AccueilLes migrants numériques. Corps, identités et technologies « par le nombre » dans l’imaginaire migratoire

Les migrants numériques. Corps, identités et technologies « par le nombre » dans l’imaginaire migratoire

Digital migrants. Bodies, identities and technologies "in numbers" in the migratory imagination

Revue Socio-anthropologie n°40

Socio-anthropologie journal no.40

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Publié le jeudi 23 août 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Le but principal de ce dossier de la revue Socio-anthropologie est d’analyser de manière critique et interdisciplinaire les caractères et les contradictions de ces deux processus différents et interconnectés de transformation des identités sociales des migrants. Les processus matériels, en effet, ne sont pas distincts des formes de leur réalisation et de leur représentation. Comprendre les premiers nous oblige à penser de manière critique les dernières. Le champ que souhaite couvrir ce numéro est donc large. Il vise à interroger toutes les disciplines et leurs approches théoriques ou empiriques sur les deux dimensions présentées, qui sont souvent enchevêtrées, puisque la numérisation soutient et amplifie la possibilité de transformer les identités des migrants en nombres (avec des finalités de contrôle, gestion, répression, calcul, secours, etc.).

Annonce

Argumentaire

La «numérisation » la mise en nombre des migrants

La migration est souvent caractérisée comme un phénomène ancestral, mais qu’elle soit persistante ne veut pas dire qu’elle ne soit pas exposée à des changements liés aux transformations politiques, historiques et sociales. De la même manière, les représentations de la migration et des migrants changent dans les récits qui forment l’imaginaire collectif. L’hypothèse de base sur laquelle repose ce dossier est la suivante : l’identité sociale du migrant a de plus en plus pris les traits d’une représentation « numérique », dans le double sens du terme. D’une part, les identités des migrants se constituent en relation avec les technologies de l’information et de la communication (TIC) qui jouent un rôle central à tous les stades du processus migratoire. D’autre part, leur identité se constitue également en relation aux représentations « par les nombres » du phénomène migratoire, qui ont un poids décisif dans le débat public.

La « numérisation » les TIC du processus migratoire

La migration est devenue un phénomène mis en lumière, mais aussi oblitéré par les chiffres. Nous constatons une prolifération de diverses formes de « mise en nombre » de la migration et des migrants, avec des objectifs politiques différents voire contradictoires. Les États, notamment ceux des pays les plus riches, les organismes interétatiques et internationaux et les ONGs ainsi que des associations de la société civile développent des techniques de mise en nombre (comptage) et en grand nombre (statistiques) pour objectiver le contrôle, les « flux » migratoires, la mort et la disparition des migrants en transit ou déjà installés, pour mesurer les degrés d’intégration ou de non-intégration des migrants aux sociétés de réception et pour évaluer les « risques » (terroristes, sanitaires) de l’immigration. Les médias inondent les espaces publics nationaux et internationaux avec des données statistiques, et des prévisions. Les migrants, vivants ou morts, deviennent le sujet du débat politique et de la lutte idéologique grâce aux chiffres. Finalement les chiffres ne peuvent représenter que de façon abstraite et aseptisée un phénomène comportant des dimensions éthiques et imbibé des sentiments moraux (attentes, espoirs, joies et peines) ; ou bien, entre les mains d’une classe politique manipulatrice, ils peuvent déformer la perception de la réalité à des fins idéologiques et électoralistes. Par contre, les statistiques peuvent être aussi utilisées comme une forme décisive de résistance, fixation de la mémoire, antichambre de la dénonciation, forme de narration politique des catastrophes sociales ou comme révélation d’une dimension structurelle normale et positive d’un phénomène, la migration, toujours représentée par les médias traditionnels comme « urgence » infinie. Il est évident que toutes les étapes du processus migratoire sont fortement connotées sur le plan technologique. Le voyage des migrants dépend en grande partie de leur familiarité avec les objets portables pour la production et la réception d’information essentielle voire vitale. Souvent, le smartphone est pour les migrants tout ce qu’ils apportent avec eux, leur seul lien avec ce qu’ils laissent derrière eux et avec ce qui les attend. Également, la gestion et la lutte contre les flux migratoires ont de plus en plus pris les allures d’une surenchère technologique obsessionnelle. Les frontières maritimes et terrestres, devenues en partie, des « frontières virtuelles », sont de plus en plus définies par des barrières numériques invisibles de géolocalisation et de communication. Les universités et les centres de recherche conçoivent des technologies numériques capables de contrôler les « risques » pour la sécurité nationale (terrorisme) et pour l’intégrité physique (santé) et identitaire des citoyens des États-nations du nommé Nord Global. Cela nous donne à voir un imaginaire social imprégné par la métaphore de la contagion et de l’infection. L’intégration/non-intégration dans les sociétés d’accueil (ou de rejet) est également définie par l’utilisation experte des médias numériques qui ont grandement contribué à redéfinir des nouvelles « communautés imaginées » contribuant à l’annulation ou à la réduction des distances physiques et symboliques entre les migrants et leurs sociétés d’origine. La perception de ce que les migrants contemporains considèrent comme « chez eux » a, en partie, changé. Les nouveaux médias peuvent favoriser une géographie différente de l’affectivité et de l’attachement devenue plus changeante et mobile. Ainsi, les nouvelles plateformes médiatiques redéfinissent la notion de famille migrante. En revanche, dans les médias sociaux, de nouvelles formes d’appartenance et d’identité migrantes ainsi qu’autochtones, dans certains cas radicales et violentes (terrorisme, discours de haine, etc.), ont été définies. Finalement, un aspect fondamental sur lequel on joue un enjeu social, anthropologique et politique décisif concerne les identités et les représentations des corps des migrants. En ce domaine, le « numérique » est devenu un véritable champ de bataille entre ceux qui veulent effacer les traces de l’identité des corps de migrants, vivants ou morts, et ceux qui veulent les reconstruire.

