AccueilL’éducation dans la péninsule Arabique : récits, enjeux politiques et dynamiques sociales (XIXe–XXIe siècles)

L’éducation dans la péninsule Arabique : récits, enjeux politiques et dynamiques sociales (XIXe–XXIe siècles)

ملف Arabian Humanities رقم 13 :التربية والتعليم في بلدان الجزيرة العربية: الشهادات عن التعليم، الرهانات السياسية والحراك الاجتماعي (بين القرن التاسع عشر و القرن الواحد والعشرين)

Education in the Arabic peninsular - narratives, political issues and social dynamics (19th-21st centuries)

Dossier thématique d’Arabian Humanities n° 13

ملف Arabian Humanities رقم 13

Arabian Humanities no. 13 - theme issue

*  *  *

Publié le mardi 17 juillet 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Ce dossier d’Arabian Humanities vise à renouveler les études portant sur l’éducation dans la péninsule Arabique à partir d’une variété d’approches disciplinaires (histoire, éducation, sociologie, anthropologie, géographie…).

Annonce

Argumentaire

La péninsule Arabique est souvent dépeinte à travers le stéréotype très commun, y compris dans la littérature académique, d’un désert culturel et intellectuel. Les conditions de vie difficiles, avant l’arrivée du pétrole, auraient étouffé toute activité culturelle et intellectuelle en dehors des domaines de la tradition et de la religion. Cet à priori résiste mal à l’étude de l’histoire de l’éducation.

À côté des centres d’apprentissage islamique (La Mecque, Zabīd au Yémen, etc.), des écoles modernes ont commencé à se répandre dans toute la région à partir de la fin du xixsiècle et du début du xxe siècle, à l’initiative des autorités ottomanes, des missions américaines, de marchands étrangers, d’oulémas modernistes ou de militants nationalistes. L’arrivée d’enseignants de diverses origines et sensibilités idéologiques a contribué à créer d’importantes dynamiques culturelles au sein de ces institutions, auxquelles ont été associés des bibliothèques, des clubs culturels et des associations caritatives.

La création et le développement des écoles modernes ont d’emblée été liés à des enjeux politiques. Dans des endroits tels que Djeddah et le Koweït, les écoles financées par les marchands sont devenues des plateformes pour le militantisme civique, certaines devenant même pionnières en matière de gouvernance participative (Freitag, Al-Rashoud). Les écoles ont également servi de centres de mobilisation communautaire parmi les minorités ethniques et / ou religieuses, comme ce fut le cas pour les ‘Ajam de Bahreïn (Fuccaro), ou bien sont devenues des arènes de discorde entre diverses forces.

Percevant son importance politique, les Britanniques ont cherché à contrôler l’éducation dans les États sous leur protection avec plus ou moins de succès. À Bahreïn, notamment, l’administration soumit les écoles locales à sa surveillance à partir des années 1920, les purgeant d’éléments indésirables (Al-Tajir). Dans le sud de la péninsule, après qu’Aden est devenu une colonie (1937), les administrateurs britanniques ont essayé d’en faire une vitrine pour l’éducation impériale.

L’ère nassérienne modifia considérablement les rapports de force et les Britanniques durent faire face à la concurrence des enseignants et experts éducatifs égyptiens envoyés dans toute la péninsule (Tsourapas). Dans les années 1950 et 1960, le champ éducatif des États de la Trêve devint un champ de bataille idéologique et politique opposant les Britanniques et leurs alliés régionaux d’un côté et, de l’autre, des États arabes tels que l’Égypte et le Koweït (Von Bismarck, Al-hajiri). Divers mouvements politiques ont également rivalisé pour étendre leur influence au sein des institutions éducatives de certains États.

Par exemple au Qatar, dans les années 1950, les islamistes et les nationalistes arabes soutenus par des factions opposées de la famille dirigeante se disputèrent le contrôle du tout jeune département de l’Éducation (Al-Kobaisi). Au Yémen du Sud et dans le Dhofar révolutionnaire, les écoles servaient de medium pour inculquer le marxisme-léninisme (Al-Noban, Ja’bub). Avec l’avènement des systèmes éducatifs publics, l’éducation offrait également un moyen de cultiver des identités politiques, qu’elles soient territoriales, panarabes ou panislamiques - un sujet rarement abordé dans le cas de la péninsule Arabique.

