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L’idée camerounaise du multiculturalisme

The Cameroonian idea of multiculturalism

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Publié le mercredi 04 juillet 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

L‘objectif général du colloque est d’organiser une réflexion regroupant les chercheurs camerounais issus des Universités et de la société civile dans une approche transdisciplinaire en vue d’analyser la problématique du multiculturalisme. Ce colloque sera sanctionné par la publication d’un ouvrage collectif et de numéros spéciaux de revues nationales et internationales (Afrique et Développement, Revue Africaine d'Etudes Politiques et Stratégiques). Celui-ci ambitionne de proposer un premier jet de réflexion scientifique sur la question de l’idée que les Camerounais se font du multiculturalisme.

Annonce

Argumentaire

Sujet du colloque

La relation problématique entre l’ordre politique, l’ordre social et l’ordre culturel soulève la question de l’expression de la différence dans l’espace public (Wierviorka, 1997). Dans le contexte camerounais, le choix de l’ordre politique identitaire impose une relégation des identités primaires dans la sphère privée. En effet, si la constitution consacre la diversité comme « élément de sa personnalité nationale », force est de constater que la construction de l’unité nationale a été préférée à l’expression publique de ces identités. Cependant, la montée des revendications politiques des années 1990 tout comme récemment l’exacerbation du problème anglophone ont remis sur le devant de la scène les identités comme ressource de mobilisation politique. S’inspirant des exemples suisse et canadien, une des réponses apportées à ces revendications récentes est le recours au multiculturalisme comme solution politique à l’exacerbation des identités subnationales ainsi que le prouve la récente création de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme.

La prise en compte du multiculturalisme comme solution politique à un problème identitaire a contribué au fait que ses occurrences sont devenues nombreuses dans le discours journalistique et politique. Cette fréquence de son usage discursif peut en faire un lieu commun. Or, il faut constater que le multiculturalisme reste et demeure d’une saisine définitionnelle et conceptuelle difficile. Ce constat est d’autant plus significatif qu’aucune loi camerounaise n’en donne un contenu véritable. Ainsi, le problème que pose la notion de multiculturalisme en contexte camerounais est celui de la perception sociale de l’Etat. En d’autres termes, comment se positionne le citoyen face à la multitude d’allégeances identitaires auxquelles il s’identifie? Mieux encore, le multiculturalisme tel qu’énoncé au Cameroun est-il une philosophie sociale, une politique publique ou tout simplement un constat sociologique ? Il s’agit de contribuer au débat sur les politiques de reconnaissance en entrant en dialogue avec les positions occidentalo-centrées qui perçoivent l’identité soit comme une illusion (Bayart, 1996), soit comme une fragmentation, soit comme réorganisation de la citoyenneté (Kymlicka, 2001) ou tout simplement un prétexte pour une dénationalisation tranquille de l’identité nationale (Bock-Côté, 2007).

Si l’on convient avec Eric Hobsbawm (1990) que l’identité nationale est toujours le produit d’un imaginaire collectif venant justifier la fondation d’un État, comment peut-elle surpasser les exigences de reconnaissance alors portées par le multiculturalisme ? Comme le soulignait déjà Charles Taylor « plusieurs courants politiques actuels tournent autour du besoin – parfois de l’exigence – de reconnaissance. Le besoin, peut-on dire, est l’une des forces à l’œuvre derrière les mouvements politiques nationalistes. Quant à l’exigence, elle vient au premier rang de bien des façons, dans la politique actuelle des groupes minoritaires ou subalternes, dans certaines formes de féminisme et dans ce que l’on appelle aujourd’hui la politique du “multiculturalisme” » (Taylor, 1994). Alors, dans un Etat où le mythe fondateur renvoie au nationalisme, c’est-à-dire à l’identité nationale comme imaginaire collectif (Anderson, 1983), nous pouvons nous interroger sur son modèle de multiculturalisme.

