’identité anglophone, au profit des francophones. Cela est d’autant plus vrai que dans l’esprit du président Ahmadou Ahidjo, la Fédération n’était qu’une forme transitoire vers l’État unitaire1. Techniquement, cette partie des Anglophones dénonce la « francophonisation » et « francisation » de leur communauté2.

La création de l’État unitaire centralisé au moyen de la reforme constitutionnelle de 1972 a été perçue par ces Anglophones comme une violation du contrat politique de Foumban, signé en 1961 entre les leaders du Cameroun anglophone conduits par leur premier ministre John Ngu Foncha et ceux du Cameroun francophone conduits par le Président Amadou Ahidjo. Le malaise ressenti par les Anglophones aussitôt qu’il s’exprimait par une sorte de contestation, était systématiquement réprimé par le régime répressif mis en place avec les lois de mars 1962 portant répression de la subversion, de septembre 1972 sur la réorganisation de l’appareil judiciaire et l’instauration de la procédure accélérée de flagrant délit.

L’amorce de la libéralisation politique à la fin des années 80 a constitué un moment pertinent pour les minorités anglophones en ce sens qu’avec la décompression autoritaire, il était devenu possible de tracer des lignes de dissonances, d’afficher son désaccord, de manifester, de contester l’État. Dès 1990, les revendications anglophones portant sur la formes de l’État ont surgir au grand jour. La vigueur des revendications motivées par l’émergence du Social Democratic Front (SDF), le principal parti politique d’opposition, ajoutées à cela les pressions internationales, conduisent le régime de Paul Biya à se soumettre au jeu de la Tripartite. Il s’agissait d’une sorte de conférence nationale de convenance où étaient débattues les grandes questions politiques du pays. Au cours de la Tripartite, la forme de l’État est réinterrogée, les idées de retour au Fédéralisme sont émises ; les uns parlent de fédéralisme à deux États fédérés, les autres défendent une fédération à dix États ; le conservatisme du régime penche pour le maintien du statut quo. Pour démêler l’écheveau, une solution médiane est adoptée : le Cameroun sera un État unitaire décentralisé. Cette décision politique trouve sa consécration juridique dans la révision constitutionnelle de 19963. Dans cette constitution, les anglophones sont officiellement reconnus comme une minorité qu’il faut protéger et prendre en compte dans la gestion politico-administrative de l’État.

De 1996 à 2016, 20 ans se sont écoulés et n’ont pas permis à la minorité anglophone d’inhumer son malaise historique. Au contraire, cette minorité affirme que la situation inconfortable dans laquelle elle est plongée depuis plus de 50 ans, semble aggravée, et cela, dans presque tous les domaines de la construction de l’État. En novembre 2016, à Bamenda, région du Nord-ouest au Cameroun, les avocats d’obédience anglophone lancent une grève contre l’État. Ils revendiquent l’application dans leurs régions du Common Law, plus protecteur des droits de citoyens à côté du droit public français. Une semaine plus tard, les enseignants anglophones se mobilisent et grèvent à leur tour. Ils dénoncent le recrutement des enseignants francophones dans une région où le système éducatif est anglo-saxon. Dans la foulée des manifestations, les leaders de ces mouvements critiquent plus largement la marginalisation des Anglophones, exigeant le retour au fédéralisme.

Pour justifier les revendications, Joshua Osih, député anglophone déclare : « les anglophones sont marginalisés ».  Sur Facebook, un internaute visiblement anglophone lance à un francophone ; « on en a marre d’être vos sous-citoyens ». Sept mois plus tard, les contestations se sont transnationalisées. Une partie de la diaspora anglophone opte pour la sécession et revendique plus que jamais la création d’une nouvelle entité politique sous le nom de « Federal State of Ambazonia ». Au sein des communautés anglophones, l’arrestation de quelques leaders par le pouvoir en place, a généré une colère visible qui s’est manifestée à l’étranger par des actes de violence dans les ambassades et contre les émissaires du gouvernement camerounais envoyés pour ouvrir le dialogue. Cette colère était aussi visible sur les réseaux sociaux à travers la publication de textes et de vidéos par des activistes exprimant leur ras-le-bol.

Cette vignette ethnographique décrit en réalité, la résurgence du problème anglophone. Dans l’évolution du cycle contestataire, les revendications corporatistes des avocats et enseignants anglophones ont généré à la fois de vastes mouvements de désobéissance civile et insurrectionnels. Elles ont aussi remis au centre des débats la question de la forme de l'État et du devenir politique des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Face à la politique gouvernementale tendant à fétichiser la forme actuelle de l’État, celle d’un État unitaire décentralisé, la contestation anglophone s’est radicalisée tout en s’invitant dans les relations internationales. Désormais, pour contester, la minorité anglophone n’hésite pas à mobiliser la paradiplomatie identitaire. Néanmoins, il faut souligner que la minorité anglophone n’est pas et n’a jamais été une communauté politique homogène. Les divergences existent en son sein qui font en même temps varier les pratiques paradiplomatiques à l’international. Les activités internationales varient en fonction des logiques des différentes factions. Malgré l’existence d’un factionnalisme au sein des mouvements sociaux anglophones, une caractéristique commune se dégage : le déploiement par chaque camp, d’une paradiplomatie fondée sur l’identité linguistique.

