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Monde arabe et diplomaties parallèles

The Arab world and parallel diplomacies

Colloque annuel du Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient

Annual conference of the Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient

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Publié le mardi 19 juin 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Ébranlé par les soulèvements populaires de 2011, le monde arabe a vécu une séquence appelée à le marquer, en tant que tel et dans son rapport au monde. Pourtant, après une (re)découverte des sociétés, de leurs dynamiques et des registres de mobilisations d’acteurs nonétatiques, nombre d’analyses sont rapidement retombées dans des logiques plus traditionnelles. En effet, objet central des relations internationales, le monde arabe a le plus souvent été abordé selon des prismes bien particuliers.

Annonce

Argumentaire

Ébranlé par les soulèvements populaires de 2011, le monde arabe a vécu une séquence appelée à le marquer, en tant que tel et dans son rapport au monde. Pourtant, après une (re)découverte des sociétés, de leurs dynamiques et des registres de mobilisations d’acteurs nonétatiques, nombre d’analyses sont rapidement retombées dans des logiques plus traditionnelles. En effet, objet central des relations internationales, le monde arabe a le plus souvent été abordé selon des prismes bien particuliers.

Tout d’abord, nombre d’analyses approchent cette région comme le réceptacle des politiques de puissances extérieures. Le monde arabe est ainsi présenté successivement comme un ensemble de territoires colonisés ; un enjeu de la Guerre froide ; ou encore le terrain d’expression d’intérêts exogènes – énergétiques, économiques, stratégiques voire religieux. Objet d’un « Grand jeu » aux effets multiples, le monde arabe peine à s’imposer comme acteur à part entière. À l’inverse, perçu comme producteur de conflits, de réfugiés, voire d’extrémisme, il doit être « stabilisé » afin de devenir plus prévisible. Les perceptions réciproques en restent durablement marquées.  

En second lieu, la majorité des études concernent les relations interétatiques, sans entrer dans l’analyse de la fabrique décisionnelle à l’intérieur des administrations. L’attention est dès lors portée sur les intérêts nationaux, la construction de politiques étrangères rationnelles, et sur les interactions qui peuvent être observées dans des cadres bi- ou multilatéraux. Les appareils diplomatiques sont au centre de ces travaux, qui bénéficient de l’ouverture progressive de fonds archivistiques et participent à une compréhension précieuse des relations internationales. Toutefois, cette approche pourrait être complétée par la prise en compte de nouvelles catégories d’acteurs, relativisant l’image de toute puissance des États de la région, qui repose en partie sur les politiques de contrôle des sociétés qu’ils peuvent mettre en œuvre.  

Enfin, le monde arabe connaît un traitement par crises. Nombre de travaux de recherches visent à comprendre les moments d’inflexion dans les relations avec cette région : ruptures des relations, conflits armés, épisodes militaires (Suez, conflits coloniaux, guerres du Golfe) ou diplomatiques (rounds de négociations), mobilisant des partenaires (que l’on songe à Oslo ou au Quartet sur l’Iran) ou des coalitions pour des interventions. Ce qui se passe dans le monde arabe devient ainsi l’affaire d’une « communauté internationale » ponctuellement mobilisée. Ces approches tendent à privilégier une vision statique des intérêts des acteurs en présence, éludant souvent les évolutions sur le long terme et les dynamiques.  

Si toutes ces approches contiennent leur part de vérité, nous souhaitons les compléter. Aussi le colloque annuel du Cercle des Chercheurs sur le Moyen Orient a-t-il choisi de traiter des «  diplomaties parallèles » mises en œuvre dans et avec le monde arabe. Fonction traditionnellement régalienne, la diplomatie est aujourd’hui exercée par de nouvelles catégories d’acteurs, via des canaux multiples et selon les formes variées. Si ces personnalités ou ces groupes ne sont pas forcément des professionnels du champ ni associés à un État, cela ne signifie pas qu’ils ne sachent développer une expertise à cet égard, ou qu’ils ne puissent être à l’origine d’initiatives stimulantes, voire de succès notoires. Ils sont en outre les promoteurs d’une évolution de la pratique diplomatique, dans un système de contraintes et d’opportunités  : ils interviennent tantôt en concurrence par rapport à la diplomatie des États, acteurs d’une sorte de diplomatie officieuse et producteurs de leur propre politique étrangère  ; à l’autre bout du spectre, ils peuvent agir en renforcement d’initiatives officielles, voire être délégués par les appareils étatiques pour une mission. Ces initiatives privées, dépassant le monopole des États, touchent enfin des domaines variés, tant les registres de mobilisation sont aujourd’hui multiples : résolution de conflits, diplomatie culturelle, économique, environnementale…

À titre indicatif, les contributions pourraient ainsi traiter des thèmes suivants : 

