AccueilMigrations latino-américaines au XXIe siècle : recompositions des lieux et des liens

Migrations latino-américaines au XXIe siècle : recompositions des lieux et des liens

Latin-American migrations in the 21st century - recomposing places of connections

Cahiers des Amériques latines

Cahiers des Amériques latines journal

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Publié le lundi 13 août 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Ce numéro de la revue Cahiers des Amériques latines invite à réfléchir à l’articulation des échelles d’analyse pour apporter des connaissances nouvelles et éclairer les recompositions contemporaines des flux et des circulations migratoires d’origine latino-américaine, au sein de la région et dans le monde. Les propositions d’articles pourront croiser différents niveaux de réflexion ou mettre l’accent sur l’un d’entre eux, en veillant à toujours inscrire le propos dans la perspective de l’articulation des lieux et des liens qui structurent les migrations. Cet appel questionne les conditions contemporaines de la mobilité internationale, non pas envisagée comme un mouvement linéaire et unidirectionnel, mais comme une forme de mise en lien des lieux. Si l’orientation de ce numéro invite à la présentation d’approches multi-situées, les points de vue et les études de cas proposées pourront être situés depuis les espaces d’origine, de transit ou d’installation, dans la mesure où ils prennent en considération le rôle des lieux et des liens qui construisent les mobilités.

Annonce

Coordinatrices

  • Virginie Baby-Collin (Aix Marseille Université) 
  • Violaine Jolivet (Université de Montréal)

Argumentaire

Au XXIe siècle, les migrations internationales sont marquées par des formes renouvelées de circulations, de bifurcations, de retours mais aussi d’(im)mobilités forcées, dans des espaces politiques et économiques évoluant entre libre circulation d’un côté, et sécurisation des frontières et des passages de l’autre. Si la Méditerranée, sous les projecteurs médiatiques, est devenue ces dernières années l’épicentre des réflexions sur la globalisation des mobilités et leurs restrictions nationales, le continent américain est l’autre laboratoire majeur de ces dynamiques contradictoires.

Les évolutions politiques et économiques globales et nationales ont eu des conséquences fortes sur les flux de mobilités et les exemples issus du continent sont légion. Le Venezuela, nation d’immigration de longue date, est devenu depuis la crise politique et économique des années 2010 un pays de départ. La pacification politique et la croissance économique colombienne favorisent le retour des réfugiés et des migrants économiques, notamment depuis le Venezuela et l’Equateur.  Les couples migratoires « classiques » se redessinent comme en atteste la fin de « l’exception cubaine » dans la loi migratoire étatsunienne, qui renforce l’avènement de nouvelles destinations pour ces migrants. Avec le Mercosur, le Brésil est devenu un nouveau pays d’immigration ; l’Argentine, pôle d’immigration régional traditionnel, a connu des flux de départs considérables après la crise économique majeure de 2001, puis de retour dans un contexte de reprise économique et de circulation désormais libre au niveau du marché commun du cône sud. La construction récente de l’espace de libre circulation du Mercosur contraste alors avec le blindage sans fin de la frontière Mexique/ Etats-Unis. Parallèlement, la frontière Sud du Mexique est une porte d’entrée de plus en plus contrôlée des migrations centraméricaines vers l’Amérique du nord. Les régions frontalières sont devenues des zones de transit aux durées de séjour de plus en plus rallongées [Aragon, 2008, Baby-Collin, Mercier, dir, 2012, Collyer, Duvell, de Haas, 2012].

A plus petite échelle, dans un contexte post-11 septembre de durcissement de la frontière états-unienne, mais aussi de forte croissance économique en Europe au début du siècle, l’Espagne et l’Italie sont devenues des destinations migratoires privilégiées pour les Latino-Américains, et des portes d’entrée en Europe. La crise macro-économique de 2008 a généré des mouvements de redéploiement des flux et de retour depuis l’Europe et les États-Unis, encouragés par des politiques publiques des pays d’origine. Ceci a conduit à un solde migratoire négatif inédit à la frontière américano-mexicaine au début de la décennie 2010. Plus récemment, l’annonce par l’administration Trump de mettre fin à des statuts temporaires de protection pour des populations haïtiennes et centraméricaines réfugiées a entrainé un nombre de passages sans précédent à la frontière États-Unis / Canada et plus particulièrement au Québec.

