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Soft Power, Ethique, Intérets

Soft Power, Ethic, Interest

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Publié le mardi 03 juillet 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

L’ambition de ce colloque est d’organiser des échanges sur le soft power et d’étudier plusieurs articulations, car les débats s’orientent vers les problématiques de gouvernance mondiale, les « sociétés civiles » s’intègrent dans les relations internationales qui ne sont donc plus des territoires réservés aux États et les réseaux d’informations et de communications transforment les logiques de transparence. Il s’agit aussi de débattre des sources du soft power de l'UE dont le développement accroît l’influence, et dont la crédibilité est liée à la cohérence interne comme externe. Une attention particulière sera accordée au Soft Power comme outil efficace pour la politique étrangère des petits États qui peuvent ainsi accroître leur impact sur les affaires internationales.

Annonce

Colloque international "Soft Power, Ethique, Intérets", organisé à Banska Bystrica (Slovaquie) les 30 et 31 octobre 2018

Argumentaire

L’expression soft power est désormais, après l’article de Joseph Nye de 1990 (Cf. également Nye, 2006, 2008 ; Vuving, 2000), largement utilisée pour désigner les diplomaties d’influence « douces », a priori non coercitives, organisées dans le cadre des relations internationales actuelles. L’objectif de ces activités diplomatiques est de tenter d’influencer souvent indirectement le comportement d'un acteur politique, économique, social au bénéfice des intérêts d’un gouvernement, d’un État. Quand la démarche réussit, les cibles du soft power adoptent alors un point de vue, une opinion, voire changent de comportement sans coercition directe et sans avoir le sentiment d’avoir été contraint.  L’expression soft power recouvre donc un ensemble d’activités qui se justifient par une orientation particulière de la diplomatie traditionnelle et par la mise en place d’une diplomatie publique, avec un élargissement des acteurs. En effet, depuis quelques années, de nombreuses organisations, des entreprises, des ONG, des lobbies ou encore des groupes politiques revendiquent également une activité diplomatique et s’inscrivent dans une démarche de soft power.

Il convient d’articuler cette évolution avec l’extension de la public diplomacy, diplomatie ciblant une grande diversité de publics non institutionnels et qui réunit un ensemble de pratiques de propagande qui visent la « manipulation de la perception des publics étrangers afin de favoriser la défense d'intérêts nationaux » (Heller & Persson, p. 225). L’ère numérique, les médias sociaux et les big data amplifient les dilemmes éthiques inhérents aux pratiques qui relèvent de la public diplomacy.

Le succès de la formule soft power et sa banalisation peut laisser supposer un large consensus sur sa conceptualisation. L’articulation souvent proposée (hardsoftsmart Power) ne permet pas de clarifier le concept. En premier lieu, le soft power est la « dimension intangible de la puissance » (Lord, 2005, p. 63) et se différencie donc clairement du hard power, fondé sur l’utilisation de moyens militaires ou économiques. Mais rien de tout cela n’est évidemment nouveau et le soft power vise à organiser une diplomatie par cooptation grâce à des ressources souvent difficiles à maîtriser comme l’image ou la réputation d’un pays, le prestige induit par la médiatisation de performances particulières, l’attractivité de sa culture ou de ses idées, le rayonnement scientifique, etc. Le soft power peut aussi s'appuyer sur toute une série de symboles et de grands mythes nationaux (plat, fête, œuvre, figure de héros, drapeaux, équipe sportive, pratique artistique, vêtement, etc.), d'où l'intérêt d'étudier ce concept et les pratiques qu'il pourrait recouvrir à partir d'approches anthropologiques, discursives ou socio-sémiotiques.

Dans un contexte de défense des intérêts nationaux ou multinationaux, de nombreux pays développent désormais leurs politiques internationales en soft power : la Chine, en particulier, en a fait sa doctrine diplomatique, accompagnant un interventionnisme économique massif en Afrique notamment. Et qu’en est-il de l’Union Européenne (UE) désormais et des activités du Service Européen pour l’Action Extérieure (SEAE) ?