Objectifs

Objectif général

L‘objectif général du colloque est d’organiser une réflexion regroupant les chercheurs camerounais issus des Universités et de la société civile dans une approche transdisciplinaire en vue d’analyser la problématique du multiculturalisme. Ce colloque sera sanctionné par la publication d’un ouvrage collectif et de numéros spéciaux de revues nationales et internationales (Afrique et Développement, Revue Africaine d'Etudes Politiques et Stratégiques). Celui-ci ambitionne de proposer un premier jet de réflexion scientifique sur la question de l’idée que les Camerounais se font du multiculturalisme.

Objectifs spécifiques

  • Constituer un ensemble de documents scientifiques sur le multiculturalisme au Cameroun
  • Comprendre les implications et l’impact des différentes mutations que connait le Cameroun au plan de la lutte pour la reconnaissance;
  • Mettre sur pied une équipe de recherche sur la question du multiculturalisme camerounais.

Articulations

Le colloque s’articule autour de trois grands mouvements : un panel introductif, quatre ateliers et un panel conclusif. Il convient de souligner qu’une attention particulière est accordée aux contributions dont le substrat empirique repose sur le Cameroun tout en s’inspirant des expériences d’ailleurs.

Le panel introductif : Le champ définitionnel du multiculturalisme et les expériences multiculturalistes d’ailleurs.

Ce panel introductif plante le décor. Il offre aux contributeurs la possibilité de discuter de la notion et du concept de multiculturalisme. C’est une mise en dialogue des apports théoriques sur la définition du multiculturalisme. Il s’agira aussi pour les contributeurs de ce panel introductif de confronter les outils théoriques à la réalité locale. Dans ce cadre, les expériences multiculturalistes d’ailleurs peuvent informer la démarche gestative camerounaise. En toile de fond, la question principale de cette sous partie est de savoir si le multiculturalisme est transposable d’un espace culturel à un autre, d’un espace étatique à un autre.

Premier atelier : Le multiculturalisme face à la problématique de l’identité nationale : entre unité et diversité.

Cette thématique devra aborder les questions liées aux rapports entre la construction d’une identité nationale et les exigences de la prise en compte de la diversité sociologique de l’Etat. Il serait intéressant que les contributions de cette thématique puissent rendre compte des processus, des tensions, des accommodements opérés dans la construction de l’ordre identitaire camerounais. Les contributions devront se saisir de l’identité dans sa perception plurielle. L’enjeu de la reconnaissance qui se dégage de cette problématisation appréhende l’identité en rapport avec l’ensemble des plans de la vie sociale : genre, travail, religion, ethnicité.

Deuxième atelier : Le multiculturalisme et l’épreuve de la politique de la reconnaissance : entre valeurs et réalité.

Axel Honneth postule que la reconnaissance est l’objet d’une lutte. Il s’agit alors pour les contributeurs de cette thématique d’examiner la réalité de la lutte pour la reconnaissance mais surtout des valeurs qui traversent et travaillent cet espace conflictuel. Il est aussi question de saisir le champ de la reconnaissance comme un espace de coopération où se nouent des alliances et se construisent des allégeances. Cette thématique en questionnant l’expérience camerounaise de la gestion de la différence et de l’authenticité est favorable aux contributions insistant sur une étude empirique portant sur le brassage social des cultures à travers des phénomènes comme le mariage, la mobilité fonctionnelle des personnels de l’Etat, l’immigration interne, l’usage des langues (les emprunts et les influences).

Troisième atelier : Le multiculturalisme face au défi de l’institutionnalisation : entre discours et politiques publiques

Le multiculturalisme s’impose peu à peu comme un référentiel de construction des politiques publiques. Sa prise en compte modifie l’écologie institutionnelle du Cameroun en y insérant de nouveaux organismes institutionnels notamment la commission nationale de promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, en promouvant des nouvelles pratiques. Dans ce cadre, il est intéressant d’analyser les effets du discours qui accompagne la mise en agenda du multiculturalisme comme problème et solution. A cet égard, la mobilisation des discours officiels et du discours social comme éléments d’analyse peut renseigner sur les politiques publiques mises en œuvre par l’Etat pour promouvoir l’idée multiculturaliste. De même, l’évaluation de la dimension multiculturaliste des politiques publiques peut être questionnée. A cet effet, une analyse des institutions aux sens juridique et sociologique du terme peut informer la perception du multiculturalisme d’une part, et informer sur les usages multiculturalistes d’autre part.

