AccueilJohn Carpenter, « maître de l’horreur »

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Publié le vendredi 13 juillet 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Communément reconnu comme « maître de l'horreur » grâce à des films dont l’impact culturel excède largement la semi-clandestinité généralement attachée à ce genre, John Carpenter doit paradoxalement ce surnom à sa participation à deux modestes épisodes de la série anthologique Masters of Horror (2005-2006), qui ambitionnait de revitaliser l’épouvante télévisuelle contemporaine en faisant appel à d’anciennes gloires du cinéma de genre des années 1970-1990. De manière tout aussi curieuse, le cinéaste a commencé à son grand étonnement à être considéré comme un « auteur » au moment où une succession d’échecs commerciaux semble peu à peu l’avoir conduit à délaisser son métier de réalisateur au profit d’autres activités plus ou moins liées au cinéma et à sa carrière passée (composition d’albums de musique et tournées mondiales devant des salles ferventes, écriture de comics, participation au développement artistique de jeux vidéo).

Annonce

30 et 31 octobre 2019 à Paris

Argumentaire

Communément reconnu comme « maître de l'horreur » grâce à des films dont l’impact culturel excède largement la semi-clandestinité généralement attachée à ce genre, John Carpenter doit paradoxalement ce surnom à sa participation à deux modestes épisodes de la série anthologique Masters of Horror (2005-2006), qui ambitionnait de revitaliser l’épouvante télévisuelle contemporaine en faisant appel à d’anciennes gloires du cinéma de genre des années 1970-1990 (Tobe Hopper, Dario Argento, Joe Dante, John Landis, etc.). De manière tout aussi curieuse, le cinéaste a commencé à son grand étonnement à être considéré comme un « auteur » au moment où une succession d’échecs commerciaux semble peu à peu l’avoir conduit à délaisser son métier de réalisateur au profit d’autres activités plus ou moins liées au cinéma et à sa carrière passée (composition d’albums de musique et tournées mondiales devant des salles ferventes, écriture de comics, participation au développement artistique de jeux vidéo). Ayant atteint aujourd’hui un statut et une légitimité peu imaginables au lendemain du naufrage de The Thing (1982) ou de l’incompréhension suscitée par un film de commande entre-temps devenu « culte » (Big Trouble in Little China, 1986), Carpenter cultive désormais avec un brin de réflexivité sa persona d’artisan émérite et « maudit » du cinéma populaire. Investi dans les échanges avec ses fans sur Internet où il n’hésite pas à reprendre lui-même à son compte l’épithète « master of horror » pour définir son profil sur les réseaux sociaux, adoubant avec une émotion visiblement sincère les projets de remakes de ses œuvres désormais établies comme « classiques », Carpenter ne manque jamais pour autant une occasion de dire que la critique le prend bien trop au sérieux alors même qu’il n’est qu’« un vieux réalisateur fatigué de films d’horreur »1.

Ces contradictions pourraient surprendre, si l’œuvre et la trajectoire de Carpenter n’avaient pas pour caractéristique majeure, depuis ses débuts et sa formation à l’USC, prestigieuse école proche des studios hollywoodiens qui semblait devoir le diriger vers une carrière plus conforme aux cinéastes de sa génération (De Palma, Lucas, Spielberg, etc.), de se définir au regard d’orientations atypiques et souvent paradoxales, interrogeant aussi bien la spécificité de sa contribution au cinéma américain que les réceptions très contrastées et fréquemment antagonistes de ses films lors de leur sortie ou au fil des années. Aussi bien perçus par la presse spécialisée et la littérature savante comme politiquement de gauche ou de droite, fortement engagés ou privilégiant au contraire le spectacle à la critique sociale, progressistes ou conservateurs, subversifs ou réactionnaires, anti-américains ou nationalistes, ces « textes incohérents » (Burch 2000) font écho, par les discours opposés qu’ils ont suscité, aux déclarations contradictoires du cinéaste concernant son identité et ses motivations en tant qu’artiste. Celui-ci confie par exemple envisager le cinéma comme un vecteur d’émotions plutôt que de réflexion, utilisant volontiers le terme « apolitique » pour définir sa sensibilité comme pour relativiser les lectures allégoriques d’une œuvre comme The Thing (1982). Carpenter a pourtant tout aussi bien pu affirmer qu’il faisait « des films politiques », que certains d’entre eux comme They live (1988) répondaient aux bouleversements des années Reagan, ou encore qu’il est « irresponsable de faire des films qui ne reflètent en rien notre existence, qui se bornent à être des divertissements imaginaires remplis d’effets spéciaux » (Boulenger 2001). Les paradoxes ne s’arrêtent pas ici, comme le montre le décalage entre le fort ancrage américain de son œuvre, le manque d’intérêt critique dont elle a pu ou continue d’être l’objet aux États-Unis en comparaison d’une réception française plus enthousiaste, et son retentissement mondial auprès d’un public d’aficionados dont les profils et l’expertise mais aussi le rôle dans l’évolution de la perception médiatique et du statut artistique de Carpenter restent à évaluer.

