AccueilFéminismes et artivisme dans les Amériques (XXe et XXIe siècles)

Féminismes et artivisme dans les Amériques (XXe et XXIe siècles)

Revue « EOLLES Identités et Cultures », n° 10

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Publié le jeudi 21 juin 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Anouk Guiné (université du Havre) et Emanuele Carvalheira de Maupeou (université de Rouen) vous invitent à présenter un texte pour le numéro 10 de la revue EOLLES Identités et Cultures, dans le prolongement du colloque international « Féminismes et artivisme dans les Amériques (XXe et XXIe siècles) ». Nous invitons les auteur·e·s à rendre hommage à Marielle Franco, afroféministe, lesbienne et conseillère municipale de Rio de Janeiro, assassinée le 14 mars 2018, et dont le dernier projet portait sur le funk traditionnel de Rio. Les articles proposés devront être inédits. 

Annonce

Présentation

Anouk Guiné (Université du Havre) et Emanuele Carvalheira de Maupeou (Université de Rouen) vous invitent à présenter un article pour le n° 10 de la revue EOLLES Identités et Cultures (ISSN 2271-6386), dans le prolongement du colloque international Féminismes et ARTivisme dans les Amériques (XXe et XXIe siècles), qui s’est tenu à l’Université de Rouen en septiembre 2017. Les textes proposés devront être inédits.

Le mouvement des femmes est pluriel et ancien. Or, la diversité et la pluralité des voix et des modes d’action au féminin, dans le temps et dans l’espace, ont souvent été occultés. Comme dans d’autres domaines de pensée et d’action, les théories et les manifestations occidentalo-centrées ont été les plus visibilisées. Ces dernières se sont vite imposées comme universelles. Les théoriciennes reconnues ou de la périodisation du féminisme en « vagues » ne concernent qu’un groupe de femmes, plutôt blanches et de classes moyennes et supérieures. Toutefois, d’autres formes d’expression et d’action se sont développées de manière tout aussi ancienne. Ainsi, le féminisme africain-américain remonte au XIXe siècle et s’inscrit dans le mouvement plus large en faveur de l’abolition de l’esclavage. Dans l’Amérique dite ibérique, l’organisation politique des femmes noires est plus tardive, mais des travaux récents soulignent l’agency des esclaves et l’insoumission au féminin. Quant aux femmes indiennes, leur participation politique au sein des communautés est importante depuis l’époque coloniale, comme l’atteste l’action centrale de Gregoria Apaza, Bartolina Sisa et Micaela Bastidas dans la révolution de Túpac Amaru II (1780-1782).

Les formes d’organisation des femmes racisées doivent néanmoins être appréhendées en tenant compte du contexte historique et social dans lequel elles se déploient. Les systèmes d’exploitation coloniale (plantocratie, esclavagisme, latifundisme) ont conditionné les modalités d’association américaines. Le contrôle et la répression exercés tout particulièrement sur le corps des femmes noires et indiennes ont longtemps limité les possibilités de réunion et d’engagement politique. Survivre en dépit des oppressions a été le travail à plein temps d’un grand nombre de femmes. Les luttes n’ont pas été absentes pour autant.  Celles-ci ont cependant été plutôt autonomes, multiples et variables dans le temps et dans l’espace. Elles n’ont pas donné lieu à la création de mouvements globaux. Cette histoire particulière explique également l’apparent « retard » dans l’intégration de leurs actions dans l’histoire. C’est la raison pour laquelle il faut réévaluer la place et la contribution de ces mouvements dans le champ académique, ce à quoi veut contribuer ce numéro de revue.

La dispersion et la multiplicité des formes d’action ont participé à l’invisibilisation de l’apport théorique des femmes américaines racisées. Or, celui-ci est riche et vigoureux. C’est le cas par exemple de la pensée du mouvement des féministes africaines états-uniennes, connu sous le nom de Black feminism. Ce courant a constitué une véritable révolution théorique en introduisant de nouveaux questionnements concernant l’identité du sujet féminin (le « Nous, les femmes ») et en proposant de nouveaux concepts pour la compréhension des formes de domination, comme celui d’intersectionnalité (forgé par la juriste Kimberlé Crenshaw). A partir de ce corpus théorique, ainsi que de l’histoire et l’expérience propres des femmes racisées, des féministes de l’aire « ibéro-américaine » ont développé une pensée critique tout aussi riche qui s’inscrit généralement sous l’appellation de féminisme décolonial. Ochy Curiel, Lélia Gonzalez ou Yuderkys Espinosa proposent une pensée féministe antiraciste qui puise ses racines dans l’histoire indienne et afro-américaine. De par leur expérience, elles questionnent également les rapports sociaux de sexe et de classe, et conceptualisent la notion de lesbianisme politique.

La spécificité des féminismes contre-hégémoniques tient également à une articulation particulière entre théorie et praxis. Ainsi, des voix d’ARTivistes féministes s’élèvent, de plus en plus nombreuses, d’un bout à l’autre du continent, pour exprimer leurs revendications à travers le hip hop ou les arts visuels notamment – les collectifs « Somos guerreras » ou « Batallones femeninos » en sont un exemple. Les formes d’action et de militance s’inscrivent dans une lutte globale qui ne se contente pas, comme nombre de collectifs féministes blancs et bourgeois, de questionner seulement le patriarcat. Les féministes d’Abya Yala considèrent aussi qu’il faut lutter à la fois contre le patriarcat, le racisme et la colonialité du pouvoir, mais selon des modalités propres. Tant dans les problématiques posées que dans les modes d’action privilégiés, le corps joue une place fondamentale. Le corps comme lieu de colonisation est aussi celui qui est réinvesti et réapproprié à travers l’art et la performance.

