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À contre-pont

N°24 de la revue « TRANS- »

24th issue of “TRANS-”

N°24 de la revista «TRANS-»

N°24 della rivista «TRANS-»

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Publié le vendredi 06 juillet 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Ce numéro de la revue TRANS- sera consacré non pas au pont, mais à des ponts, qui peuvent être aussi bien réels qu’imaginaires, peints, sculptés, filmés, racontés ou déconstruits. Ce sujet n’est exclusif d’aucune période ni d’aucun genre, mais devra s’associer à une approche comparatiste qui peut prendre la forme d’une comparaison entre différents objets - des ponts appartenant à des géographies, des histoires, des littératures ou des techniques différentes - mais qui peut aussi s’entendre comme la rencontre de plusieurs méthodes, comme l’excursion d’un regard scientifique dans une œuvre romanesque, ou l’approche historique d’un concept.

Annonce

Argumentaire

Symbole évident des passages, des transitions, des traversées initiatiques, le pont, figure récurrente de la littérature, est une métaphore aisée pour signifier l’union ou la circulation. L’histoire des ponts remonte aux origines de l’humanité, ils renvoient à nos voyages et à nos guerres, aux entreprises commerciales et aux progrès de nos techniques, et on ne peut que souscrire à ce vibrant hommage rendu par l’écrivain de langue serbo-croate Ivo Andrić : « De tout ce que l’homme dans son élan vital élève ou construit, il n’est rien à mes yeux de mieux ni de plus précieux que les ponts. Ils ont plus d’importance que les maisons, un caractère plus sacré, parce que plus commun à tous, que les temples[1]. » Pourtant, c’est à « contre-pont » que nous voudrions aller dans cet appel, en dépassant une vision lénifiante de cette figure.

L’imaginaire du pont, en effet, nous fait parfois oublier l’évidence de son origine : il n’y a pas de pont sans obstacle, sans un vide, de la différence dans l’ordre du monde. Dans son court article intitulé « Pont et porte », Simmel invitait à se méfier de la promesse d’union figurée par les ponts : si le pont établit un contact, il rend sensible aussi l’écart incompressible qui sépare les deux rives[2]. C’est pourquoi les ponts nous invitent à questionner non pas seulement des jonctions mais aussi la nature discontinue de ce qu’ils mettent en relation. Aux aspirations à la fusion, au leurre de l’assimilation, le pont oppose une pensée du rapport à l’autre qui intègre la distance. Ainsi n’est-il pas étonnant de trouver, parmi les écrivains amateurs de ponts, des auteurs qui pratiquent l’art du fragment, tels Rimbaud ou, plus près de nous, Pascal Quignard.

L’étude attentive de ponts figurés par des œuvres littéraires peut aider à faire vaciller la métaphore du pont pour que, de pontifiante, elle devienne signifiante. Afin de saisir la complexité de ce mouvement, il nous paraît essentiel de le poser à l’intersection de plusieurs approches critiques et disciplinaires. Des propositions qui croiseront les études littéraires avec des réflexions d’ingénieurs, d’architectes, de philosophes, d’historiens, de géopoliticiens, d’urbanistes seront donc particulièrement bienvenues. Nourrie par les réflexions issues d’autres champs disciplinaires, c’est donc la figure du pont qui devra être interrogée comme reconfiguration et construction discursive de ces imaginaires et savoirs pluriels.

Le lieu d’un passage

Un pont semble se définir comme un lieu faisant lien. Chez les Anciens, le pontos désignait un lieu de passage, notamment la mer Noire, le « Pont Euxin », au-delà duquel se trouvaient, pour les Grecs, les barbares. Se pose alors toute une série de questions sur les modalités du passage. Quelle peut bien être la nature des espaces qui n’existent que pour les bords qu’ils rattachent ? Dans Le pont traversé, Paulhan remarque que l’expression traverser un pont est apparemment illogique puisque « on ne traverse un chemin que dans sa largeur ; car y marcher dans sa longueur, c’est le suivre[3] ». Paulhan toutefois utilise lui-même l’expression dans le titre de son livre, comme pour suggérer que relier deux points séparés est un acte plus complexe et plus périlleux que suivre un chemin. L’étrangeté de l’expression traverser un pont ouvre alors une première piste de réflexion qui encourage à penser la relation non seulement comme un rapprochement, mais aussi comme une découverte de ce qui résiste au passage, de quelque chose contre quoi on achoppe et qui fait nous trébucher.