Autre contradiction, que ce colloque entend contribuer à résorber : cette œuvre conséquente, ayant profondément marqué de son empreinte l’ensemble de la culture populaire, n’a été que peu étudiée à ce jour en dépit de quelques travaux anglo-saxons (Williams 1979 ; Clover 1992 ; Cumbow 2000 ; Conrich & Woods 2004 ; Glyth 2018) et dans une moindre mesure français et francophones (Lagier & Thoret 1998 ; Derfoufi 1998 ; Boillat 2006), dont la complémentarité illustre la pertinence d’une démarche pluridisciplinaire. S’inscrivant dans le prolongement du séminaire « Cinémas de genre : formes, usages, étiquetages » (2017-2019), cette manifestation scientifique permettra d’approfondir la réflexion sur ce « cinéaste de genre » en constituant ses films en tant qu’objets d’étude, sans pour autant se donner comme objectif de légitimer ou réévaluer sa filmographie au moyen de la « politique des auteurs » ou d’une lecture dénuée de distance critique et de mise en perspective industrielle et socio- historique. Il s’agit bien plutôt de saisir, au prisme d’une pluralité d’approches (économique, formelle, culturelle, civilisationnelle, pragmatique, etc.) appelées à dialoguer entre elles, des multiples enjeux et questions que posent l’œuvre de Carpenter, son parcours professionnel au sein et en dehors de l’industrie hollywoodienne, ainsi que les discours et les usages sociaux liés à sa persona comme à l’ensemble de ses activités. Le colloque entend ainsi couvrir un large spectre allant de ses longs-métrages distribués en salles à ses téléfilms en passant par ses scénarios et bandes originales de films, de ses réalisations les plus fameuses (Halloween, 1978 ; Escape from New York, 1981) aux moins fréquemment étudiées (Memoirs of an Invisible Man, 1992 ; Village of the Damned, 1995) ou aux plus obscures (Someone’s Watching Me !, 1978 ; Elvis, 1979) sans occulter les suites, remakes, produits dérivés et pratiques de fans qui nous renseignent sur les modes de transmission de son cinéma comme sur sa place dans notre culture et notre société.

Toutes les communications seront bienvenues dans ce cadre. Nous indiquons toutefois à titre indicatif les 6 axes de recherche prévisionnels du colloque, dont chacun pourrait donner lieu à une demi-journée d’échanges et de réflexions :

  1. Un « maverick » à Hollywood ? Art, divertissement et industrie
  2. La Carpenter’s touch Esthétique, musique et dramaturgie
  3. Carpenter et les genres. Recyclages, usages et idéologies
  4. Carpenter et la société américaine. Approches civilisationnelles, culturelles et gender
  5. Les discours sur Carpenter. Réceptions critiques et ordinaires, pratiques de fans
  6. L’héritage de Carpenter. Suites et remakes, postérité audiovisuelle et artistique

Une sélection des communications fera l’objet d’une publication. Le colloque devrait se prolonger par des projections, une table ronde et d’autres évènements. Partenariats bienvenus.

Modalités de soumission

Les propositions (résumé de 500 mots accompagné d’une mini bio) sont à envoyer avant la sortie du du film Halloween Returns,

le 24 octobre 2018

jcmasterofhorror@gmail.com.

Organisation

  • IRCAV (Mélanie Boissonneau, Quentin Mazel, Thomas Pillard)
  • CERILAC (Gaspard Delon),

Comité scientifique

  • Alexis Blanchet (MCF, Paris 3),
  • Mélanie Boissonneau (docteure et ATER, Paris 3),
  • Bérénice Bonhomme (MCF, Toulouse – Jean Jaurès),
  • Adrienne Boutang (MCF, Université de Franche- Comté),
  • Gaspard Delon (MCF, Paris 7),
  • Quentin Mazel (doctorant, Paris 3),
  • Gilles Menegaldo (PR, Université de Poitiers),
  • Thomas Pillard (MCF, Paris 3),
  • Emmanuel Siety (MCF, Paris 3)

Notes

1 « just a broken-down old horror film director », The New York Times, 26-06-2011.

Lieux

  • Paris 05 Panthéon, France (75005)

Dates

  • mercredi 24 octobre 2018

Mots-clés

  • cinéma, esthétique, approche culturelle, idéologie, réception, remake, recyclage

Contacts

  • Mélanie Boissonneau
    courriel : boissonneau [dot] m [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Mélanie Boissonneau
    courriel : boissonneau [dot] m [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« John Carpenter, « maître de l’horreur » », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 13 juillet 2018, https://calenda.org/454939

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