AccueilÉcrire l’histoire de la désinstitutionnalisation psychiatrique au Canada

Écrire l’histoire de la désinstitutionnalisation psychiatrique au Canada

Writing the history of psychiatric deinstitutionalisation in Canada

Panel conjoint SCHM-SHC

Joint Panel CSHM-CHA

*  *  *

Publié le mercredi 23 mai 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Ce panel, bilingue, entend revenir sur ces travaux récents étudiant la désinstitutionnalisation psychiatrique au Québec, en Ontario et en Saskatchewan afin d’interroger le renouveau du travail historien engagé par ces chantiers.

Annonce

Argumentaire

Le mouvement de désinstitutionnalisation qui toucha l’ensemble du Canada au cours des années 1960 visait à faire sortir les malades mentaux des asiles et à instaurer une prise en charge sociale et communautaire de la maladie mentale. Ce processus législatif, pratique et idéologique majeur dans l’histoire des soins de santé mentale a fait l’objet, au cours des dernières années, d’un intérêt nouveau de la part des historien(ne)s. Constatant dans leur majorité l’absence de réelle désinstitutionnalisation, ils-elles ont chacun(e) à leur manière, dans les différentes provinces canadiennes, retracer un mouvement de déshospitalisation, autrement de sortie de l’hôpital des patients, qui ne rimait pas nécessairement avec la fin de l’institutionnalisation. Bien au contraire, les ex-psychiatrisé(e)s, une fois sorti(e)s des asiles se retrouvaient souvent en errance entre de multiples institutions de soins qui loin de favoriser leur réinsertion sociale conduisaient souvent à une psychiatrisation accentuée de leur existence.

Ce panel, bilingue, entend revenir sur ces travaux récents étudiant la désinstitutionnalisation psychiatrique au Québec, en Ontario et en Saskatchewan afin d’interroger le renouveau du travail historien engagé par ces chantiers. Pour cerner l’histoire complexe et contrariée de ce mouvement, il convenait en effet de s’éloigner des archives institutionnelles ou scientifiques habituelles pour établir des ponts documentaires comme relationnels entre les hôpitaux et les communautés ainsi qu’entre les différents acteurs (médecins, infirmières, travailleurs sociaux, administrateurs, psychologues, etc.) des soins de santé mentale. Grâce à des collaborations interdisciplinaires ou à l’usage de concepts et d’approches issues d’autres disciplines, les historien(ne)s ont pu mettre à jour les phénomènes de déshospitalisation et de transinstitutionnalisation qui se cachaient derrière le drapeau de la désinstitutionnalisation agité par les législateurs et les politiques.

À partir du récit, réflexif, des démarches méthodologiques mises en place pour aborder leur objet, les historien(ne)s de ce panel entendent participer à une réflexion plus vaste sur l’écriture contemporaine de l’histoire, notamment de la psychiatrie, et sur les apports des autres disciplines au renouveau de l’historiographie.  

Organisateur

Organisé par Alexandre Klein (Université Laval)

Programme

13:30:15:00 University of Regina

  • Suivre le processus de désinstitutionnalisation psychiatrique québécois sur la longue durée. Un historien et une sociologue à l’Hôpital des Laurentides. Alexandre Klein (Université Laval)

On connait assez peu de choses sur le déroulement du processus de désinstitutionnalisation psychiatrique au Québec après la tenue, en 1961, de la commission Bédard qui engagea sa mise en place dans l’ensemble de la province. L’histoire de cette politique de santé mentale reste en effet trop souvent associée au récit héroïque de son instauration ou à son seul volet législatif. C’est pour combler ce manque que nous avons choisi, avec la sociologue Laurie Kirouac, de nous pencher en 2016, dans le cadre de la préparation d’un collectif sur l’histoire de la désinstitutionnalisation dans le monde psychiatrique francophone, sur l’histoire de l’Hôpital des Laurentides. Nous souhaitions en effet retracer, dans cet hôpital choisi, dès 1962, comme un lieu d’expérimentation de la sectorisation psychiatrique par le gouvernement Lesage, l’installation puis le développement de cette nouvelle politique de santé mentale.

Si notre association disciplinaire, entre histoire et sociologie, visait tout d’abord à permettre une étude sur la longue durée, soit entre 1960 et 2012, nous constatâmes rapidement qu’elle assurait surtout l’écriture d’une autre histoire de la désinstitutionnalisation psychiatrique dans cette institution. En effet, le peu de sources historiques disponibles se contentait de répéter le tableau idyllique d’un centre psychiatrique avant-gardiste et choyé. Or, le réexamen de verbatims d’entrevues réalisées entre 2010 et 2013 avec des personnels soignants de l’établissement en poste entre les années 1970 et 2000 nous offrit une tout autre vision des événements. Au-delà des espoirs et des ambitions affichés dans les années 1960, cette plongée historique dans la réalité de terrain de l’hôpital nous dévoilait surtout les difficultés inhérentes à la mise en place de cette désinstitutionnalisation, et révélait finalement les échecs d’une politique publique sous-financée et parfois incohérente avec les enjeux locaux.  Ainsi, la mutualisation des approches historique et sociologique nous a permis de dresser un portrait plus complet et plus complexe du devenir de la politique de désinstitutionnalisation psychiatrique au Québec depuis son implantation. C’est sur cette expérience d’interdisciplinarité que je souhaiterais revenir dans cette présentation, afin d’en préciser les apports pour le travail de l’historien et d’en analyser les conséquences pour l’historiographie de la psychiatrie québécoise.