Pour autant, l’expression soft power recouvre des acceptions différentes qui peuvent être classées sur une échelle allant d’un sens assez étroit de diplomatie d’influence culturelle, comme dans le cas de la diplomatie chinoise, ou allemande, voire française, par exemple, jusqu’à une délimitation en fait assez mouvante de tout ce qui n’est pas militaire. Par rapport à une logique d’objectifs de la diplomatie, en pratique, il ne s’agirait que de manières différentes d’agir afin d’amener les autres pays aux positions soutenues, de la coercition à la cooptation, en passant par l’incitation. La différence entre le soft et le hard power se situerait au niveau de l’acceptation, de la forme du consentement : la puissance douce permettrait d’influer sur des personnes ciblées en modifiant leur contexte social, économique, culturel, idéologique, faisant, en quelque sorte, évoluer leurs « préférences ». Cependant, la puissance dure parviendrait au même résultat, mais en changeant plus radicalement la situation des personnes ciblées. Cependant, entre coercition et cooptation, entre adaptation et séduction, entre intérêt et désir de la part des personnes concernées, voire entre corruption et conviction idéologique, il est difficile d’opérer des distinctions fines des différents comportements politiques mises en œuvre.

Le modèle est donc ambigu. Par exemple, est-il possible de considérer l’économique comme relevant d’un soft power et non d’un hard power ? L’articulation entre le culturel et l’économique, objectif déclaré de certaines diplomaties, peut se concevoir en restant dans le soft, c'est-à-dire, pour reprendre la dichotomie proposée précédemment, dans la séduction plutôt que dans la persuasion. L’économique pourrait ainsi ne pas être uniquement une force coercitive. Il est également possible de proposer une différenciation entre les diplomaties d’entreprises qui agissent sans l’appui de l’État, par exemple qui proposent des produits culturels ou à dimension culturelle et les entreprises qui développent une activité diplomatique de concert ou en symbiose avec l’État. Dans le premier cas, il s’agirait de soft power, dans le second de hard power. Historiquement, des compagnies commerciales pendant la période coloniale ont érigé des domaines politiques et commerciaux qui ont servi de base pour des États ou des parties d’États. Aujourd’hui, lorsque la Chine finance, construit et gère des infrastructures vitales à l’étranger par le biais d’entreprises, comme le chemin de fer djibouto-éthiopien, il s’agit de hard power.

Autre limite de ce modèle, l’idée de soft power a souvent été mal comprise et mal utilisée, non seulement à cause de la relative faiblesse ou imprécision de l’outil conceptuel et parce que la confusion est grande et persistante entre puissance, pouvoirs, comportements et ressources. En effet, comme la mesure des ressources est possible (et relativement facile), elle est souvent utilisée comme indicateur de pouvoir (plus difficile à évaluer). Même si aucun pouvoir ne peut s’exercer sans ressource, ce n’est pas pour autant la mesure de ces dernières qui permet d’évaluer le pouvoir ou même de le spécifier. Les ressources ne sont certes pas neutres, mais n’en restent pas moins liées à l’usage qui en est fait. Par exemple, l’armée peut être utilisée, dans des contextes particuliers, pour une diplomatie d’influence, si elle a une image positive, rassurante, de la même manière qu’elle peut être, comme c’est le plus souvent le cas, utilisée comme un outil de coercition. Il en va de même avec l’économique, comme signalé précédemment, et, peut-être, avec le culturel.

L’ambition de ce colloque est d’organiser des échanges sur le soft power et d’étudier plusieurs articulations, car les débats s’orientent vers les problématiques de gouvernance mondiale, les « sociétés civiles » s’intègrent dans les relations internationales qui ne sont donc plus des territoires réservés aux États et les réseaux d’informations et de communications transforment les logiques de transparence. Il s’agit aussi de débattre des sources du soft power de l'UE dont le développement accroît l’influence, et dont la crédibilité est liée à la cohérence interne comme externe. Une attention particulière sera accordée au Soft Power comme outil efficace pour la politique étrangère des petits États qui peuvent ainsi accroître leur impact sur les affaires internationales.