L’étude de l’histoire de l’éducation dans la péninsule Arabique permet également de mettre en évidence des liens transnationaux de grande ampleur. Certaines écoles étaient de véritables extensions des systèmes éducatifs impériaux, ottomans ou britanniques. Avec la montée du modernisme islamique et du nationalisme arabe au xxe siècle, les éducateurs se tournèrent vers les États arabes pour trouver des enseignants, des manuels et des programmes d’études.

La poursuite des études a également poussé les hommes et les femmes de la région à émigrer en Asie du Sud et dans le monde arabe, puis dans les pays occidentaux. Les programmes de bourses d’études gouvernementaux ont soutenu cette tendance, en particulier après les premières grandes retombées pétrolières, jusqu’à ce que certains États de la région aient été en mesure d’accueillir eux-mêmes des boursiers.

Des pans entiers de l’histoire de l’éducation dans la péninsule Arabique restent à explorer. La majeure partie de la littérature académique est encore limitée à des chroniques rédigées par d’anciens professeurs ou étudiants dans les premières écoles modernes, et mériteraient d’être étudiées comme des sources (par exemple les écrits d’Al-Maḥādīn, d’Al-Nūrī, d’Al-Shaykh ou d’Al-Shihāb). Dans les années 1970 et 1980, une série de travaux sur l’éducation moderne a accordé une grande attention à son développement historique (Al-’Abd Al-Ghafur, Al-Arḍī, Al Hamer, Al-Kobaisi, Al- Misnad, Shirawi). Ils auraient aujourd’hui besoin d’être actualisés et étendus.

Ce dossier d’Arabian Humanities vise à renouveler les études portant sur l’éducation dans la péninsule Arabique à partir d’une variété d’approches disciplinaires (histoire, éducation, sociologie, anthropologie, géographie…).

En plus des angles d’analyse susmentionnés, d’autres travaux pourraient inclure

  • les interactions entre les formes d’éducation traditionnelles et modernes (par la mobilité et les échanges de personnel, les outils et les idéologies éducatives communes ou concurrentes) ;
  • l’analyse et la comparaison des récits d’école et des chroniques d’anciens professeurs ou élèves ;
  • le développement de l’éducation des filles et des femmes ;
  • la constitution de réseaux d’étudiants ou de réseaux éducatifs, notamment entre la péninsule, l’Asie (Sud et Sud-Est) et l’Afrique de l’Est ;
  • les relations entre systèmes gouvernementaux et institutions privées ; les difficultés et les discriminations (notamment linguistiques) dans l’accès à la scolarité ou à la profession enseignante ; le rôle des écoles dans l’organisation sociale d’un quartier ou d’une ville, ou encore dans la constitution de mémoires collectives ;
  • les bouleversements liés à l’arrivée de nouveaux acteurs dans le domaine éducatif.

Ce dossier est ouvert à l’ensemble des thématiques.

Coordinateurs

  • Juliette Honvault (CNRS, AMU)
  • Talal Al-Rashoud (Université de Koweït)

Modalités de soumission

Les propositions d’article doivent être envoyées avant le 20 juillet 2018 aux éditeurs de ce dossier :

  • Juliette Honvault (jhonvault@yahoo.fr)
  • Talal Al-Rashoud (t.alrashoud@ku.edu.kw)
  • Sylvaine Giraud (edition@cefas.com.ye)

Elles comprendront :

  • Le titre de l’article
  • Un résumé de 15 à 20 lignes
  • Les données permettant une identification précise de l’auteur : nom complet, institution, fonction, adresse institutionnelle, numéro de téléphone et e-mail.

Une fois les propositions acceptées, la date limite de soumission des articles a été fixée au 1er janvier 2019. Les auteurs sont invités à suivre les normes éditoriales d’Arabian Humanities, accessibles ici ou par l’intermédiaire de la secrétaire d’édition, Sylvaine Giraud (edition@cefas.com.ye).

Bibliographie

al-ʿAbd al-Ghafur, Fawziyya Yūsuf. Taṭawwur al-taʿlīm fī- al-Kuwayt 1912-1972. Kuwait: Maktabat al-Falah, 1983.

al-Arḍī, ‘Alī Ṣalāḥ Muḥammad, Tārīkh al-ta‘līm fī ‘Adan (1839-1967). Al-Shārqa, ‘Adan: Dār al-Thaqāfa al-‘Arabiyya li-l-Nashr, Jāmi‘at ‘Adan, 2001.