Quatrième atelier : Le multiculturalisme et l’enjeu de la construction d’un ordre politique identitaire nouveau : entre identité souveraine et identité communautaire.

La notion de multiculturalisme laisse apparaitre une mise en visibilité du rapport à l’Etat. Elle révèle davantage la complexité et la complexification des allégeances à l’ordre étatique. Elle questionne la citoyenneté tout autant qu’elle la qualifie. Il s’agit de penser le multiculturalisme comme un facteur destructurant et restructurant l’ordre politique identitaire étatique. Les contributions peuvent s’orienter vers l’analyse du retournement de l’ordre Etat- Nation et son impact dans la conduite des rapports entre la Société et l’Etat. Le multiculturalisme peut aussi se présenter comme une stratégie discursive d’endiguement de revendications politiques. Par ailleurs, dans sa mise en dialogue avec la construction de l’Etat, le multiculturalisme peut s’envisager comme le socle indépassable d’une nouvelle identité étatique.

Panel conclusif : esquisse d’une approche camerounaise du multiculturalisme

Format du colloque (avant, pendant et après)

  • Le colloque durera deux jours et comprendra une série de conférences (des personnes ressources) et des travaux pratiques entrecoupées de discussions sur les questions théoriques et pratiques;

Modalités de soumission

Les chercheurs désireux de prendre part à ce colloque doivent faire parvenir leurs articles rédigés

au plus tard le 20 novembre 2018 à 17 h 30

à l’adresse mail : idedumulticulturalisme17@yahoo.fr

Format des articles

  • Les contributions peuvent être rédigées en français ou en anglais. Elles seront accompagnées d’un résumé (français) et d’un abstract (anglais) de 400 mots AU MAXIMUM Les textes ne doivent pas excéder 20 pages (30 000 à 45 000 signes espaces compris au maximum) y compris la bibliographie et les annexes/tableaux. Le corps du texte (style normal) doit être présenté sous version Word, sous format Word doc, police Times New Roman, corps 12, interligne 1,5, marge 2,5. Il est préférable d’accepter les coupures de mots (deux consécutives).
  • Le titre est en majuscule, les sous-titres seront en minuscule, non soulignés et en gras.
  • Les notes ne seront pas groupées en fin de texte mais apparaitront à la fin de chaque page.
  • Les figures et les tableaux doivent être identifiés par un numéro et un titre (placés avant) et leurs sources (en dessous).
  • Page de garde :
  • Titre + sous-titre (NB : Eviter un titrage trop long)
  • Nom et prénoms de l’auteur ou des auteurs
  • Institution de rattachement
  • Résumé + 5 mots clés (Times New Roman, corps 11, interligne simple)
  • Abstract + 5 mots clés (Times New Roman, corps 11, interligne simple)
  • NB : Les articles doivent être accompagnés d’une note de présentation.
  • Références Bibliographiques :

Pour le référencement bibliographique, les auteurs des articles devront utiliser le HARVARD REFERENCE SYSTEM.

Bibliographie

Amselle, J.L (1996). Vers un multiculturalisme français: l'empire de la coutume, Paris, Aubier.

Banting, K. and Kymlicka, W. (2006). Multiculturalism and the welfare state: Recognition and redistribution in contemporary democracies, Oxford, OUP Oxford.

Bock-Côté, M. (2007).  La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec postréférendaire, Cambridge, Cambridge University Press

Bock-Côté, M. (2016).Le multiculturalisme comme religion politique, Paris, Éditions du Cerf

De Singly, F. (2003). Les uns avec les autres: quand l'individualisme crée du lien, Paris, Armand Colin.

Fraser, N. (2004). « Justice sociale, redistribution et reconnaissance », Revue du MAUSS, no 23, (1), 152-164

Frasez, N. (2005). Qu'est-ce que la justice sociale?: reconnaissance et redistribution, Paris, La Découverte.

Haber, S. (2004). « Hegel vu depuis la reconnaissance », Revue du MAUSS, no 23, (1), 70-87

Hobsbawm, E. (1990). Nations et nationalisme depuis 1780, Cambridge, Cambridge University Press.

