AccueilLa participation populaire au maintien de l'ordre public en Europe, XVIIIe-XXe siècle

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Publié le lundi 28 mai 2018 par Céline Guilleux

Résumé

À travers l’analyse tant des contextes de crise que des mutations politiques, économiques ou sociales des sociétés européennes, il apparaît clairement que le concept de justice populaire doit être appréhendé au-delà du champ strictement judiciaire et être intégré dans l’horizon plus large des diverses formes de maintien de l’ordre. Que ce soit à travers la création de commissions populaires sous la Révolution française, l’appel aux délations pendant les périodes d’occupation, l’adoption négociée de normes de police consensuelles ou encore la mise sur pied de gardes bourgeoises ou villageoises pour combattre le banditisme, les populations ont été sollicitées à différentes reprises pour participer au maintien de l’ordre. Les interrogations soulevées sont nombreuses: comment les populations sont-elles intégrées aux dispositifs policiers contrôlés par l’Etat ? Quelles formes revêtent ces « polices populaires » ? Quelles relations établissent-elles avec les corps professionnels ? Par quels moyens les populations parviennent-elles à peser sur les politiques d’ordre public ?

Annonce

Argumentaire

Depuis une dizaine d’années, la problématique de la justice populaire fait l’objet d’un renouveau historiographique majeur. Les colloques de Trento (2012) et de Regensburg (2015) ont notamment permis de nombreuses avancées dans notre compréhension non seulement de la multiplicité des champs couverts par le concept de justice populaire mais également des processus historiques qui ont conditionné la transformation, l’émergence ou l’extinction de ses différentes formes, de la fin du 18ème siècle jusqu’à nos jours. Cette période apparaît cruciale du fait du développement croissant de l’Etat et, conjointement, de son monopole dans l’exercice de la violence légitime. Ce mouvement avait déjà été relevé dans les travaux menés par Max Weber, Norbert Elias ou encore Michel Foucault. Il aboutit, à la suite de l’affirmation des Etats-nations, à la légitimation et à l’institutionnalisation de l’exercice de la justice par le « peuple » sous le contrôle étroit des gouvernements. Le jury populaire constitue sans doute l’institution judiciaire la plus représentative de ce processus historique. Toutefois, l’établissement d’une justice populaire « institutionnelle » est loin de suivre une trajectoire linéaire. D’une part, la légitimité de l’exercice de la justice par le peuple est sans cesse contestée en Europe tant par les gouvernements conservateurs que par les professionnels du droit tout au long des 19e et 20e siècles. D’autre part, la justice populaire institutionnelle n’efface pas d’un coup l’existence des autres modes de justice populaire (qu’elle soit violente, spontanée, ritualisée ou traditionnelle). Ceux-ci connaissent notamment une résurgence lors des périodes de transitions politiques ou de conflits face à la défaillance ou à l’effondrement de l’Etat.

À travers l’analyse tant des contextes de crise que des mutations politiques, économiques ou sociales des sociétés européennes, il apparaît clairement que le concept de justice populaire doit être appréhendé au-delà du champ strictement judiciaire et être intégré dans l’horizon plus large des diverses formes de maintien de l’ordre. Que ce soit à travers la création de commissions populaires sous la Révolution française, l’appel aux délations pendant les périodes d’occupation, l’adoption négociée de normes de police consensuelles ou encore la mise sur pied de gardes bourgeoises ou villageoises pour combattre le banditisme, les populations ont été sollicitées à différentes reprises pour participer au maintien de l’ordre. Les interrogations soulevées sont nombreuses: comment les populations sont-elles intégrées aux dispositifs policiers contrôlés par l’Etat ? Quelles formes revêtent ces « polices populaires » ? Quelles relations établissent-elles avec les corps professionnels ? Par quels moyens les populations parviennent-elles à peser sur les politiques d’ordre public ? L’importance de ces questions traduit la nécessité d’étudier les composantes populaires du maintien de l’ordre, leurs évolutions dans le temps et dans l’espace européen de même que leurs interactions - ou l’absence d’interaction - avec les organes étatiques. Par l’analyse de ces différentes dynamiques, nous souhaitons que la conférence puisse servir de cadre à une réflexion qui dépasse le cloisonnement traditionnel entre espaces policiers et espaces judiciaires. Dans cette perspective, la nature polysémique de la participation populaire invite à une lecture globale et « connectée » de la problématique du maintien de l’ordre.

Programme

Mercredi 30 mai

  • 9h00 - Accueil
  • 9h30 – Introduction par Emmanuel Berger et Antoine Renglet

10h00 – La participation populaire au maintien de l’ordre sous l’Ancien Régime

  • Livio Antonielli (Università degli Studi di Milano), La participation populaire dans l’organisation des contrôles sanitaires dans l’Etat de Milan au XVIIIe siècle.
  • Brigitte Marin (Aix-Marseille Université), Les charges électives dans le maintien de l’ordre urbain au XVIIIe siècle (Italie, Espagne).

