AccueilLes capacités transformatives des réseaux dans la fabrique des territoires

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Publié le lundi 02 juillet 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Les doctorant·e·s du laboratoire Pacte (université Grenoble Alpes) et du laboratoire Cités, territoires, environnement et sociétés (Citeres, université de Tours) s’associent pour organiser à Grenoble une journée d’étude à destination des jeunes chercheurs et chercheuses. Intitulée « Les capacités transformatives des réseaux dans la fabrique des territoires », celle-ci s’articulera autour de deux axes : « Rôle des interactions sociales dans la production d’une transformation territoriale » et « Influence des réseaux techniques et infrastructurels dans la transition territoriale ».

Annonce

Argumentaire

Les approches pour traiter les réseaux sont diversifiées. Nous souhaitons nous inscrire dans la continuité de celle proposée par Offner (1996). Pour lui, « le réseau constitue un exceptionnel instrument de représentation de la réalité, représentation bien évidemment partielle, partiale, pauvre, mais qui donne à voir le monde simplement (…). » (Offner, 1996, p 18). Plus précisément, nous choisissons de concevoir les réseaux comme un outil qui aide à penser les rapports de l’homme avec son territoire[1] dans ses dimensions, « vécues, conçues et perçues » (Lefebvre, 2000) et nous sommes ouverts à toute approche s’inscrivant dans cet objectif, quelques soient les paradigmes, les théories et les concepts qu’elles convoquent.

La journée d’étude est envisagée comme l’occasion de faire dialoguer ces différentes approches entre elles autour d’un thème plus transversal, celui du potentiel transformateur des réseaux. En effet, l’objectif principal de notre journée est de rassembler des étudiant.e.s en Master, des doctorant.e.s et de jeunes docteur.e.s qui cherchent à répondre à la question des capacités des réseaux à induire des mutations territoriales. Plus précisément, nous chercherons à discuter de la question suivante : comment les réseaux transforment-ils les territoires ?

La littérature sur les réseaux en distingue différents types dont les réseaux techniques et infrastructurels (Guillerme, 1986); (Dupuy, 1991) à travers lesquels les informations, les biens et les services circulent sont saisis par les individus et les réseaux sociaux immatériels (Bassand et Galland, 1993), qui eux renvoient à la perception et à la conception des réseaux par les individus.

L’analyse des réseaux sociaux se base sur « un ensemble de méthodes, de concepts, de théories, de modèles et d’enquêtes (…) qui consiste à prendre pour objet d’étude non pas les attributs des individus (leur âge, leur profession, etc.), mais les relations entre les individus, et les régularités qu’elles présentent, pour les décrire, rendre compte de leur formation et de leurs transformations, analyser leurs effets sur les comportements individuels » (Mercklé, 2016). Cette approche vise à évaluer le rôle du réseau dans différentes pratiques se répercutant sur les activités humaines quotidiennes (les déplacements, le travail, les rapports amoureux, les relations d’amitié, la politique ou encore la participation à certains événements). Même si elle n’est a priori pas territoriale, cette approche tient compte des pratiques quotidiennes. Ainsi, le territoire figure en trame de fond à la fois dans sa dimension « perçue » et dans sa dimension « vécue ». C’est le cas par exemple dans les travaux de Bidart (Bidart, 2012). D’autres chercheurs  analysent le rôle du réseautage dans la fabrique des territoires et ses impacts sur leur organisation, leur fonctionnement, leur image ou bien encore leur développement et leur évolution (Grandclement, 2012). 

Ce lien entre réseaux et territoires apparaît de façon d’autant plus évidente lorsque l’on s’intéresse aux réseaux matériels, infrastructurels ou techniques. En effet, les réseaux se sont imposés par les « pratiques planificatrices et technocratiques du XXe siècle » (Offner, 1996) comme forme privilégiée d’organisation des échanges à l’échelle des territoires. Les propriétés technico-économiques des réseaux (effet de club, économies d’échelle), mis en lumière par les économistes (Curien, 2005), fournissent « une réponse effective aux problèmes posés par le fonctionnement des villes (…) : insalubrité (…) approvisionnement énergétiques ou alimentaires » (Coutard et Rutherford, 2009). Le réseau devient pour les pouvoirs publics un élément essentiel de solidarité « contribuant ainsi à la fabrique du territoire » (Dupuy, 2011) et joue un rôle déterminant dans la forme organisationnelle que prennent les Etats modernes (Mayntz, 1995). Depuis, le caractère universel et solidarisant du réseau a été remis en cause au prisme de la libéralisation et de l’accroissement des financements privés dans les réseaux infrastructurels (Graham, 2000). Aussi, la littérature actuelle met en lumière le développement de formes alternatives aux réseaux, davantage décentralisées et basées sur des principes écosystémiques de circularité. Elles sont censées assurer une durabilité et une soutenabilité plus forte (Coutard et Rutherford, 2013).