Freitag, Ulrike. “The Falah School in Jeddah: Civic Engagement for Future Generations?” Jadaliyya (6/5/2015).

Fuccaro, Nelida. “Mapping the Transnational Community: Persians and the Space of the City in Bahrain, c.1869-1937.” In Transnational Connections and the Arab Gulf, edited by Madawi Al-Rasheed. London and New York: Routledge, 2005.

al-Ḥajarī, ‘Abdallah Muḥammad. “Britānya wa-l-musāʿada al-taʿlīmiyya al-kuwaytiyya li-imārat al-sāḥil al-mutaṣāliḥ (1953-1971).” awliyyāt al-adab wa-l-ʿulūm al-ijtimāʿiyya 31 (Mar 2011).

al Hamer, Abdul-Malik Yousuf. Development of Education in Bahrain 1940-1965. Bahrain: Oriental Press, 1969.

Jaʿbūb, Munā Sālim. Qiyādat al-mujtamaʿ nahw al-taghyīr: al-tajriba al-tarbawiyya li-thawrat Ẓufār (1969-1992). Bayrūt: Markaz Dirāsat al-Waḥda al-ʿArabiyya , 2010.

al-Kobaisi, Abdulla Juma. “The Development of Education in Qatar, 1950-1977, With an Analysis of Some Educational Problems.” PhD diss., University of Durham, 1979.

al-Maḥādīn, ʿAbd al-Ḥamīd. Al-khurūj min al-ʿatama. Bayrūt: al-Muʾassasa al-ʿArabiyya  li-l-Dirāsāt wa-l-Nashr, 2003.

al-Misnad, Sheikha Abdalla. “The Development of Modern Education in Bahrain, Kuwait and Qatar with Special Reference to the Education of Women and their Position in Modern Gulf Society.” PhD diss., University of Durham, 1984.

al-Noban, Saeed Abdul Khair. “Education for Nation-building. The Experience of the People’s Democratic Republic of the Yemen.” In Contemporary Yemen: Politics and Historical Background, edited by B.R. Pridham. London and Sydney: Croom Helm and University of Exeter, 1984.

al-Nūrī, ʿAbdallah. Qiṣṣat al-taʿlīm fī al-Kuwayt fī niṣf qarn: Min sanat 1300 ilā sanat 1360 ḥijrīyya. Kuwait: Dhāt al-Salāsil, nd.

al-Rashoud, Talal. “Modern Education and Arab Nationalism in Kuwait, 1911-1961.” PhD diss., School of Oriental and African Studies, 2016.

al-Shaykh, ʿĀrif. Tārīkh al-taʿlīm fī Dubay 1912-1972. N.p.: 2004.

al-Shihāb, Ṣālīḥ. Tārīkh al-taʿlīm fī al-Kuwayt wa-l-Khalīj ayyām zamān. Vol. 1. Kuwait: Maṭbaʿat Ḥukūmat al-Kuwayt, 1984.

Shirawi, May Al-Arrayed. “Education in Bahrain – 1919-1986 An Analytical Study of Problems and Progress.” PhD diss., University of Durham, 1987.

al-Tajir, Mahdi Abdalla. Bahrain 1920-1945: Britain, the Shaikh and the Administration. London, New York, Sydney: Croom Helm, 1987.

Tsourapas, Gerasimos. “Nasser’s Educators and Agitators across al-Watan al-‘Arabi: Tracing the Foreign Policy Importance of Egyptian Regional Migration, 1952-1967.” British Journal of Middle Eastern Studies 43, No. 3 (2016).

Von Bismarck, Helene. “ ‘A Watershed in our Relations with the Trucial States’: Great Britain’s Policy to Prevent the Opening of an Arab League Office in the Persian Gulf in 1965.” Middle Eastern Studies 47, No. 1 (Jan 2011).

Dates

  • vendredi 20 juillet 2018

Mots-clés

  • éducation, Etat, développement, mobilité, idéologie, langage, discrimination

Contacts

  • Laurent Bonnefoy
    courriel : laurent [dot] bonnefoy [at] sciencespo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sylvaine Giraud
    courriel : edition [at] cefas [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’éducation dans la péninsule Arabique : récits, enjeux politiques et dynamiques sociales (XIXe–XXIe siècles) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 17 juillet 2018, https://calenda.org/457620

Archiver cette annonce

  • Google Agenda
  • iCal