Ces recompositions récentes des flux migratoires latino-américains, intra et extra-régionaux, soulignent le rôle décisif du niveau macro, celui des contextes politiques, législatifs, sociaux et économiques, dans les conditions de mise en œuvre des mobilités, et dans les configurations changeantes des champs migratoires. Ceux-ci désignent les espaces parcourus et structurés par les migrants, reliant origines, étapes, destinations, par des flux relationnels, matériels et immatériels, de natures diverses [Simon, 2002]. Leurs dynamiques sont modifiées par les tensions aux frontières et les politiques « d’accueil » répressives envers les groupes « indésirables » [Agier, 2014] -  dont l’indésirabilité est le fait de politiques de production de l’illégalité [De Genova, 2010].

A une échelle meso, ces transformations impliquent un ensemble de réseaux relationnels et de formes de mises en lien, qui structurent, orientent, canalisent, et animent des échanges de toutes sortes et construisent des espaces sociaux transnationaux [Faist, 2010, Basch, Glick Schiller, Szanton Blanc, 1992, Pries, 1999, Lima S., J. Lombard, H-S Missaoui, 2017], des communautés transnationales [Faret, 2003, Portes, 1999, Portes et al., 1999] des territoires circulatoires [Cortes, Faret, 2009, Tarrius, 2002]. Les conditions de circulation, très inégales selon les statuts (juridiques, socio-économiques) et les origines (sociales, ethniques, nationales) des migrants, mobilisent ressources et capitaux et donnent naissance à des espaces, des réseaux, des économies formelles et informelles de la mobilité, particulièrement saillants dans les espaces frontaliers, les régions traversées (camps de transit, réseaux de solidarité ou de contrôle, mafias et passeurs, systèmes de transport…). Les points de départ et d’arrivée des flux, quartiers et enclaves ethniques, les réseaux d’information, les associations d’aide pour l’accès aux droits et aux ressources urbaines, comme les réseaux communautaires d’entraide (et d’exploitation), deviennent des territoires connectés [Jolivet, 2017].

Les recompositions des flux et des circulations migratoires ont enfin des conséquences directes sur les vies quotidiennes des familles dispersées. Dans des vies transnationales, le maintien des liens ne se fait pas sans souffrances et contraintes liées à la gestion de la distance et de la multi-territorialité. Les communautés et familles transnationales [Razy, Baby-Collin, 2011, Bryceson, Vuorela, 2003] révèlent la pluralité des ancrages et des appartenances, à laquelle les États sont encore souvent sourds. Les modes de régulation de la vie sociale restent institutionnellement inscrits dans des États-Nations peu enclins à considérer ces formes de transnationalisation du quotidien, si ce n’est pour en tirer profit. D’une part, les États de départ encouragent les remises financières, alors que les États récepteurs tolèrent des insertions économiques précaires et informelles. D’autre part, la mobilisation croissante des votes des diasporas d’un côté, ou l’exclusion comme seule alternative aux modèles politiques dominés par l’intégration nationale de l’autre, ne laissent guère de place à l’entre-deux.

Ce numéro invite à réfléchir à l’articulation de ces différentes échelles d’analyse pour apporter des connaissances nouvelles et éclairer les recompositions contemporaines des flux et des circulations migratoires d’origine latino-américaine, au sein de la région et dans le monde. Les propositions d’articles pourront croiser ces différents niveaux de réflexion ou mettre l’accent sur l’un d’entre eux, en veillant à toujours inscrire le propos dans la perspective de l’articulation des lieux et des liens qui structurent les migrations. Cet appel questionne les conditions contemporaines de la mobilité internationale, non pas envisagée comme un mouvement linéaire et unidirectionnel, mais comme une forme de mise en lien des lieux. Si l’orientation de ce numéro invite à la présentation d’approches multi-situées [Marcus, 1995, Falzon, 2009], les points de vue et les études de cas proposées pourront être situés depuis les espaces d’origine, de transit ou d’installation, dans la mesure où ils prennent en considération le rôle des lieux et des liens qui construisent les mobilités. Les auteur.e.s sont invité.e.s à présenter les données et les méthodes à partir desquelles ils.elles construisent leur raisonnement. Le numéro est ouvert à la diversité des champs disciplinaires des sciences sociales du contemporain.