  • Diversité et désinstitutionnalisation : Faire de l’Histoire en équipes de soins, Erika Dyck (University of Saskatchewan)

Les soins en santé mentale ont considérablement évolué durant la seconde moitié du XXe siècle. Ils sont passés d’un système de soins reposant sur l’hospitalisation à des services ambulatoires et communautaires. Le processus connu sous le nom de désinstitutionnalisation, ou de fermeture des grands hôpitaux psychiatriques, s’est produit différemment d’un bout à l’autre du pays. Il a également contribué au transfert de services des hôpitaux vers divers milieux comptant davantage sur des équipes de première ligne et des services communautaires pour combler les brèches dans l’offre de soins. Le transfert des gens vers un système de soins extrahospitaliers a aussi révélé l’importance de nombreux facteurs non médicaux nécessaires aux soins en santé mentale. Retracer ce changement historique dans la définition et la conception des soins en santé mentale au Canada invite les historiens à étudier les divers réseaux de soins. Cette communication explique la façon dont nous avons élaboré une approche collaborative afin de mener la recherche et la rédaction sur la désinstitutionnalisation au Canada. Produit de cette collaboration, notre livre reflète certaines des tensions et des défis, mais aussi les avantages, qui découlent de la réunion de perspectives diverses dans le but de résoudre des problèmes complexes. Partant d’une perspective commune voulant que la maladie mentale et la pauvreté soient intrinsèquement liées, nous avons puisé dans nos différentes expériences, compétences et formations afin d’articuler une perspective historique réunissant les voix des anciens patients, des psychiatres, des administrateurs, des stagiaires, des psychologues et des historiens qui ont contribué à l’écriture de cet ouvrage.

  • « Imaginaire et sensibilités ». La mise en récit de la déshospitalisation psychiatrique en Ontario, Marie-Claude Thifault (Université d’Ottawa)

La perspective des parcours de vie, souvent présentée comme une théorie par les professionnels de la santé, a été utilisée, entre autres, dans le cadre du collectif La fin de l’asile ? (PUR) pour rendre compte de trajectoires de vie atypiques ayant comme moments décisifs des espaces temps caractérisés par des crises familiales, de grandes désorganisations, des tentatives de suicides ou de profondes dépressions qui nécessitent un arrêt d’agir… une hospitalisation en milieu psychiatrique.

Afin d’illustrer les parcours transintitutionnels des patients psychiatres de la capitale nationale, nous avons mis en récit plusieurs décennies de suivis psychiatriques. Plutôt que de restreindre notre analyse à des comportements associés à un diagnostic et de décortiquer un épisode psychiatrique en particulier, nous avons documenté la récurrence des troubles psychiques et leurs conséquences.  La mise en récit des parcours de vie psychiatriques est originale et inédite pour comprendre l’impact de la maladie mentale de type chronique sur la vie des personnes touchées et sur leurs proches. Cette approche, influencée par les travaux de Corbin, a le souci de percer « le secret des comportements de ceux qui nous ont précédés, au croisement des émotions et des représentations, de l’imaginaire et des sensibilités » (Demartini et Kalifa : 2005).

Des centaines de pages de dossiers, surtout des notes d’observations nursing et d’évaluation psychiatrique, ont été consultées pour documenter un parcours de vie psychiatrique présenté dans La fin de l’asile ? À partir de cette source, pour révéler la trajectoire et les points tournants dans la vie d’une femme qui a fréquenté le programme de santé mentale de l’Hôpital Montfort pendant une vingtaine années, nous avons dû nous en remettre aux observations et aux mots des autres (infirmières, psychiatres, travailleuses sociales), lire entre les lignes et être sensibles aux silences (Bourgault : 2015). Nul doute, notre enquête est rigoureuse et construite sur des faits. Toutefois, l’historienne est-elle libre ou non dans la mise en forme du récit ? Quelle valeur scientifique accorde-t-on aux textes qui s’éloignent des cadres habituels, des formes traditionnelles et quelle place l’historiographie accorde-t-elle aux trames narratives ou aux écritures créatives ?

Lieux

  • Université de Regina - 3737 Wascana Parkway
    Régina, Canada

Dates

  • lundi 28 mai 2018

Mots-clés

  • psychiatrie, désinstitutionnalisation

Contacts

  • Alexandre Klein
    courriel : alexandre [dot] klein [dot] 1 [at] ulaval [dot] ca

Source de l'information

  • Alexandre Klein
    courriel : alexandre [dot] klein [dot] 1 [at] ulaval [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Écrire l’histoire de la désinstitutionnalisation psychiatrique au Canada », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 23 mai 2018, https://calenda.org/441366

Archiver cette annonce

  • Google Agenda
  • iCal