Axe 1 : Diplomates, déontologie et éthique

Quelles sont les évolutions de la profession de diplomate dans le contexte du soft power ? Quelle est la place de l’éthique dans cette démarche. Il s’agit aussi d’interroger les relations entre moyens et fins, entre la raison d’État et l’intégrité des acteurs.

De nouvelles interactions s’installent entre la diplomatie politique, économique, culturelle et les intérêts géopolitiques. Mais qui est au service de qui, en fin de compte ? Les diplomates, au service d’un État, tentent d’animer un réseau d’acteurs non contraints en démocratie et contraints en « non démocratie ».

La question du « contrôle » de l’activité diplomatique des États, et de son évolution, est également à analyser dans un contexte d’exigence de transparence et d’évaluation par les citoyens.

L’utilisation des ressources de Soft Power d’un État pose également une question de responsabilité pour les décideurs étrangers en relation avec leur propre société et l’éthique doit jouer un rôle majeur dans ce domaine. En effet, si les diplomates et/ou décideurs politiques ne respectent pas les normes nationales reconnues dans leurs transactions internationales, cela peut affecter l’efficacité du soft power engagé.

Axe 2 : Intérêts général et particulier (États vs organisations)

La diplomatie actuelle, multi-acteurs, multiforme, plurielle, concilie-t-elle les différents intérêts, privés, publics, généraux ? La diplomatie doit défendre des intérêts nationaux ou transnationaux (comme pour l’UE) de nature multiple : économiques, culturels, géopolitiques, etc. Or, ces intérêts ne sont pas toujours compatibles et une hiérarchie, explicite ou non, doit alors être construite, et ne sera probablement pas perçue de la même manière par tous les publics concernés, au sein du pays d’origine ou des pays d’accueil.

Comment construire et donner du sens à la fois national, global et local aux actions diplomatiques ? Comment problématiser les interventions diplomatiques de manière à construire et maintenir des réseaux hétérogènes d’acteurs ayant des intérêts multiples en préservant les valeurs humanistes et de paix ?

Axe 3 : Diplomatie et soft power économiques, rôles et responsabilités des entreprises

Les entreprises font certainement, souvent, de la diplomatie sans le savoir, en étant, par leurs activités à l’étranger, des agents de soft power de facto. Les problèmes éthiques liées à l’organisation et/ou à l’activité des entreprises (conditions de travail, sauvegarde de la diversité culturelle et biologique) sont-ils transférables au champ diplomatique et rendent-ils l’État du siège de l’entreprise responsable ?

La diplomatie des affaires ou des entreprises est multiforme et recouvre à la fois les relations internes aux entreprises lorsque celles-ci sont implantées dans différents pays et les relations entre entreprises, entre entreprises et gouvernements, entre entreprises et organisations internationales ainsi qu’entre entreprises et ONG. Ces relations se développent et posent de nombreux défis du point de vue de la gouvernance tels que l’émergence de nouvelles formes de corruption ou encore de nouvelles formes de lobbying transnational, par le biais d’associations d’intérêts ou par lobbying direct auprès des centres de décisions politiques. Si au 20e siècle, les grandes entreprises multinationales ont joué un rôle de vecteurs du soft power des États, au 21e siècle, ces mêmes entreprises se sont souvent affranchies de ces mêmes États pour trouver des réponses à des enjeux pourtant du ressort de ces derniers (et parfois même avec leur consentement), notamment avec le développement de pratiques adaptées comme l’arbitrage et l’autorégulation.

