AccueilLa forêt ludique : tourisme et loisirs sylvestres

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Publié le mercredi 04 juillet 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Du Siècle des Lumières au Romantisme, la perception de la nature se transforme. Arbres et forêts deviennent source d’inspiration pour les artistes, peintres ou écrivains. De milieu hostile, la forêt devient paysage attractif tandis que le tourisme naissant valorise le voyage de découverte. Parallèlement, le développement du chemin de fer au XIXe siècle offre des possibilités de déplacement inédites et met de nouveaux espaces de loisirs à la portée de la bourgeoisie.

Annonce

Argumentaire

Du Siècle des Lumières au romantisme, la perception de la nature se transforme. Arbres et forêts deviennent source d’inspiration pour les artistes, peintres ou écrivains. De milieu hostile, la forêt devient paysage attractif tandis que le tourisme naissant valorise le voyage de découverte. Parallèlement, le développement du chemin de fer au XIXe siècle offre des possibilités de déplacement inédites et met de nouveaux espaces de loisirs à la portée de la bourgeoisie.

Les forêts proches des villes, comme celles de Saint-Germain et de Fontainebleau pour Paris, ou celle de Soignes aux portes de Bruxelles, bénéficient les premières de cette nouvelle fréquentation de loisirs. À Fontainebleau, Claude-François Denecourt balise des sentiers, aménage et met en scène des sites pittoresques puis publie des guides de promenade. Ce sont les prémisses des aménagements d’accueil du public qui se développeront au XXe siècle.

À la fin du XIXe siècle, c’est le tourisme de montagne et la découverte d’espaces plus sauvages que des associations telles que le Club alpin français ou le Touring Club de France contribuent à lancer en même temps que les premières stations balnéaires se développent. Là encore, la forêt est indissociable d’une construction culturelle des paysages dans le cadre de nouveaux usages touristiques et d’enjeux liés au devenir des territoires. Camping et mouvements de jeunesse s’inscrivent dans les évolutions progressives des pratiques en forêt et en plein air au début du XXe siècle.

Il faudra cependant attendre les profondes mutations des années 1960 en Europe occidentale, avec l’accroissement du temps libre, l’urbanisation accélérée de la société et la démocratisation de la voiture pour que la fréquentation de la forêt prenne une autre dimension et des formes renouvelées, qu’il s’agisse des loisirs du quotidien ou du tourisme. Avec 87% des Français qui ont fréquenté la forêt au moins une fois en 2015 (Usages et images de la forêt en France, enquête « forêt et société », ONF-UCN, 2015) représentant  environ 700 millions de visites dans l’année, la forêt est fréquentée comme un vaste « terrain de jeux », facilement accessible à une majorité de la population. L’importance de la fréquentation dans les forêts périurbaines ou dans les sites touristiques emblématiques, et la diversité des pratiques ne sont pas sans impact sur la forêt, sa gestion et même parfois sur la qualité de l’expérience de la forêt. Dans ces contextes, sa contribution au bien-être de la population par les aménités environnementales et sociales qu’elle procure, au premier rang desquelles sa qualité de paysage préservé, d’espace de loisirs et de détente, tend à supplanter les autres enjeux et s’exprime parfois avec force face à des actions de gestion jugées trop brutales.

En revanche, dans des secteurs en déprise, la contribution de la forêt au développement  touristique des territoires ruraux, est une attente forte des collectivités et acteurs locaux aux côtés des enjeux plus traditionnels liés à la filière forêt-bois et à la chasse. Approches qualitatives et distinctives sont souvent mises en avant pour rejeter une fréquentation de masse, le suréquipement et les risques de dégradations d’un environnement et d’un cadre de vie que l’on cherche à préserver. Entre exclusion et protection, la frontière est parfois ténue alors que le consensus est net sur le potentiel éducatif de la forêt pour le public de tous âges.

Ces évolutions et tendances dans la fréquentation de la forêt se retrouvent dans la plupart des pays occidentaux, même si des différences subsistent en fonction des territoires, de la place qu’y tient la forêt ou des représentations sociales de la nature. De même l’encadrement juridique, variable selon les pays, laisse en général une marge de manœuvre suffisante pour le développement et la diversification des pratiques. En France, si la circulation motorisée est très réglementée dans les espaces naturels, les autres fréquentations sont en grande partie laissées à la décision du propriétaire et l’accueil du public est encouragé par le législateur en forêt publique (Article L122-10 du Code forestier).