Nous voyons donc qu’il est aisé de classer les travaux sur les réseaux en fonction du type de réseau auxquels leurs auteurs s’intéressent, mais certains écrits échappent à cette typologie. C’est le cas des travaux qui s’inscrivent dans la théorie de l’acteur-réseau (ANT pour Acteur Network Theory). L’ANT s’attache à décrire l’ensemble des associations qui constituent le paysage social en ne distinguant pas a priori les « acteurs humains » des « acteurs non-humains » (Callon, 1984). Dans cette approche, la dichotomie réseaux sociaux et réseaux infrastructurels n’a que peu d’importance, la focale étant mise sur d’autres oppositions, notamment celle distinguant les « intermédiaires » et les « médiateurs »[2] (Latour, 2007). Des communications qui adopteraient une approche théorique de type ANT sont donc aussi les bienvenues.

Ainsi, il existe de multiples approches de l’analyse des liens entre réseaux et territoires et nous espérons recevoir des propositions toutes aussi diverses.

Le verbe « transformer » présent dans le titre proposé pour cette journée recouvre différentes réalités. Différentes acceptions sont les bienvenues : ainsi, nous attendons aussi bien des propositions de communication qui expliquent les liens entre réseaux et transformations territoriales incrémentales ou bien plus profondes et fondamentales, dans le sens d’une transition soutenable des territoires par exemple[3]. De même, nous sommes intéressé.e.s par des contributions portant sur des transformations pilotées par des acteurs publics (dans une perspective de régulation) autant que par des propositions portant sur des initiatives de la société civile (bottom-up). Enfin, nous attacherons une attention particulière aux communications qui prendront soin de détailler leur méthode et leur cadre conceptuel. En termes de méthodes, les contributions mobilisant des méthodes d’analyse structurale de réseaux sont les bienvenues.

Les propositions de communication devront s’inscrire dans l’un des deux axes thématiques suivants. 

Axe 1. Rôle des interactions sociales dans la production d’une transformation territoriale

  • Institutions
  • Acteurs publics
  • Sociétés civiles
  • Réseaux domestiques et individuels

Comment interagissent les différentes échelles de réseaux sociaux et en quoi cela impacte-t-il la transformation du territoire ?

Quelle peut être l’impact de chaque niveau d’interaction ? Quel est le poids de la société civile dans la transformation territoriale ? Celle des acteurs publics ?

Axe 2. L’influence des réseaux techniques et infrastructurels dans la transformation territoriale

  • Que peuvent apporter les réseaux physiques : eau, énergie, assainissement, transport … dans la transformation territoriale ? Leur organisation est-elle un facteur important pour la transition ?
  • Systèmes d’information et communication; peuvent-ils être le support d’une mobilisation au-delà des frontières physiques ? Quelles utilisations de ces réseaux induit une transformation visible du territoire ?

Modalités de soumission

La proposition de communication devra traiter du sujet par une entrée thématique, méthodologique et/ou un cas d’étude qu’elle soulève en 5000 signes au maximum, bibliographie incluse (Times New Roman, 11, interligne 1.5). Les proposant.e.s enverront également une courte présentation de trois lignes précisant leur statut, leur structure de rattachement, le sujet de thèse, l’année d’inscription en thèse, le.la directeur/directrice de thèse pour les doctorant.e.s, ainsi que les domaines de recherche et mots clés.

Les résumés sont à déposer sur le site de l’évènement : https://cjcpacteciteres.sciencesconf.org/

avant le vendredi 25 juillet 2018.

En cas de problème de connexion au site, vous pouvez nous contacter à l’adresse : cjcpacteciteres@gmail.fr.

Les proposant.e.s seront informé.e.s des résultats de la sélection début septembre 2018. Chacun disposera ensuite de deux mois pour envoyer le texte complet de sa communication, attendu pour le 1er novembre 2018 en vue d’une valorisation dans un numéro spécial de revue.