11h00 - Pause

11h30 – La participation populaire au maintien de l’ordre pendant les indépendances nationales

  • Michal Galedek (University of Gdansk), Dreams of ‘moving from the Napoleonic code to the new era of the judiciary’. The Concept of ‘popular justice’ on the eve of establishment of the Kingdom of Poland.
  • Dimitrios Antoniou (EHESS), De l’infrajudiciaire au jury : survivances et institutionnalisation de la justice populaire dans la Grèce de la monarchie absolue (1833-1848).
  • Emilio Scaramuzza (Università degli Studi di Milano et Aix-Marseille Université), Gérer l’ordre public dans une ville capitale pendant une « révolution ». L’exemple des « squadre » à Palerme au moment de l’Unification italienne (1860).

13h00 – Pause déjeuner

14h00 – La participation populaire au maintien de l’ordre pendant les Révolutions et Contre-révolutions

  • Maria Betlem Castellà i Pujols (Universitat Pompeu Fabra), Sous les yeux du Comité des rapports : La gestion locale et populaire du maintien de l’ordre public sous l’Assemblée constituante (France, 1789-1791).
  • Alvaro Paris Martin (Universitat de Zaragossa), Justice populaire et milices royalistes dans l’Europe méridionale (1789-1830).
  • Pierre-Marie Delpu (Aix-Marseille Université), Dissidence et police populaire en révolution : comment juger le tyran ? (Royaume des Deux-Siciles, 1848).

15h30 – Pause

16h00 – Les Gardes nationales dans le long 19e siècle

  • Francesco Dendena (Università degli Studi di Milano), Imposer la paix aux campagnes, créer la République : Action des colonnes mobiles de la garde nationale et logiques de maintien de l’ordre au sein de la République Cisalpine (1796-1799).
  • Axel Dröber (Institut Historique Allemand, Paris), Bourgeoisie armée et défense de l’ordre public : la garde nationale de Rennes pendant la Monarchie de Juillet.
  • Mathias Pareyre (Université de Lille), La Garde nationale, une expérience concrète mais temporaire de la participation populaire au maintien de l'ordre. L'exemple de la milice lyonnaise de 1830 à 1871.

Jeudi 31 mai

09h30 – Les milices populaires dans l’Espagne contemporaine

  • Florian Grafl (Ludwigs-Universität Munich), Cooperation or Confrontation? The interaction between the police forces and the vigilate group ‘Somatent’ during the time of Pistolerismo (1918-1923) in Barcelona.
  • Matthew Kerry (Durham University), The Thin Red Line. Paramilitarism, Policing and Social Control in Spain, 1936.

10h30 – Pause

11h00 – Polices et populations dans la Cité

  • Laurent Lopez (Service historique de la Défense, Vincennes), La police des foules par la police de l’opinion. L’impact de la demande sociale sur les priorités et modalités des politiques sécuritaires (France, fin XIXe siècle).
  • Maria Joao Vaz (Instituto Universitario de Lisboa), Autorité policière et action populaire à Lisbonne (c. 1867-1910).
  • Laurence Montel (Université de Poitiers), Enquêtes sur le kidnapping du petit Malméjac (1935) : police, justice et population.

12h30 - Pause déjeuner

13h30 – Dénonciations et surveillances populaires

  • Jeanne-Laure Le Quang (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Mouchards et délateurs. L’implication populaire en matière de « haute police » sous la Consulat et le Premier Empire (1799-1815).
  • Ronan Richard (Université de Rennes 2), « Il y a des Boches partout… » La participation populaire à la traque et au contrôle de « l’ennemi de l’intérieur » en France Durant la Première Guerre mondiale.

14h30 : Conclusions par Xavier Rousseaux

Lieux

  • Salle du Conseil FIAL, Collège Erasme - Place Blaise Pascal
    Louvain-la-Neuve, Belgique (1348)

Dates

  • mercredi 30 mai 2018
  • jeudi 31 mai 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • police, populaire, Europe, justice, jury, ordre public

Contacts

  • Emmanuel Berger
    courriel : emmanuelberger [at] hotmail [dot] com
  • Antoine Renglet
    courriel : antoine [dot] renglet [at] uclouvain [dot] be

Source de l'information

  • Antoine Renglet
    courriel : antoine [dot] renglet [at] uclouvain [dot] be

Pour citer cette annonce

« La participation populaire au maintien de l'ordre public en Europe, XVIIIe-XXe siècle », Colloque, Calenda, Publié le lundi 28 mai 2018, https://calenda.org/443041

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