Modalités de soumission

Les résumés (1500 signes, accompagnés d’une brève présentation de l’auteur.e) sont à envoyer

pour le 15 sept. 2018

à l’adresse suivante : cal92.migrations@gmail.com

Les articles seront à rendre pour le 15 décembre 2018, pour une publication en 2019.

Références citées

Agier, M. (dir.), 2014, Un monde de camps, Paris, La Découverte, 350 p.

ARAGON A., 2008, le lien migratoire, paris, IHEAL, 2008

Baby-Collin V, MERCIER D, 2012, Le Mexique dans les migrations internationales, Hommes et Migrations, n° 1296.

Basch L.G., Glick Schiller N., Szanton Blanc C., 1992, Towards a Transnational Perspective on Migration: Race, Class, Ethnicity, and Nationalism Reconsidered, New York, N.Y, New York Academy of Sciences.

Basch L.G., Glick Schiller N., Szanton Blanc C., 1994, Nations Unbound: Transnational Projects, Postcolonial Predicaments, and Deterritorialized Nation-States, Langhorne, Pa, Gordon and Breach, 344 p.

Bryceson D.F., Vuorela U., 2003, The Transnational Family: New European Frontiers and Global Networks, Berg, 292 p.

COLLYER, M., DÜVELL, F., et DE HAAS, H., 2012, "Critical approaches to transit migration". Population, Space and Place, vol. 18, n. 4, p. 407-414.

Cortes G., Faret L., 2009, Les circulations transnationales: lire les turbulences migratoires contemporaines, (Collection U. Sciences humaines et sociales, ISSN 2101-7166), 248 p.

De Genova N., 2010, The deportation regime : sovereignty, space, and the freedom of movement, Durham, NC, Duke University Press.

Faist T., 2004, Transnational social spaces : agents, networks, and institutions, Ashgate, Burlington, VT, 237 p.

Falzon D.M.A., 2009, Multi-Sited Ethnography: Theory, Praxis and Locality in Contemporary Research, Surrey, Burlington, Ashgate Publishing, Ltd., 312 p.

Faret L., 2003, Les territoires de la mobilité: migration et communautés transnationales entre le Mexique et les États-Unis, CNRS, 370 p.

JOLIVET V., 2017, « Médias et migration. Territorialités connectées et ancrages au sein de la communauté haïtienne de Montréal (1960-2016) », Espace populations sociétés [En ligne], 2017-2 | 2017, URL : http://journals.openedition.org/eps/7202 

LIMA S., J. LOMBARD, H-S MISSAOUI, « Mobilités, migrations inter-transnationales et réseaux sociaux : regards croisés empiriques et méthodologiques », Espace populations sociétés [En ligne], 2017-2 | 2017, mis en ligne le 30 novembre 2017, URL : http://journals.openedition.org/eps/7227

Marcus G.E., 1995, « Ethnography in/of the World System: The Emergence of Multi-Sited Ethnography », Annual Review of Anthropology, 24, p. 95‑117.

Portes A., 1999, « La globalisation par le bas, l’émergence des communautés transnationales », Actes de la recherche en sciences sociales, 129, p. 15‑25.

Portes A., Guarnizo L.E., Landolt P., 1999, « The study of transnationalism: pitfalls and promise of an emergent research field », Ethnic and Racial Studies, 22, 2, p. 217‑237.

Pries L., 1999, Migration and Transnational Social Spaces, Ashgate, 238 p.

Razy E., Baby-Collin V., 2011, « La famille transnationale dans tous ses états », Autrepart, n°57-58.

Simon, G., 2002, "Penser globalement les migrations", Projet, CERAS.

Tarrius A., 2002, La mondialisation par le bas. Les nouveaux nomades de l’économie souterraine, Balland, Paris.

Dates

  • samedi 15 septembre 2018

Mots-clés

  • migration, Amérique latine

Contacts

  • Virginie Baby-Collin
    courriel : virginie [dot] baby-collin [at] univ-amu [dot] fr
  • Violaine Jolivet
    courriel : violaine [dot] jolivet [at] umontreal [dot] ca

URLS de référence

Source de l'information

  • Virginie Baby-Collin
    courriel : virginie [dot] baby-collin [at] univ-amu [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Migrations latino-américaines au XXIe siècle : recompositions des lieux et des liens », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 13 août 2018, https://calenda.org/467135

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