En tout état de cause, la paradiplomatique des minorités anglophones est un objet qui se donne à voir pour comprendre le Cameroun aujourd’hui. Il importe donc d’en saisir les enjeux, les défis et les perspectives. De manière indicative, les contributions attendues dans le cadre de ce projet devraient s’inscrire dans l’un des axes ci-après :

Axe 1- La paradiplomatie identitaire anglophone au Cameroun: profil d’une incompréhension historique :

  • Un contentieux historique et une filouterie politique.
  • La gouvernance en question et la décentralisation passive, etc.

Axe 2- Le déploiement de la paradiplomatie anglophone : les ressorts d'une émergence :

  • Une Géopolitique par le haut.
  • Actions auprès du Commonwealth, de la Reine d'Angleterre, du Congrès américain, etc.
  • Actions auprès de l'ONU, de l'Union Africaine, d'autres organisations internationales..

Axe 3- Risques et défis d'une approche : pour une paradiplomatie apaisée :

  • Apparition de zones grises à la frontière avec le Nigéria et menaces sur la paix et la stabilité de l'État.
  • Cristallisation d'une frange de la population et déformation de la réalité.
  • Rapide internationalisation et manœuvres de récupération orchestrées par certaines grandes puissances.
  • Pistes de sortie, etc.

Calendrier

16 mai 2018 :

Réception des propositions de chapitres d’ouvrage en français ou en anglais sous forme d’un résumé de 500 mots comportant un plan, 5 mots-clés. Les propositions doivent être accompagnées des affiliations et adresses e-mail de ou des auteur.e.(s).

Les propositions sont envoyées aux adresses suivantes : tchinsonkenson@yahoo.fr ; eyengamacaire@yahoo.fr ; tzozime@yahoo.fr

  • 30 juin 2018 : Notification des résultats.
  • 29 septembre 2018 : Soumission des propositions de chapitre d'ouvrage.
  • 30 novembre 2018 : Retour des textes retenus aux auteur.e.s pour d’éventuelles corrections.
  • Janvier 2019 : Dépôt de la mouture finale chez l'éditeur pour publication.

Modalités d'évaluation

Les propositions et textes finaux seront examinés en double aveugle. Les consignes éditoriales seront communiquées ultérieurement aux auteur.e (s) dont les propositions auront étés retenues.

Coordination Éditoriale

Centre Africain de recherche pour la paix et le développement durable (CARPADD), Montréal-Canada. www.carpadd.com

Comité scientifique

  • Joseph Tchinda Kenfo, PhD (Montréal-Canada), tchinsonkenson@yahoo.fr
  • Alphonse Zozime Tamekamta, PhD (Yaoundé-Cameroun), tzozime@yahoo.fr
  • Georges Macaire Eyenga (Paris-France), eyengamacaire@yahoo.fr

Bibliographie indicative

Abwa Daniel, ''Le problème anglophone au Cameroun : facteur d'intégration ou de désintégration nationale ?'', Dans Colette Dubois (2000). Frontières plurielles, frontières conflictuelles en Afrique subsaharienne, Paris, L'Harmattan, 2000, pp.115-141.

Abwa Daniel, Ni Anglophones, ni francophones : tous des camerounais. Essai d’analyse historique en hommage au regretté Pr. M. Z. Njeuma, Yaoundé, Ed. Le Kilimandjaro, 2015, 205p.

Aldecoa Francisco et Keating Michael, Paradiplomacy in action. The foreign relations of subnational governments, Londres, Frank Cass Publishers, 1999.

Dieckhoff Alain, La Nation dans tous ses états. Les identités nationales en mouvement, Paris, Flammarion, 2000.

Dze Ngwa, Willibroad, The Anglophone Problem in Cameroon : A Historical Perspective, 1916-1995. Yaoundé, Mémoire de Maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 1998, Non publié.

Guibernau Montserrat, Nations Without States, Political Communities in a Global Age, Cambridge, Polity Press, 1999.

International Crisis Group (2017). Cameroun : la crise anglophone à la croisée des chemins, Rapport Afrique, N°250, 38p.

Kom Ambroise, ''Conflits interculturels et tentation séparatiste au Cameroun'', Cahiers Francophones d'Europe Centre-orientale, Y A-t-il un dialogue interculturel dans les pays Francophones ?, Actes du colloque international de l'AEFECE, 18-23 avril 1995, Tome I, Vienne, Fritz Peter Kirsch, 1995, pp.143-153.

