AccueilVisages de femmes dans la littérature bourguignonne

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Publié le mercredi 04 juillet 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Cette manifestation scientifique proposera une réflexion sur l’image de la femme médiévale dans la production littéraire bourguignonne de la fin du Moyen Âge et de la première Renaissance. À l’instar des diverses rencontres internationales organisées à Dunkerque depuis 2005, elle visera de la sorte à éclairer sous un jour nouveau la vaste production littéraire élaborée sous l’impulsion des Grands Ducs de Bourgogne.

Annonce

Dunkerque – Lille, 17-18 octobre 2019

Argumentaire

 Les recherches menées ces dernières années sur la représentation de la femme durant cette période ont permis, déjà, d’apprécier toute la richesse d’une telle thématique. Parallèlement aux études générales consacrées aux princesses et aux dames de cour (Autour de Marguerite d’Écosse. Reines, princesses et dames du XVe siècle ; Das Frauenzimmer. Die Frau bei Hofe in Spätmittelalter und Früher Neuzeit), nombre de travaux sont venus mettre en lumière plusieurs aspects spécifiques de la présence féminine relevant de l’histoire culturelle ou politique, tels le lectorat et le mécénat féminins (Livres et lectures de femmes en Europe entre Moyen Âge et Renaissance ; Les femmes, la culture et les arts en Europe entre Moyen Âge et Renaissance) ou le rôle joué par les femmes de pouvoir (Femmes de pouvoir, femmes politiques durant les derniers siècles du Moyen Âge et au cours de la première Renaissance). La société savante SIEFAR, Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime, s’applique plus largement, depuis l’an 2000, à fédérer l’ensemble des initiatives destinées à mettre en lumière la présence des femmes dans la vie sociale, économique, politique, intellectuelle, scientifique et artistique des périodes précédant la Révolution française.

L’image de la femme a pareillement fait l’objet d’importants travaux dans le domaine précis des études bourguignonnes (Women at the Burgundian Court. Presence and influence, Le mécénat féminin en France et en Bourgogne, XVe-XVIe siècles. Nouvelles perspectives). Force est toutefois de constater qu’aucun ouvrage de synthèse n’a porté jusqu’à ce jour sur la question spécifique de la place consacrée à la femme au sein même des textes littéraires bourguignons, qu’ils soient narratifs, didactiques, poétiques, dramatiques ou historiographiques. Tel sera le sujet du présent colloque, qui, conçu dans une perspective interdisciplinaire, aura pour ambition de croiser plusieurs types d’approches, littéraire, linguistique, historique, sociologique et artistique. Ainsi visera-t-on notamment, sur base de ce corpus, à situer la présence du féminin dans le cadre de la réflexion portant, plus généralement, sur les cultures de l’Autre. Comme l’ont démontré plusieurs travaux récents, consacrés, par exemple, au roman français du Moyen Âge tardif (R. Brown-Grant, French Romance of the Later Middle Ages. Gender, Morality, and Desire), l’étude des relations entre hommes et femmes, menée dans la perspective des « gender studies », trouve dans cette période de l’histoire littéraire un vaste champ d’investigation.

Axes de recherche

 1. Portraits de femmes à la cour de Bourgogne

L’on s’intéressera tout d’abord au regard porté par les écrivains du temps sur les figures féminines les plus marquantes de l’espace bourguignon, que l’on songe au rôle qu’elles purent jouer dans l’exercice du pouvoir ou à leur implication dans la vie religieuse et culturelle. Il conviendra par ailleurs d’envisager plus largement la place occupée par les femmes à la cour de Bourgogne. « La noblesse est-elle une affaire d’homme ?1 ». La question posée par Éric Bousmar peut à coup sûr être éclairée par l’analyse approfondie de la littérature de cour, qu’il s’agisse des chroniques des fastes bourguignons, de la poésie ou des fictions romanesques. La présence féminine dans les récits de fêtes et de cérémonies curiales s’avère, par exemple, des plus révélatrices de la mentalité des contemporains. Dans les nombreux récits d’armes et d’amours bourguignons comme Ponthus et Sidoine ou Ciperis de Vignevaux, on pourra dégager le lien entre l’amour pré-marital et les prouesses chevaleresques et envisager ainsi le rôle des jeunes femmes dans les joutes, tournois et pas d’armes qui constituent des épisodes privilégiés. Il s’agira ainsi de dégager les réseaux symbolique, associatif ou emblématique mis en place par les romanciers et par les chroniqueurs pour décrire le corps ou les vêtements féminins, réseaux qui relèvent à la fois d’un idéal esthétique et d’un modèle social : il existe dans ces textes un certain nombre de clichés descriptifs dans l’art du portrait, au premier rang desquels on compte l’analogie avec les figures exemplaires du passé (comme Didon, la reine de Carthage, ou Hélène de Troie).

