AccueilDire « je » dans un monde qui met hors-jeu : la construction du sujet dans un contexte hostile

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Publié le lundi 25 juin 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Créé en 2014, le Réseau International de sociologie clinique (RISC) rassemble une quinzaine de pays d’Europe et d’Amérique, des chercheur-e-s et praticien-ne-s, pour la recherche, l’intervention, des publications et l’organisation de différents évènements scientifiques. Le prochain colloque du RISC aura lieu en Haïti (10-12 Avril 2019), autour du thème Dire « je » dans un monde qui met hors-jeu : la construction du sujet dans un contexte hostile. Il analysera les conditions d’existence du sujet quand il est confronté à un environnement social délétère, en Haïti ou dans d’autres pays.

Annonce

Colloque international du RISC-Réseau International de Sociologie Clinique

Créé en 2014, le Réseau International de Sociologie Clinique (RISC) rassemble une quinzaine de pays d’Europe et d’Amérique, des chercheur-e-s et praticien-ne-s, pour la recherche, l’intervention, des publications et l’organisation de différents évènements scientifiques. Le prochain colloque du RISC aura lieu en Haïti (10-12 Avril 2019), autour du thème Dire “Je”  dans un monde qui met hors-jeu : la construction du sujet dans un contexte hostile. Il analysera les conditions d’existence du sujet quand il est confronté à un environnement social délétère, en Haïti ou dans d’autres pays.

Arguments

La sociologie clinique met au cœur de son approche théorique, épistémique et méthodologique la question du sujet. Celui-ci est pensé comme un être soumis à des déterminismes tant psychiques que sociaux mais avec la capacité d’intervenir sur ce qui le détermine. Il n’est pas un donné mais advient au détour d’un processus où, prenant conscience de ce qui l’agit, il cherche à s’en dégager, à devenir sujet de sa vie. Il est sans cesse pris entre son assujettissement aux structures sociales et son désir de désassujettissement, entre ce qu’on a fait de lui et ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui. La sociologie clinique appelle ainsi à éviter à la fois le piège de la toute puissance du sujet, et l’illusion du tout social qui nie toute capacité d’action (de Gaulejac, 1987, 2009). Si la subjectivation est toujours un défi, comment se construit-elle dans les contextes particuliers faits de grande hostilité sociale ? Comment la précarité socioéconomique ou politique influence-t-elle les capacités du sujet ? Celui-ci est-il condamné à résister sans pouvoir transformer les situations sociales particulièrement agressives ? Ce colloque analyse, dans leur intrication, les obstacles à la construction du sujet et les tentatives de celui-ci pour advenir quand-même. Quatre axes d’étude sont envisagés.

Axe 1. Clinique du sujet et hostilité du contexte

Comment penser le sujet en milieu hostile? A quelles conditions est-il possible d’advenir comme sujet quand on est confronté à un monde qui sans cesse tente de mettre l’individu hors-jeu (Jean-François, 2011)? Il s’agit ici d’analyser les formes que revêtent l’autonomie et la réflexivité individuelles dans les contextes de grande précarité ou de banalisation de la violence, afin de comprendre ce qui, à la fois de la psyché et du social, enclenche la subjectivation. Comment se déroule la socialisation dans des situations de fragilisation des sociabilités quotidiennes ? Comment l’individu se construit-il au carrefour de ses différentes identifications, celles issues de son milieu mais aussi d’un monde globalisé dont il fait partie? Comment articuler l’individuel et le collectif ?

Axe 2. Subjectivation et politique

Penser les transformations des individus dans des contextes de précarité, de violence, de domination, suppose d’examiner de près les rapports des individus aux institutions, et notamment l’institution politique. Car la possibilité pour les individus de faire valoir une autonomie – ne serait-ce que minimale – face à la représentation que d’eux leur renvoient les structures de domination, dépend étroitement de la place que la politique accorde à l’autonomie individuelle ; autrement dit, de la place que l’individu occupe, en tant que sujet de droits et devoirs, dans le système politique. Quels rapports les sujets de droits et les citoyen-ne-s développent-ils avec la politique quand l’environnement social n’est pas sécurisant ? En quoi l’autonomie et la réflexivité qu’ils cherchent à construire dans leur vie quotidienne rejaillissent-elles sur leur rapport au politique ? En quoi sont-elles au principe de l’imagination de nouveaux modes d’accès au politique, y compris imaginaires ou utopiques ? En plus des pratiques de résistance à la domination, de subversion des normes, d’imagination utopique, cet axe concerne aussi, et surtout, les luttes sociales, dans un contexte, spécifique aux pays postcoloniaux, d’ONGisation et de professionnalisation des mouvements sociaux (Falquet, 2008). Il accorde une attention particulière à l’imbrication des transformations individuelles, subjectives et psychiques et de l’émergence de nouveaux collectifs politiques, réels ou virtuels, porteurs de nouveaux « torts » (Rancière). Pour toutes ces raisons, cet axe fait dialoguer la sociologie clinique avec une sociologie de l’individu et de la subjectivité (Tarragoni, 2018).