Envisagé dans une perspective comparative entre les différentes Amériques, cette publication voudrait approfondir la connaissance de ces mouvements. En s’attachant à la pluralité et à la force de leur action, la réflexion portera sur les caractères spécifiques et leur contribution à la lutte contre les oppressions de classe, de race, de genre et de sexualité.

Les articles pourront s’inscrire dans les axes de réflexion suivants:

Femmes et ARTivisme. Les ARTivistes des Amériques, qu’elles soient métisses, chicanas, indigènes, afroféministes, chingonas ou cholas, développent de multiples actions où l’art est une stratégie de lutte et de résistance décoloniale. Le chant, la musique, la littérature, la presse, les arts plastiques, visuels, graphiques, multimédias, urbains, et la performace artistique, sont des espaces d’expression activiste et créative. Citons par exemple les artistes xicanas Daisy Salinas ou Muchacha Fanzine et les peintres Crystal Galindo et Alma López; les Brown chingonas women (Mexique); Guerrilla Girls (USA); l’art qu’élaborent les femmes victimes de conflits armés et les prisionnières politiques d’Amérique Latine et d’Amérique du Nord; les femmes des mouvements hip-hop; les batucadas féministes (Colombie); le Festival Nosotras Estamos en la Calle (Pérou); Jovens Negras Movendo as Estruturas (Brésil). Nous invitons les auteures à rendre hommage à Marielle Franco, afroféministe, lesbienne et conseillère municipale de Rio de Janeiro, assassinée le 14 mars 2018, et dont le dernier projet portait sur le funk traditionnel de Rio.

Afro-féminismes. Les féministes africaines états-uniennes ont été les premières à questionner le féminisme hégémonique à partir de la restitution de leur propre expérience. Parmi elles, bell hooks, Audre Lorde, Patricia Hill Collins et Angela Davis. Elles ont contribué à enrichir la théorie critique marxiste et du féminisme matérialiste en intégrant les catégories de race et de sexe. Dans l’Amérique ibérique, les mouvements de femmes noires sont d’organisation plus récente et ne revendiquent pas autant la filiation africaine – d’où l’appellation d’afro-féminismes – que l’articulation avec les autres mouvements de femmes latino-américaines, notamment indiennes. Au Brésil, Lélia Gonzalez avance ainsi le concept d’« Améfrique ladine » qui met en relief ces liens. Dans l’aire hispanique, des mouvements forts se dessinent aussi, de Cuba au Pérou.

Pensée féministe « frontalière », féminisme Xicana (F.X.). Dans ce contexte de pluralité du mouvement des femmes américaines, il est important d’évoquer les échanges, les circulations des expériences, des savoirs et des pratiques dans tout l’espace américain. Ces interactions seront vues davantage sous l’angle de l’action que de la simple réception des connaissances. Un exemple est celui des féministes chicanas ou Women of Color telles que Gloria Anzaldúa, Cherríe Moraga, Francisca Flores (Comisión Femenil Mexicana Nacional), ainsi que les artistes Judithe Hernández (du groupe Los Four) et Judy Chicago. Elles se trouvent à la jonction de différentes cultures et références, entre le féminisme et La Raza et, depuis le communautaire, la mémoire vive et incorporée (embodied memory), mais aussi la pensé matérialiste et anarchiste, elles s’affirment comme « frontalières » et/ou métisses du point de vue politique.

Activisme indigène et féminisme indigéniste. La place des femmes dans les communautés amérindiennes ne s’est jamais limitée à l’espace privé. Cependant, depuis la Conquête, elles ont été assujetties dans le cadre du système colonial et patriarcal. Depuis le dernier tiers du XXe siècle, elles se mobilisent politiquement et mènent des actions au sein des groupements indiens comme au Chiapas, au Guatemala, en Equateur ou en Bolivie. Ces mouvements revendiquent leur identité de « peuples originaires » avec des droits qui les sortent de leur condition de citoyen.ne.s de seconde zone. Mais il s’agit aussi d’un combat contre l’imposition du capitalisme et des politiques néolibérales sur leur territoire, comme le montrent les récents exemples de Berta Cáceres (lenca), Máxima Acuña (quechua) ou LaDonna Brave Bull Allard (sioux).

Modalités de participation

Les articles (entre 2000 et 7000 mots) devront être rédigés en espagnol, français, anglais ou portugais. Ils comprendront un résumé de 10 lignes (y compris en anglais), et une brève bio de l’auteur.e.

Envoyez vos textes avant le 15 juillet 2018 à :

  • Anouk Guiné: anouk.guine@univ-lehavre.fr
  • Emanuele de Maupeou: emanuele.de-maupeou@univ-rouen.fr

Lieux

  • Groupe de Recherche Identités et Cultures (GRIC), Faculté des Affaires Internationales - 25 rue Lebon
    Le Havre, France (76)

Dates

  • dimanche 15 juillet 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • artivisme, Amériques, genre, féminisme, décolonial, Amérique Latine, Etats-Unis

Contacts

  • Anouk Guiné
    courriel : anouk [dot] guine [at] univ-lehavre [dot] fr
  • Emanuele Carvalheira de Maupeou
    courriel : emanuele [dot] de-maupeou [at] univ-rouen [dot] fr

Source de l'information

  • Anouk Guiné
    courriel : anouk [dot] guine [at] univ-lehavre [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Féminismes et artivisme dans les Amériques (XXe et XXIe siècles) », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 21 juin 2018, https://calenda.org/445290

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