Honneth, A. (1992), La lutte pour la reconnaissance, Paris, Gallimard.

Kaufmann, JC. (2004), L'invention de soi: une théorie de l'identité, Paris, Armand Colin.

Kymlicka, W. (2001). La citoyenneté multiculturelle. Une théorie libérale du droit des minorités, Paris, La Découverte.

Lazzeri, C. & Caillé, A. (2004). « La reconnaissance aujourd'hui. Enjeux théoriques, éthiques et politiques du concept », Revue du MAUSS, no 23, (1), 88-115

Rawls, J. (2005). Political liberalism, Columbia, Columbia University Press.

Seymour, M. (dir).(2009). La Reconnaissance dans tous ses états - Repenser les politiques de pluralisme culturel, Montréal, Ed. Québec Amérique, 268 p.

Taylor, C and al. (1994). Le Multiculturalisme, Paris, Aubier.

Taylor, C. (1994). Multiculturalisme. Différence et démocratie, Paris, Flammarion.

Taylor, C. (1997). Libéraux et communautariens, Paris, PUF.

Walzer, M. & Engel, P. (2013). Sphères de justice: une défense du pluralisme et de l'égalité, Paris, Seuil.

Wieviorka, M. (2012). Une société fragmentée? Le multiculturalisme en débat, Paris, La Découverte.

Comité scientifique

  • Pr Daniel Abwa, (Université de Yaoundé I)
  • Pr Laurent- Charles Boyomo Assala, (Université de Yaoundé II Soa)
  • Pr Magloire Ondoa (Université de Yaoundé II Soa)
  • Pr Lucien Ayissi (Université de Yaoundé I)
  • Pr Nkolo Foé, (Université de Yaoundé I)
  •  Pr Sammy Beban Chumbow (Université de Yaoundé I)
  • Pr Jean Njoya (Université de Yaoundé II Soa)
  • Pr Jean-Emmanuel Pondi, (Université de Yaoundé II)
  • Pr. Victor Julius Ngoh (Université de Yaoundé I)
  • Pr Janvier Onana (Université de Ngaoundéré)
  • Pr Ogo Seck (Université Gaston Berger, Sénégal)
  • Pr Mahaman Tidjani Alou (Université Abdou Moumouni, Niger)
  • Pr Christopher Nsoh (Université de Yaoundé II Soa)
  • Pr Ibrahim Mouiche (Université de Yaoundé II Soa)
  • Pr Nadine Machikou (Université de Yaoundé II Soa)
  • Pr Joseph Ketcheu (Université de Dschang)

Comité d’organisation

  • Pr Mathias Eric Owona Nguini (Président du Comité scientifique du GEC/CERDAP/ Département de Science Politique /FSJP/UYII)
  • Patrice Bigombe Logo (Président du Comité d’Organisation du Colloque /Chercheur GEC/ GRAPS/ FPAE/ Société Camerounaise de Science Politique)
  • Dr Jean Daniel Bombela (Coordonnateur GEC / Département de Science Politique /FSJP/UYII)
  • Jean Marcellin Manga (CERESC/GEC/ Département de Science Politique /FSJP/UYII)
  • Dr Apollinaire Foulla Damna (GEC/ Département de Science Politique /FSJP/Université de Dschang)
  • Dr Emile Sedar Bokalli (GEC/Département de Science Politique /FSJP/Université de Bamenda)

Contact organisation et inscription : idedumulticulturalisme17@yahoo.fr, marcellinlebongo@yahoo.fr.

Lieux

  • Soa
    Yaoundé, Cameroun (237)

Dates

  • mardi 20 novembre 2018

Mots-clés

  • Cameroun, Cohésion sociale, Identité, Multiculturalisme

Contacts

  • Jean Daniel Bombela
    courriel : jeandanielbombela [at] yahoo [dot] fr
  • Jean Marcellin Manga
    courriel : marcellinlebongo [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Jean Daniel Bombela
    courriel : jeandanielbombela [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’idée camerounaise du multiculturalisme », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 juillet 2018, https://calenda.org/449799

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