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Traumatismes collectifs et relations internationales : quelles représentations pour quels effets ?

Collective trauma and international relations - what representations for what effects?

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Publié le mercredi 04 juillet 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

L’objectif sera de déterminer dans quelle mesure ils agissent comme des facteurs de coopération ou, au contraire, de tensions internationales. À cette fin, on pourra travailler, à partir de traumatismes précis, sur différentes régions du monde et inclure une grande diversité d’acteurs et d’actrices, qu’ils soient décisionnels, témoins ou relais, ou encore perçus comme bourreaux ou victimes. Ce thème posant aussi la question des transmissions conscientes ou inconscientes entre générations, on pourra s’intéresser à des périodes largement postérieures aux traumatismes étudiés.

Annonce

Présentation

La journée d’études annuelle des doctorants de l’UMR Sirice, prévue pour le 6 octobre prochain, proposera cette année aux jeunes chercheurs de réfléchir aux effets à court et long terme des traumatismes collectifs et de leurs représentations sur les relations internationales.

Argumentaire

Identifiés par Robert Frank comme un facteur déterminant de la politique extérieure de la France après 1945, que ce soit sur le plan de la sécurité et de l’armement ou dans les domaines diplomatique, colonial, et économique, le choc provoqué par la débâcle de 1940 et le sentiment profond d’humiliation né de la perte du statut de grande puissance rappellent par leurs effets à quel point les traumatismes collectifs peuvent jouer un rôle majeur dans les relations internationales [1].

Définis en psychologie comme une blessure, une effraction, et résultant d’un événement « inassimilable pour le sujet » [2] et altérant durablement ce dernier, les traumatismes constituent depuis les années 1980 un objet d’étude pertinent pour les chercheurs en sciences sociales qui lui ont donné une dimension collective. À partir notamment des travaux réalisés sur la mémoire de la Shoah, les historiens ont souvent adopté une approche socioculturelle qui tend à mettre l’accent sur les représentations des traumatismes, comprises comme autant de syndromes permettant d’analyser le rapport d’une société à elle-même. En histoire des relations internationales, cette question constitue un nouvel outil offrant la possibilité d’interroger sous un nouvel angle le poids des déterminants psychologiques dans les prises de décision et les rapports des sociétés les unes aux autres.

La journée d’études annuelle des doctorants de l’UMR Sirice proposera cette année aux jeunes chercheurs de réfléchir aux effets à court et long terme des traumatismes collectifs et de leurs représentations sur les relations internationales. L’objectif sera de déterminer dans quelle mesure ils agissent comme des facteurs de coopération ou, au contraire, de tensions internationales. À cette fin, on pourra travailler, à partir de traumatismes précis, sur différentes régions du monde et inclure une grande diversité d’acteurs et d’actrices, qu’ils soient décisionnels, témoins ou relais, ou encore perçus comme bourreaux ou victimes. Ce thème posant aussi la question des transmissions conscientes ou inconscientes entre générations, on pourra s’intéresser à des périodes largement postérieures aux traumatismes étudiés.

Cette journée sera également l’occasion d’adopter une démarche épistémologique conduisant à réinterroger la notion d’événement en histoire qui, par l’étude des traumatismes, subit une hypertrophie spatiale et temporelle : d’une part, le développement des moyens de communication et la globalisation croissante des enjeux, quelle que soit leur nature, conduisent à l’existence d’« événements monde »[3] ; d’autre part, les traumatismes, dont le traitement alterne entre phases de latence, d’obsession, de deuil et de commémoration, fonctionnent bien souvent comme un « passé qui ne passe pas », marquant de leur empreinte émotionnelle chaque nouveau présent [4]. Une attention particulière sera aussi accordée aux problèmes méthodologiques que pose l’étude des traumatismes : si ces derniers peuvent faire l’objet d’un surinvestissement discursif, ils relèvent parfois de l’indicible, obligeant l’historien à trouver une solution pour pouvoir interpréter ce qui est refoulé.

Le comité scientifique privilégiera les trois axes d'étude suivants.

Axe 1 : Traumatismes et représentations de l’autre

Porteurs d’une charge émotionnelle forte, les traumatismes marquent durablement les esprits, façonnent les schémas mentaux et ont une influence importante sur la lecture que les contemporains font des relations internationales.

Il s’agit d’étudier quelles représentations de soi et d’autrui sont ainsi produites et comment un État ou une société peut être conduit à redéfinir ses relations avec les autres pays et sa place dans le système international. À cette fin, on pourra analyser le rôle de la mémoire dans la construction dialectique du même par rapport à l’autre, ou encore utiliser les outils heuristiques de « régimes d’historicité », de « champ d’expérience » et d’« horizons d’attente » qui, plus larges, permettent d’envisager la question en travaillant sur l’articulation entre passé, présent et avenir [5]. La journée s’intéressera tout particulièrement au caractère éminemment subjectif, voire partial, de ces représentations ainsi qu’à leur fluidité et plasticité. Dans cette perspective, les effets de superpositions, d’échos et de mise en concurrence seront des pistes à explorer, quels que soient les échelles de temps et d’espace ou les types d’acteurs et d’actrices.

