AccueilL’épigénétique comme interdiscipline : entre sciences sociales et sciences du vivant

L’épigénétique comme interdiscipline : entre sciences sociales et sciences du vivant

Epigenetics as an interdiscipline: between the social sciences and the life sciences

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Publié le vendredi 22 juin 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Depuis le début des années 2000, le développement scientifique spectaculaire de l’épigénétique incite un nombre croissant de chercheurs en sciences sociales à tenter de constituer l’épigénétique comme une nouvelle « interdiscipline » : un carrefour disciplinaire à l’intersection des sciences du vivant et des sciences sociales explorant l’enchevêtrement du biologique, de l’environnement et du social. Qu’il s’agisse d’exposition au risque, d’usages alimentaires, de stress, de préjudice ou de stigmate, toutes ces dimensions familières en sciences sociales seraient désormais, c’est du moins la thèse défendue par les promoteurs de l’épigénétique en sciences sociales, parties prenantes du raisonnement biologique. L’objectif général de ce numéro spécial sera de faire progresser la connaissance sur la nature et les conséquences de l’épigénétique pour les sciences sociales en réunissant des contributions venues notamment de l’anthropologie, du droit, de la philosophie, de la sociologie, de la science politique, etc. 

Annonce

Présentation

Depuis le début des années 2000, le développement scientifique spectaculaire de l’épigénétique incite un nombre croissant de chercheurs en sciences sociales à tenter de constituer l’épigénétique comme une nouvelle « interdiscipline » (Frickel, 2004) : un carrefour disciplinaire à l’intersection des sciences du vivant et des sciences sociales explorant l’enchevêtrement du biologique, de l’environnement et du social. Qu’il s’agisse d’exposition au risque, d’usages alimentaires, de stress, de préjudice ou de stigmate, toutes ces dimensions familières en sciences sociales seraient désormais, c’est du moins la thèse défendue par les promoteurs de l’épigénétique en sciences sociales, parties prenantes du raisonnement biologique. Et de façon symétrique il reviendrait aux sciences sociales de transformer en profondeur leur rapport à l’étude du vivant afin de contribuer utilement à la formation de nouveaux cadres de recherche interdisciplinaires dits « biosociaux » (Dubois, Guaspare, Louvel, 2018). 

Malgré la réalité des avancées scientifiques, malgré l’importance de la mobilisation des agences de financement de la recherche — notamment le programme de financement Social epigenomics research in health disparities (NIH, 2017) — et quelques initiatives éditoriales récentes (New Genetics and Society, 2015 ; Sociological Review Monograph Series, 2016), les enjeux théoriques et épistémologiques de l’épigénétique, comme ses enjeux économiques, sociaux ou politiques restent encore trop largement inexplorés (Heil R. et al., 2017). L’épigénétique modifie-t-elle réellement en profondeur les frontières disciplinaires entre sciences sociales et sciences du vivant, héritées de la fin du XIXe siècle ? De façon plus limitée, contribue-t-elle à renouveler les méthodes et/ou les objets des sciences sociales et des sciences biologiques ? La recherche de politiques publiques informées par les processus épigénétiques inducteurs de maladies porte-t-elle en germe une approche inédite de la santé publique ? La possibilité d’une transmission intergénérationnelle des marques épigénétiques peut-elle alimenter des logiques sociales de mobilisation et de demande de réparation d’une génération par rapport à une autre ?

L’objectif général de ce numéro spécial sera de faire progresser la connaissance sur la nature et les conséquences de l’épigénétique pour les sciences sociales en réunissant des contributions venues notamment de l’anthropologie, du droit, de la philosophie, de la sociologie, de la science politique, etc. Différents types de propositions de contributions pourront être pris en considération pour ce numéro spécial, notamment :

  • Dans une perspective épistémologique, conceptuelle et/ou empirique, les contributions pourront s’intéresser aux transformations induites par l’épigénétique. De quelle manière l’épigénétique produit-elle un déplacement des démarcations disciplinaires entre sciences du vivant et sciences sociales  (Meloni, 2016) ? De façon plus empirique, de quelle manière contribue-t-elle à modifier l’organisation et les pratiques scientifiques, les logiques de standardisation, les modes de partage des données ou de contrôle de la qualité de ces données (Stevens, 2016) ? Une attention particulière pourra être accordée aux infrastructures collaboratives de données épigénomiques (par exemple l’infrastructure IHEC, International Human Epigenome Consortium) et aux politiques de recherche qui les appuient. 
  • Un second type de contributions pourra s’intéresser à la manière dont l’épigénétique transforme l’étude des déterminants biologiques et sociaux de la santé à l’échelle de l’individu, de la communauté ou encore de la société. L’épigénétique suggère que notre comportement quotidien (par exemple notre alimentation), nos expériences sociales (par exemple, des soins maternels, des expériences traumatiques, ou stress), ou encore des influences environnementales (toxiques ou bénéfiques) peuvent avoir des effets indirects sur notre santé (McGuinness et al, 2012). Les contributions pourront explorer si cette approche des déterminants de santé modifie les principes de prise en charge médicale ou plus largement la nature des politiques publiques de prévention et d’intervention. Elles pourront discuter la variété des conséquences des injonctions au soin associées à l’épigénétique (Fournier, Poulain, 2017).
  • Un troisième type de contributions attendues étudiera la manière dont les acteurs sociaux et politiques peuvent s’emparer de la recherche en épigénétique consacrée aux conséquences biologiques des situations de préjudice, notamment de privation (par exemple, l’absence de soins maternels, Weaver et al., 2004), ou de discrimination. De quelle manière ces savoirs sont-ils utilisés pour redéfinir, dans une perspective intergénérationnelle, les notions de justice sociale et/ou environnementale (Olden et al. 2014), d’équité en matière de santé, enfin de responsabilité pour les situations de préjudice (Rial-Sebbag et al., 2016 ?
  • les contributions pourront enfin prendre la forme d'une note critique consacrée à quelques ouvrages récents et importants étroitement liés à la thématique générale du numéro spécial.