Les romans bourguignons relaient par ailleurs dans l’univers légendaire la fonction sociale de la femme dans la génération et la perpétuation de la lignée, préoccupation dont on peut saisir l’importance à travers la figuration récurrente de personnages dans l’incapacité de procréer. L’exemple le plus célèbre est sans doute représenté par Le Roman de Gillion de Trazegnies qui s’ouvre sur un vibrant éloge de l’amour maternel prononcé par dame Marie, émue aux larmes devant le spectacle donné dans un bassin par une maman carpe et ses petits carpeaux. Sur ce modèle, nombre de récits fictionnels bourguignons mettent en exergue la menace inquiétante de la stérilité dans le couple, motif dont il conviendra de préciser la portée. Ces analyses pourront également être complétées par des études portant plus particulièrement sur l’affection des mères et leur rôle dans l’éducation des jeunes enfants.

L’anthologie publiée en 2006 sous la direction de Danielle Régnier-Bohler (Voix de femmes au Moyen Âge. Savoir, mystique, poésie, amour, sorcellerie. XIIe-XVe siècle) illustre à merveille les divers modes d’expression de la voix féminine, problématique qui sera bien sûr au cœur de ces rencontres. L’on songe par exemple à la figure essentielle de Marguerite d’Autriche, qu’elle s’exprime par le truchement de son poète attitré (Jean Lemaire de Belges, Les Regretz de la Dame infortunée) ou fasse entendre sa voix propre dans telle ou telle composition : outre les poèmes insérés dans son Livre de chœur, la Complainte de Marguerite d’Autriche tend vers un « affranchissement de la voix féminine2 » où la mélancolie solitaire de la dame l’emporte sur les plaisirs du jeu courtois.

Il conviendra de s’interroger, dans cette perspective, sur la place occupée par la tradition courtoise dans la culture des élites bourguignonnes. L’on sait le rôle moteur des ducs Valois dans la constitution et le développement de la cour amoureuse dite de Charles VI. Plusieurs des auteurs phares de la cour de Bourgogne s’inscrivent dans le droit fil de cette veine poétique (Michault Taillevent, Le congé d’amour, La bien allee, L’édifice de l’hôtel douloureux d’amour ; Olivier de la Marche, Nouvelles Prophéties). Imprimé à Bruges par Colard Mansion, le recueil anonyme des Adevineaux amoureux (1479-1482) fait se succéder, sur un ton humoristique, les demandes et venditions en amour, transactions amoureuses où la courtoisie confine à la plus franche grivoiserie.

2. Vertus et idéal féminin

L’un des principaux axes de recherches de nos rencontres portera sur l’idéal de vertu féminine émanant du creuset littéraire bourguignon. La poésie de circonstance du siècle de Bourgogne est vouée, pour une part, au panégyrique des princesses de la dynastie austro-bourguignonne, les vertus canoniques dont elles sont parées (Jean Molinet, Le Chappellet des dames ; Jean Lemaire de Belges, La Couronne margaritique) allant de pair avec leur action en faveur du bien de paix (Jean Lemaire de Belges, La Concorde du genre humain). Les célébrations de naissances princières (Jean Molinet, La Nativité Madame Lienor) et, davantage encore, le genre de la plainte funèbre (Michault Taillevent, Lai sur la mort de Catherine de France ; Pierre Michault, Complainte sur la mort d’Ysabeau de Bourbon) témoignent de la place déterminante du modèle féminin dans la littérature de cour.