Axe 3. Clinique des rapports sociaux et problèmes sociaux

A travers cet axe, il s’agit de questionner les rapports sociaux et leur expression concrète dans le vécu des individus, dans les situations de vulnérabilité psychique et sociale. On propose d’analyser ces rapports dans une perspective intersectionnelle où rapports sociaux de sexe, de sexualité, de classe, de race, d’âge, ainsi que les confrontations Nord/Sud ou urbain/rural, sont mobilisés dans leur intrication pour comprendre les phénomènes étudiés. Comment cette articulation des rapports sociaux influence-t-elle la construction des sujets face à des phénomènes comme le travail/emploi, la migration, l’éducation, la religion, la santé, le handicap, la parentalité, la sexualité, la violence… ?

Axe 4. Méthodologie de la recherche en terrain difficile

Cet axe entend analyser la production du savoir à partir des terrains difficiles. Quels outils utiliser, et quelles adaptations méthodologiques imposent-ils? Comment travailler la co-construction de la connaissance entre chercheur-e et enquêté-e quand les individus, pris dans le quotidien, sont confrontés à des difficultés ? Comment fonctionne la relation de recherche, et qu’en est-il de l’implication du-de la chercheur-e? Comment expliciter, objectiver et restituer les transferts et les contre-transferts, surtout quand les chercheur-e-s eux-elles-mêmes vivent des situations limites? Quel type de connaissance est produite à partir de ces contextes de recherche ? Cet axe considère par ailleurs l’impact des rapports sociaux sur le point de vue des chercheur-e-s ou des personnes interrogées, et sur la connaissance produite dans cette interrelation (Joseph, 2013, 2017). Il fait appel à des travaux réflexifs sur les recherches en milieu hostile, en Haïti ou à l’étranger.

Conditions de soumission

Les propositions pour des interventions sur les plans théorique, épistémologique ou méthodologique, sont attendues

pour le 13 septembre 2018.

Elles comportent les noms et prénoms des intéressé-e-s, leur affiliation, leur adresse e-mail, le titre provisoire de leur communication, et un résumé de 2500 signes maximum. Elles seront envoyées à Rose-Myrlie Joseph, à cette adresse : rmjoseph.risc@gmail.com.

Comité d’organisation

Réseau International de Sociologie Clinique (RISC)

  • Vincent de Gaulejac,
  • Fabienne Hanique,
  • Rose-Myrlie Joseph.

Le Laboratoire Langage Discours et Représentations /Unité Psychosociologie de Recherche et d’Intervention Clinique (LADIREP/UPRIC), Université d’Etat d’Haïti – UEH

  • Lenz Jn-François,
  • Bengie Alcimé,
  • Raynold Billy,
  • Djenane Marlhen Jean-Charles,
  • Evenson Lizaire.

Association des Haïtien-ne-s de Paris 7 (ASHA.P7)

  • Julien Bodeler,
  • Wilsot Louis,
  • Kepler Aurélien,
  • Harry Moïse.

Action structurante « La Fabrique du politique : radicalisations, émancipations, utopies – une approche interdisciplinaire du politique », Université Paris Diderot – Paris 7

  • Federico Tarragoni.

Bibliographie

FALQUET, Jules. (2008). De gré ou de force : Les femmes dans la mondialisation. Paris : La dispute.

GAULEJAC (de), Vincent. 1987. La névrose de classe : trajectoire sociale et conflit d’identité. Paris : Hommes et groupes éditeurs.

GAULEJAC (de), Vincent. 2009. Qui est “je” ? : Sociologie clinique du sujet, Paris, Seuil.

JN-FRANCOIS, Lenz. 2011. Comment devenir « je »dans un monde qui vous met hors-jeu ? : Le défi de la construction d’un individu – sujet chez les jeunes du Bel-Air (Port au Prince, Haïti) de 1986 à 2006, thèse de doctorat (sociologie) dirigée par Vincent de Gaulejac, Université Paris Diderot – Paris 7.

JOSEPH, Rose-Myrlie. 2013. « Implication dans la recherche : des points communs aux points de rencontre », in Vincent de Gaulejac et al., La recherche clinique en sciences sociales, ERES « Sociologie clinique », p. 133-150. DOI 10.3917/eres.massa.2013.01.0133.

JOSEPH, Rose-Myrlie. 2017. « ‪De l’invisibilisation des travailleuses domestiques haïtiennes‪ », Journal des anthropologues, 2017/3 (n° 150-151), p. 85-105. URL : https://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2017-3-page-85.htm.

TARRAGONI, Federico. 2018. Sociologies de l’individu, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2018.

Catégories

Lieux

  • Port-au-Prince, Haïti

Dates

  • jeudi 13 septembre 2018

Mots-clés

  • sociologie clinique, subjectivation, émancipation, délétère

Contacts

  • Rose-Myrlie Joseph
    courriel : rmjoseph [dot] risc [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Bengie Alcimé
    courriel : benalcime [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Dire « je » dans un monde qui met hors-jeu : la construction du sujet dans un contexte hostile », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 25 juin 2018, https://calenda.org/445859

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