Konings Piet, Le problème ''anglophone'' au Cameroun dans les années 1990. Politique Africaine, No 62, Le Cameroun dans l'entre-deux, Paris, Karthala, 1996, pp.25-34.

Latouche Daniel, State Building and Foreign Policy at the Subnationallevel, in L. Duchacek, D. Latouche et G. Stevenson (dir.) Perforated souvereignties and International Relations, New York, Greenwood Press, 1988.

Lecours André, «Paradiplomacy: Reflections on the Foreign Policy and International Relations of Regions », International Negotiation, vol. 7, no 1, 2002, p. 91-114.

Massart-Piérard Françoise (dir.), L’action extérieure des entités subétatiques. Approche comparée Europe-Amérique du Nord, Louvain, Presses de l'Université de Louvain, 2008.

Mulo Farenkia Bernard, ''Violences verbales en contexte pluriethnique : le cas du Cameroun'', Dans Isaac Bazié et Hans Jurgen-Lusebrink (Éds). Violences postcoloniales : représentations littéraires et perceptions médiatiques, Berlin, LIT Verlag, 2011, pp.273- 298.

Muna Akere, Lettre à mon frère francophone. Génération, Hors-série no.1 du 25 au 31 janvier 1995.

Nkarey Jules Santerre, Afrique. L’histoire entre le Cameroun anglophone et le Cameroun francophone de 1472 à 2003, Paris, Publibook,2014, 266p.

Nkot Pierre Fabien, ''Le référendum du 22 mai 1972 au Cameroun : analyse de quelques tendances de la doctrine'', Les Cahiers de droit, vol. 40, n° 3, 1999, p. 665-690.

Paquin Stéphane, « Les Actions extérieures des entités subétatiques : quelle signification pour la politique comparée et les relations internationales ? », Revue internationale de politique comparée, vol. 12, n° 2, 2005, pp. 129-142.

Paquin Stéphane, Paradiplomatie et relations internationales. Théorie des stratégies internationales des régions face à la mondialisation, Bruxelles, P.I.E.-Peter Lang, 2004.

Paquin Stéphane, Paradiplomatie identitaire en Catalogne,, Presses de l'Université Laval, 2000.

Pierré-Caps Stéphane, 1995, La multination. L’avenir des minorités en Europe centrale et orientale, Paris, Éditions Odile Jacob.

Sa'ah Guimatsia, François (2010). Cinquante ans de bilinguisme au Cameroun. Quelles perspectives en Afrique ?, Paris, L'Harmattan.

Soldatos Panayotis et Michelmann Hans, Federalism and International Relations. The Role of Subnational Units, Londres, Oxford Press, 1990.

Tchinda Kenfo Joseph, ''Le Cameroun face aux nationalismes régionaux : une autopsie du malaise anglophone '', Regards Géopolitiques, Université Laval (Québec), Vol 4, octobre 2017. https://cqegheiulaval.com/le-cameroun-face-aux-nationalismes-regionaux-une- autopsie-du-malaise-anglophone/

Tchinda Kenfo Joseph, ''Le problème anglophone au Cameroun : la réponse par le processus participatif au développement territorial'', Note de Recherche, No 29, Thinking Africa, juillet 2017. http://www.thinkingafrica.org/V2/wp-content/ uploads /2017/07/ndr- 29-cameroun.pdf

Tétart Frank (2009). Nationalismes régionaux. Un défi pour l’Europe, Paris/Louvain-la- Neuve, De Boeck Supérieur, 112p.

Notes

1 NJOYA, Jean. « La constitutionnalisation des droits de minorités au Cameroun: Usages politiques du droit et phobie du séparatisme ». Verfassung und Recht in Übersee/Law and Politics in Africa, Asia and Latin America, 2001, p. 24-47.

2 Voir aussi Konings, Piet, and Francis Beng Nyamnjoh. Negotiating an Anglophone identity: A study of the politics of recognition and representation in Cameroon. Vol. 1. Brill, 2003.

3 Sindjoun, Luc. « Identité nationale et révision constitutionnelle » du 18 janvier 1996: comment constitutionnalise-t-on le « nous » au Cameroun dans l’État post unitaire ? ». Revue camerounaise de science politique 1 (1996), pp.10-24.

Dates

  • mercredi 16 mai 2018

Mots-clés

  • Cameroun, Paradiplomatie identitaire, anglophone, minorité, contestation

Contacts

  • Joseph Tchinda Kenfo
    courriel : tchinsonkenson [at] yahoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Joseph Tchinda Kenfo
    courriel : tchinsonkenson [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le Cameroun à l'épreuve de la paradiplomatie identitaire anglophone », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 25 avril 2018, https://calenda.org/440199

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