Comité d’organisation

  • FORGUE Cécile, UMR 7324 CITERES
  • FONTENEAU Thibaut, UMR 5194 Pacte
  • GHALEHNOEE Fatemeh, UMR 7324 CITERES
  • HAKIMI Nassima, UMR 5194 Pacte
  • KATAKA Hégra Bèdéba, UMR 7324 CITERES
  • RANDRIANASOLO Iharivola, UMR 7324 CITERES
  • RONZONI Yannick, UMR CITERES

Comité scientifique

  • BAPTISTE Hervé, UMR 7324 CITERES
  • BEAUGUITTE Laurent, UMR 6266 Idées
  • CAILLY Laurent, UMR 7324 CITERES
  • DEBIZET Gilles, UMR 5194 Pacte
  • DEMAZIERE Christophe, UMR 7324 CITERES
  • KOOP Kirsten, UMR 5194 Pacte
  • LAMMOGLIA Adrien, UMR GRED

Références bibliographiques

Bassand M., Galland B., 1993, « Avant-Propos : Dynamique des réseaux et société », Flux, 9, 13, p. 7‑10.

Bidart C., 2012, « Réseaux personnels et processus de socialisation », Idées économiques et sociales, 169, p. 8‑15.

Callon M., 1984, « Some elements of a sociology of translation: domestication of the scallops and the fishermen of St Brieuc Bay », The Sociological Review, 32, p. 196‑233.

Coutard O., Rutherford J., 2009, « Les réseaux transformés par leurs marges : développement et ambivalence des techniques « décentralisées » », Flux, 76‑77, p. 6‑13.

Coutard O., Rutherford J., 2013, « The rise of post-networked cities in Europe ? Recombining infrastructural, ecological and urban transformation in low carbon transitions. », dans Cities and low carbon transitions, Rev. paperback ed, London, Routledge (Routledge studies of human geography).

Curien N., 2005, Économie des réseaux, Paris, La Découverte.

Di Méo, G. (dir.), 1996, Les territoires du quotidien, Paris, France, L’Harmattan (Géographie sociale), 207 p.

Dupuy G., 1991, L’urbanisme des réseaux: théories et méthodes, Paris, A. Colin (Collection U. Géographie), 198 p.

Dupuy G., 2011, « Fracture et dépendance: l’enfer des réseaux », Flux, 83, p. 6‑23.

Graham S., 2000, « Constructing premium network spaces: reflections on infrastructure networks and contemporary urban development », International Journal of Urban and Regional Research, 24, 1, p. 183‑200.

Grandclement A., 2012, Géographie des pôles de compétitivité : réseaux et territoires de l’innovation, phdthesis, Aix-Marseille Université.

Guillerme A., 1986, « L’émergence du concept de réseau 1820-1830 », Flux, 2, 5, p. 30‑47.

Latour B., 2007, Changer de société, refaire de la sociologie, Paris, La Découverte (Poche/Sciences humaines et sociales), 406 p.

Lefebvre H., [1974] 2000, La production de l’espace, 4. éd, Paris, Éd. Anthropos (Ethnosociologie), 485 p.

Mayntz R., 1995, « Progrès technique, changement dans la société et développement des grands systèmes techniques », Flux, 11, 22, p. 11‑16.

Mercklé P., 2016, La sociologie des réseaux sociaux, Paris, La Découverte (Repères), 128 p.

Offner J.-M., 1996, « “Réseaux” et “Large Technical System” : concepts complémentaires ou concurrents ? », Flux, 12, 26, p. 17‑30.

Notes

[1] Concernant la notion de « territoire », nous reprenons la définition de Di Méo pour lequel « il est une appropriation à la fois économique, idéologique et politique (sociale, donc) de l’espace par des groupes qui se donnent une représentation particulière d’eux-mêmes, de leur histoire. » (Di Méo, 1996, p 40).

[2] Pour Latour, les médiateurs sont ceux « transforment, traduisent, distordent et modifient le sens ou les éléments qu’ils sont censés transporter » et les intermédiaires sont, au contraire, de véritables « boites noires » (Latour, 2007).

[3] L’équipe “Villes et territoires” du laboratoire PACTE est en train de construire une définition de la transition. Pour l’instant, elle se formule ainsi : « la transition désigne des dynamiques de transformation intentionnelle des valeurs, des institutions et des pratiques par l’action collective pour répondre à des situations paroxystiques (changement climatique, crise financière, inégalités sociales, etc.). Ces dynamiques sont situées spatialement et socialement ».

Catégories

Lieux

  • Cité des Territoires - 4 rue Marie Reynoard
    Grenoble, France (38)

Dates

  • mercredi 25 juillet 2018

Mots-clés

  • réseau, fabrique, transformation, territoire, réseau social, réseau infrastructurel

Contacts

  • Thibaut Fonteneau
    courriel : cjcpacteciteres [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Thibaut Fonteneau
    courriel : cjcpacteciteres [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les capacités transformatives des réseaux dans la fabrique des territoires », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 02 juillet 2018, https://calenda.org/454686

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