Relier au passé, à l’avenir

Envisagé à contre-espace puisqu’en termes d’achoppement et d’écart, le pont invite aussi à considérer le temps en termes de continuités et de discontinuités. Lorsqu’il publie Le Pont sur la Drina, Ivo Andrić croit encore en un monde susceptible d’être rendu cohérent par l’accumulation positive du temps, un monde où les ponts soudent et défient la mort et l’oubli. Dans Oublier, trahir puis disparaître, l’écrivain français Camille de Toledo remarque qu’il « n’est pas étonnant de voir, ici ou là, dans beaucoup de livres de notre époque transitoire, des figures de ponts. Nous, les derniers-nés du vingtième siècle, nous avons eu la charge de relier deux époques, deux mondes qui se tournent le dos[4] ». Or, cette charge semble devenue irrémédiablement trop lourde. Les figures de ponts que les romanciers contemporains intègrent dans leur fiction sont souvent fuyantes ou insaisissables. Les ponts s’écroulent comme chez Vitaliano Trevisan[5], se révèlent mirage (Mathias Enard[6]) ou alors vestige (Francesco Pecoraro[7]), voire puits (Trajei Vesaas[8]). Même quand la naissance d’un pont signe la promesse d’un nouvel ordre de relations, elle s’accompagne de compromis et de ruptures (Maylis de Kerangal[9]). S’interroger sur les ponts qui peuplent (et peut-être même hantent) la littérature contemporaine revient alors à se demander comment nos relations reflètent ou altèrent notre rapport au temps. Alors qu’on pense spontanément à l’eau qui coule ou au fleuve dans lequel on ne se baigne pas deux fois pour représenter le passage du temps, l’échec de ces ponts semble renvoyer à un temps qui ne passe pas, ou plutôt qui passe de travers.

Politiques du pont

Les ponts sont souvent au centre de tensions géopolitiques : lieux de passage pour les migrants, comme le pont Simon Bolivar entre la Colombie et le Venezuela, mais aussi points de contrôle tel que le pont Allenby en Cisjordanie. En Europe, pendant que des ponts de papier circulent sur les billets de banque comme symboles de réconciliation, d’ouverture et d’union, les ponts réels deviennent souvent le dernier refuge pour des demandeurs d’asile, preuve patente d’un hiatus dans les proclamations d’unité et d’ouverture des pays européens. C’est pourquoi les ponts mériteraient sans doute d’être libérés de la mystique du lien au profit d’une observation plus fine des formes de vie qu’ils rendent possibles ou qu’ils contrarient. 

Dès que l’attention est portée sur le singulier, le symbole se diffracte et laisse la place à des objets de réflexion plus ténus, incertains et conflictuels, à l’image de notre époque essoufflée par les mouvements contradictoires du repli et de l’ouverture. On pourra analyser ici les enjeux plus spécifiquement politiques de la figure du pont, en se demandant notamment si elle peut nous amener à élucider ou imaginer de nouvelles formes de sociabilité.

Ce numéro de la revue TRANS- sera donc consacré non pas au pont, mais à des ponts, qui peuvent être aussi bien réels qu’imaginaires, peints, sculptés, filmés, racontés ou déconstruits. Ce sujet n’est exclusif d’aucune période ni d’aucun genre, mais devra s’associer à une approche comparatiste qui peut prendre la forme d’une comparaison entre différents objets - des ponts appartenant à des géographies, des histoires, des littératures ou des techniques différentes - mais qui peut aussi s’entendre comme la rencontre de plusieurs méthodes, comme l’excursion d’un regard scientifique dans une œuvre romanesque, ou l’approche historique d’un concept.

Modalités de soumission

Les propositions d'article (3000 signes), accompagnées d’une brève bibliographie et d’une courte présentation du rédacteur doivent être envoyées

avant le 20 septembre 2018

en fichier .DOC ou .RTF à l’adresse lgcrevue@gmail.com.

Les articles retenus seront à envoyer pour le 10 janvier 2019. Nous rappelons que la revue de littérature générale et comparée TRANS- accepte les articles rédigés en français, anglais, italien et espagnol.

Comités de la revue

  • Le comité scientifique, composé de chercheurs de différentes universités, est le garant de la spécificité disciplinaire de la revue et de la qualité des contributions. Il définit les orientations de la revue, lui assure une cohérence et un caractère proprement comparatiste.
  • Le comité de rédaction choisit les thèmes des dossiers centraux, rédige les appels à contribution et les publie sur plusieurs listes de diffusion internationales (Fabula, MLA, etc.). La sélection des contributions se déroule en deux temps : les propositions de communication donnent lieu à une première sélection par le comité de lecture (auquel participent les membres du comité de rédaction), qui se réunit à nouveau lors de la réception des articles rédigés. Le comité de rédaction collabore avec des correspondants étrangers pour la mise en place des dossiers « Université invitée ». Le comité de lecture assure une seconde lecture des articles présélectionnés par le correspondant en charge du dossier.
  • Le comité de lecture étudie avec soin les propositions de communication et les articles présélectionnés du dossier central. Il assure une seconde lecture des articles du dossier « Université Invitée ». Composé du comité de rédaction et de chercheurs de différentes universités, il regroupe des spécialistes de nombreux champs linguistiques et théoriques : cette diversité garantit la qualité scientifique des articles sélectionnés.