Ces nombreux défis appellent les questions suivantes : Comment ces relations se nouent-elles ? Qui en sont les différents acteurs ? Quels sont leurs objectifs ? Quels moyens ou outils sont mis en œuvre pour les atteindre ? Quels sont les risques tant pour les acteurs sociaux, économiques que politiques de l’émergence de cette diplomatie des entreprises au début du 21e siècle ? Quelles nouvelles responsabilités avec cette diplomatie pour les entreprises concernées ?

Enfin, quelle est la tendance actuelle concernant les efforts de certains gouvernements pour dénoncer et interdire les pratiques de corruption d’autres gouvernements, en particulier par rapport aux entreprises qui se rendent coupables, ou bien sont victimes de ces agissements ? Et quels impacts cela a-t-il sur les diplomaties d’entreprises, sur les discours comme sur les pratiques ?

Les présentations et les échanges feront l’objet d’une valorisation, sous forme en particulier de publications et pourront également permettre la mise en place d’une recherche collective.

Langues du colloque : Communications : Anglais, Français, Slovaque

Contributions écrites : Anglais, Français

Modalités de soumission

Les propositions de contributions (titre, résumé de la proposition – 150 mots –, 4 à 6 mots-clés, présentation personnelle de l’auteur ou des auteurs) sont à adresser

avant le 15 septembre 2018,

simultanément à :

Radovan Gura, radovan.gura@umb.sk & Gilles Rouet, gilles.rouet@uvsq.fr

Les propositions seront évaluées par deux membres du comité, en aveugle, les auteurs retenus seront informés le 1er octobre 2018.

Les auteurs retenus devront adresser leur texte après le colloque, avant le 30 novembre 2018 (20 à 40 000 caractères). Une publication sera ensuite réalisée.

Comité scientifique/Scientific committee

  • Olivier Arifon, Protocol International
  • Julien Arnoult, CERSA, Université Paris 2
  • Mourad Attarça, ISM, Larequoi, Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines
  • Jozef Bátora,  Department of Political Science, Faculty of Arts of the  Comenius University, Slovakia
  • Elise Bernard, EuropaNova
  • Hervé Chomienne, ISM, Larequoi, Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines
  • Jean Crombois, American University, Bulgarie
  • Thierry Côme, Larequoi & Université de Reims-Champagne-Ardenne
  • Lucile Desmoulins, DICEN-Idf, Université Paris-Est Marne-la-Vallée
  • Antoniy Galabov, Nouvelle Université Bulgare, Sofia
  • François Goxe, ISM, Larequoi, Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines
  • William Gueraiche, American University in the Emirates
  • Radovan Gura, Université Matej Bel, Banska Bystrica
  • Branislav Kováčik, Université Matej Bel, Banska Bystrica
  • Jana Marasova, Université Matej Bel, Banska Bystrica
  • Gabriela Carmen Pascariu, Centre d’études européennes, Université de Iasi
  • Stela Raytcheva, ISM, Larequoi, Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines
  • Gilles Rouet, ISM-UVSQ & Université Matej Bel, Banska Bystrica
  • Maria Rostekova, Université Matej Bel, Banska Bystrica
  • Bronislaw Sitek, WSGE-University of Euroregional Economy in Józefów- Warsaw, Poland
  • Michael Viegas-Pires, ISM, Larequoi, Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines
  • Peter Terem, Université Matej Bel, Banska Bystrica  

Lieux

  • Faculté des sciences politiques et des relations internationales - Kuzmányho 1
    Banská Bystrica, République slovaque (974 01)

Dates

  • samedi 15 septembre 2018

Mots-clés

  • Soft power, diplomatie régalienne, déontologie, diplomatie économique, diplomatie d'entreprise, éthique, responsabilité, relations internationales

Contacts

  • Gilles Rouet
    courriel : gilles [dot] rouet [at] uvsq [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Gilles Rouet
    courriel : gilles [dot] rouet [at] uvsq [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Soft Power, Ethique, Intérets », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 03 juillet 2018, https://calenda.org/447758

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