Axe 2 : La fonction des traumatismes en politique étrangère

Il s’agira de comprendre dans quelle mesure les traumatismes et la charge émotionnelle qui leur est invariablement liée constituent à l’échelle de chaque État des principes actifs de politique étrangère, la question des émotions ayant depuis Robert Frank largement investi ce champ d’étude.

Il importe ainsi de travailler sur les décideurs en s’interrogeant sur les effets produits par leur appartenance ou non à une génération traumatisée. À cet égard, on pourra se demander jusqu’à quel point les traumatismes et leurs représentations créent un sentiment d’urgence ou une grille de lecture qui précipite ou infléchit considérablement les prises de décision. On s’intéressera aussi aux effets de crispation ou, au contraire, de solidarité qu’ils produisent dans les négociations diplomatiques.

Cet axe invite aussi à appréhender la place des traumatismes dans la vie publique et à cerner dans quelle mesure ils agissent comme des vecteurs de mobilisation, de division, voire d’unité ayant des répercussions en politique étrangère. En analysant les raisons de leur présence dans la vie publique, on s’interrogera sur la frontière entre ce qui relève, d’un côté, de phénomènes inconscients et, de l’autre, d’utilisations conscientes, voire de récupération de ces traumatismes à des fins politiques, tant de la part du pouvoir que de la société. À cette fin, il sera intéressant de travailler sur les non-dits ainsi que sur les différents canaux et registres de communications employés de part et d’autre. À bien des égards, ces questionnements invitent à réfléchir à la distinction entre démocraties, régimes autoritaires et dictatures.

Axe 3 : La gestion des traumatismes collectifs par le système international

Cet axe, qui déplace l’analyse vers l’interaction entre les différentes politiques extérieures des États, permettra de s’interroger sur l’émergence et la consolidation d’une communauté sinon d’une politique internationale à partir de la gestion tant des situations traumatiques que de leurs mémoires. On pourra aussi se demander si les traumatismes et mémoires de certains pays sont moins pris en charge que d’autres par la communauté internationale.

Une attention particulière sera accordée au rôle des différents acteurs étatiques ainsi qu’aux processus d’institutionnalisation et à la diversité des politiques mises en oeuvre pour faire face aux traumatismes. On travaillera également sur les acteurs non-étatiques, en prenant en compte les moyens déployés, les interactions avec les sphères du pouvoir, les engagements transnationaux, et le rôle parfois moteur des sociétés tant dans la gestion des traumatismes que dans la constitution d’une communauté internationale.

[1] Robert Frank, La hantise du déclin. La France de 1914 à 2014, Paris, Belin, 2014.

[2] Roland Chemama, Bernard Vandermersch, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Larousse, 1998, cité par Patrick Garcia, "Quelques réflexions sur la place du traumatismes collectif dans l'avènement d'une mémoire-Monde", Journal français de psychiatrie, n°36, 1/2010, p.37-39.

[3] Jean-François Sirinelli, "L'évènement monde", Vingtième siècle. Revue d'histoire, n°76, 4/2002, p. 35-38.

[4] Henry Rousso, Le syndrome de Vichy de 1944 à nos jours, Paris, Le Seuil, 1990 (2e éd.), p. 22.

[5] La première expression a été forgée par François Hartog, les deux autres par Reinhart Koselleck, cf. François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Le Seuil, 2003, Reinhart Koselleck, Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, Éditions de l’EHESS, 1990 (1979 pour l’édition allemande originale).

Modalités de soumission

Nous invitons les doctorants souhaitant proposer une contribution pour la journée d’étude à envoyer une proposition n’excédant pas 500 mots au plus tard

le 15 juillet 2018

à l’adresse suivante : doctorants.sirice@gmail.com.

Comité scientifique 

  • Isabelle Davion (Sorbonne Université)
  • Jean-Michel Guieu (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Hélène Miard-Delacroix (Sorbonne Université)
  • Fabrice Virgili (CNRS)

Comité d’organisation 

  • Anne de Floris (Sorbonne Université)
  • Lise Galand (Sorbonne Université)
  • Ksenia Smolovic (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • dimanche 15 juillet 2018

Mots-clés

  • Traumatismes,relations internationales, système international, politique étrangère, représentations

Contacts

  • Anne de Floris
    courriel : anne [dot] defloris [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Anne de Floris
    courriel : anne [dot] defloris [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Traumatismes collectifs et relations internationales : quelles représentations pour quels effets ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 juillet 2018, https://calenda.org/449822

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