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Droit des animaux et mouvement vegan en Allemagne

Animal rights and the vegan movement in Germany

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Publié le mercredi 29 août 2018 par Elsa Zotian

Résumé

La question animale fait désormais régulièrement la une de l'actualité en France. Qu'en est-il en Allemagne ? En 2017, la production et la consommation de viande ont chuté dans le pays. De nombreux experts estiment qu'il s'agit là d'une tendance de long terme en raison des normes en matière environnementale et de bien-être animal de plus en plus strictes.  Berlin est l’une des capitales mondiales du mouvement vegan. En 2017, l’Allemagne, pourtant championne de l'exportation de produits d'élevage, compte environ 8 millions de végétariens et 1,3 million de personne vegan. De plus, en février 2017, le ministère allemand de l’environnement décidait de supprimer la viande de ses menus, tandis que l’actuel gouvernement travaille à la mise en place d’un label « bien-être animal » pour les produits carnés. Il paraît donc intéressant de s’interroger aujourd’hui sur les droits des animaux en Allemagne et la place du mouvement vegan, et cela d’autant plus que ces questions acquièrent également de plus en plus d’importance au sein de la société française.

Annonce

Argumentaire

En 2002, les deux chambres du parlement allemand décidaient d’inscrire la protection animale dans la Loi fondamentale en tant qu’objectif de l’Etat par l’ajout de l’expression « et les animaux » dans un article existant de la constitution: « Assumant sa responsabilité pour les générations futures, l’État protège également les fondements naturels de la vie et les animaux par l’exercice du pouvoir législatif, dans le cadre de l’ordre constitutionnel, et par l’exercice des pouvoirs exécutif et judiciaire, dans le respect de la loi et du droit. » (Article 20a de la Loi fondamentale). Depuis février 2017, le ministère allemand de l’environnement dirigé par Barbara Hendricks (SPD) ne sert plus de viande à ses convives. Pourtant, quelques mois auparavant, les associations de défense des animaux et le mouvement vegan allemands avaient regretté la faiblesse des engagements du Plan de protection pour le climat 2050 (Klimaschutzplan 2050) concernant l’élevage: il y est certes fait mention du rôle considérable joué par l’élevage intensif dans les émissions de gaz à effet de serre, mais cela ne débouche pas sur des mesures concrètes visant à réduire l’importance de l’élevage. En réalité, une version antérieure du texte citait des objectifs défendus par les associations de défense des animaux ou promouvant une alimentation végétarienne ou vegan : réduction du nombre d’animaux d’élevage, révision des stratégies d’exportation, ainsi que la volonté de réduire la consommation de viande. Mais ces mesures ont finalement été supprimées du plan de protection du climat, sous pression du ministre de l’agriculture Christian Schmidt (CSU), soucieux de défendre une filière agricole allemande très fortement exportatrice (l’Allemagne compte par exemple de très nombreuses fermes-usines pour la production de lait). En 15 ans, le mouvement vegan a pris une importance considérable en Allemagne et Berlin peut être considérée comme sa capitale européenne. En 2017, l’Allemagne compte environ 8 millions de végétariens (qui ne mangent pas de viande ou de poisson, mais continuent de consommer des produits laitiers) et 1,3 million de personne vegan (qui consomment uniquement des produits d’origine végétale, refusent les produits cosmétiques dont les marques effectuent des tests sur les animaux, ne portent pas de cuir etc.). Ces chiffres sont en constante progression : le nombre de vegans en Allemagne a augmenté de 15% depuis 2010. De plus, de plus en plus d’Allemands « omnivores » déclarent réduire leur consommation de viande (56% en 2015). Cette évolution n’est pas sans conséquence sur l’économie allemande. En effet, ce sont des entreprises allemandes qui lancent sur le marché  le plus grand nombre de nouveaux produits vegan commercialisés dans le monde, devant les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la France. Une chaîne de supermarchés ne proposant que des produits vegan (qu’elle produit en partie elle-même) a pu s’implanter et se développer malgré des difficultés financières. Les livres de recettes vegan comme ceux d’Attila Hildmann (1,1 million d’exemplaires vendus, ce qui fait de lui l’auteur de livres de cuisine allemand qui connaît le plus de succès) sont de véritables bestsellers. Des périodiques vegan comme le Vegan Magazin  – qui ressemble plus à un news magazine qu’à une revue de cuisine et traite de toutes les dimensions du mouvement vegan : philosophie, militantisme, mode, santé etc. – réussissent à s’implanter durablement. Au plan intellectuel, la fin de l’année 2016 a été marquée par la publication de l’ouvrage Tiere denkenVom Recht der Tiere und den Grenzen des Menschen du philosophe populaire et médiatique Richard David Precht, suivi en 2017 par la publication de l'ouvrage de Friederike Schmitz consacré à l'éthique animale, tandis qu'un ouvrage du spécialiste de l'alimentation Claus Leitzmann consacré au véganisme est annoncé pour septembre 2018. Dans les universités, le champ des « Human-Animal-Studies » allemandes commence à se structurer. On note notamment la constitution en 2010 du « Chimaira – Arbeitskreis für Human-Animal-Studies » qui regroupe des chercheurs de différentes disciplines (sciences sociales, science politique etc.) de diverses universités allemandes avec pour objectif de faire connaître ce champ de recherche par l’organisation de colloques et de manifestations scientifiques. Certains membres de ce groupe de chercheurs seront présents lors de notre journée d'étude. 