De même, le genre didactique des « miroirs des dames » est largement représenté en milieu bourguignon (Martin le Franc, Le Champion des Dames ; Pierre Michault, Le proces d’honneur feminin ; Philippe Bouton, Le Miroir des Dames). Les remontrances adressées aux femmes et à leurs conjoints (Le Droit Actour des Dames ; Olivier de la Marche, Le Parement et triumphe des dames ; Le Purgatoire des mauvais maris) comme l’évocation des caprices de Fortune (George Chastelain, Le Temple de Bocace ; Michele Riccio, Changement de fortune en toute prosperité) offrent un tableau contrasté, qui gagnerait à être confronté au témoignage des chroniques contemporaines.

La sainteté féminine occupe pareillement une place déterminante dans l’hagiographie bourguignonne : la Vie de sainte Katherine de Jean Miélot, désormais accessible dans l’édition critique de Maria Colombo, est commanditée par Philippe le Bon tandis que David Aubert réalise pour Marguerite d’York une copie du même texte. La protection octroyée à sainte Colette et à ses couvents par la duchesse Isabelle de Portugal va de pair avec la rédaction par Pierre de Vaux de la Vie de sainte Colette de Corbie, dont Marguerite d’York offre un exemplaire aux clarisses de Gand. L’adaptation par Jean Miélot des Miracles de Notre Dame témoigne de l’importance du culte marial, favorisée par l’intense activité des puys du Nord de la France et attestée, de même, en milieu curial (George Chastelain, Louenge à la tresglorieuse Vierge ; Lay de Nostre Dame de Boulogne).

3. Facétie, grivoiserie et imaginaire romanesque

Il conviendra, par ailleurs, de mieux appréhender l’image de la femme dans la littérature facétieuse et grivoise, qu’il s’agisse d’œuvres narratives, poétiques ou dramatiques. Commanditées par Philippe le Bon en personne, les Cent Nouvelles nouvelles, premier recueil original de récits brefs en prose et en langue française, renferment de nombreuses scènes comiques et gauloises où la ruse féminine constitue un leitmotiv. Nombreuses sont pareillement les allusions grivoises dans le recueil des Evangiles des Quenouilles, où un clerc vieillissant réunit, malgré lui, les propos des fileuses bourguignonnes dans le cadre de veillées hivernales, propos qui portent sur tous les aspects de la vie féminine et maritale, tout en rendant compte d’une sagesse populaire (cf. M. Jeay, Savoir faire. Une analyse des croyances des Evangiles des Quenouilles).

Dans le roman de Jehan de Saintré, la Dame des Belles Cousines constitue un exemple parfait de ruse et de duplicité féminine alors qu’elle s’applique à éduquer, à la fois d’un point de vue social et amoureux, le héros éponyme. Le théâtre profane constitue lui aussi un terrain de choix pour les études sur les femmes. Dans les sermons joyeux et les pronostications joyeuses, la femme est associée, une fois de plus, à la ruse et à la grivoiserie, surtout lorsque ces pièces sont destinées aux fêtes de mariages. Il sera opportun de se demander dans quelle mesure ces textes livrent une image, parfois exacerbée, de la femme et de ses artifices, et quelle part de misogynie s’y révèle. Composées par des hommes, ces œuvres constituent-elles une critique ou une apologie plaisante des femmes ?

On réfléchira en outre au devenir dans ces textes de types féminins comme la vieille sorcière (l’on songe ici à la perfide Gondrée de l’Histoire de Gérard de Nevers), la femme fée (que l’on retrouve en particulier dans Perceforest), ou encore la princesse orientale (représentée par Clarmondine, la bien-aimée du héros éponyme dans le Cléomadès en prose). Dans cette perspective, il sera éclairant de mener des études sur tout ou partie du corpus des « mises en prose » en plein essor dans le milieu bourguignon : on recherchera ainsi les points de comparaison ou de divergence entre les textes sources et les remaniements en prose dans la figuration des modèles féminins.