La forêt est au cœur d’enjeux multiples. L’émergence des préoccupations environnementales, les injonctions pour des modes de vie plus sains et plus actifs, mais aussi le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) ou de l’individualisme, toutes ces évolutions de la société contemporaine ont un impact sur les pratiques et les représentations de la forêt et de sa gestion. En ce début de XXIesiècle, les pratiques traditionnelles sont toujours très présentes, mais elles évoluent, et cohabitent avec de nouvelles pratiques plus sportives ou plus ludiques. Elles se diffusent hors des espaces aménagés, s’individualisent et se structurent souvent hors des cadres traditionnels et des acteurs institutionnels, font appel aux technologies de l’information (geocaching), se développent la nuit, imitent des pratiques guerrières (paint-ball ou airsoft)… Du vélo au VTT puis au VTTAE (VTT à assistance électrique) ou aux gyropodes, de la course au trail ou aux courses d’obstacles « fun », l’inventivité des pratiquants et des organisateurs paraît parfois sans bornes. Comment gérer ce foisonnement et la complexité grandissante des interactions entre les acteurs, forestiers, collectivités et institutions, associatifs… et pratiquants ? Quelle est d’ailleurs la place réelle de la forêt-nature dans ces pratiques ? Comment parvenir à cadrer ou concilier des usages qui laissent parfois les gestionnaires incertains quant au positionnement à adopter pour maintenir le bon équilibre d’une gestion multifonctionnelle dont ils sont garants en fonction de la diversité des territoires ? De même, la place des nouvelles technologies en forêt mérite d’être interrogée entre « balade branchée » où le savoir est partout à portée de smartphone et temps pour « débrancher » au profit d’une immersion sensorielle sans intermédiaire dans la nature.

L’appel à communications propose d’explorer les problématiques liées aux pratiques touristiques et de loisirs en forêt dans une approche interdisciplinaire très ouverte en considérant leur évolution temporelle et leur développement spatial dans des contextes territoriaux variés en France et à l’étranger. Les problématiques liées à la gestion de la faune et de la chasse déjà étudiées dans le cadre des journées d’études et colloques du GHFF ne font en revanche pas partie du sujet.

Abordées du point de vue d’acteurs différents, il s’agit aussi de mieux comprendre ce que ces pratiques et leurs évolutions nous apprennent de la société dans laquelle elles s’inscrivent, des relations de la population à la forêt et ainsi d’apporter une autre vision de la complexité de l’action du forestier dans la gestion durable et multifonctionnelle vue sous le prisme de l’accueil du public, un domaine lui aussi mouvant et en constante évolution.

Modalités de soumission

Les propositions devront comporter le titre de la communication, un résumé de 15 à 20 lignes (une demi-page maximum), accompagnées d’une courte bibliographie indicative (5 références) et d’une brève présentation de l’auteur (titre, institution, laboratoire de rattachement). Elles seront envoyées

avant le 3 septembre 2018

simultanément aux adresses suivantes :

  • granetallain@free.fr
  • marc.galochet@univ-valenciennes.fr
  • micheline.hotyat@cegetel.net
  • ines.meliani@ens-lyon.fr

Les propositions seront étudiées par le Comité scientifique et les auteurs seront avisés du résultat des délibérations après le 30 septembre.

Des précisions seront alors données sur l’organisation matérielle de la journée d’études. Les textes des interventions seront publiés après évaluation par un comité de lecture.

Journée d’études annuelle du Groupe d'Histoire des Forêts Françaises, 26 janvier 2019

Comité d’organisation

  • Anne-Marie GRANET
  • Marc GALOCHET
  • Micheline HOTYAT
  • Inès MÉLIANI

Comité scientifique

  • Philippe BACHIMON, Professeur des universités en géographie, Université d’Avignon (sous réserve)
  • Philippe DUHAMEL, Professeur des universités en géographie, Université d’Angers (sous réserve)
  • Édith FAGNONI, Professeur des universités en géographie, Sorbonne Université, Laboratoire ENeC
  • Marc GALOCHET, Professeur des universités en géographie, Université de Valenciennes, CALHiSTE
  • Anne-Marie GRANET, Ingénieur forestier ONF
  • Micheline HOTYAT, Professeur émérite en géographie, Sorbonne Université, Laboratoire ENeC

Lieux

  • Maison de la Recherche, Université-Paris-Sorbonne, rue Serpente, 75005 Paris
    Paris, France (75)

Dates

  • lundi 03 septembre 2018

Mots-clés

  • Forêt, loisirs, tourisme, aménagement, histoire sociale

Contacts

  • fabrice guizard
    courriel : fguizard [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • fabrice guizard
    courriel : fguizard [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La forêt ludique : tourisme et loisirs sylvestres », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 juillet 2018, https://calenda.org/451231

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