Cette journée d’étude consacrée aux droits des animaux et au mouvement vegan en Allemagne intervient à un moment où ce même mouvement prend de l’ampleur en France, notamment suite de la publication de vidéos révélant les conditions faites aux animaux dans les abattoirs par des associations telles que L214, des vidéos qui ont profondément choqué l’opinion publique. Dans le même temps, le monde intellectuel français s’intéresse de plus en plus à la question des relations entre les hommes et les animaux avec de très nombreuses publications notamment de philosophes et de biologistes (les ouvrages des philosophes Corinne Pelluchon et Florence Burgat ou bien le livre collectif Révolutions animales. Comment les animaux sont devenus intelligents) mais aussi d’historiens comme Eric Baratay. Ce thème a également joué un rôle lors des dernières élections en France, par exemple avec la création d’un Parti animaliste français qui a présenté pour la première fois des candidats lors des élections législatives de 2017. Par ailleurs, l’année 2015 a marqué une étape importante dans la reconnaissance du droit des animaux  en France avec l’inscription dans le Code civil des animaux comme des « êtres sensibles ». Ces thématiques travaillent donc aujourd’hui aussi bien les sociétés allemande et française, et il apparaît pertinent de s’intéresser à la situation outre-rhin 15 ans après l’inscription de la protection animale dans la constitution.

Lors de cette journée, des chercheurs de secteurs disciplinaires variés (histoire, littérature, sociologie, philosophie etc.) permettront de revenir sur la place des animaux dans l'histoire intellectuelle allemande, sur l'institutionalisation du champ des relations humains-animaux au sein des universités allemandes, ou bien encore de présenter les résultats d'enquêtes sociologiques auprès d'Allemands ayant choisi d'opter pour un mode de vie vegan.

Programme

8h30 Accueil des participants

8h45 Introduction par Graciela Villanueva (Directrice du laboratoire IMAGER)

9h00 Introduction par Julien Sellier (UPEC)

Président de séance : Olivier Agard, Professeur d’Etudes Germaniques (Paris 4 Sorbonne)

  • 9h15 Gaëtan Rivière (Université d’Avignon), Carl Hagenbeck et les animaux
  • 10h15 Denis Bousch (UPEC), Felix Salten et le roman animal
  • 11h15, Florence Burgat (INRA/ENS - CNRS) Des existences inquiètes, ou la rupture opérée par la philosophie de la nature de Hegel et la phénoménologie dans l’ontologie animale

13h00-14h30 Déjeuner

Président de séance Daniel Meyer, Professeur d’Etudes Germaniques (UPEC)

  • 14h30 Helen Keller et Sven Wirth (Chimaira-Arbeitskreis), Die Human-Animal Studies an den deutschen Universitäten (Les Human-Animal Studies dans les universités allemandes)
  • 15h30 Pamela Kerschke-Risch (Universität Hamburg), Motive, Bedingungen und Hintergründe veganer Ernährung in Deutschland (Motifs, conditions et contexte de l’alimentation vegan en Allemagne)

16h30 Bilan et perspectives

Lieux

  • Faculté LLSH, Bâtiment I, salle I3-218 (Erasme) - UPEC 61, avenue du général De Gaulle
    Créteil, France (94010)

Dates

  • mardi 18 septembre 2018

Mots-clés

  • relations humains-animaux, véganisme, Allemagne

Contacts

  • Julien Sellier
    courriel : julien [dot] sellier [at] u-pec [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Julien Sellier
    courriel : julien [dot] sellier [at] u-pec [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Droit des animaux et mouvement vegan en Allemagne », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 29 août 2018, https://calenda.org/472000

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