  • Les biais induits par les approches traditionnelles dans l’analyse du monde arabe (prise en compte des seuls intérêts des régimes, impacts analytiques par exemple à travers des grilles de lecture globalisantes comme l’opposition sunnites-chiites...)
  • La prise en compte d’aires géographiques dont les interactions avec le monde arabe sont moins connues (par exemple les interactions entre pays dits non-alignés) ou plus récentes, en étudiant en particulier la manière dont des acteurs des pays émergents (Afrique, Asie...) construisent une diplomatie à l’égard des pays arabes. Les contributions sur les relations intra-régionales ou Sud-Sud permettront de sortir du cadre souvent dominant en relations internationales des rapports entre Orient et Occident.
  • Les catégories d’acteurs qui interfèrent avec les politiques des États  : organisations internationales (ONU, Banque mondiale, HCR...), régionales (UE, Ligue arabe), les acteurs économiques (cf. affaire Lafarge en Syrie), les groupes de pression, les groupes d’amitié parlementaire, les municipalités, les initiatives populaires, mais aussi les dynamiques transnationales à travers les ONG, la société civile, les diasporas...
  • La « fabrique » d’un agenda politique par ces acteurs, et la manière dont celui-ci interagit avec d’autres, et en particulier avec les États (renforcement ou concurrence ?) : selon les cas, ils peuvent être en mesure d’influer, de conforter ou de renverser une situation.  L’ensemble de ces contributions, et la publication collective qui fera suite à ce colloque, permettront de consolider des thématiques de recherches pour l’heure embryonnaires. Le colloque du CCMO a ainsi l’ambition de valoriser une approche pluridisciplinaire, et un décentrage du regard, à travers des contributions traitant de ces thématiques au sein du monde arabe lui-même, comme acteur à part entière des relations internationales.  

Modalités de soumission

Les propositions de contributions (3 000 signes maximum) doivent être assorties d’une courte bibliographie et d’un résumé de CV du ou des intervenants. 

Elles peuvent être rédigées en français, anglais ou arabe.

Elles doivent être envoyées avant le 15 juillet 2018

à l’adresse : buroccmo@gmail.com   

Comité de sélection

  • Mada SABEH, PHILéPOL, Université Paris Descartes
  • Valérie STIEGLER, Collège de France, Université Paris I
  • Manon-Nour TANNOUS, Collège de France, Université Paris II

Bibliographie indicative

« Le Moyen-Orient dans les relations internationales », Relations internationales, n° 171, automne 2017.

« La politique étrangère aujourd’hui, Pouvoirs, n° 88, 1999.

Nazih Ayubi, Over-stating the Arab State. Politics and Society in the Middle East, Londres, IB Tauris, 1996.

Laurence Badel, Stanislas Jeannesson (dir.), Diplomatie en renouvellement, Paris, Les Cahiers Irice, n° 3, 2009.

Barry Buzan et Ana Gonzalez-Pelaez (dir.), International Society and the Middle East: English School Theory at the Regional Level, Londres, Palgrave Macmillan, 2009.

Frédéric Charillon (dir.), Politique étrangère. Nouveaux regards, Paris, Presses de Sciences Po, 2002.

Guillaume Devin, Sociologie des relations internationales, Paris, La Découverte, 2002.

Tim Dunne, Amelia Hadfield et Steve Smith (dir.), Foreign Policy: Theories, Actors, Cases, Oxford, Oxford University Press, 2012. 

Louise Fawcett (dir.), International Relations of the Middle East, Oxford, Oxford University Press, 2009.

Fred Halliday, The Middle East in International Relations. Power, Politics and Ideology, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.

Christopher Hill, Foreign Policy in the Twenty-First Century, New York, Palgrave McMillan, 2016.

Margaret E. Keck et Kathryn Sikkink, Activists Beyond Borders: Advocacy Networks, New York, Ithaca, Cornell University Press, 1998.

Bahgat Korany (dir.), How Foreign Policy Decisions Are Made in the Third World: A Comparative Analysis, Boulder, Westview Press, 1986.

Henry Laurens, Le Grand Jeu, Orient arabe et rivalités internationales depuis 1945, Paris, Armand Colin, 1991.

Christian Lequesne et Hugo Meijer (dir.), La politique étrangère : approches disciplinaires, Presses de l’Université de Montréal, 2018. 

Élise Massicard et Claire Visier, « Reconsidering the role of non-public actors in Turkish policymaking », Mediterranean politics, 2017.

Franck Petiteville et Andy Smith, « Analyser les politiques publiques internationales », Revue française de science politique, vol. 56, n° 3, 2006.

Delphine Placidi-Frot,, « La transformation des pratiques diplomatiques nationales », in Bertrand Badie et Guillaume Devin (dir.), Le multilatéralisme. Nouvelles formes de l’action internationale, Paris, La Découverte, 2007.

Benedetta Voltolini, Lobbying in EU foreign policy-making: The case of the Israeli-Palestinian conflict, Londres, Routledge, 2016. 

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • dimanche 15 juillet 2018

Mots-clés

  • moyen-orient, monde arabe, diplomatie

Contacts

  • Manon-Nour Tannous
    courriel : buroccmo [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Mada Sabeh
    courriel : mada [dot] sabeh [at] cerclechercheursmoyenorient [dot] org

Pour citer cette annonce

« Monde arabe et diplomaties parallèles », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 juin 2018, https://calenda.org/444754

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