Comité scientifique

  • Yen-Mai TRAN-GERVAT, maître de conférences en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Philippe DAROS, professeur de Littérature générale et comparée, directeur de l’Ecole Doctorale 120 – Littérature française et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Joaquin MANZI, maître de conférences en Littératures et cinémas de l’Amérique Latine, université Paris-Sorbonne – Sorbonne Université
  • Nathalie PIEGAY-GROS, professeur de Lettres modernes, université Paris Diderot – Paris 7
  • Tiphaine SAMOYAULT, professeur de Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

Comité de lecture

  • Philippe DAROS, professeur de Littérature générale et comparée, directeur de l’Ecole Doctorale 120 – Littérature française et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Florence OLIVIER, professeur de Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Nadja DJURIC, enseignante à l’Université de Belgrade, doctorante en Littérature générale et comparée à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Marcos EYMAR, maître de conférences au département d’Espagnol de l’université d’Orléans
  • Fiona MCINTOSH VARJABEDIAN, Professeur des universités, université Lille 3
  • Julia PESLIER, maître de conférences en Littérature comparée à l’université de Franche-Comté.
  • Yen-Mai TRAN-GERVAT, maître de conférences en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

Comité de rédaction et du Comité de lecture

Rédacteur en chef : Iván SALINAS ESCOBAR, docteur en Littérature générale et comparée de l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, enseignant au Lycée Claude Monet

  • Ninon CHAVOZ, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure et agrégée de lettres modernes, doctorante contractuelle en Littérature francophone et chargée de cours à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Antoine DUCOUX, ancien élève de l’ENS de Lyon, agrégé de lettres modernes et doctorant contractuel en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Guillermo HECTOR, doctorant en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • A’icha KATHRADA, doctorante et chargée de cours en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris  3
  • Marie KONDRAT, doctorante en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, en cotutelle avec l’Université de Genève
  • Matilde MANARA, doctorante contractuelle en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Amanda MURPHY, doctorante et chargée de cours en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, et lectrice d’anglais à l’université Panthéon Sorbonne – Paris 1
  • Sana M’SELMI, doctorante en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Naomi NICOLAS KAUFMAN, doctorante en Littérature générale et comparée, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Cécile ROUSSELET : doctorante en Littérature générale et comparée, dont la thèse est financée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
  • Victor TOUBERT, doctorant contractuel en Littérature générale et comparé, université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
  • Francesca TUMIA, docteure en Littérature française et francophone et chargée de cours à l’UFR de Littérature et Linguistique Française et Latine de l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

Références

[1] Ivo Andrić, Mostovi, 1933, http://www.yurope.com/people/nena/Zabeleske/Ivo_Andric/Mostovi.html, consulté le 06/05/18 ; traduit en français par Alain Cappon, « Les Ponts », Europe n° 960, avril 2009, p. 308-310.

[2] Simmel, G., « Pont et porte » (traduit de l’allemand par Sabine Cornille et Philippe Ivernel), in Simmel, G., La Tragédie de la culture, Paris, Rivages, 1988.

[3] Félicité de Genlis, Œuvres complètes, t.V, Histoires, mémoires et romans historiques, Bruxelles, P.J. de Mat, 1828, p. 90. Passage cité par Paulhan dans Le pont traversé (1921), Œuvres complètes, t. 1, Paris, Gallimard, 2006, p. 158.

[4] Camille de Toledo, Oublier, trahir puis disparaître, Paris, Seuil, 2014, p. 118.

[5] Vitaliano Trevisan, Le pont : un effondrement, Paris, Gallimard, 2009.

[6] Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Paris, Actes sud, 2010.

[7] Francesco Pecoraro, La vie en temps de paix, Paris, J.-C. Lattès, [2013] 2017.

[8] Trajei Vesaas, Les ponts, Paris, Autrement, [1966] 2003.

[9] Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont, Paris, Verticales, 2010.

Catégories

Dates

  • jeudi 20 septembre 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • ponts, passage, traversée, littérature comparée

Contacts

  • A'icha Kathrada
    courriel : kathrada [dot] aicha [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Aïcha Kathrada
    courriel : kathrada [dot] aicha [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« À contre-pont », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 06 juillet 2018, https://calenda.org/451470

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