La critique littéraire a bien mis en évidence les relations de pouvoir déséquilibrées entre hommes et femmes dans le corpus fictionnel bourguignon. Elle s’est attachée plus spécifiquement à souligner les violences perpétrées à l’encontre de plusieurs héroïnes persécutées comme la belle Euryant de l’Histoire de Gérard de Nevers, l’Orgueilleuse d’Amours de la prose de Blancandin, ou Joie, l’héroïne à la main coupée de la Manequine de Jean Wauquelin. Le présent colloque sera l’occasion d’examiner à nouveau frais plusieurs motifs éculés qui fleurissent dans le roman bourguignon – comme le mariage forcé (qui menace la chaste Florence, l’impératrice de Rome de la prose d’Othovyen), le viol (illustré par La Fille du Comte de Pontieu), ou l’inceste (qui sert de moteur au récit de La Belle Hélène de Constantinople en prose de Wauquelin) – et qui permettent une idéalisation de la femme à travers des figures de saintes dans le siècle.

Une autre piste de réflexion conduira à envisager la spécificité des sentiments et des émotions des héroïnes de roman et l’on s’interrogera sur les métamorphoses des personnages féminins au cours de leur vie de papier. Le corpus romanesque bourguignon met en scène des figures d’épouses très contrastées : à la femme adultère s’oppose la compagne fidèle, telle la comtesse d’Artois qui, dans le Roman du Comte d’Artois, parvient grâce à la ruse et au travestissement à retrouver grâce aux yeux de son mari. Le rôle de la femme dans les relations conjugales pourra ainsi faire l’objet de travaux plus ponctuels.

1 É. Bousmar, « La noblesse, une affaire d’homme ? L’apport du féminisme à un examen des représentations de la noblesse dans les milieux bourguignons », dans Images et représentations princières et nobiliaires dans les Pays-Bas bourguignons et quelques régions voisines (XIVe-XVIe s.). Rencontres de Nivelles-Bruxelles (26 au 29 septembre 1996), dir. J.-M. Cauchies, Publication du Centre européen d’Études bourguignonnes (XIVe-XVIe s.), t. 37, 1997, p. 147-155 (cit. p. 147).

2 C. M. Müller, « La poétique de Marguerite d’Autriche : pour une relecture de sa Complainte (Vienne, ÖNB, Cod. 2584) », dans Women at the Burgundian Court. Presence and Influence, dir. D. Eichberger, A.-M. Legaré et W. Hüsken, Turnhout, Brepols, 2010 (Burgundica, 17), p. 75-85 (cit. p. 79).

Modalités de soumission

Les propositions de communication accompagnées d’un argumentaire d’une dizaine de ligneset d’un bref curriculum vitae sont à envoyer aux organisateurs avant

le 20 juillet 2018

  • Jean DEVAUX, (jean.devaux@univ-littoral.fr)
  • Matthieu Marchal (matthieu.marchal@univ-lille3.fr)
  • Alexandra VELISSARIOU, (alexandra.velissariou@univ-littoral.fr)

Organisateurs

  • Jean Devaux, Professeur de langue et de littérature françaises, université du Littoral-Côte-d'Opale (ULCO)
  • Matthieu Marchal, MCF en langue et littérature françaises, Université Lille - III
  • Alexandra Velissariou, MCF en langue et littérature françaises, université du Littoral-Côte-d'Opale (ULCO)

Lieux

  • Université du Littoral
    dunkerque, France (59)
  • Université de Lille
    Lille, France (59)

Dates

  • vendredi 20 juillet 2018

Mots-clés

  • représentation de la femme ; littérature des Grands Ducs de Bourgogne ; fin du Moyen Âge ; première Renaissance

Contacts

  • Matthieu Marchal
    courriel : matthieu [dot] marchal [at] univ-lille3 [dot] fr
  • Jean Devaux
    courriel : jean [dot] devaux [at] univ-littoral [dot] fr
  • Alexandra Velissariou
    courriel : alexandra [dot] velissariou [at] univ-littoral [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Matthieu Marchal
    courriel : matthieu [dot] marchal [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Visages de femmes dans la littérature bourguignonne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 juillet 2018, https://calenda.org/449360

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