Coordination scientifique 

  • Michel Dubois (EpiDaPo, CNRS)
  • Séverine Louvel (IEP, Grenoble)
  • 
Emmanuelle Rial-Sebbag (INSERM, Toulouse)

Modalités de soumission

Les propositions de contributions (min. 500 mots-max. 1 500 mots), en français ou en anglais, devront décrire de manière synthétique les quatre éléments suivants : 1) Sujet abordé et état de la littérature pertinente pour le sujet traité ; 2) Matériau et méthodes ; 3) Résultats attendus ; 4) Courte bibliographie (max. 5 références). Toute proposition qui ne respecte pas ce format sera automatiquement rejetée.

Elles doivent être adressées avant le 1 septembre 2018 aux trois coordinateurs : Michel Dubois (michel.dubois@cnrs.fr), Séverine Louvel (severine.louvel@sciencespo-grenoble.fr]), Emmanuelle Rial-Sebbag (emmanuelle.rial@univ-tlse3.fr). Elles feront l’objet d’un examen conjoint par les signataires de cet appel. La notification d’acceptation sera rendue aux auteurs au plus tard le 15 septembre 2018.

Les auteurs dont la proposition a été retenue devront remettre leur texte, dont la longueur ne dépassera pas 12 000 mots, au plus tard le 15 mars 2019. Chaque article sera évalué, de manière anonyme, par le comité de lecture de la Revue.

Bibliographie

Dubois, M., Guaspare, C., & Louvel, S., 2018. De la génétique à l'épigénétique : une révolution "post-génomique" à l'usage des sociologues. Revue Française de Sociologie, 59(1), pp.71-98.

Fournier T., Poulain JP, 2017, « La génomique nutritionnelle : (re)penser les liens alimentation-santé à l’articulation des sciences sociales, biomédicales et de la vie », Natures Sciences Sociétés, 25, 2, pp.111-121.

Frickel, S. 2004. Building an Interdiscipline: Collective Action Framing and the Rise of Genetic Toxicology, Social Problems, 51-2, pp.269-287.

Heil R. et al. 2017. Epigenetics, Ethical, Legal and Social Aspects, SpringerVS.

McGuinness D., Mcglynn L. M., Johnson P. C. et al., 2012, « Socio-economic status is associated with epigenetic differences in the pSoBid cohort », International journal of epidemiology, 41, 1, p. 151-160.

Meloni, M., 2016. Political biology. Science and Values in Human Heredity from Eugenetics to Epigenetics, Palgrave Macmillan.

New Genetics and Society, Epigenetics and Society, 2015. Potential, Expectations, and Criticisms, pp. 117-242, Special Issue, Volume 34.

NIH, 2017. news release, NIH establishes new research in social epigenomics to address health disparities, https://www.nih.gov/news-events/news-releases/nih-establishes-new-research-social-epigenomics-address-health-disparities

Olden, K., Lin, Y.-S., Gruber, D., & Sonawane, B. (2014). Epigenome: biosensor of cumulative exposure to chemical and nonchemical stressors related to environmental justice. American journal of public health, 104(10), 1816-1821.

Sociological Review Monograph Series, 2016. Biosocial Matters: Rethinking Sociology-Biology Relations in the Twenty-First Century. Volume 64, Issue 1, pages 1–283, March 2016.

Rial-Sebbag, E., Lafaye, C. G., Simeoni, U., & Junien, C. (2016). DOHaD et information épigénétique-Enjeux sociétaux. médecine/sciences, 32(1), 100-105.

Stevens, H, 2016, Haddoping the genome: the impact of bidg data tools on biology, biosocieties, 11-3, pp.352-371.

Weaver, I. C. G., Cervoni, N., Champagne, F. A., D'Alessio, A. C., Sharma, S., Seckl, J. R., 2004. Epigenetic programming by maternal behavior. Nature neuroscience, 7(8), 847-854.

Dates

  • samedi 01 septembre 2018

Mots-clés

  • epigenetics, interdiscipline, interdisciplinarity, science studies, big data, health, discrimination, social deprivation

Contacts

  • Michel Dubois
    courriel : michel [dot] dubois [at] cnrs [dot] fr
  • Séverine Louvel
    courriel : severine [dot] louvel [at] sciencespo-grenoble [dot] fr
  • Emmanuelle Rial-Sebbag
    courriel : emmanuelle [dot] rial [at] univ-tlse3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Michel Dubois
    courriel : michel [dot] dubois [at] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’épigénétique comme interdiscipline : entre sciences sociales et sciences du vivant », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 22 juin 2018, https://calenda.org/445447

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