Migration et « numérisation »

Le but principal de ce dossier est d’analyser de manière critique et interdisciplinaire les caractères et les contradictions de ces deux processus différents et interconnectés de transformation des identités sociales des migrants. Les processus matériels, en effet, ne sont pas distincts des formes de leur réalisation et de leur représentation. Comprendre les premiers nous oblige à penser de manière critique les dernières. Le champ que souhaite couvrir ce numéro est donc large. Il vise à interroger toutes les disciplines et leurs approches théoriques ou empiriques sur les deux dimensions présentées, qui sont souvent enchevêtrées, puisque la numérisation soutient et amplifie la possibilité de transformer les identités des migrants en nombres (avec des finalités de contrôle, gestion, répression, calcul, secours, etc.). Ces dimensions sont aussi conditionnées par des implications socio-anthropologiques décisives et apparemment contradictoires, car si elles exercent un grand pouvoir désindividualisant, dématérialisant et bio-politique, d’un côté, elles possèdent également un potentiel de mise en visibilité, de dénonciation, d’empowerment et d’émancipation.

Modalités de soumission

Une intention argumentée d’environ 5 000 signes est attendue par les coordonnateurs

pour le 30 septembre 2018

et doit être adressée à Guido Nicolosi et Paola Diaz : gnicolos [at] unict.it ; paola.diaz [at] ehess.fr. Elle précisera l’objet et le questionnement de recherche, les données et la méthodologie mobilisées, comme les enseignements tirés, afin de faciliter le travail d’arbitrage.

La remise des textes est fixée au 15 février 2019. Le dossier final comportera 8 à 10 textes d’un volume compris entre 25 000 et 35 000 signes.

La parution du numéro 40 « Les migrants numériques » aura lieu en novembre 2019.

Editor

Numéro coordonné par:

  • Guido Nicolosi (sociologue, maître de conférences à l’université de Catane, membre associé au CETCOPRA)
  • Paola Diaz (sociologue, chercheuse associée au Centre d’études des mouvements sociaux – CEMS-EHESS – et chercheuse au Centre for Social Conflict and Cohesion Studies – COES-Chil)

Comité de rédaction

  • Pierre Bouvier (LAIOS/IIAC/CNRS)
  • Florent Gaudez (université Pierre-Mendès-France, Grenoble)
  • Anne Monjaret (LAHIC/IIAC/CNRS)
  • Baptiste Monsaingeon (université de Reims Champagne-Ardenne)
  • Thierry Pillon (université Paris 1)
  • Sophie Poirot-Delpech (université Paris 1)
  • Valérie Souffron (université Paris 1)

Comité scientifique

  • Marc Abélès (anthropologue, EHESS)
  • Allen Batteau (anthropologue, Wayne State University)
  • Irène Bellier (LAIOS/IIAC/CNRS)
  • Mathilde Bourrier (sociologue, université de Genève)
  • Christiana Constantopoulou (sociologue, université Panteion d’Athènes)
  • Sylvie Craipeau (sociologue, Institut Mines-Télécom, TEM)
  • Arlette Farge (historienne, EHESS)
  • Alain Gras (sociologue, université Paris 1)
  • Frédéric Gros (philosophe, université Paris-Est de Créteil)
  • Xavier Guchet (philosophe, université Paris 1)
  • François Jarrige (historien, université de Bourgogne)
  • Yoshimi Kakimoto (philosophe, université d’Osaka)
  • Céline Lafontaine (sociologue, université de Montréal)
  • Jean-Luc Metzger (sociologue, Orange Labs)
  • Glaucia Olivera da Silva (anthropologue, université Fédérale Fluminense)
  • Bernard Paulré (économiste, université Paris 1)
  • Barbara Pentimalli (sociologue, université La Sapienza de Rome)
  • Susan C. Rogers (anthropologue, New York University)
  • Victor Scardigli † (sociologue, CNRS)
  • Joseph Tonda (anthropologue, université Omar Bongo de Libreville)
  • Georges Vigarello (historien, EHESS)

Catégories

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • dimanche 30 septembre 2018

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Migrations, Migrants, Numérique, Nombre, Corps, Identité

Contacts

  • Paola Diaz
    courriel : paola [dot] diaz [at] gmail [dot] com
  • Guido Nicolosi
    courriel : gnicolos [at] unict [dot] it

URLS de référence

Source de l'information

  • Paola Diaz
    courriel : paola [dot] diaz [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les migrants numériques. Corps, identités et technologies « par le nombre » dans l’imaginaire migratoire », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 23 août 2018, https://calenda.org/470741

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